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	<title>Le guide des égarés. &#187; Cybergéographie</title>
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	<description>culture de l&#039;information, Information literacy, documentation, CDI, , Pédagogie,  sciences de l&#039;information et de la communication, Humanisme numérique.Olivier Le Deuff 1999-2012</description>
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		<title>La mesure de la blogosphère</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Oct 2008 18:03:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><span property="dc:creator" resource="http://www.guidedesegares.info/2008/10/03/la-mesure-de-la-blogosphere/">Olivier Le Deuff</span></dc:creator>
				<category><![CDATA[Cybergéographie]]></category>
		<category><![CDATA[Internet et le cyberespace]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences]]></category>

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<div class='microid-98925c7333174ee75a0bb7c1f16bb60e7bebd57e'><p>A quelques jours de la publication du n<a href="http://www.wikio.fr/blogs/top">ouveau classement wikio</a> que j&#8217;ai plusieurs fois <a href="http://www.guidedesegares.info/?s=wikio">critiqué</a> mais dont il est toujours intéressant d&#8217;examiner le fonctionnement surtout depuis que  <a href="http://aixtal.blogspot.com/">le TALentueux Jean Véronis</a> a pris la tête de la machine, il est opportun de s&#8217;interroger à nouveau sur la mesure de l&#8217;Internet et notamment du web et des réseaux sociaux. On peut toujours critiquer les classements type wikio,  mais il est  absolument nécessaire que des outils de mesure soient développés pour le web. Il serait donc opportun aussi de développer de nouvelles mesures &laquo;&nbsp;blogométriques&nbsp;&raquo;. L&#8217;idéal serait d&#8217;avoir des mesures davantage scientifiques qui ne visent pas seulement à des classements d&#8217;influence ou d&#8217;audience. D&#8217;ailleurs, il serait également souhaible que le classement qui se veut désormais plus rigoureux avec des règles connues évolue et ne prenne pas en compte que les rétroliens provenant de blogs. Il y a là un point gênant, un blog populaire se voit doté d&#8217;un poids supérieur à un site institutionnel qui n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas pris en compte. Tout aussi gênant qu&#8217;impensable pour des classements de blogs scientifiques ou professionnels. Mais il y a encore d&#8217;autres types de mesures à effectuer sur des corpus précis et je déplore que nous n&#8217;ayons plus d&#8217;études ambitieuses comme celle qui avait abouti à la théorie de noeud papillon. A quoi ressemble le Web? J&#8217;aimerais bien découvrir de nouveaux graphes en la matière.</p>
<p>Plus ça va, plus les mesures sont effectuées de manière automatisée sur des échantillons restreints. Il est ainsi possible d&#8217;obtenir des visualisations de son propre réseau social. Mais il serait intéressant d&#8217;en avoir d&#8217;autres sur des aspects plus collectifs.<br />
Il y a donc des sphères énormes de travail et des tas de corpus à examiner.</p>
<p>Je ne peux donc que saluer les initiatives des cartographes du web, de la blogosphère et des réseaux sociaux.<br />
Je conseille donc le  récent travail de <a href="http://www.serialmapper.com/">claude Aschenbrenner</a> avec sa carte de blogs sous la forme de celle du réseau du <a href="http://www.serialmapper.com/archive/2008/09/25/mise-en-seine-de-blogs.html">métro parisien</a>. Ce dernier travaille d&#8217;ailleurs depuis longtemps dans ce domaine et il nous donne même sa <a href="http://www.serialmapper.com/archive/2008/09/30/le-making-of-plan-de-metro.html">manière de faire</a>. Dans le prolongement, il est opportun de rappeler que les <a href="http://www.mindomo.com/view.htm?m=5386ab98cc6b497399775936323ad6bd">annales du colloque carto 2.0</a> sont disponibles et qu&#8217;il constitue un bon moyen de découvrir de nouveaux territoires. Vous découvrirez également des acteurs incontournables en ce qui concerne ces domaines.<br />
La visualisation de l&#8217;information constitue un moyen de nous fournir des réprésentations qui améliorent notre compréhension. Le nouvel essor de la cartographie de l&#8217;information est une bonne nouvelle après le semi-échec de la <a href="http://www.guidedesegares.info/2005/12/07/la-cybergeographie/">cybergéographie </a>et notamment de l&#8217;<a href="http://www.cybergeography-fr.org/">atlas de cybergéographie </a>de Dodge qui n&#8217;est plus mis à jour.</p>
<p>C&#8217;est aussi l&#8217;occasion de s&#8217;interroger sur les projets de mesure totale de l&#8217;Internet et du web qui semblent désormais être oubliés tant la tâche semble impossible. Pas de pantométrie donc si ce n&#8217;est avec l&#8217;hybris de Google. Il est vrai que les propos de l&#8217;auteur de SF, Laurent Généfort s&#8217;inscrivent ici dans la lignée de Borgès :<br />
•<br />
•« <em>Le pouvoir sur l’intégralité du Rézo(…)Le zéro, on l’appelle. Beaucoup de pirates ont caressé ce rêve, mais le Rézo échappe à toute appréhension globale. Vous connaissez la maxime : pour connaître l’univers, il faut un ordinateur de la taille de l’univers.</em> » [1]</p>
<p>Un peu de modestie et de mesure dans les deux sens du terme et un peu de recul aussi pour nous autres tenants de l&#8217;amélioration des bibliothèques et autres prophètes des bibliothèques 2.0, voici une bibliothèque qu&#8217;il sera difficile d &#8217;égaler :</p>
<p><a href="http://www.wired.com/images/article/magazine/1610/ff_walker4_f.jpg"><img class="alignnone" src="http://www.wired.com/images/article/magazine/1610/ff_walker4_f.jpg" alt="" width="503" height="386" /></a></p>
<p>Vous trouverez plus de renseignements et de photos sur le site de <a href="http://www.wired.com/techbiz/people/magazine/16-10/ff_walker?currentPage=all">wired magazine</a> qui consacre un article à cette étonnante bibliothèque, oeuvre d&#8217;art, cabinet de curiosité, haut lieu de l&#8217;humanisme.</p>
<p>[1]  Laurent Genefort. Rezo. Paris : fleuve noir. 1999 SF métal n°63</p>
<p>update : Eric Dupin signale un travail de <a href="http://www.presse-citron.net/la-carte-nest-pas-le-territoire">cartographie intéressant.</a></p>
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		<title>Cartographie et enjeux géopolitiques</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Dec 2005 10:24:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><span property="dc:creator" resource="http://www.guidedesegares.info/2005/12/07/cartographie-et-enjeux-geopolitiques/">Olivier Le Deuff</span></dc:creator>
				<category><![CDATA[Cybergéographie]]></category>

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La cartographie du cyberespace et les enjeux g&#233;opolitiques. &#171;&#160;Marcher et se perdre, marcher encore, sans se rep&#233;rer ni s&#8217;orienter&#160;: vous traversez l&#8217;espace, vous traversez le temps. Vous parvenez en utopie, nulle part, ailleurs et autrefois. L&#8217;errance, prop&#233;deutique aux savoirs interdits, &#233;preuve qualifiante pour l&#8217;initiation ultime, parcours qui prend du temps et qui dessine sur le [...]]]></description>
