Nestor Halambique est-il une métaphore de Paul Otlet ?

Halambique en couverture
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J’émets une supposition que je n’ai pas trouvée exprimée ailleurs pour l’instant. Je viens de relire hier soir le sceptre d’Ottokar et je m’interroge fortement sur le personnage du professeur Halambique que rencontre Tintin. Je lui trouve une ressemblance avec Paul Otlet. peut-être est-ce une déformation personnelle, mais j’expose ici une suggestion.

Je ne sais pas si Hergé a connu Paul Otlet ou s’il a été au courant de ces travaux, mais le personnage présente quelques similitudes physiques, sans compter que la fédération internationale de sigillographie fait vraiment penser à la Fédération Internationale de documentation, ex office international de bibliographie. En 1938, l’année d’apparition du professeur Halambique, le mot bibliographie auquel pourrait faire songer la sigillographie, est moins usité, car le mot documentation a clairement pris le dessus.

Halambique en couverture

Halambique fait la couverture

Halambique a rédigé non pas un traité de documentation, mais une brochure sur comment on devient sigillographe ? On voit bien un personnage passionné, quelque peu distrait et qui consacre sa vie à une discipline dont il cherche également à démontrer le caractère scientifique. L’histoire évoque aussi l’idée de jumeaux, dont un est en fait un traître. La gémellité ici fait peut-être référence au duo Lafontaine-Otlet. Le personnage pourrait être alors un mélange des deux.

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

En ce qui concerne la sigillographie, Paul Otlet consacre quelques remarques sur l’étude des sceaux dans le traité de documentation par ailleurs (voir le passage sur wikisource).

Est-il possible d’envisager une rencontre entre Georges Rémi et Paul Otlet, même fortuite ? Je suis tenté de l’exprimer, surtout que les conditions de lieu et de temps paraissent tout à fait plausibles.

Avis aux tintinophiles..

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Amusant également, l’histoire de la perte de la serviette. On voit quelques photos d’Otlet ou de Lafontaine avec justement des serviettes du même type. C’était probablement la mode de l’époque, mais quand même… le rapprochement en tentant. Je vous invite à voir les photos de Paul Otlet et d’Henri Lafontaine sur les collections du Mundaneum.

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Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Henri Lafontaine et sa serviette

Henri Lafontaine et sa serviette

teasing : Mon roman steampunk. Hot & Steam. Chapitre 1 gratuit

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Voilà bientôt trois mois que j’ai mis en ligne, Hot & Steam et quoi de mieux que d’offrir le chapitre 1 pour  donner envie (ou pas) de lire la suite… miniature hot et steamPour rappel, le roman se passe à l’ère victorienne dans le pur esprit steampunk avec des technologies improbables pour l’époque et une héroïne qui n’a bien évidemment peur de rien. Mais je vous laisse découvrir le premier chapitre…

1.     Lady V.

La grande horloge venait de sonner cinq fois dans l’après-midi alors qu’une pluie fine s’abattait sur la capitale britannique. Londres semblait sereine, quoique pas encore resplendissante, la faute à une grisaille tenace depuis plusieurs jours. Fort heureusement ; les conducteurs des nouvelles berlines à vapeur gardaient espoir et continuaient d’astiquer les chromes et les dorures de leurs véhicules à énergie avant-gardiste. Les pubs ne désemplissaient pas et les clubs de gentlemen permettaient de trouver un peu de chaleur commune malgré le temps maussade. Les Ravelry’s club of ladies, lieux de rendez-vous des amatrices de tricot et de crochet, connaissaient un succès grandissant au point que les hommes pouvaient désormais y être également admis. Un immense progrès pour la gent masculine assurément qui pouvait réaliser des chandails originaux et plus conformes à la nouvelle ère qui commençait. L’hiver n’allait pas tarder à arriver, les soirées se faisaient plus courtes, il fallait préparer l’arrivée de la saison froide, oublier un peu l’été. Cependant, la ville avait comme envie de quelque chose d’exaltant avant de rentrer dans la période hiémale. Tout était allé si vite en quelques années, les supercalculateurs, les motorisations innovantes, les nouveaux systèmes de communication. Tout le monde n’était pas encore prêt mentalement, comme si la fin de ce XIXe siècle avait connu une précipitation impossible à prévoir, comme si les technologies étaient apparues un siècle trop tôt. Beaucoup de personnes se sentaient de plus en plus dépassées et dépourvues face à cette révolution technologique, notamment un grand nombre de décideurs. Si les plus anciens habitants peinaient parfois à saisir les tenants et aboutissants de ces évolutions, d’autres au contraire y trouvaient leur plénitude et parvenaient à exprimer tout leur potentiel comme les personnages principaux de l’aventure que nous allons vous conter.

