Antidote, mon pharmakon

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Cela fait quelques années que j’utilise l’outil Antidote  pour donner suite aux conseils de mes différents éditeurs, afin de pouvoir effectuer plusieurs corrections sur mes textes. On me reprochait souvent des textes un peu trop bruts, et pas assez travaillés pour mériter une première lecture corrective. Certains éditeurs m’envoyaient même des exports pour me montrer les endroits où cela posait problème. Du coup, j’ai fini par l’adopter. Cela fait bien longtemps que je voulais en parler, mais j’ai sans cesse reporté ce moment. Je pense que ça inaugure une série de billets sur des outils que j’utilise régulièrement. La plupart sont gratuits ou open source, mais je commence au final par une exception avec un outil payant.

En premier lieu, l’outil est très pratique en matière orthographique et plus puissant que les outils intégrés généralement aux traitements de texte. Antidote se couple à la plupart de vos logiciels, y compris les messageries du web, ce qui en fait un outil mobilisable régulièrement. On peut aussi utiliser l’outil sur plusieurs ordinateurs familiaux. Je ne sais pas si c’est le cas dans la dernière version, mais il me semble qu’on peut le mettre à disposition sur trois machines. Il faut aussi vérifier la compatibilité système et logiciels qui peut être parfois difficile si on travaille sous Linux par exemple avec les versions récentes.

Je l’utile principalement dans sa fonction corrective en ce qui concerne l’orthographe, mais je l’utilise aussi en pour l’ensemble des aspects typographie ce qui s’avère très pratique. Si je considère Antidote comme un pharmakon, c’est justement parce que son nom est une traduction possible de pharmakon dans son versant positif. Dans son versant négatif, l’antidote peut devenir un poison, notamment pour celui qui voudrait l’utiliser de façon magique et idiote en lui intimant l’ordre de tout corriger d’un coup. Évidemment, c’est ce qu’il ne faut pas faire, car Antidote fait bien sûr parfois des erreurs d’interprétation du texte, surtout quand je fais des phrases compliquées. Cela peut sembler évident, mais j’ai tellement vu des élèves et étudiants déléguer ce travail d’analyse à leurs outils qu’il est préférable de le signaler. Il faut justement faire des choix assumés quand le logiciel vous signale une erreur ou bien souvent une impropriété de langage.

Mes éditeurs m’ont plusieurs fois demandé d’utiliser un logiciel de ce type, notamment pour corriger également les problématiques de style. Et il faut reconnaître que l’outil est pratique à plus d’un titre, quel que soit le type de document que vous rédigez. J’ai par exemple une tendance à vouloir trop nuancer et donc j’abuse des phrases négatives qui sont bien souvent peu lisibles et peu convaincantes. Il faut généralement éviter de mettre trop de négatives dans un article scientifique sauf s’il s’agit d’effectuer un constat qui implique une négation. Même chose dans des ouvrages théoriques ou des romans, car cela nuit au cheminement et à l’argumentation. Antidote vous les signale et c’est à vous de jouer pour la réécriture.

La réécriture, c’est justement l’atout du logiciel en tant que pharmakon, car il s’agit bien d’une relation homme-machine qui se doit d’être équilibrée pour que ça fonctionne. J’ai progressé depuis dans l’utilisation du logiciel de cette manière, mais aussi dans ma manière d’écrire, car il s’agit de réinterroger ses propres réflexes et habitudes d’écritures que démontrent notamment les répétitions. On a souvent des tics de langage à l’écrit. Le logiciel sert ici de révélateur, si bien que vous allez sans doute faire évoluer vos pratiques d’écriture au fil des mois en prenant conscience des habitudes qui ne sont pas toujours opérationnelles. Dans tous les cas, logiciel ou pas, on est obligé quand on écrit- ce fut particulièrement le cas pour moi dans ma thèse- de se remettre en cause et de réinterroger les règles d’écriture, de style, de ponctuation et d’orthographe. Pendant plusieurs mois, je ne savais plus écrire et je ne sais pas si c’est l’influence de Foucault, mais dans la rédaction, je me demandais pourquoi mettre une virgule à tel endroit, bref je remettais tout en cause. Je ne sais si je suis guéri depuis, mais une seule chose est certaine, c’est qu’on ne sait jamais véritablement écrire. D’ailleurs, un éminent membre de la 71ème section m’avait conseillé de suivre des cours d’écriture, car il avait dû corriger un de mes articles avant publication. Le fond était bon, mais pas la forme selon lui. J’ai eu du mal à encaisser sur le coup, mais depuis je garde ce mail comme un collector. Désormais, j’espère que je saurais peut-être un jour mieux écrire. À force d’accumuler des kilomètres de texte. L’écriture est un long apprentissage qui nécessite entraînement avec l’espoir de devenir meilleur, même si ce n’est pas toujours gagné. L’idéal serait donc que le logiciel vous accompagne au point où vous n’en aurez plus besoin car vous aurez intégré toutes les subtilités du langage et vous n’aurez plus que par plaisir à consulter le Littré, le Gaffiot voire le Robert. Du coup, on rentrerait dans le cas où il n’y aurait plus de prolétarisation de l’individu vis à vis de la machine, mais une indépendance grandissante vis à vis de l’outil via un transfert de connaissances qui se ferait au fur et à mesure. Une déprolétarisation en quelque sorte.

Antidote éclaire quelque peu cette pratique, même si je ne suis pas allé jusqu’à utiliser toutes les possibilités de dénombrement et d’analyse. De même, j’attends encore quelques années avant de tenter une analyse automatique avec extraction de concepts de tout ce que j’ai pu écrire. Je pourrais le faire aisément en utilisant notamment IraMuteq.

Pour le moment, j’utilise la version 8.5. Apparemment une version 9 arrive. Intéressant également, le module optionnel en anglais qui pourrait me tenter. Car évidemment pour moi, l’écriture en anglais est pire qu’en français, puisque je m’interroge sur le bien fondé de la moindre phrase dès que j’écris en anglais. Toutefois, l’anglais induit une simplification qui peut s’avérer pratique. J’aimerais bien avoir quelques avis sur la version anglaise avant de me lancer sur cette add-on. Pour rappel, Antidote est réalisé par la société druide à Montréal, ce qui explique par moment que logiciel nous signale nos gallicismes !

Rien n’empêche de continuer à utiliser d’autres outils même si le logiciel contient plusieurs dictionnaires qui sont pratiques pour comprendre certaines règles sans aller devoir se reporter au Grévisse.

En tout cas, un outil un peu onéreux – j’ai longtemps attendu avant de me lancer- mais intéressant à intégrer à sa pharmacie personnelle.

 

2 réflexions au sujet de « Antidote, mon pharmakon »

  1. Joëlle Acoulon

    Antidote fait partie de mon environnement de travail depuis quelques années et j’en suis satisfaite. Contrairement à Prolexis, son intégration dans les différents logiciels est gratuite, et l’avoir sous la main en permanence est un plus.
    Effectivement, comme tous les outils de sa catégorie, il est à utiliser avec discernement, mais il fait gagner du temps dans les corrections typographiques, stimule dans la chasse aux répétitions…
    Je viens d’acheter la version 9 avec le module anglais et je ne le regrette pas.
    Si je puis me permettre un conseil, bien que théoriquement destiné aux journalistes, le livre « Libérer son écriture et enrichir son style » de Pascal Perrat (CFPJ) est stimulant.

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