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<div class='microid-4f323464078f75949cb6274c755051e133afbf92'><h2 class="western">La cartographie du cyberespace et les enjeux g&eacute;opolitiques.</h2>
<p style="margin-left: 8.74cm; text-indent: 1.25cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; font-style: normal; line-height: 100%" align="justify"> <font size="2">&laquo;&nbsp;Marcher et se perdre, marcher encore, sans se rep&eacute;rer ni s&rsquo;orienter&nbsp;: vous traversez l&rsquo;espace, vous traversez le temps. Vous parvenez en utopie, nulle part, ailleurs et autrefois. L&rsquo;errance, prop&eacute;deutique aux savoirs interdits, &eacute;preuve qualifiante pour l&rsquo;initiation ultime, parcours qui prend du temps et qui dessine sur le soi d&rsquo;&eacute;tranges arabesques, itin&eacute;raire indispensable pour sortir de toutes les cartes du monde et parvenir en ce lieu qui, de toute fa&ccedil;on, vous serez le seul &agrave; conna&icirc;tre.&nbsp;&raquo;</font></p>
<p style="margin-left: 11.49cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <span style="font-style: normal">H.P Lovecraft.</span><span style="font-style: normal"> Lui.</span></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La cyberg&eacute;ographie s&rsquo;accompagne de son essentielle compagne&nbsp;: la cartographie. Le nouveau monde du cyberespace r&eacute;clame ses cartographes comme &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des grands d&eacute;couvreurs et navigateurs. Il est d&rsquo;ailleurs remarquable de noter que le vocabulaire fr&eacute;quemment employ&eacute; dans le cyberespace emprunte au lexique de la navigation&nbsp;: nous utilisons un navigateur, un explorateur de fichier, le logiciel de Netscape affiche comme image un gouvernail, etc. Le gouvernail dont on retrouve la trace dans le mot cyberespace, cyber implique la commande, le pouvoir. Cette notion de pouvoir se retrouve dans la cartographie qui a pour but de d&eacute;limiter, de pouvoir contr&ocirc;ler un territoire en le r&eacute;duisant sur un espace manipulable. La cartographie ne peut &ecirc;tre neutre, nous le savons par les choix de projection ou de placement au centre de certains territoires. Nous pensons qu&rsquo;il en est de m&ecirc;me pour les cartographies du cyberespace. Les propos de Jean Loup Rivi&egrave;re exprime parfaitement les rapports qui existent entre la carte, le corps et la mesure<sup><a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym" title="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a></sup>&nbsp;:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Le tout premier geste d&rsquo;organisation du territoire est la mesure, et c&rsquo;est le corps appliqu&eacute; &agrave; l&rsquo;espace qui commence &agrave; compter&nbsp;: le pouce, le pas, la coud&eacute;e, l&rsquo;aune&hellip;L&rsquo;analogie entre le corps et le territoire ne se soutient pas que dans la mesure&nbsp;: habiter, c&rsquo;est comprendre (prendre avec soin) l&rsquo;espace p&eacute;riph&eacute;rique et la carte peut toujours appara&icirc;tre comme une projection du corps propre, l&rsquo;espace qui m&rsquo;entoure &eacute;tant celui qui &laquo;&nbsp;moule&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;informe&nbsp;&raquo; mon corps.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Ces rapports sont-il totalement modifi&eacute;s au sein du cyberespace&nbsp;? Nous avons vu en quoi une g&eacute;ographie du cyberespace &eacute;tait possible car nous pouvions retrouver dans le cyberespace les m&ecirc;mes actions que dans l&rsquo;espace terrestre avec quelques variantes (cf. tableau ). Cependant l&rsquo;enjeu qui revient le plus souvent est la question de la fronti&egrave;re.  </p>
<h3 class="western">La fronti&egrave;re. L&rsquo;enjeu g&eacute;opolitique.</h3>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La fronti&egrave;re constitue une limite par excellence. Un d&eacute;coupage qui permet une mesure plus ais&eacute;e. La fronti&egrave;re, voil&agrave; l&rsquo;enjeu g&eacute;opolitique par excellence et nous comprenons qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit plus seulement d&rsquo;avoir une vision globale d&rsquo;Internet et de son diam&egrave;tre. Internet n&rsquo;est plus vu comme un territoire unique mais au contraire partag&eacute;.</p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Mais il nous faut revenir aux d&eacute;finitions. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une fronti&egrave;re&nbsp;? Si nous reprenons la d&eacute;finition d&rsquo;Yves Lacoste dans son<em> </em>dictionnaire politique <sup><a name="sdfootnote2anc" href="#sdfootnote2sym" title="sdfootnote2anc"><sup>2</sup></a></sup>: </p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Du point de vue g&eacute;opolitique, la fronti&egrave;re est la ligne ou la zone qui forme la limite du territoire d&#39;un Etat ou bien d&#39;un ensemble politique que ses dirigeants cherchent &agrave; constituer en Etat plus ou moins ind&eacute;pendant.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La fronti&egrave;re s&rsquo;av&egrave;re donc &ecirc;tre une construction politique voire intellectuelle, souvent mat&eacute;rialis&eacute;e sur une carte. Peut-on trouver des fronti&egrave;res sur Internet et plus particuli&egrave;rement au sein du cyberespace&nbsp;? Patrice Flichy remarque que l&rsquo;id&eacute;e de fronti&egrave;re revient lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un espace nouveau&nbsp;<sup><a name="sdfootnote3anc" href="#sdfootnote3sym" title="sdfootnote3anc"><sup>3</sup></a></sup>:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;La th&eacute;matique de la fronti&egrave;re est associ&eacute;e &agrave; celle de la d&eacute;couverte et de l&rsquo;am&eacute;nagement d&rsquo;un nouvel espace encore vierge o&ugrave; les pionniers pourront se saisir d&rsquo;opportunit&eacute;s inconnues, mobiliser leurs comp&eacute;tences, leur enthousiasme, leur capacit&eacute; &agrave; innover, tout en &eacute;tablissant leurs propres r&egrave;gles sociales. Faire de la fronti&egrave;re une valeur, c&rsquo;est &eacute;galement choisir la mobilit&eacute; et le changement par rapport &agrave; la stabilit&eacute;. Le cyberespace constitue &eacute;videmment cette nouvelle fronti&egrave;re virtuelle o&ugrave; les internautes pourraient s&rsquo;installer. En attendant leur venue, les hackers et les cow-boys de Gibson y vivent d&eacute;j&agrave;, en toute libert&eacute;. Ils ont construit les premi&egrave;res r&egrave;gles de la vie collective.