Category Archives: web 2.0 , la nouvelle Lévytation?

Finalement, le web 2.0 n’est qu’une concrétisation des mythes de l’Internet déjà théorisés par Pierre Lévy.

Metaxu et hypomnemata : les signets sociaux comme milieux associés

Je redocumentarise ici un extrait de ma thèse qui aborde les signets sociaux et le concept de Metaxu qui est aussi le titre du blog de Philippe Quéau.

« en toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les Romains- le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous -, une personne cultivée devait être : quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé. » Hannah ARENDT. La crise de la culture. Op. cit., p.288

Ces compagnons peuvent être divers et recoupent aussi bien les objets techniques, les idées que les hommes. Nous remarquons dans la citation d’Arendt qu’il n’y a justement pas d’opposition entre nature/culture ni passé/présent. Il en ressort l’importance grandissante de la médiation au travers la constitution de milieux associés mêlant une diversité d’éléments, d’acteurs et d’objets.

1 Les médiations

« N’accepterais-je pas d’être guidé par une personne ayant une longue habitude de ces explorations et possédant des informations très poussées sur ces lieux ? »

H.P LOVECRAFT. Lui

C’est alors que la figure du metaxu telle que la qualifie Philippe Quéau apparaît :

Dans une époque comme la nôtre, prompte aux fractures, aux coupures, aux exclusions, nous avons besoin de nouveaux intermédiaires, et d’une pensée de la médiation. La médiation, c’est essentiellement la question de l’autre — dont nous devrions être les bergers — et non les loups.

De nouveaux intermédiaires émergent, tantôt relais d’informations, tantôt producteurs. L’intermédiaire, notamment humain, n’est pas une autorité traditionnelle : il ne doit son influence qu’à sa propre personnalité. Les metaxu permettent de créer des ponts et d’éviter les différentes fractures.

2 Les plateformes de signets comme exemple de milieux associés

Parmi les possibilités de réintroduire de la médiation et des intermédiaires figurent en premier lieu les signets sociaux dont la force réside dans leur caractère collectif. Il est possible d’identifier des personnes-ressources que l’usager perçoit comme référence, ce qui permet facilement ainsi de réaliser de la veille collaborative. Le site le plus connu est le pionnier del.icio.us
qui offre la possibilité de se créer un réseau (network) de membres dont on peut surveiller les derniers signets tagués. Ce système permet aussi parfois d’obtenir de l’information plus rapidement que ne l’aurait permis le moteur de recherche.

Ces systèmes reposent ainsi sur la sérendipité puisque l’usager y trouve parfois au hasard des informations et des sources pertinentes, en naviguant de mots-clés en mots-clés mais aussi d’usagers en usagers. Le choix de l’outil est donc important pour l’usager qui doit veiller à s’inscrire dans une communauté d’utilisateurs actifs. La démarche de recherche diffère donc de la requête via les moteurs car elle suppose une construction, voire un investissement si l’usager participe lui-même à cette veille collaborative.

Il s’agit aussi pour l’usager d’une meilleure prise en compte de son besoin d’information. Le site diigo a d’ailleurs renforcé les possibilités de veille en ajoutant la possibilité de créer des groupes thématiques. La pertinence évolue ainsi, s’inscrivant à la fois dans une construction personnelle sur du long terme et pas seulement sur une simple adéquation à une requête. Cette construction implique une participation à des groupes thématiques de veille ou tout au moins à une volonté de mettre ses découvertes à disposition des autres. Les sites de micro-blogging tels twitter participent de plus en plus du même esprit avec des échanges d’informations et de services.

La médiation comme recommandation : le tiers de confiance

Le partage nécessite une reconnaissance, celle de l’autre, celui à qui il est possible d’accorder du crédit : le tiers de confiance. Le tiers de confiance peut reposer sur différents types de recommandation à la fois la populaire mais également institutionnelle.

Certaines bibliothèques partagent ainsi leurs liens. Nous pouvons citer ici la bibliothèque de Paris 4. De même, pour la récente initiative du Cerimes (Centre de Ressources et d’Information sur les Multimédias pour l’Enseignement Supérieur) et de l’Abes (Agence bibliographique de l’enseignement supérieur) qui met en ligne les signets partagés par les bibliothèques universitaires.

Evidemment ces plateformes n’évitent pas les dérives de la popularité avec le fait que ceux qui suivent vos signets soient qualifiés de fans et que le nombre de fois où un site a été tagué est comptabilisé, ce qui permet notamment à delicious d’afficher en temps réel ce qui fait l’actualité. Toutefois, le nombre de fois où un lien a été tagué peut-être un indicateur de qualité surtout si vous retrouvez dans la liste de ceux qui l’ont tagué des personnes pertinentes. Il en demeure pas moins que la course au nombre de fans ou de « suiveurs » (followers) sur twitter constitue une dérive qui témoigne de la confusion entre besoin d’information et besoin d’affirmation.

