LPPR La loi qui ne permet plus de rêver

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Le texte du podcast :

Attardons nous aujourd’hui sur la loi qui ne permet plus de rêver … en tout cas à un avenir meilleur… notamment pour la recherche et l’enseignement supérieur.
Car depuis peu le ministère de l’ensevelissement supérieur étale sa superbe avec sa représentante en tête de gondole.
Son sens du dialogue et sa capacité à innover sont salués par son éminent confrère de l’éviction nationale dont le talent dans ces domaines est reconnu depuis fort longtemps.
Le projet de Loi qu’elle a conduit est désormais sur la bonne voie. Il a même été amendé et agrémenté. La LPPR :
La loi du Pire Possible Recommandable est une œuvre menée de mains de maître avec toutes les stratégies habituelles de la négociation à sens unique, de concessions en trompe l’œil, et de consensus négociés à coût de promotion.
La loi Pleine de Promesses Retirables s’accompagne d’un volet financier prometteur mais dont on a pris soin de porter aux calendes grecques.
Une Loi Peu Proche des Réalités qui repose sur des effets de surface : un vernis pratique qui permettra de célébrer quelques performances pour dissimuler un vécu des personnels bien différent. Notre représentante est donc devenue la ministre de l’inversion du quotidien avec sa Loi Pour Peu de Revalorisation.
On ne sait finalement s’il s’agit d’une simple éclipse, ou plutôt d’un effet d’aveuglement qui entoure la Loi du Peu de Perspectives Réalistes.

La libido sciendi ne va clairement pas suffire pour lutter contre cette Loi de Plus de Postes Réels…
Et pourtant, il se disait que la ministre aurait été enseignante et chercheuse.
Help Please Her… Sa porte est ouverte clame-t-elle. On préférerait qu’elle la prenne plutôt et sa loi avec.
Les enseignants et chercheurs ne veulent pas de Loi Pour Plus Rien dire et encore moins pour ne plus rien pouvoir faire… Le minimum serait déjà d’une Loi Pour Plus du Respect à défaut d’une loi pour plus de ronds.
Donnez-nous, Donnons-nous les temps et les moyens pour créer les Liepour le Plaisir Partagé pour la Recherche, de véritables milieux de savoirs qui soient à mille lieux des faire-valoir et des effets de miroir.

Reprise des Podcasts. « Les minutes de neuromancien » en moins de 140 secondes. Ep. 1. La littératie

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Je me suis motivé pour relancer les podcasts que j’avais abandonnés depuis bientôt deux ans faute de temps.

Le contexte a évolué. J’ai décidé de privilégier des formes très courtes, facilement partageables et qui sont rapides à écouter.

Je débute cette semaine avec un premier épisode sur le concept de littératie.

C’est disponible en me suivant sur twitter ou sur instagram mais aussi sur youtube et sur soundcloud qui permet également de vous abonner au flux rss.

et bien sûr… voici la version texte :

Le concept de littératie est de plus en fréquemment utilisé non seulement par les chercheurs mais par les médias et les politiques.
Mais que signifie réellement ce concept mobilisé initialement par les anthropologues comme ce fut le cas notamment Jacques Goody à propos du développement de la culture écrite. Litéracy rappelle étymologiquement l’importance de la lettre.

Si on ouvre un dictionnaire de langue anglaise, trois sens principaux apparaissent :
Le premier renvoie à l’alphabétisation, c’est-à-dire à la capacité à lire et à écrire. Mais quel sens lui donné actuellement tant l’enjeu s’est complexifié et qu’il ne s’agit pas seulement de savoir si le petit John sait lire, ce que rappelait judicieusement Hannah Arendt dans la crise de l’éducation. L’Unesco évoque à ce titre une functional literacy comme littératie qui permet de s’en sortir dans la vie de tous les jours;

Le second sens est celui de compétences ou d’habiletés, ce qui explique la multitude des littératies existantes. Il est possible d’évoquer ainsi la geographical literacy, la financial literacy, mais ce sont surtout les media literacy, information literacy et digital literacy qui ont le plus intéressé et été le plus étudiés notamment ces dernières années Nous y reviendrons une prochaine fois;