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Nous poussons la r&eacute;flexion plus loin en nous aidant des travaux d&rsquo;Alexandre Boucherot et Arnaud Jacob<sup><a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym" title="sdfootnote4anc"><sup>4</sup></a></sup> . La fronti&egrave;re peut donc &ecirc;tre con&ccedil;ue comme &laquo;&nbsp;<em>une limite, une interface privil&eacute;gi&eacute;e entre des syst&egrave;mes diff&eacute;rents&nbsp;&raquo;</em><sup><em><a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym" title="sdfootnote5anc"><sup>5</sup></a></em></sup><font color="#000000"> </font><font color="#000000">. Boucherot et Jacob poursuivent la comparaison entre la fronti&egrave;re</font><font color="#000000"> et l&rsquo;interface&nbsp;:</font></p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;(&hellip;)il est possible de multiplier les comparaisons terminologiques avec le registre g&eacute;ographique : &quot;passerelles&quot;, &quot;acc&egrave;s&quot;, &quot;flux&quot;, &quot;ports&quot;, &quot;canaux&quot;&hellip; M&ecirc;me constat c&ocirc;t&eacute; utilisateur avec le &quot;navigateur&quot; bien s&ucirc;r, et autres &quot;portails&quot; pour &eacute;viter de se &laquo;&nbsp;perdre&nbsp;&raquo;sur Internet. Le r&eacute;seau peut se concevoir d&egrave;s lors comme un univers &quot;g&eacute;ographique&quot; &agrave; part enti&egrave;re que l&#39;internaute est invit&eacute; &agrave; explorer en voyageur. Les interfaces (les fronti&egrave;res) entre l&#39;homme et la machine et entre les diff&eacute;rents protagonistes du r&eacute;seau r&eacute;v&egrave;lent une fonction essentielle : l&#39;&eacute;change. La fronti&egrave;re est par excellence un lieu de communication, un lieu riche, privil&eacute;gi&eacute;. Faut-il pour autant parler de fronti&egrave;res sur Internet, ou la m&eacute;taphore doit-elle rester simplement terminologique et technique ?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> En effet, Internet n&rsquo;est pas un espace neutre o&ugrave; la question politique est absente. Plusieurs termes sont parfois &eacute;voqu&eacute;s pour d&eacute;signer cette politique de l&rsquo;Internet. Nous entendons parfois parler de <em>gouvernance</em><sup><em><a name="sdfootnote6anc" href="#sdfootnote6sym" title="sdfootnote6anc"><sup>6</sup></a></em></sup>. Certains n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; parler de &laquo;&nbsp;ma&icirc;tres du r&eacute;seau&nbsp;&raquo;<sup><a name="sdfootnote7anc" href="#sdfootnote7sym" title="sdfootnote7anc"><sup>7</sup></a></sup>. Une g&eacute;opolitique de l&rsquo;Internet est d&egrave;s lors n&eacute;cessaire. C&rsquo;est l&rsquo;avis de la journaliste ind&eacute;pendante Solveig Godeluck <em>La G&eacute;opolitique d&rsquo;Internet</em> paru en 2002. Elle y affirme d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il ne peut exister des fronti&egrave;res au sens traditionnel&nbsp;<sup><a name="sdfootnote8anc" href="#sdfootnote8sym" title="sdfootnote8anc"><sup>8</sup></a></sup>:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Dans le monde virtuel, il ne peut y avoir de lignes blanches mat&eacute;rialisant la s&eacute;paration entre le territoire d&#39;un Etat et de son voisin. Tout au plus peut-on r&eacute;server un bout du territoire en ligne en lui attribuant une adresse soumise &agrave; r&eacute;glementation, telle que .mil pour le secteur de la D&eacute;fense aux Etats-Unis, ou .fr pour les soci&eacute;t&eacute;s immatricul&eacute;es en France. Mais ces d&eacute;limitations n&#39;ont rien des fronti&egrave;res modernes que l&#39;on peut garder. L&#39;information circule &agrave; peu pr&egrave;s librement sur Internet, une communication entre Paris et Berlin peut emprunter la route de New York, et de toute fa&ccedil;on aucune route n&#39;est &eacute;crite &agrave; l&#39;avance : cette multiplicit&eacute; des routes est le fondement architectural du r&eacute;seau. La seule mani&egrave;re de r&eacute;tablir des fronti&egrave;res physiques dans le cyberespace consiste &agrave; d&eacute;truire ce principe de &quot;redondance&quot;, ce qui fait qu&#39;Internet est Internet et non un r&eacute;seau de t&eacute;l&eacute;coms lambda. Au lieu d&#39;un r&eacute;seau d&eacute;centralis&eacute; &agrave; la tr&egrave;s grande fluidit&eacute;, on reviendrait &agrave; un sch&eacute;ma en &eacute;toile, avec une autoroute unique pour chaque trajet, et des co&ucirc;ts &eacute;lev&eacute;s. Effectivement, il est possible d&#39;installer un douanier &agrave; cet endroit. Mais c&#39;est au prix de la destruction du Net.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Mais l&rsquo;auteur n&rsquo;exclut pas totalement l&rsquo;id&eacute;e de fronti&egrave;re m&ecirc;me si sa vision est clairement journalistique.<sup><a name="sdfootnote9anc" href="#sdfootnote9sym" title="sdfootnote9anc"><sup>9</sup></a></sup> Pierre Mounier rappelle qu&rsquo;Al Gore avait parl&eacute; de <em>la nouvelle fronti&egrave;re &agrave; conqu&eacute;rir</em><sup><em><a name="sdfootnote10anc" href="#sdfootnote10sym" title="sdfootnote10anc"><sup>10</sup></a></em></sup><em> </em>et souligne la justesse de la d&eacute;finition<em>&nbsp;</em>:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est peut-&ecirc;tre la d&eacute;finition la plus juste que l&rsquo;on puisse donner &agrave; l&rsquo;histoire du cyberespace&nbsp;: comme un espace colonial, un espace vierge, ou per&ccedil;u comme tel, vers lequel se pr&eacute;cipitent des individus et int&eacute;r&ecirc;ts aux motivations profond&eacute;ment divergentes.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> En clair, les fronti&egrave;res sont ces &laquo;&nbsp;<em>lieux de friction</em>&nbsp;&raquo; o&ugrave; se nouent les &eacute;changes. Finalement, nous avons quelque peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il y a des fronti&egrave;res partout sur Internet si nous donnons au mot fronti&egrave;re un sens large&nbsp;: fronti&egrave;res entre l&rsquo;homme et les diff&eacute;rentes interfaces, fronti&egrave;res entre les diff&eacute;rents r&eacute;seaux et ordinateurs, etc. Par cons&eacute;quent, il est &eacute;vident que s&rsquo;il existe un nombre incommensurable de fronti&egrave;res, il existe aussi un grand nombre de cartes du r&eacute;seau. La repr&eacute;sentation d&eacute;pend de beaucoup des choix individuels. D&rsquo;ailleurs il est peu ais&eacute; de savoir o&ugrave; se situe la fronti&egrave;re, comme le montrait Michel Serres<sup><a name="sdfootnote11anc" href="#sdfootnote11sym" title="sdfootnote11anc"><sup>11</sup></a></sup> &nbsp;:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;De m&ecirc;me, lorsque nous organisons une conf&eacute;rence visuelle &agrave; 3 ou 4, dispers&eacute;s en Nouvelle Z&eacute;lande, Afrique du Sud, Scandinavie et France&nbsp;: o&ugrave; se situent le point d&rsquo;intersection de ces zones&nbsp;?.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La fronti&egrave;re est un terme g&eacute;opolitique par excellence. Et finalement si les traces les plus nettes des fronti&egrave;res &eacute;taient les fameux noms de domaine&nbsp;? L&rsquo;attribution des DNS (domain name servers) se fait par l&rsquo;ICANN dont nous reparlerons plus loin dans les acteurs-r&eacute;seaux.</p>
