La porte est en dedans : l’avenir du lieu CDI et de son gardien.

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J’ai décidé de diffuser cet article paru en janvier 2007 dans Intercdi 205. (avec l’accord de la revue bien sûr !) Je vous donne d’ailleurs rendez-vous dans le prochain numéro d’intercdi. (teaser)

 

 

Où l’on disserte de l’avenir du lieu CDI et du professeur-documentaliste en usant de parallèles religieux.

 

Terribilis est locus iste, ce lieu est terrible, voilà l’avertissement inscrit sur l’église de Rennes-le-château selon la volonté de l’abbé Saunière. Nous avions reproduit cette phrase sur la porte du Cdi dans lequel nous exercions. Peu l’ont remarqué, pourtant sur l’autre battant de la double porte en figurait une autre : la porte est en dedans, inscription qui figure encore sur une autre église, celle de Tréhorenteuc au sein de Brocéliande. Il peut semble étonnant voire déconcertant de parler d’églises pour s’interroger sur l’avenir du lieu CDI. Pourtant il nous semble que l’espace théoriquement laïc du CDI présente des similitudes religieuses. En effet, d’abord par une crainte similaire à celle que connaisse les curés au sujet du nombre de ses paroissiens : nos CDI vont-ils eux- aussi peu à peu se vider de leur public ? Les CDI ont certes évolué et remportent encore du succès grâce à leurs formes hybrides bibliothèques et multimédia. Cependant, il nous semble selon nos observations que ce soit surtout l’aspect multimédia qui soit plébiscité. Or si la logique de l’ENT (espace numérique de travail) se poursuit avec en parallèle le développement du nomadisme des médias (pc portables et wi-fi), l’avenir du lieu physique CDI s’avère de fait menacé. Et la question peut également se poser pour son gardien : l’enseignant-documentaliste.

 

  1. La légitimité du documentaliste : les déboires du prophète.

De plus en plus, les enseignants doivent tirer leur légitimité d’eux-mêmes. Comme l’exprime, le professeur en sciences de l’éducation, Jean-Manuel de Queiroz: l’enseignant est désormais devenu un prophète et non un prêtre avec une autorité conférée par l’institution. L’Education Nationale ne peut accorder actuellement qu’un poids insuffisant pour susciter de par sa fonction respect et autorité à l’enseignant. Pour l’enseignant-documentaliste, le problème s’avère accru du fait que sa légitimité n’est pas totale au sein même des enseignants. Il en va de même pour le lieu principal dans lequel il exerce. Pour tisser la métaphore, l’Education Nationale en tant qu’Eglise au sens institutionnel s’avère de moins en moins respectée tandis que le CDI en tant qu’église, lieu physique se voit menacé de disparition. Pas facile de réaliser correctement son « sacerdoce » dans ces conditions. Bien souvent la légitimité du documentaliste provient donc de ses capacités charismatiques. Ce n’est pas totalement un mal en soi, mais cela peut être épuisant à la longue. C’est apparemment ce que ressentent de nombreux collègues. La faute en incombe à un statut sans doute peu clair. La mission du documentaliste n’en demeure pas moins religieuse au sen étymologique dans le sens où il lui faut créer du lien entre les documents, entre les documents physiques et les secondaires qui sont dans la base et surtout entre les documents et les élèves. Pour cela, il lui faut rassembler le plus grand nombre à sa cause. Mais quel avenir pour les prophètes quand l’institution cherche à diminuer les recrutements ?

 