Les deux types de recommandations peuvent donc s’avérer parfois difficiles à distinguer surtout si elles utilisent des outils similaires. Voilà qui plaide pour l’évaluation de l’information et notamment la capacité à distinguer l’auteur d’une source ou d’une ressource.

La veille collaborative au sein d’un milieu associé

Les plateformes de signets sociaux peuvent constituer des milieux associés au sens où l’utilisateur peut construire son environnement informationnel en construisant des relations de partage et de confiance avec d’autres usagers. De cette manière, l’individu accède par différents canaux à de l’information plus pertinente que par la logique du moteur de recherche. Cela implique une construction au sein d’un processus qui n’est pas linéaire mais davantage circulaire pour ne pas dire labyrinthique, car ces plateformes ne peuvent être considérés comme des éléments isolés mais faisant partie d’un ensemble beaucoup plus large au sein du web. Ces systèmes opèrent davantage une veille en tant qu’attention à l’autre qu’une surveillance.

Plus agréable que la médiation du moteur de recherche, elle est davantage basée sur une entraide et sur la constitution d’intermédiaires, qui sont des metaxu au sens que leur donnait Simone Veil, à savoir des éléments constitutifs de l’individu autant culturels qu’affectifs :

Les metaxu sont la région du bien et du mal. Ne priver aucun être humain de ses metaxu, c’est-à-dire de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n’est pas possible.

La proximité ici des metaxu avec les hypomnemata est frappante de par leur côté double : autant remède que poison. Ces médiations sont également des zones tampons face à l’adversité et les instruments de surveillance. Voilà pourquoi Philippe Quéau en appelle à un domicile numérique inviolable.

Il reste à savoir si ces systèmes peuvent connaître des adaptations et des transferts dans les milieux professionnels et dans l’exercice de sa citoyenneté où il s’agit de rendre opérante la culture de l’information.


Philippe QUEAU. Metaxu ? in Metaxu.le blog de Philippe Quéau. Disp. sur : <http://queau.eu/a-propos/>

2 <http:www.delicious.com>

3 <www.diigo.com>

4 Signets de la bibliothèque de Paris 4. Disp. sur : <http://delicious.com/bibliparis4>

5Signets. Liens sélectionnés par les bibliothèques universitaires. Disp. sur :<http://www.signets-universites.fr/>

6
Simone WEIL. La pesanteur et la grâce. Plon, 1951, p. 165.

7 Philippe QUEAU. Un domicile numérique in Metaxu. Le Blog de Philippe Quéau. Disp sur : <http://queau.eu/2009/03/11/un-domicile-numerique/>


Enquête sur les utilisateurs de diigo

Image representing Diigo as depicted in CrunchBase
Image via CrunchBase

Je mène actuellement une enquête sur les utilisateurs de la plateforme de signets diigo.

L’enquête est en ligne et rapide.

La plateforme possède plusieurs sous-titres intéressants « research, share, collaborate » sur la page d’accueil qui reste dans l’esprit web 2.0 et lorsque vous êtes sur une page d’utilisateur, cela devient « Annotate, archive, organize » qui s’inscrit davantage dans l’organisation des connaissances. Elle est aussi une des plateformes les plus riches en potentialités.

Je cherche surtout à distinguer des pratiques notamment en lien avec la mémoire et les hypomnemata et des formes d’organisation des connaissances. Le traitement statistique des réponses sera secondaire dans la mesure où je n’attends pas des centaines de réponses.

Si vous souhaitez faire part de vos pratiques, l’enquête permet également de s’exprimer librement.

Si vous n’êtes pas utilisateur de diigo (delicious, autres), vous pouvez toutefois indiquez vos pratiques en commentaires de ce billet ou me laissez votre mail si vous voulez être contacté pour d’autres questions.

Un diaporama sur diigo

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Folksonomies et hypomnemata numériques

Je mets en ligne le support de mon intervention pour la journée sur les folksonomies organisées par le DICEN et Alexandre Monnin et Evelyne Broudoux.

J’espère que le public aura autant apprécié que moi la diversité et la qualité des interventions.

Vous pouvez consulter également le parcours pealtrees mis en ligne pour l’occasion.

Ça va être folkso !

Un petit billet pour signaler une journée sur les folksonomies dans toutes ses dimensions à laquelle j’aurais le plaisir de participer.

Organisée par le CNAM et le laboratoire DICEN, cette journée sera l’occasion de réaliser un premier bilan sur le sujet et d’envisager de nouvelles pistes de recherche et d’applications.

Voici les interventions prévues :

9h30  Introduction de la journée
9h45-10h15  Fabien Gandon (INRIA) : Web sémantique et folksonomies : état de l’art
10h30-11h  Freddy Limpens (INRIA) : Approche collaborative et assistée à l’enrichissement des folksonomies: entre algorithmie et ergonomie.
11h15-11h45  Alexandre Monnin (Université Paris 1) : La spécifité du tagging et sa dimension philosophique.
12h-12h30  Manuel Zacklad (Cnam) : Web socio-sémantique et recherche ouverte d’information : le SI entre participation et contrôle.