<h3 class="western">Le Territoire et sa repr&eacute;sentation.</h3>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La fronti&egrave;re d&eacute;coupe souvent un territoire. Un territoire souvent ni&eacute; dans le cyberespace :</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Le cyberespace, identifi&eacute; &agrave; un espace fait uniquement de r&eacute;seaux, est caract&eacute;ris&eacute; par l&rsquo;interconnexion sans fin. En effet, ce territoire n&rsquo;a pas de topographie, mais uniquement une topologie. Si le cyberespace fait allusion au territoire, il est en fait, un espace sans histoire, un espace non territorialis&eacute;&nbsp;: il n&rsquo;est pas une &laquo;&nbsp;terre-histoire&nbsp;&raquo;. Neuf, il est donc susceptible de toutes les repr&eacute;sentations.&nbsp;&raquo;<sup> <a name="sdfootnote12anc" href="#sdfootnote12sym" title="sdfootnote12anc"><sup>12</sup></a></sup></em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Nous reviendrons plus tard sur le probl&egrave;me de la topographie que soul&egrave;ve Musso. Pour savoir si vraiment Internet et le cyberespace en particulier peut &ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute; de multiples mani&egrave;res, il nous faut &eacute;lucider le rapport entre territoire et repr&eacute;sentation. Henri Desbois qui fait partie de l&rsquo;&eacute;quipe &laquo;&nbsp;R&eacute;seaux, savoirs et territoires&nbsp;&raquo; de l&rsquo;ENS explique clairement ce fait <sup><a name="sdfootnote13anc" href="#sdfootnote13sym" title="sdfootnote13anc"><sup>13</sup></a></sup>&nbsp;:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Pour un territoire donn&eacute; peuvent coexister des repr&eacute;sentations tr&egrave;s vari&eacute;es, voire contradictoires, car ce qui v&eacute;ritablement institue le territoire, autant que le contenu de chaque repr&eacute;sentation prise individuellement, c&#39;est le fait qu&#39;un objet unique &laquo;le territoire&raquo; soit l&#39;objet de repr&eacute;sentations multiples.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> La question est &eacute;videmment pos&eacute;e pour la cas d&rsquo;Internet. Avons- nous affaire &agrave; un territoire global et unique&nbsp;? Et si oui, quelle repr&eacute;sentation peut-on lui conf&eacute;rer&nbsp;? Une nouvelle fois, Henri Desbois exprime ce conflit&nbsp;<sup><a name="sdfootnote14anc" href="#sdfootnote14sym" title="sdfootnote14anc"><sup>14</sup></a></sup>:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Avec Internet appara&icirc;t un nouveau vecteur de repr&eacute;sentations. On peut l&eacute;gitimement supposer que de nouvelles repr&eacute;sentations du territoire sont li&eacute;es &agrave; ce nouveau vecteur, et cela &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;chelles. Il existe tout d&#39;abord une mise en sc&egrave;ne du territoire d&#39;Internet, plus ou moins identifi&eacute; &agrave; la plan&egrave;te enti&egrave;re, comme en t&eacute;moignent les nombreuses ic&ocirc;nes de globes et les planisph&egrave;res qu&#39;on rencontre sur le r&eacute;seau. Internet se repr&eacute;sente abondamment lui-m&ecirc;me sous la forme d&#39;un r&eacute;seau plan&eacute;taire, traduction g&eacute;ographique d&#39;une suppos&eacute;e communaut&eacute; des internautes (apparemment plus unie que, par exemple, la communaut&eacute; des abonn&eacute;s au t&eacute;l&eacute;phone). Il serait int&eacute;ressant de comparer la g&eacute;ographie r&eacute;elle du r&eacute;seau &agrave; ces repr&eacute;sentations. (&hellip;)Hors des applications de courrier &eacute;lectronique, qui rendent sensible l&#39;extension g&eacute;ographique du r&eacute;seau en mettant en contact des personnes qui se savent physiquement &eacute;loign&eacute;es, une part de la fascination que peut exercer Internet vient sans doute, autant que de la quantit&eacute; d&#39;informations disponibles, du fait qu&#39;elles sont dispers&eacute;es. La conscience de cette dispersion et sa mise en sc&egrave;ne font qu&#39;on peut bien parler d&#39;un territoire d&#39;Internet. L&#39;image fondamentale de ce territoire (ou, pour employer la notion d&eacute;velopp&eacute;e par Jacques Van Waerbeke, la &laquo;m&eacute;taphore du territoire&raquo; d&#39;Internet) est bien entendu celle du r&eacute;seau, c&#39;est &agrave; dire justement la figure par excellence du territoire ordonn&eacute;. Sans doute cela peut-il susciter quelques r&eacute;flexions. (&hellip;)Il n&#39;est pas &eacute;tonnant que la constitution d&#39;un r&eacute;seau international s&#39;accompagne d&#39;une affirmation des identit&eacute;s locales sur ce m&ecirc;me r&eacute;seau. Cette affirmation peut se faire par de nombreux biais, tels que la langue, l&#39;iconographie, ou l&#39;utilisation de divers symboles. Ces repr&eacute;sentations appellent plusieurs questions. Ces repr&eacute;sentations reprennent-elles des repr&eacute;sentations pr&eacute;existantes, ou sont-elles nouvelles? Comment s&#39;articulent-elles avec la r&eacute;alit&eacute; et l&#39;id&eacute;ologie mondialiste du r&eacute;seau ?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify"> Le territoire d&rsquo;Internet ne poss&egrave;de ni repr&eacute;sentation parfaite ni mesure pr&eacute;cise et si beaucoup d&rsquo;internautes partagent une vision globale du cyberespace, la plupart en ont une vision fort diff&eacute;rente notamment selon leurs usages. Il faudrait les comparer avec la v&eacute;ritable g&eacute;ographie d&rsquo;Internet selon Desbois. Mais quelle est-elle&nbsp;? Est-ce la g&eacute;ographie des backbones, des plus gros r&eacute;seaux, ou bien celles des plus grands flux de donn&eacute;es&nbsp;? La difficult&eacute; provient du fait que le cyberespace est un univers en expansion et qu&rsquo;une carte ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;un produit op&eacute;r&eacute; par des choix singuliers &agrave; un moment donn&eacute; dans le but d&rsquo;obtenir une vue globale comme le montre Olivier Ertzscheid&nbsp;:</p>
<p style="margin-left: 1.5cm; text-indent: 1cm; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm; line-height: 100%" align="justify"> <em>&laquo;&nbsp;Probablement plus que tout autre ph&eacute;nom&egrave;ne se pr&ecirc;tant &agrave; une repr&eacute;sentation cartographique, l&rsquo;organisation hypertextuelle pose, &agrave; chacun de ses niveaux de r&eacute;alit&eacute; physique et de repr&eacute;sentation mentale, le probl&egrave;me de d&eacute;terminer quelle est la meilleure cartographie possible pour un territoire donn&eacute;, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du territoire qui peut &ecirc;tre parcouru dans une session de navigation ou de celui constitu&eacute; par l&rsquo;ensemble de ces unit&eacute;s (et donc toujours &agrave; un moment donn&eacute;). La carte de l&rsquo;organisation hypertextuelle -et c&rsquo;est l&agrave; la premi&egrave;re propri&eacute;t&eacute; qui la distingue de tout autre-est donc li&eacute;e non seulement &agrave; un espace, &agrave; un territoire, mai &eacute;galement &agrave; une temporalit&eacute; particuli&egrave;re.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 0.5cm; text-indent: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 150%" align="justify">  Quoiqu&rsquo;il advienne, c&rsquo;est bien l&rsquo;utilit&eacute; de pouvoir se rep&eacute;rer, de se situer qui prime dans la carte, m&ecirc;me si cette derni&egrave;re est imparfaite. La carte est bien le symbole de la n&eacute;cessit&eacute; de guider, de celui qui conna&icirc;t les cartes, le &laquo;&nbsp;<em>navigateur</em>&nbsp;&raquo;. Pour devenir nous aussi des navigateurs du cyberespace, il nous faut maintenant &eacute;tudier les cartes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<div id="sdfootnote1">
