La sérendipité organisée : forcer le destin avec de la valeur esprit

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Après la lecture des billets de collègues ici et , je m’interroge sur une des notions montantes de la recherche d’information : la sérendipité.

Je crois qu’en effet c’est une notion complexe et qu’il ne s’agit pas pour autant de dire en effet qu’une bonne recherche peut être supérieure à la sérendipité. J’ai envie de dire au contraire. Cela revient certes à s’interroger sur le besoin d’information mais surtout sur la place du hasard au cours de la recherche d’information mais aussi de l’existence.

En effet, les outils de type web 2.0 permettent une veille poussée mais favorise également la sérendipité. Je songe notamment ici aux outils de type del.icio.us et notamment la possibilité de surveiller les signets de certaines personnes. Hormis ces développements intéressants qui font de ces hypomnemata de voies de réenchantement du monde (cf. Stiegler) et de construction de veille collective à défaut d’intelligence collective, je crois qu’il n’est pas inintéressant de se pencher sur le hasard. Pendant un bout de temps, l’objectif de la science a été de démontrer qu’il n’y avait    pas véritablement de hasard mais des enchainements de cause à effets. Avec la complexité des recherches, l’élément hasard a du être intégré même s’ils demeurent certains « scientistes » purs et durs qui semblent le rejeter et aimeraient tout expliquer. La séréndipité s’inscrit dans une autre lignée à la fois plus modeste dans le sens où elle s’éloigne de l’hubris (la démesure qui viserait à faire de l’homme la mesure de toute chose au mépris de son environnement) et plus ambitieuse car elle s’inscrit dans une lignée, une tradition quasi religieuse (au sens étymologique : qui relie) Cette lignée ,ce sont l’entremêlement de nos vies et de nos destins, l’hypertexte tissé par les Parques.

Cette sérendipité, c’est redonner de la valeur esprit au XXIème siècle car le précédent n’a guère été spirituel. Il ne s’agit pas d’être des mystiques, mais des individus pas seulement contraints de s’adapter à une démarche ou un mode d’emploi, mais capable de se construire parmi les lumières rencontrées. Il convient sans doute de plaider également pour la figure du savant plutôt que des seuls spécialistes, qu’importe si ce savant doit désormais ressembler à un être collectif, s’appeler Roger Pédauque par exemple. Le savant Frankenstein devient lui même Frankenstein, mais cette fois-ci le monstre ne doit pas être banni mais bel et bien au cœur des dispositifs.

Cette sérendipité s’inscrit pleinement pour moi dans les objectifs de mes premiers écrits sur le guide des égarés en 1999. Je n’ai jamais pensé que le but n’était que de relier entre eux des documents. La dimension humaine y était déjà présente.