L’héroïne de cette histoire n’avait plus vingt ans depuis très peu de temps. C’est pourquoi l’aventure ne pouvait plus attendre. Lady V était lasse. Son lit était vraiment trop grand, elle manquait de compagnie. Son chemisier blanc ouvert laissait entrevoir une poitrine agréable à regarder au travers du laçage détendu. Ses longs cheveux bruns et ondulés tombaient de part et d’autre de ses épaules. Son pantalon court lui donnait un style de pirate. Une pirate toutefois soignée qui ne négligeait aucun détail de son apparence. On l’appelait Lady V. V était pour Victoria, mais le fait de porter le même nom que la reine lui déplaisait.

« Je m’ennuie de trop. Il me faut une aventure ou un homme rapidement, ou les deux, ce serait encore mieux ! »

« Je vais appeler Rémi pour qu’il me fasse venir mes nouveaux habits que j’ai essayés la semaine dernière chez ce nouveau tailleur, Armand de Saint-Simon. Il est charmant d’ailleurs, dommage qu’il ne préfère la compagnie des hommes, à ce qu’on dit. »

Elle décrocha son privaphone cuivré pour mander Rémi, son majordome. Les systèmes de communication téléphonique sur des réseaux privés étaient devenus la mode depuis que tout le monde se savait espionner par les services nationaux et les dispositifs privés des prestataires industriels. Lady V avait donc choisi de développer son propre réseau de communication. Tout d’abord au sein de sa propre demeure, puis en liaison avec les personnes de son entourage.

Rémi Valentin était le factotum de la maison. Ancien aide de camp de la défunte mère de Lady V, il était resté au service de sa fille afin de veiller à son éducation et de prêter attention à ce que des malandrins ne lui veuillent aucun mal. Rémi Valentin avait été de ceux qui avaient été contraints rapidement de s’adapter en vivant aux côtés des pionniers des nouveaux réseaux. Expert en arts martiaux, il était connu pour être une des meilleures lames d’Europe et peu osaient le défier en connaissance de cause. Désormais âgé d’une cinquantaine d’années, il était le chauffeur personnel de Lady V tandis que sa compagne Béatrice faisait office de cuisinière et de gouvernante de la demeure. Tous deux veillaient à ce que la jeune femme soit la plus heureuse possible.

Les prétendants étaient nombreux d’autant que la fortune de Lady V était immense, notamment du fait des inventions de son aïeule, qui avaient fait les beaux jours de l’industrie néo-industrielle. Les plus grandes firmes avaient acquis une partie de ses brevets pour pouvoir développer leurs projets ambitieux et devenir les fleurons mondiaux de cette nouvelle économie survenue très rapidement après celle de l’industrie lourde. Les réseaux de tuyaux parcouraient intégralement la cité, avec un système d’énergie offert par la puissance de la vapeur et des dispositifs communicationnels parallèles qui permettaient une circulation des news et des documents quasiment en temps réel. Certains n’hésitaient pas à avancer que l’information était devenue la nouvelle matière première de l’ère qui avait débuté vingt ans plus tôt. Seulement personne ne savait encore réellement ce qu’était véritablement l’information. Les dirigeants n’y comprenaient rien et tentaient tant bien que mal à retarder les échéances de la mutation notamment en se préparant à une guerre totale.