<p style="margin-bottom: 0cm"><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc" title="sdfootnote1sym">1</a><sup><font size="2"> 	</font></sup><font size="2">Jean Loup Rivi&egrave;re. La carte, le 	corps, la m&eacute;moire in <em>Cartes et figures de la Terre</em>, 	Paris, Centre Georges Pompidou, 1980</font></p>
<p class="sdfootnote"> 	</p>
<p class="sdfootnote"> 	</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote2">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote2sym" href="#sdfootnote2anc" title="sdfootnote2sym">2</a> 	Article &quot;Fronti&egrave;re&quot; In <em>Dictionnaire de 	g&eacute;opolitique</em>, sous la direction de Yves Lacoste, 	Larousse, Paris, 1993.</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote3">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote3sym" href="#sdfootnote3anc" title="sdfootnote3sym">3</a> 	Patrice Flichy. <span>Op. cit. p. 256</span></p>
</p></div>
<div id="sdfootnote4">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote4sym" href="#sdfootnote4anc" title="sdfootnote4sym">4</a> 	Alexandre Boucherot, Arnaud Jacob. <font color="#000000"><em>Territoires 	virtuels et territoires &quot;relationnels&quot; : Sur la notion de</em> 	<em>&quot;fronti&egrave;res&quot; appliqu&eacute;e au cyberespace</em><strong> 	</strong></font>[en ligne]</p>
<p class="sdfootnote"> 	http://www.fluctuat.net/tourdumonde/img/Final_Frontier.pdf</p>
<p class="sdfootnote">Alexandre Boucherot est le fondateur de la 	revue culurelle en ligne &laquo;&nbsp;fluctuat.net&nbsp;&raquo;. 	Arnaud Jacob collabore &agrave; la revue. Ce travail a &eacute;t&eacute; 	r&eacute;alis&eacute; en collaboration avec le centre Pompidou.</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote5">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote5sym" href="#sdfootnote5anc" title="sdfootnote5sym">5</a> 	A.Bierce cit&eacute; <em>in</em> &quot; In Roger Brunet, <em>Dictionnaire 	critique de g&eacute;ographie</em>. Bordas, Paris. Article 	&quot;Fronti&egrave;re&nbsp;&raquo;.</p>
<p class="sdfootnote"> 	</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote6">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote6sym" href="#sdfootnote6anc" title="sdfootnote6sym">6</a> 	Richard Delmas, Fran&ccedil;oise Massit-Foll&eacute;a. <em>La 	gouvernance d&rsquo;Internet</em>. Les cahiers du num&eacute;rique. vol 	3-2, Paris&nbsp;: Herm&egrave;s. 2002</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote7">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote7sym" href="#sdfootnote7anc" title="sdfootnote7sym">7</a> 	Pierre Mounier. <em>Les ma&icirc;tres du r&eacute;seau. Les enjeux 	politiques d&rsquo;Internet</em>. Paris : La D&eacute;couverte, 2002. Ce 	dernier explique les raisons des enjeux politiques&nbsp;:</p>
<p class="sdfootnote"><em>&laquo;&nbsp;Et de fait, le cyberespace est 	infini&nbsp;; rien n&rsquo;emp&ecirc;che &agrave; priori que les uns et 	les autres m&egrave;nent pacifiquement leurs activit&eacute;s sans 	se marcher sur les pieds. C&rsquo;&eacute;tait oublier qu&rsquo;Internet 	pr&eacute;sente plusieurs points d&rsquo;&eacute;tranglement&mdash;les noms 	de domaine, la bande passante, l&rsquo;&eacute;cran de l&rsquo;utilisateur 	final, et bient&ocirc;t les adresses IP, qui sont &agrave; l&rsquo;origine 	des nombreuses bousculades qui &eacute;maillent son histoire.&nbsp;&raquo; 	</em>p. 16</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote8">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote8sym" href="#sdfootnote8anc" title="sdfootnote8sym">8</a><font color="#7a7a7a"><font face="Verdana, sans-serif"><font size="2" style="font-size: 11pt"><span><em>&laquo;&nbsp;L&#39;Internet</em></span></font></font></font><font color="#7a7a7a"><font face="Verdana, sans-serif"><font size="2" style="font-size: 11pt"><em><span>, 	un paysage en perp&eacute;tuelle reconfiguration</span><strong>&nbsp;</strong><span>&raquo;</span></em></font></font></font><br /><font color="#6a456e"><font face="Verdana, sans-serif"><font size="4"><span style="font-style: normal"><span><em>Interview 	de Solveig Godeluck</em></span></span></font></font></font> [en 	ligne]  	</p>
<p class="sdfootnote">http://www.fluctuat.net/tourdumonde/godeluck2.htm 		</p>
<p class="sdfootnote"> 	</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote9">
<p class="sdfootnote" align="justify"><a name="sdfootnote9sym" href="#sdfootnote9anc" title="sdfootnote9sym">9</a> 	Ibidem&nbsp;<em>:&laquo;&nbsp;Cela en effet ne signifie pas que toute 	fronti&egrave;re</em><em> ait disparu du r&eacute;seau</em><em>. 	D&#39;abord, il existe certains points de passage obligatoires sur le 	Net, malgr&eacute; sa grande d&eacute;centralisation. Ce sont les 	points faibles, les lieux o&ugrave; l&#39;on peut tout &agrave; la fois 	percevoir des taxes d&#39;utilisation, contr&ocirc;ler l&#39;identit&eacute;, 	interdire la circulation : les serveurs du fournisseur d&#39;acc&egrave;s 	; puis les backbones internationaux des op&eacute;rateurs t&eacute;l&eacute;coms 	qui transportent le</em> <em>trafic en gros. Les d&eacute;cisions &agrave; 	ces niveaux ne doivent pas &ecirc;tre laiss&eacute;es &agrave; la 	seule initiative du march&eacute; : le r&eacute;gulateur doit 	intervenir pour faire pr&eacute;valoir des choix 	politiques.<br />Ensuite, j&#39;utilise l&#39;id&eacute;e de fronti&egrave;re</em><em> 	au sens figur&eacute;. Cela me semble particuli&egrave;rement 	appropri&eacute; dans un univers de virtualit&eacute;. Les 	fronti&egrave;res sont les lieux de s&eacute;paration entre deux 	repr&eacute;sentations du cybermonde, lieux de friction, de conflit, 	mais aussi paradoxalement de rencontre et donc de n&eacute;gociation. 	Ces fronti&egrave;res sont tout bonnement la cristallisation de la 	g&eacute;opolitique ! Elles se dressent ici et l&agrave;, ne se 	superposent pas enti&egrave;rement, et portent plus souvent que 	jamais sur les champs culturel et juridique. Car sur Internet</em><em>, 	on ne verse pas son sang sur une fronti&egrave;re</em><em> : on y perd 	sa r&eacute;putation, on y gagne son avenir, on y m&egrave;ne la 	guerre de l&#39;information.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p class="sdfootnote"> 	</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote10">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote10sym" href="#sdfootnote10anc" title="sdfootnote10sym">10</a> 	Pierre Mounier. <span>Op. cit. p. 16</span></p>
</p></div>
<div id="sdfootnote11">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote11sym" href="#sdfootnote11anc" title="sdfootnote11sym">11</a>Michel 	Serres. <em>Atlas</em>. <span>Op. cit. p. 196.</span></p>
</p></div>
