Le catalogage : l’art de décrire un livre sans l’avoir lu. Réflexions sur une nécessaire évolution des bibliothèques pour « sauver la lecture. »

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Retrouvez l’article original sur l’ancien site avec les débats qui s’en sont suivis :
http://membres.lycos.fr/ledeuff/gde/article.php3?id_article=22

Critique du catalogage et avenir des bibliothèques. Quelques réflexions qui reviennent dans l’esprit du projet initial du guide des égarés.

Depuis quelques temps sur la liste Biblio-fr, certaines personnes s’insurgent du fait qu’elles sont jugées inaptes au métier des bibliothèques sous prétexte qu’elles ne savent pas cataloguer. Je les comprends. Je me souviens que lorsque je postulais en bibliothèque en tant que lauréat du concours de bibliothécaire territorial, je me voyais par fois reprocher mon manque de formation professionnelle. Malgré une maîtrise et licence d’histoire avec une mention documentation, il aurait mieux valu avoir un Dut probablement. Après quelques années passées en tant que documentaliste de collège, mon opinion n’a guère évolué. Les apôtres du catalogage me font bien rire. Le catalogage ne cessera d’évoluer au gré des progrès des logiciels. Bref, il suffit de savoir mettre les bonnes données dans les bonnes cases. Une tâche qui ne nécessite ni d’extraordinaires compétences intellectuelles et encore moins de compétences informatiques poussées. En clair, si vous savez vous débrouiller avec des logiciels bureautiques, vous saurez sans peine cataloguer.

 

Le plus absurde dans tout cela, c’est que le catalogage s’accompagne le plus souvent d’un vide étonnant : l’absence de résumé notamment en bibliothèque. Et oui, le catalogage est bien l’art de décrire un livre sans l’avoir lu. Le catalogueur n’est pas critique littéraire certes, mais le fait de cataloguer ne lui donne aucune supériorité qui mérite d’être autant soulignée lors des recrutements. A moins qu’il ne voie dans la classification Dewey une nouvelle bible dont il se ferait le plus pur exégète. Une personne ayant une bonne culture générale, une bonne pratique informatique et des facilités d’adaptation me semblent plus apte qu’un catalogueur inculte. Et puis le « progrès » se faisant, ses tâches de catalogage se verront de plus en plus automatisées et les nombreux catalogueurs disparaîtront petit à petit. Peut-être alors verrons- nous enfin apparaître les vrais médiateurs du livre et de la culture. Sinon, il est à craindre que tout ne se robotise à tel point qu’il n’ y ait plus beaucoup de personnel en bibliothèque. De toute façon, il faudra faire des choix. Mais à mon avis, il vaut mieux recruter des personnels dynamiques, cultivés, motivés et sachant s’adapter plutôt que des « techniciens » du catalogage voués à disparaître. Les « purs techniciens » qui resteront seront ceux qui sauront veiller à la conservation du media.

 

Je trouve pour ma part toujours scandaleux qu’il y ait autant de personnes en bibliothèque occupées à cataloguer. Il serait fortement intéressant de voir les moyens qu’il y aurait pour réaliser ainsi des économies d’échelle. Des personnes qui cataloguent pourraient se voir confier d’autres tâches plus intéressantes. (animations, expositions, conseils, etc.) La nécessité fait apparaître le besoin de recrutement de plus de cadre A. Et ces derniers devraient avoir une expérience de la recherche soit au moins le niveau maîtrise. Je ne vois pas comment on peut guider avec efficacité des chercheurs sans un tel niveau. De plus, il en va aussi de l’image du bibliothécaire et de sa considération. Il est grand temps d’en finir avec la paupérisation d’un lieu clef de la culture. J’ose affirmer que les bibliothèques ne sont pas assez considérées en France. La lecture que ce soit par n’importe quel support (livres, journaux, multimédia) reste le meilleur moyen pour apprendre. Il ne sert à rien d’augmenter le budget de la culture si ce n’est que pour favoriser le spectacle et les manifestations voyantes. La France prétend être un pays de culture. Et elle l’est sans doute. Seulement la lecture me semble en baisse notamment chez les plus jeunes. Un travail en commun doit être donc fait avec l’Education Nationale. Si on dispose de bibliothèques c’est pour que les livres y soient lus vraiment. Or, il faut constater que dans la chaîne du livre, plus grand monde ne semble vraiment lire les ouvrages. Depuis le processus éditorial qui laisse place de plus en plus à des coquilles en passant par le catalogage sans résumé jusqu’au lecteur emprunteur qui lira parfois au mieux la quatrième de couverture pour l’intégrer ensuite à sa bibliographie. Evidemment ce constat est un peu poussé mais il n’est pas totalement faux non plus. La lecture me semble par conséquent en danger. Je ne serai nullement choqué que soit compris dans l’emploi du temps du personnel travaillant en bibliothèque quelques heures de lecture obligatoire aboutissant à des résumés ou des conseils de lecture. Le responsable de la bibliothèque aurait pour charge de confier ainsi des lectures « obligatoires » à réaliser. Il faudrait que ce travail ne soit pas perçu comme une tâche ingrate mais au contraire qu’il soit gratifiant. On va me rétorquer que les vrais professionnels lisent beaucoup. Je suis d’accord. Mais je pense que beaucoup ne lisent pas assez. Finalement, la meilleure technique à apprendre ne serait pas le catalogage mais la lecture rapide.

 

Le ton est volontairement polémique. Le débat est ouvert…

P.S Cet article n’a pas pour but de critiquer les personnes qui passent l’essentiel de leur temps à cataloguer. Mais il s’agit de leur faire prendre conscience qu’une réorganisation du travail leur permettrait d’apporter un réel plus en bibliothque en sollicitant bien d’autres de leurs capacités.

 

Une réflexion au sujet de « Le catalogage : l’art de décrire un livre sans l’avoir lu. Réflexions sur une nécessaire évolution des bibliothèques pour « sauver la lecture. » »

  1. Pléiade
    Il est clair que l’apprentissage de la lecture rapide est à conseillée. J’ai toujours préféré les tâches polyvalentes en bibliothèques

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