Le troisième sens renvoie aux enjeux éducatifs et donc aux acteurs de la transmission, aux méthodes employées, aux programmes et aux contenus, aux pédagogies utilisées ainsi qu’aux didactiques déployées.
Harvey Graff considérait d’ailleurs que la littératie s’avérait toujours en crise, notamment parce qu’elle s’accompagne d’évaluation, et que très souvent les résultats des évaluations s’avèrent décevants. Les institutions se trouvent alors sommées de réagir… mais se montrent parfois dépourvues.
Quoi de plus complexe désormais que les littératies se mélangent comme dans le cas de la littératie numérique de santé, digital health literacy dont la période Covid ne peut que révéler un immense déficit en la matière.
Nous voilà donc dans une énième crise de la littératie.

Quelques pistes bibliographiques

J’ai beaucoup travaillé sur le sujet au point d’ailleurs que la littératie fait pleinement partie de ma thèse.

J’en parle ici aussi :

Le Deuff, O. (2012). Littératies informationnelles, médiatiques et numériques: de la concurrence à la convergence ?. Études de communication. langages, information, médiations, 2012, 131–147.

Le Deuff, O. (2015). Digital Health literacy: an emerging field. Dans Les écosystèmes numériques et la démocratisation informationnelle : Intelligence collective, Développement durable, Interculturalité, Transfert de connaissances. Schoelcher, France. [En ligne]. Disponible à l’adresse :  https://hal.univ-antilles.fr/hal-01258315

Le Deuff, O. (2012). Humanisme numérique et littératies. Semen, December 2012, 117–134.

Pour les autres références, elles sont innombrables, notamment l’œuvre de Goody. Moins connues, les références à Graff :

Graff, H.J. (1985). The Labyrinths of Literacy: Reflections on Literacy Past and Present University of Pittsburgh Press, Pittsburgh, PA.

Graff, H.J. (1987). The Legacies of Literacy: Continuities and Contradictions in Western Culture and Society Indiana University Press.

Pour le reste des littératies…des millions de références vous attendent.

Ode poétique à la culture de l’information

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Au sein du Cyberespace source de déperdition

Lieux de bévues et de tragiques méprises

Départis toi d’une totale maîtrise

Mais ose partir en expédition

Apprends à t’y perdre parfois

Pour faciliter le retour en soi

………….

Est-ce pour mieux percevoir la qualité

Parmi une masse qui nous frappe par sa quantité

Qu’il faut apprendre à mieux évaluer

Le moindre grain des infosphères polluées ?

……….

De la culture de soi face à au culte de l’ego

Se noue la trame d’un commun destin

Celui qui dépasse le mythe des égaux

Au-delà des affres d’un avenir indistinct

Pour raviver l’espoir de mémoires vives

Comme autant d’intelligences collectives

Pourquoi le droit de vote à 16 ans me semble une erreur ?

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Quelques députés plutôt sympathiques mènent une campagne en faveur du vote à 16 ans. On y retrouve notamment Paula Forteza dont j’apprécie le travail et qui présente clairement des atouts appréciables et une réflexion qui mériteraient de la voir mener une équipe ministérielle voire un gouvernement (on a le droit de rêver !).

Mais j’admets avoir un gros désaccord sur sa proposition de loi.
L’idée repose sur le fait de pouvoir donner une majorité civique de façon précoce pour offrir ainsi des moyens à nos adolescents de prendre part à l’action publique et aux choix de société qui vont concerner effectivement les jeunes citoyens et leur avenir. Il s’agit aussi de les inciter plus simplement à aller dans les urnes. Sur ce plan, on ne peut qu’acquiescer, surtout du fait que des décisions politiques impactent la jeunesse d’aujourd’hui et qu’il n’est pas idiot qu’elle puisse avoir son mot à dire.
Sauf que c’est valable aussi pour les générations qui ne sont pas encore nées et qu’il est bien difficile de leur donner un quelconque poids électoral pour le moment.