<div id="sdfootnote12">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote12sym" href="#sdfootnote12anc" title="sdfootnote12sym">12</a> 	Pierre Musso. <span>Op. cit. p .34</span></p>
</p></div>
<div id="sdfootnote13">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote13sym" href="#sdfootnote13anc" title="sdfootnote13sym">13</a> 	Henri Desbois. <em>Repr&eacute;sentations et territoires</em><em> sur 	Internet</em>. [en ligne] 	http://barthes.ens.fr/atelier/articles/desbois-mai-98.html</p>
</p></div>
<div id="sdfootnote14">
<p class="sdfootnote"><a name="sdfootnote14sym" href="#sdfootnote14anc" title="sdfootnote14sym">14</a><span> 	ibid.</span></p>
</p></div>
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		<title>La cybergéographie.</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Dec 2005 10:23:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator><span property="dc:creator" resource="http://www.guidedesegares.info/2005/12/07/la-cybergeographie/">Olivier Le Deuff</span></dc:creator>
				<category><![CDATA[Cybergéographie]]></category>

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La cybergéographie. Une nouvelle discipline ? Il existe peu de références sur la cybergéographie hormis les ouvrages de Martin Dodge1 et son site. Nous avons également utilisé la traduction du site effectuée par Nicolas Guillard ainsi que l’excellente analyse d’Eric Barthes2 dont nous reprendrons beaucoup d’éléments dans l’analyse. En effet, Barthes résume bien la diversité [...]]]></description>
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<div class='microid-3f8ca60d3a8fbb86b4f11ba820a2c31d1efb2ba8'><p><span style="font-weight: bold">La cybergéographie.</span><br style="font-weight: bold" /><span style="font-weight: bold"> Une nouvelle discipline ?</span><br />
Il existe peu de références sur la cybergéographie hormis les ouvrages de Martin Dodge1 et son site. Nous avons également utilisé la traduction du site effectuée par Nicolas Guillard ainsi que l’excellente analyse d’Eric Barthes2 dont nous reprendrons beaucoup d’éléments dans l’analyse.<br />
En effet, Barthes résume bien la diversité et la complexité de cette discipline émergente 3:<br />
« En attendant l’avènement d’une science « globale » de l’Internet, la cybergéographie constitue une première tentative de rendre compte de l’inter-réseau, en insistant sur l’aspect spatial et les techniques de visualisation. A travers un certain nombre de travaux fondateurs, comme ceux de Martin Dodge et Rob Kitchin un méta-discours fédérateur est en train de se mettre en place, fournissant un cadre conceptuel pour penser les relations entre les diverses pratiques et approches qui composent la cybergéographie.<br />
Inter-discipline novatrice et dynamique, la cybergéographie entretient des relations complexes avec d’autres disciplines et zones d’activité plus fortement institutionnalisées : la géographie, l’informatique, l’urbanisme et l’aménagement, les sciences cognitives, la linguistique, la sociologie, le marketing, etc. Au fur et à mesure de sa disciplinarisation, on assistera sans doute à des tentatives de délimiter ses frontières, d’exclure certains discours et de délégitimer certains objets d’étude. »<br />
C’est Martin Dodge qui a popularisé le terme de « cybergéography » après l’avoir lu pour la première fois en 1994 dans un article de Steve Pile paru dans la revue Environment and planning A. Nous n’avons pas lu cet article mais l’information a été donné à Barthes par Dodge lui-même.<br />
La cybergéographie est donc issue de la géographie mais elle en diffère par des méthodes de cartographie différentes. Cette discipline est avant tout une science sociale de l’Internet car elle cherche à prendre en compte les relations et enjeux de pouvoir et de territoires. Elle est au cœur de la mesure du Web puisqu’elle prend en compte de nombreuses données et domaines différents. Mais il est possible qu’elle finisse à son tour par se diviser voire qu’elle finisse par changer de nom. Nous songeons ici aux travaux de Reinhold Grether qui cherche à impulser une science du net « Netzwissenschaft ».4<br />
Cette étude nous fait partager en quelque sorte « l’aventure » de ces cybergéographes, de ces cartographes d’un nouveau monde. Nous suivons en cela l’exemple donné par Michel Serres :<br />
« Construisons ou, mieux, dessinons, le nouvel atlas, par entrelacs, stocks et circulation ensemble, et pensons, ensemble, mot, phrase, langues, image, sciences, valeurs, information … semblables éléments prêts à se féconder les uns les autres. L’accumulation laisse place au mélange. »5</p>
<p>Fin de l’Histoire ou de la géographie et téléologie : problèmes pour une « discipline » de l’Internet.<br />
« In that Empire, the craft of Cartography attained such Perfection that the map of a Single Province covered the space of an entire City, and the Map of the Empire itself an entire Province. In the course of Time, these Extensive maps were found somehow wanting, and so the College of Cartographers evolved a Map of the Empire that was of the same Scale as the Empire and that coincided with it point for point. Less attentive to the Study of Cartography, succeeding Generations came to judge a map of such Magnitude cumbersome, and, not without Irreverence, they abandoned it to the Rigours of sun and Rain. In the western Deserts, tattered Fragments of the Map are still to be found, Sheltering an occasional Beast or beggar; in the whole Nation, no other relic is left of the Discipline of Geography. »<br />
Jorge Luis Borges, From &laquo;&nbsp;Of exactitude in science&nbsp;&raquo; in A Universal History of Infamy.<br />
L’émergence d’une telle discipline ne peut se faire sans s’interroger sur sa place au sein des sciences mais aussi de l’histoire tout court. En effet, nous rappelons que le World Wide Web a vu le jour en 1989, une année charnière puisqu’elle marque aussi la chute du mur de Berlin6.<br />
Pierre Lévy prolonge la vision de Fukuyama7 :<br />
« « L’humanité consciente d’elle-même naît en même temps politiquement (chute du mur de Berlin), intellectuellement ( le courrier électronique, les communautés virtuelles, le Web), économiquement (mondialisation, montée des politiques libérales, virtualisation de l’économie). Le processus n’est bien sûr pas achevé, mais il est maintenant bien engagé. »</p>
<p>Pourtant, il nous semble qu’il est impossible de parler de cybergeographie sans s’interroger sur les liens du Web avec l’histoire. Le Web fait-il partie de ce processus décrit par Fukuyama ?<br />
Martin Dodge cite le penseur américain Sardar qui perçoit dans le Web une idéologie sous jacente 8 :<br />
« Cyberspace dit not appear … from nowhere…It is conscious reflections of the desire, aspirations, experiential yearning and spiritual angst of western man ; it is resolutely designed as a new market, and is an emphatic product of the culture, worldview and technology of western civilizations&#8230; cyberspace, then, is the american dream writ large ; it marks the dawn of a new american civilization&#8230;cyberspace is particulary geared up towards the erasure of all non-western histories.”<br />