  1. Trouver le trésor au sein de son église.

Finalement pour sauver le lieu, il faudrait à l’image de Bérenger Saunière parvenir à trouver un trésor caché ou des documents qui permettraient d’assurer la pérennité du lieu. Le trésor peut provenir d’ouvrages rares, mais aussi d’une politique documentaire efficace, ou bien encore d’un aménagement attractif de l’espace. Mais cela peut ne pas suffire. Il faut que le prophète du lieu parvienne à convaincre élèves, enseignants et administration. Le lieu désacralisé n’en reste pas moins beau à condition que l’élève comprenne que la porte est en vraiment en dedans et qu’il peut y trouver accès vers différents voyages extraordinaires parmi la culture et l’information. L’image du lieu CDI ne peut donc être détachée de celle du documentaliste. Nous serions tentés de dire qu’il devrait être l’architecte de l’information de l’établissement au sens numérique mais aussi au sens physique. Il lui faut donc concevoir de nouvelles formes de CDI privilégiant d’autres aspects mêlant des lieux de débats ouverts à des endroits plus propices au dialogue et au conseil (un confessionnal ?) Que ce soit comme le recteur Henri Gillard à Téhorenteuc où l’abbé Saunière à Rennes-le-château, qui avaient trouvé un lieu d’exercice à priori peu séduisant, des documentalistes arrivent parfois au sein de CDI délaissés et en triste état. Il leur faut alors mobiliser et concevoir un lieu attractif ce qui n’est pas toujours évident. Le chemin de croix commence alors bien souvent. Mais pourquoi ne pas se servir ainsi de l’image du chemin de croix justement pour construire un parcours documentaire mêlant panneaux d’informations, bornes wi-fi, panneaux historiques, nouvelles acquisitions, le tout menant jusqu’au CDI…Parfois l’imagination du pauvre peut conduire à la quête du graal documentaire.

 

  1. L’ubiquité du saint.

Les collègues le constatent de plus en plus, il faut souvent être partout au sein de l’établissement. L’idéal serait donc d’avoir le don d’ubiquité comme saint Antoine surtout quand le documentaliste est administrateur réseau et responsable TICE ! Cela peut devenir vite fatiguant lorsqu’il se voit ainsi interpellé sans cesse. Et puis si vous enviez les dons de Saint Antoine, sachez quand même qu’il est mort à 36 ans. Certes il a été canonisé un an plus tard, mais ne comptez pas obtenir un tel statut posthume avec l’Education Nationale. La solution est de placer des avatars de sa propre personne un peu partout en exerçant sa médiation au sein des espaces numériques via l’administration de blogs et de sites Internet et la mise en place d’aide en ligne. D’autres pistes peuvent être évoquées avec des catalogues de CDI enrichis et devenus cataloblogs.

Et puis si vraiment le statut de saint vous parait encore trop faible, sachez que vous pouvez avoir l’impression d’être un Dieu (à moins que ce ne soit Big Brother) avec les outils de prise de contrôle à distance des ordinateurs comme VNC. Certes il s’agit de surveillance, mais cela permet aussi de rendre bien des services sans avoir besoin de se déplacer sans arrêt.

 

Conclusion :

Les risques sont donc présents et il est un danger qui guette le prophète, c’est celui de devenir un ermite peu écouté dans un lieu qui tombe en ruine quand ce n’est pas le moine reclus (pour ne pas dire la clarisse…) La figure de l’initié apparaît donc plus souhaitable en tant que personne qui connaît les arcanes de la culture et de l’information et qui peut en transmettre les clefs. L’enseignant-documentaliste se doit de chercher et de comprendre avant les autres, un peu comme Guillaume de Baskerville dans le nom de la rose. Le contre exemple figure également dans l’ouvrage d’Umberto Eco, c’est la figure de l’inquisiteur Bernard Gui auteur d’un terrible manuel où la tolérance n’a pas de place car il apparaît qu’il faut être un peu hérétique pour faire avancer les choses. Ce n’est pas la première fois que nous utilisons le biais religieux pour exprimer nos idées, notre site internet « le guide des égarés » reprend le titre d’un ouvrage rédigé en arabe par le théologien juif Moïse Maimonide.

La porte est en dedans doit donc pousser chaque élève à effectuer sa propre quête et le documentaliste peut être un de ceux qui lui apporte de l’aide dans cette tâche.

 

Béranger Saunière, le mystérieux curé de Rennes-le-Château.

 

Bibliographie :

 

Le Deuff, Olivier. Le guide des égarés. [www.guidedesegares.fr]

Markale,Jean. Brocéliande et l’énigme du Graal. Paris :Watelet-Pygmalion. Paris 1

Markale,Jean. Rennes-Le-Château et l’énigme de l’or maudit. Paris :Watelet-Pygmalion. 1989

Eco, Umberto. Le nom de la rose. Paris : Grasset, 1982

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