Plusieurs aspects me gênent dans cette initiative car j’y vois plusieurs erreurs à la fois en matière de connaissance du terrain (notamment des jeunes générations), mais également en ce qui concerne les conséquences directes et indirectes qui sont des revers de la médaille de la proposition.
Je ne comprends toujours par comment les politiques ne saisissent pas ou font semblant de ne pas saisir qu’une décision n’est jamais isolée et qu’elle produit des effets systémiques dont on perd souvent le contrôle. Il est vrai que la politique est surtout devenu un art de la rustine, art itératif et communicationnel qui peine à se projeter sereinement. Mais je ne peux m’empêcher de faire quelques remarques.

Première remarque. L’éducation civique n’existe plus ou presque. Je sais bien qu’il y aura quelque enseignants qui vont me rétorquer l’inverse, mais prenez les cahiers de vos adolescents et vous verrez qu’on fait surtout de la pseudo éducation morale et civique, qui s’avère de toute manière inefficiente au vu du succès grandissant des positionnements extrémistes et simplistes chez le jeune public. Je ne disserterai pas sur le manque d’ambition en matière de formation sur ces questions. Hier, durant mon cours, avec des étudiants de première année de DUT, (ils ont 18 ou 19 ans)… aucun n’a été capable de me dire ce qu’était une collectivité territoriale. C’est étonnant, car je me souviens encore l’avoir appris en cours d’éducation civique en cinquième. Le département communiquait pas mal là dessus. Premier constat, la compréhension des principes civiques et des institutions est faible. Vous me direz, ça ne change rien après chez les plus anciens des votants qui n’y entravent rien non plus… Certes, mais c’est quand même un argument à prendre en compte. En tout cas, un tel défi implique un gros chantier de formation. Je trouve ici un peu dommage de ne pas consulter les enseignants et universitaires sur ces aspects.

Deuxième remarque : ce chantier, il n’est pas nouveau. On le connaît depuis fort longtemps et il fait pleinement partie du chantier originel de la culture de l’information. Je renvoie ici à plusieurs travaux dont certains que j’ai pu mener en faveur de privilégier la voie citoyenne de la culture de l’information. C’est Owens qui en tant que représentant au congrès et ancien bibliothécaire va militer pour une formation qui permette au citoyen de pouvoir effectuer des choix en comprenant notamment les propositions électorales. Il s’agit aussi pour lui en tant que représentant noir américain de défendre les populations qui ont eu un accès limité aux études. Ce chantier demeure essentiel… sauf qu’il s’est compliqué depuis le constat d’Owens en 1976. En effet, l’information journalistique et politique est complexe à comprendre car elle est désormais entourée de logiques de désinformation tandis que les compétences digitales et informationnelles ne sont pas à la hauteur des espérances. En clair, espérer réunir ces conditions pour tous les français de 16 ans… est clairement prématuré.
Surtout que jusque là, il y avait comme une forme symbolique proche ou pas trop éloigné de la majorité, c’était l’accès à un premier diplôme, le bac général, technologique ou professionnel dans la majorité des cas ou des diplômes professionnels. Les deux années entre les 16 ans et les 18 ans me semblent essentiel pour atteindre un début de majorité… de l’entendement. Je ne détaille pas ici, mais j’avais axé l’intérêt de repenser l’état de majorité à la fois dans la lignée de Kant et dans la lignée de Simondon sur des aspects techniques.
Le but n’est pas d’avoir une maîtrise parfaite des questions civiques, mais d’exprimer la capacité à construire une réflexion qui soit basée sur un minimum d’éléments rationnels. Là aussi, vous me direz que les adultes ne sont pas toujours au niveau. C’est vrai, mais autant justement reposer les conditions de la formation à la citoyenneté d’une manière ambitieuse plutôt que de la brader en considérant que finalement vu que tout le monde est idiot, autant que tous les idiots puissent voter quel que soit leur âge. Or, il me semble qu’il faut surtout d’abord réinstituer (j’en parle également dans Riposte Digitale). J’ai peur que la mesure ne vienne court-circuiter encore plus une institution scolaire qui prend déjà l’eau de toutes parts.