Selon Sardar, le Web ne serait pas neutre mais au contraire la concrétisation de l’idéalisme américain. Martin Dodge partage cette opinion en établissant le lien entre les flux de capitaux et les flux de données 9:<br />
« It is recognized that the development and promotion of ICTs and cyberespace is bound to capitalist modes of production &#8211; cyberspace is a commercial product to be economically exploited, used to open new market of opportunety. »<br />
Les transformations opérées par les nouvelles technologies de l’information sont de trois sortes pour Dodge :<br />
- Culture commune et globalisation.<br />
- Restructuration globale et mobilité.<br />
- Le corps est fluide et non fixe, et la communauté est fondée plus sur l’intérêt que sur la localisation.<br />
Les deux premières caractéristiques convergent effectivement avec le développement du capitalisme et l’avancée de la culture américaine qui l’accompagne. La troisième ressemble surtout aux flux des capitaux. Evidemment il faut s’interroger sur les liens entre l’idéologie capitaliste et l’Internet. La mesure peut-elle dès lors s’effectuer à partir du moment où l’objet Internet serait idéologique ? Nous avons vu précédemment les liens qui existent entre le concept de postmodernité et la culture cyberpunk. Le cyberespace marque-t-il la fin de l’histoire au sens de Fukuyama ? En tous cas, Pierre Musso résume une pensée proche de Pierre Lévy 10:<br />
« Liberté, égalité, fraternité : l’utopie sociale de 89 (1789-1989) se réaliserait enfin grâce à l’utopie technique réticulaire. « le cyberespace peut apparaître comme une sorte de matérialisation technique des idéaux modernes. »<br />
De la même manière que dans la vision cyberpunk, certes différente, il semble qu’il y ait donc confusion entre un Internet utopique et idéal et celui que nous pratiquons.<br />
Il est vrai aussi que nous ne parlons pas de « cyberhistoire »11 mais de cybergéographie. En effet, Dodge tente plutôt de démontrer que le cyberespace introduit des changements mais qu’il ne signifie pas pour autant la fin de la géographie. Et si la géographie traditionnelle perdure, l’histoire qui lui est intimement liée continue dans le cyberespace. Cependant il est évident que le cyberespace est vecteur de certaines idéologies que dénonce Sardar.<br />
Paul Virilio voyait dans l’avènement du Web et le développement de la mondialisation cette fin de la géographie 12:<br />
« Totalité ou globalité ? Comment ne pas se poser la question de savoir ce que recouvre le terme sans cesse répété de « mondialisation » ? S’agit-il d’un mot destiné à renouveler celui d’internationalisme, trop marqué par le communisme, ou, comme on le prétend souvent, d’une référence au capitalisme du marché unique ? Dans un cas comme dans l’autre, on est loin du compte. Après la « fin de l’histoire », prématurément annoncé par Francis Fukuyama il y a quelques années, la mondialisation annonce, en fait, la fin de l’espace d’une petite planète en suspension dans l’éther électronique de nos moyens modernes de télécommunications…La ville réelle, localement située et qui donnait jusqu’à son nom à la politique des nations, cède sa primauté à la ville virtuelle, cette « métacité » déterritorialisée qui deviendrait ainsi le siège de cette métropolitique dont le caractère totalitaire, ou plutôt globalitaire, n’échappera à personne. »<br />
Dodge ne partage pas cette vue de globalisation totale. L’analyse de Virilio est toujours technophobe mais selon nous il demeure dans une vision de la fin de l’histoire pessimiste en lui ajoutant le concept de la fin de la géographie.<br />
Plutôt que de parler de fin de la géographie, il faut constater en fait des modifications dans les lois géographiques. Dodge cite Mitchell qui décrit le cyberespace comme ceci13 :<br />
« profoundly antispatial…You cannot say where it is or describe its memorable shape and proportions or tell a stranger how to get there. But you can find things in it without knowing where they are. The net is ambient- nowhere in particular but everywhere at once. You do not go to it ; you log in from wherever you physically happen to be&#8230;the net’s despatialization of interaction destroys the geocode’s key.”<br />
Néanmoins, Dodge reconnaît ces changements mais il suggère que tous les habitus géographiques n’ont pas disparu. Gibson qualifiait le cyberespace de géographie mentale commune (« common mental geography »).<br />
Dodge remarque surtout qu’il est impossible de séparer totalement l’espace traditionnel de celui du cyberespace. Nous remarquons qu’il s’agit plutôt d’un processus d’accroissement virtuel de la cité. En effet, les TIC induisent de nouvelles conceptions urbaines14 avec la création de « soft cities » comme le note Dodge en citant l’exemple de la ville de Singapour qui a fait un gros travail de recherche sur les réseaux pour impliquer les TIC dans la ville. Il y a donc une sorte de prolongement entre les habitus des anciennes géographies et économies et la géographie du cyberespace15 :<br />
« For example, cyberspaces, far from dissolving geographic communities into a state of placelessness, is in many cases being used too foster and support such communities. Similarly, computer-mediated communication are helping to reproduce political structures, not dismantle them.”</p>
<p>Une nouvelle géographie ?<br />
La cybergéographie peut-elle prétendre être la nouvelle « discipline » capable de mesurer le Web ? Si elle tente de se donner les moyens de réussir, il convient une nouvelle fois de la penser comme une « discipline » élargie et non comme une science à part entière.<br />
Nous avons donc effectué un travail comparatif à partir des actions géographiques essentielles. En ce sens, nous avons travaillé à partir d’un simple manuel de géographie pour effectuer de réelles comparaisons entre l’ancienne géographie et la nouvelle. A cet effet, nous nous appuierons sur nos propres analyses mais aussi sur celles de la géographe allemande Inga Klas et son étude entre les relations entre Internet et la géographie culturelle.16<br />
Cette dernière cite Tim Berners Lee qui opère une intéressante distinction qui nous apparaît essentielle dans la mesure du cyberespace et de l’Internet 17:<br />
« On the Net you find computers &#8211; on the Web, you find document, sounds, videos,&#8230; information. On the Net, the connections are cables between computers; on the Web connections are hypertext links.”<br />
Nous n’avons pu retrouver les références exactes de la citation. Mais Inga Klas poursuit cette affirmation de Berners Lee en soulevant la difficulté d’une vision globale de l’Internet:<br />
« Diese Definition zeigt eine weitere Möglichkeit, das Internet darzustellen: Neben der Software-Ebene können auch die physischen Komponenten betrachtet werden, die für den Datentransfer benötigt werden. Die vollständige Darstellung dieser globalen Internet-Architektur, das heißt eine Übersicht über sämtliche Übertragungsmedien, wie Datenleitungen, Funk- oder Satelliteneinrichtungen, ist aufgrund der hohen Komplexität und der Vielzahl an Netzbetreibern heute nicht mehr möglich.“18<br />