14h-14h30  Alexandre Gefen (Université de Bordeaux 3) : Fabula ou l’expérience d’une folksonomie collaborative.
14h45-15h15  Patrick Peccatte (Soft Experience) : Les Machine tags de Flickr et folksonomies catégorisées.
15h30-15h45  Dominique Besagni, Cécilia Fabri, Claire François (INIST), Evelyne Broudoux (UVSQ) : Étude comparative du partage de références scientifiques (CiteUlike, Bibsonomy, 2Collab, Connotea).
16h-16h30  Olivier Le Deuff (Université de Bretagne) : Folksonomies et hypomnemata numériques.
16h45  Conclusion de la journée

L’approche est donc également transdisciplinaire. Pour ma part, je n’ai pas totalement encore fixé les thématiques que je vais aborder.

Je mettrai en ligne le support de mon intervention et quelques réflexions.

Lien Google Agenda.

Résultats de l’enquête sur la bibliothèque 2.0.

Je communique donc les premiers résultats de l’enquête sur la bibliothèque 2.0.
Je les commente donc peu pour l’instant.
Ce sera le cas dans un article scientifique et peut-être dans un autre document d’analyse qui sera également mis en ligne sous les mêmes conditions.
Résultats Enquête bibliothèque 2

reponseavenir

Bonne lecture.
Je reviendrai prochainement également sur une autre enquête d’une plus grande ampleur, celle que je mène sur les réseaux de loisirs créatifs.

L’isolement des blogs ?

J’ai fini de lire hier soir l’ouvrage de Frank Rébillard « Le web 2.0 en perspective ».

Le livre est intéressant même s’il demeure trop ancré à mon goût sur une analyse socio-économique. Toutefois, c’était annoncé dans le sous-titre. Il s’attarde surtout sur les discours dont il démontre bien les tenants et les aboutissants et a le mérite de casser certains mythes en les remettant d’en une perspective historique plus large. Narvic en avait déjà parlé.

Mais c’est surtout un passage qui a fait tilt car il correspond à un autre paradoxe du web 2.0 qui est celui de distinguer des milieux d’initiés un peu isolés alors que les discours prétendent à l’inverse à l’émergence d’une participation où tout le monde est sur le même plan .Lorsqu’on se trouve au sein du milieu, on apprend beaucoup et on satisfait assez aisément (au prix d’un grand nombre d’heures de boulot) les différents besoins que j’avais déjà mentionnés auparavant.

Il demeure que tout le monde ne peut pas consacrer autant d’énergie pour être un initié.  Et qu’il faut donc créer des liens ce que démontre bien Frank Rébillard (p.69)

 » Difficile en effet de prendre « en cours de route » le train de la publication distribuée, dont le cheminement s’opère par renvoi de site en site, lorsque l’on n’a pas assisté aux échanges de départ. Difficile de ne pas se sentir « déconnecté » d’une communauté dont les membres sont surtout des auteurs de blog, et où les simples visiteurs s’avèrent  très peu nombreux. Ce fonctionnement en vase clos, sans forcément viser volontairement un tel enfermement, mais y conduisant souvent irrémédiablement du fait d’une surenchère dans  l’expertise et les commentaires, n’est pas de nature à élargir le public des blogs. » (p.69)

Tout cela pour dire que la liste de diffusion est parfois bien plus « sociale » que les blogs.

Enquête sur la bibliothèque 2.0

Je mène une enquête sur la bibliothèque 2.0 et l’évolution des structures documentaires par rapport au web 2.0.

Le sujet me tient un peu à cœur car j’ai été moi-même acteur du phénomène si bien que je me retrouve à nouveau en observation participante.

Je travaille en effet sur la genèse et l’évolution du concept « bibliothèque 2.0 » (mais est-ils vraiment un concept ?) afin de voir quelles sont les évolutions professionnelles concrètes qui ont pu être réalisées ainsi que les oppositions et controverses qui ont pu émerger ou résulter notamment de la confrontation entre la bibliothèque et le web 2.0.

Je suis donc également preneur de vos réflexions sur le sujet mais l’enquête vous permet aussi de vous exprimer.

L’enquête se trouve ici et se terminera à la fin du mois.

Il y a évidemment aussi chez moi l’envie de dire « la bibliothèque 2.0, oui mais après ? ».

La difficulté méthodologique pour réaliser cette enquête est liée à l’arrêt de biblio-fr. Je sais que cela va me priver de centaines de réponses ce qui pose question aussi sur ce que devient la communauté de pratiques issue de biblio-fr. Finalement, des questions ne finissent que par en en faire émerger d’autres.

Je donnerai d’ici fin janvier, les résultats et les premières analyses. L’occasion pour vous ici de donner les vôtres dans une forme d’analyse collaborative. Je mettrai donc également à disposition pour ceux que ça intéresse les fichiers pour analyser les résultats notamment pour ceux qui aiment les tris croisés à n’en plus finir. L’occasion pour moi de développer de plus en plus une stratégie de science 2.0 et d’ e-science en tentant de mettre à disposition les sources et les données sur lesquelles je travaille.

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