Troisième remarque, il me semble qu’on oublie trop vite qu’accéder à des droits implique des responsabilités. Or ce n’est pas rien de voter, et je ne suis pas sûr qu’il faille banaliser trop vite ce geste politique. Est-on certain que les jeunes le veulent vraiment d’ailleurs ? Je suis tenté de dire que le droit de vote se mérite… et qu’il est la conséquence d’un processus institutionnel qui vise justement à instituer le citoyen. Le citoyenneté mérite mieux que cette simple ouverture de droits.
Au niveau responsabilité et systémique… comment ne pas voir qu’une majorité civique ne va pas pouvoir être décorrélée des autres majorités : les sexuelles et pénales.
Et là, je trouve qu’il y a également des risques. J’entends déjà les arguments : « s’ils sont en âge de voter, ils sont en âge de savoir faire des choix sur leur sexualité. ».. cadeau potentiel à tous les prédateurs sexuels. Là aussi, je crains donc une confusion inquiétante.

Quatrième remarque dans la suite de la précédente… il apparaît clairement évident qu’une majorité civique va impacter la justice des mineurs. On va se retrouver avec une idée qui vient plutôt de la gauche et qui va ouvrir à droite un vieux fantasme bien connu… celui de l’abaissement en matière de responsabilité devant la loi. On risque de devenir majeur à 16 ans sur tous les plans. Je pense qu’il faut vraiment à ce niveau mesurer les conséquences qui vont en résulter. Généralement, les peines sont diminuées de moitié pour les mineurs au moment des faits… ce ne sera plus le cas pour les mineurs de plus de 16 ans. On peut me dire qu’il faut distinguer les deux types de majorité… Or, il me semble que non, parce que le gain de droits implique des responsabilités. Les deux marchent de pair. J’ai le sentiment au final d’une déresponsabilisation des autorités autant parentales qu’institutionnelles qui pourraient au final résulter d’une telle démarche. On se retrouverait avec des droits en apparence, mais un régime de sanction croissant.

Cinquième remarque : l’argument présenté est que les jeunes peuvent créer leur entreprise à 16 ans mais qu’ils ne peuvent voter. C’est bien gentil, mais c’est d’une part fort rare, et d’autre part, c’est un argument un peu faible car il met sur les mêmes plans une construction civique et une logique entrepreneuriale. Je le précise aussi car l’argument de base plutôt à gauche devient comme très souvent un argument cadeau en faveur des mouvements les plus durs du libéralisme et de l’utra-libéralisme. Il n’est pas très compliqué pour un jeune de 16 ans de créer techniquement une entreprise… J’avais déjà dénoncé ce discours qui fait croire que les jeunes veulent devenir tous leur propre patron. Mais on peut craindre quelque part que le fait de devenir autoentrepreneur à 16 ans casse également la protection des mineurs en matière d’emploi pour les faire devenir des travailleurs de petit boulot. Je ne suis pas contre le fait que des adolescents puissent avoir des expériences d’emploi avant 18 ans, mais je crains surtout que ce ne soit pas du tout un choix, mais une contrainte voire une obligation économique. Le droit de vote serait une contrepartie relativement faible dans ce cadre.

L’enjeu plus important n’est pas celui du vote précoce mais de la représentation dans les assemblées des plus jeunes. Et il y a des pistes institutionnelles à creuser en militant plutôt pour un changement parlementaire (donc constitutionnel) qui obligerait à avoir des listes électorales avec un meilleur équilibre en âge… ce qui implique de supprimer le sénat et de le remplacer par une autre assemblée élue à la proportionnelle avec des listes qui permettent vraiment d’obtenir plus de diversité, plus de parité, plus de jeunes, plus de représentants de professions sous-représentées. Je crois que c’est quelque chose qui pourrait mobiliser et rassembler plus largement au-delà de clivages politiques.

Je reste ouvert au débat. Ma position n’étant que ma propre opinion.