La séparation entre la géographie physique de la géographie culturelle peut nous être utile en ce qui concerne Internet. Parler de fin de la géographie en ce qui concerne le cyberespace s’avère par conséquent absurde. Nous retrouvons d’ailleurs beaucoup de comportements proches de ceux de l’espace terrestre dans le cyberespace. Les manuels de géographie distinguent couramment cinq actions majeures d’une société dans l’espace :<br />
s’approprier ou approprier.<br />
Exploiter l’espace.<br />
Habiter<br />
Communiquer et échanger<br />
Gérer.<br />
Ces dernières actions sont valables aussi sur le réseau des réseaux. Elles sont également valables au sein des « deux géographies ».</p>
<p>Tableau 1: Comparaison des différentes géographies terrestres, réseaux physiques et espaces numériques.</p>
<p>Terre<br />
Internet : Réseaux physiques :</p>
<p>Internet :Réseau de données et d’informations :<br />
Le cyberespace.<br />
S’approprier ou approprier<br />
Permet de disposer d’un espace.<br />
Les réseaux, « backbones » sont la propriété de grosses entreprises ou opérateurs publics.<br />
L’espace numérique appartient à des sociétés, Etats, universités, particuliers.<br />
Exploiter l’espace<br />
Exploitation de l’espace approprié.</p>
<p>Amélioration techniques pour la transmission des informations.<br />
Production de contenus et d’informations.<br />
Habiter<br />
Manière d’exploiter l’espace par le logement.<br />
Pas vraiment des lieux d’habitat si ce n’est pour les futures nanotechnologies.<br />
Espace « habité » par les communautés et les identités virtuelles.<br />
Communiquer et échanger<br />
Le lieu implique un espace d’échanges et de transactions.<br />
Lieux d’échanges permanent.<br />
Echanges maximisés via le mail, chat, etc.<br />
Gérer<br />
Action qui coordonne les précédentes avec ses règles.<br />
Amélioration du système avec règles communes et recherches.<br />
Instauration de protocoles et de nétiquettes.</p>
<p>Il est évident qu’il existe une géographie de l’Internet et qu’elle présente des analogies avec la géographie classique. Néanmoins, il demeure des différences ou tout au moins des singularités.<br />
Parmi ces différences, il est souvent noté qu’il se passe un processus de « cyborgisation », c’est à dire que le cyberespace est un espace de décorporation, de libéralisation de l’esprit selon la vision idéaliste. Le propre de l’individu (self) est délocalisé dans un espace libéré du contexte géographique et de la communauté. En fait, l’action produite par l’individu est plus communicationnelle que physique. Il est cependant difficile d’affirmer que nous abandonnons notre corps lorsque nous nous connectons. Il est vrai qu’il s’opère des transformations lors de nos connections, car nos communications sont codées et décodées. Il n’y a pas de réelle décorporation mais plutôt une transmission voire une augmentation de nos possibilités de communiquer19. Cependant Howard Rheingold se montre lui pessimiste quant aux capacités à mesurer efficacement les identités sur le Web 20:<br />
« mapping identity in « geographic » space, given it’s fluid, multiple and fragmented natures, is fraught with difficulties . »<br />
Dès lors, il faut sans doute chercher ailleurs les vraies différences, car le processus d’imitation est évident comme le souligne Dodge 21:<br />
« Like geographic communities, these online communities have behavioural norms, differing personalities, shared signifiance and allegiances.”<br />
Il y a donc bien similitude dans les principales actions dans l’espace comme nous l’avons montré dans le tableau précédent mais la mesure du cyberespace s’avérerait fausse et tronquée si nous ne tentions de montrer les différences. Le cyberespace résulterait d’une autre géométrie ou les lois cartésiennes et euclidiennes ne seraient plus seules valables. Michael Benedickt voit le cyberespace comme un lieu qui n’est pas astreint aux principes de l’espace et du temps et qui ouvre d’autres perspectives plus spirituelles 22:<br />
« After all, the ancient worlds of magic, myth and legend to which cyberspace is heir, as well the modern worlds of fantasy fiction, movies, and cartoons, are replete with violations of the logic of everyday space and time : disappearance, underworlds, phantoms, warp speed travel, mirrors and doors to alternate worlds, zero gravity, flattenings and wormholes, scale inversions, and so on. And after all, why cyberspace if we cannot (apparently) bend nature’s rules there ?<br />
Nous avons vu précédemment les liens du cyberespace avec l’imaginaire, mais il est évident que le cyberespace ouvre des potentialités accrues, notamment au niveau des possibilités de créer de nouveaux univers. Mais encore une fois, il nous semble qu’il n’y a pas de séparation totale mais au contraire augmentation. Un joueur en réseau accède certes à des univers totalement distincts de ceux de sa vie réelle, néanmoins nous ne pouvons pas dire qu’il se sépare de son corps. Il s’agit de développer son imaginaire : une augmentation ludique.<br />
Dodge observe une transformation de l’espace-temps dans le cyberespace. Ce dernier suit une forme binaire entre le 0 et le 1, entre la présence et l’absence entre le « now » et le « never ». Dodge cite à cet effet l’analyse de Stalder 23:<br />
« Cyberspace is a binary space where distance can be measured in only two ways : zero distance (inside the network) or infinite distance (outside the network) ; here or nowhere.”<br />
Dodge partage également le cyberespace en deux parties : l’espace de circulation (space of flows) et l’espace des places (space of places). Tout se joue entre les « places fortes » du cyberespace et les vecteurs de circulation d’informations. Seulement, la question mérite d’être posée : ou se trouve l’individu entre ces deux parties ?24 D’ailleurs que signifie être au sein du cyberespace ? Quelles sont les identités qui sont présentes ? Il est vrai que nous avons vu que le cyberespace permet un accroissement de communautés déjà existantes mais il est aussi la source des « subcultures » qui se développent en son sein comme les cyberpunks ou les hackers. Par conséquent la cybergeographie devra s’accompagner d’une géographie culturelle afin d’examiner les relations sociales nouvelles qui s’y nouent. Il s’agit donc avant tout de « Kulturgeographie », « human geography » ou bien encore de géographie humaine. Nous préfèrerons les termes de géographie sociale. 25</p>
<p>La cybergéographie a choisi de développer l’outil le plus utilisé en géographie : la cartographie. Plutôt que de véritables cartes, ce sont avant tout des représentations graphiques. Nous parlerons donc de cartographie dans un sens élargi. Cette volonté de cartographier s’explique par peut-être par le phénomène de désorientation qui règne dans le cyberespace. Nous établissons alors des cartes lorsque nous nous sentons un peu perdu, tel Robinson sur son île. 26</p>
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