Ni Saint Bernard Ni Sans Bernard…

Stiegler
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Merci Bernard.
Merci Bernard pour avoir éclairé le débat et mes réflexions personnelles et théoriques plus d’une fois.
Merci aussi à Alexandre Serres pour m’en avoir parlé . Cela m’avait permis de découvrir ses travaux pionniers sur la technique et le temps.
Puis j’avais poursuivi l’aventure notamment durant ma thèse où les réflexions sur les enjeux de formation des nouvelles générations (notamment avec l’ouvrage Prendre soin), la question de l’attention (question essentielle encore et toujours plus actuellement) et bien sûr les enjeux de majorité de l’entendement et de majorité technique, rentraient pile dans mes réflexions du moment.
J’avais même osé il y a quelques années produire une carte mentale des idées de Stiegler, notamment son livre « réenchanter le monde ». J’avais fait cela en 2007 durant ma thèse, il y a fort longtemps désormais.
La lecture de Stiegler m’avait bien aidé aussi pour la réalisation de mes cours. Cela conférait de suite une puissance supplémentaire pour prendre un peu de hauteur sur des problématiques techniques, systémiques et informationnelles. Je peux aussi avouer que c’est en exposant des éléments liés à sa pensée que j’ai pris le plus de plaisir à enseigner. De cela, je me sens fortement redevable.

Bien sûr, on pouvait avoir des désaccords avec certains de ses points de vue, mais il ne laissait pas indifférent.
Et surtout, il était parvenu à plusieurs reprises à stimuler non seulement la réflexion, mais à impulser l’idée qu’il fallait innover et donc intégrer la technique au dispositif de réflexion, mais aussi aux dispositifs d’expérimentation.
La philosophie se trouvait étroitement mêlée à l’ingénierie, et c’était assurément un point fort autour d’ars industrialis et de l’équipe de l’Institut de Recherche et d’Innovation de Georges Pompidou.

Désormais, il faut poursuivre dans cette logique expérimentale et d’innovation plutôt que dans l’approche uniquement critique qui me semble dominante dans les SHS à l’heure actuelle. L’heure n’est donc pas aux épigones et encore moins dans les héritages directs.
Je crois que Bernard Stiegler aurait plutôt aimé l’idée que sa pensée subisse des transformations, des bifurcations, des sauts réticulaires plutôt que des lignes directes.
Stiegler a tracé un nouvelle « ligne de temps » propre à lui-même. A nous maintenant de transformer la ligne en des milliers d’autres pistes.
« Saint Bernard » est l’expression qu’emploie Jean-Max Noyer parfois tant l’influence de la pensée du philosophe était trop grande chez beaucoup d’entre nous, notamment dans l’axe E3D du Mica avec Franck Cormerais.
Il ne s’agit donc pas de le sanctifier, mais de veiller à la dynamique qu’il a cherchée à impulser depuis plusieurs décennies. Le bonhomme est parti, mais son œuvre reste.

Pensées et amitié à ses proches et à tous ceux qui lui doivent quelque chose, comme un début de réflexion, un début d’éclaircissement voire l’envie d’expérimenter quelque chose de nouveau en dehors des évidences.

La méthode Guy Roux, ou devenir l’AJA de la recherche

Guy roux, faut pas gâcher
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« Faut pas gâcher »… tel semble désormais être le slogan inéluctable du chercheur français et notamment du petit chercheur en sciences humaines et sociales.
Le slogan déjà appliqué par beaucoup d’entre nous depuis des années est en train de devenir un programme, voire une idéologie.
En tout cas pour moi.
Je développe ici quelques aspects de la recherche « pour pas que ça coûte »

  1. Le contexte. La Logique de la Pire Patate Pour la Recherche
    Face aux incertitudes perpétuelles d’un ministère de la Recherche qui n’existe pas vraiment, coincé entre un Ministère de l’Éducation Nationale omnipotent qui peine à recruter désormais des enseignants et qui finalement considère la recherche comme un sous-domaine, et Bercy qui y voit un lieu d’arbitrage stratégique entre ajustements budgétaires et politique fiscale, le chercheur ne sait plus trop finalement quels sont ses marges de manœuvre notamment financières.
    Et ce d’autant que les universités sont théoriquement autonomes sans pouvoir l’être dans les faits. Les marges budgétaires sont faibles voire nulles et l’idée d’augmenter les frais d’inscription apparaît un risque idéologique trop important pour tenter l’expérience.
    Il reste alors aux chercheurs pas grand chose à espérer, si ce n’est décrocher quelques appels à projet pour tenter de monter quelque chose de plus ambitieux.
    La difficulté désormais est double, celle de recrutements raréfiés, ce qui a pour conséquence à la fois de freiner les carrières (ce qui occasionne de belles réductions budgétaires avec des maîtres de conférences guère mieux payés que leurs homologues du secondaire et moins bien rémunérés en tout cas que des agrégés au même âge bien souvent), mais aussi de placer une angoisse dans la procédure de recrutement de futurs collègues. L’erreur n’est plus possible dans les faits car il faut s’assurer que le collègue sera performant. Mais l’angoisse renforce les effets corporatistes et locaux. Plus le nombre de postes ouverts sera à la baisse, plus le risque d’un recrutement endémique et local va étrangement augmenter.
    Actuellement, plus ça avance, plus on a l’impression d’avoir les deux revers de la médaille du faible salaire et du nombre de postes en baisse. On pourrait éventuellement tolérer un salaire faible si la charge de travail était bien répartie et que les conditions s’avéraient propices pour recruter en nombre suffisant. Mais désormais, il faut accepter le salaire démotivant, et les charges qui ne cessent de s’accroître car le nombre de personnes recrutées diminue ce qui oblige alors en faire plus. Travailler plus pour gagner moins, et espérer être payé en reconnaissance, ou en je ne sais pas trop quoi. Il reste bien sûr l’espoir d’obtenir des charges spécifiques, des vice-présidences, la PEDR (bien utile il est vrai, mais qui nous transforme en VRP publiant ses performances de vente), mais on fait mieux mentalement.
    Contrairement à ce qu’on entend parfois, je ne crois pas pour autant que c’était mieux avant. Pour les conditions financières et la reconnaissance, c’est évident, pour la qualité de la recherche… c’est une autre histoire. Et je ne parle pas des comportements et des dérives liés aux abus de position d’autorité.

Mais là n’est désormais plus le sujet car il faut essayer de s’en sortir comme on peut.

  1. La méthode Guy Roux

Au sein d’une université modeste, le petit chercheur n’est pas totalement hors jeu mais il ne peut prétendre à des budgets conséquents, faciles à obtenir, ou à une force de frappe et de légitimité associée qui lui permet de rapidement déployer des financements.
En clair, il faut bien comprendre qu’il ne faut pas songer travailler avec des moyens dignes du Paris Sorbonne Galactique, ou de tout autre université-club prestigieux qui aurait recu une bénédiction Idex et Orbi.
Non, le modèle c’est l’AJ Auxerre désormais qu’il faut suivre désormais.
Pas de quoi tenir le haut du pavé et des célébrations, mais qu’importe. C’est la possibilité de faire des coups, de réaliser des progrès évidents et de partager ses réussites.
La recette est celle de la détection des talents et de la capacité à faire travailler ensemble des collègues différents.
Évidemment, tout repose sur la formation et la détection. Les AJA de la recherche ne peuvent fonctionner autrement, ce qui oblige du coup le chercheur à être aussi enseignant. Mais c’est là également que se joue l’avantage d’être « un petit club », c’est que c’est au sein de cette double identité qu’il est possible de repérer les bons éléments qui viendront prendre part aux projets de recherche. C’est aussi la possibilité parfois d’expérimenter à la marge avec ses propres outils et des timings où on peut prendre le risque de faire perdre un peu de temps plutôt que de suivre des protocoles ou des développements web déjà standardisés.
Cela suppose aussi un coaching relativement serré… Je ne dis pas qu’il faille fliquer les stagiaires, les doctorants ou mastérants au point de savoir s’ils sortent trop souvent le soir… Mais il s’agit bien de veiller sur eux, cela implique donc qu’il ne s’agit pas de faire des usines à doctorants, ou d’avoir pleins de doctorants sous son aile en envoyant dans le mur les trois quarts.
Mais il faut les soutenir, les conseiller et on ne peut le faire que si et seulement si on a fait des erreurs avant. Le plus mauvais professeur est celui qui a tout réussi.
Parmi les ingrédients qui peuvent permettre aux AJA de la recherche de résister est finalement l’idée de pouvoir perdre du temps… à chercher, tester, expérimenter. Actuellement, c’est ce luxe qu’on a pu accorder à notre stagiaire sur le projet HyperOtlet. Pour innover, pas de miracle…

Pour affronter le gel des postes, le Guy Roux de la recherche se doit toujours d’être prudent et quelque peu équipé...

Évidemment, parfois, pour notre Guy Roux, chercheur, c’est un sacerdoce… La crise cardiaque sur le terrain de jeu reste hélas probable.

Je reviendrai sans doute aussi que parfois une bonne idée, elle nécessite un peu d’argent (la recherche, ça coûte, ma pauv dame), d’un peu de temps et de quelques énergies mises ensemble à bon escient. Le projet bottom-up peut alors être plus efficace que le gros top-down trop calibré. A ce stade, mieux vaut finalement gérer une petite équipe qu’un gros regroupement d’égos sous peine d’aboutir à une situation digne de Knysna.
Clairement, il faut penser petit pour voir grand dans la mesure où il est préférable de développer d’abord une petite brique plutôt que de prétendre vouloir tout révolutionner d’un coup. Et c’est parfois la petite brique qui peut avoir un énorme impact, alors pourquoi se priver.

Sinon, faut être lucide, devenir l’AJA, c’est accepter le départ des meilleurs éléments qui auront été formés au bout d’un certain temps. Et on ne peut que le souhaiter vu les perspectives peu réjouissantes bien souvent en local.
Il faut être aussi lucide qu’au moment de passer les tours successifs de la ligue des champions de la recherche ou toute autre compétition, il y aura toujours un arbitre pour vous dire que votre procédé, votre projet, votre logiciel n’est pas conforme ou suffisamment orthodoxe… même si vous pensiez justement avoir changé de perspective à un problème. Remember le retourné de Lilian Laslande…

Au final, il faut aussi accepter d’être un peu chiant du coup, en allant mettre la pression quand il y a des inégalités évidentes, et de rappeler que les arbitres doivent aussi nous respecter autant que les gros…
Bon, allez, c’est vrai, ça va nous coûter un peu de « chablis » mais l’enjeu est de parvenir à se faire plaisir sans trop se prendre au sérieux. On n’a pas envie de faire « un Raoult » d’enfer!

Ps : Ce texte n’est pas non plus un plaidoyer pour aller faire des publicités pour arrondir nos fins de mois…

Hommage à Christophe

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Dans mes pérégrinations musicales, j’ai toujours aimé Christophe. Depuis que je suis gamin, avec des chansons populaires, et ado, j’aimais bien sa manière de saisir la mélancolie romantique.

Je crois que j’ai écrit quelques pages en l’écoutant ces derniers temps. Cela méritera une citation dans mon prochain ouvrage.

En attendant, j’ai écrit rapidement ce matin, ces quelques mots comme un dernier hommage après notamment celui de Christophe Conte.

Le comte qui esbaubit, tstar de la nuit
A pris le train pour la rejoindre
la fille qui se souvient de lui

Nous laissant les maux bleus
et pas des moindres
entre désarroi de soi
et désespoir de soir

triste of
christ off
Une chose est sûre
Tes paradis perdurent
Ceux qui t’écoutent
Savent sans doute
cet état là,
c’était la dolce vita

le crépuscule est grandiose
le dandy a mis sa veste rose
Un peu menteur
Toujours flambeur
balance en lenteur
les beaux délires
versent en splendeur
dans un flip èrent
et défient paires
bottes et gants
Toujours élégant

Rêve à des endroits
Que tu t’es dessiné
Où que tu sois
tu te l’es destiné
qui l’eut su, c’est fou
que le tourne-coeur
retourne encore
en éclats de miroir
en extras de mémoire
En ces moments fragiles
Fais rêver et file