La demeure de Lady V . avait été une des premières à être équipée des nouvelles technologies et les tuyaux de cuivres avaient été parfaitement customisés pour s’intégrer de façon harmonieuse avec le reste de la décoration. Toutes les pièces avaient été raccordées aux systèmes énergétiques et communicationnels les plus modernes. Lady V. avait tout de même décidé de conserver l’ancien dispositif de pneumatiques pour communiquer plus facilement avec ses domestiques. C’était d’ailleurs le moyen qu’elle utilisait le plus souvent pour faire part de ses envies à Béatrice qui n’aimait guère les technologies récentes.

Béatrice avait de plus en plus de mal avec les frasques de Lady V, car elle faisait parfois courir des risques insensés à son époux. Mais elle savait que Rémi avait besoin de cette dose d’adrénaline pour pouvoir trouver un peu de bonheur dans l’existence. Rémi aimait tout particulièrement conduire le véhicule ultrarapide à moteur alternatif de Lady V, la Viper qui parvenait à se faufiler partout tout en bénéficiant de plus grand confort. Combien de fois, était-il arrivé juste à temps pour récupérer Lady V d’une impasse dans laquelle elle s’était mise. Mais elle était comme ça, insaisissable, goûtant chaque seconde la vie pour en puiser la quintessence.

Rémi lui fit donc porter sa nouvelle tenue spécialement conçue pour s’adapter à son écosystème informationnel et pour mieux mettre en valeur son esprit et la jeunesse de son corps. Il installa l’ensemble sur son valet de bois. Lady V devint alors rayonnante, exulta et sortit enfin de son lit. Sans la moindre gêne, elle ôta un à un ses vêtements devant Rémi qui visiblement fit mine d’être choqué, notamment car il savait que c’était toujours à ce moment-là que Béatrice se plaisait à venir. Ce fut une nouvelle fois évidemment le cas. La nudité de la demoiselle l’exaspérait, car elle trouvait ce comportement indigne d’une dame de haute estime. C’était aussi le moment où Rémi la rassurait et ne manquait pas de lui glisser un baiser comme preuve de leur amour vieux de plus de vingt ans.

Ignorant les réactions de ses serviteurs, Lady V commença tranquillement à se vêtir tout en annonçant :

« Ce soir, j’ai soif d’aventure. Je sors. Le jeune baron du réseau des étudiants pleins d’avenir m’a convié à sa soirée. Le Spiegelnet est le réseau sur lequel il faut absolument être et la soirée promet d’être riche en rencontres diverses et sera certainement l’occasion de pouvoir se lancer dans de nouvelles aventures. »

Lady V poursuivait son soliloque tout en commençant à se vêtir peu à peu. Quelques minutes plus tard, elle était prête. La femme qui se contemplait dans le miroir n’était pas de celle que l’on pouvait oublier. Un haut chapeau bordeaux aux laçages violets sur le devant couronnait sa tête et venait mettre en valeur une veste type queue-de-pie dans les mêmes tons que le chapeau avec un velours imperméable -temps pluvieux oblige – qui contrastait avec un laçage de satin violacé. La veste laissait toutefois entrevoir une chemise prune satinée dont le col ouvert permettait aux audacieux de jeter un regard sur le corsage. Cette attraction avait plus d’une fois nui à ceux qui avaient tenté de la combattre à l’épée. Perdant momentanément leur concentration, ils durent le regretter amèrement.

Lady V portait ce soir un pantalon de la même couleur que la veste avec de longues bottes remontant au-dessus du genou avec la reprise des mêmes laçages violacés. Nul doute, le créateur Armand l’avait sublimée avec cette nouvelle tenue. Elle était resplendissante, mais le nec plus ultra était à venir. Car Armand n’était pas seulement un excellent tailleur, c’était aussi un génie de l’habillage digital. Il était de ceux qui savaient à la perfection vous vêtir avec les meilleurs outils et tissus qui vous rendaient grâce. Lady V ajouta alors à son cou un petit médaillon d’argent qui dissimulait en fait une min-caméra haute technologie capable de la suivre dans ses moindres mouvements. La caméra était reliée à un central d’informations et de données situé dans le grenier de sa demeure. Grenier qui n’avait rien d’insalubre bien au contraire et qui était le lieu de résidence de son amie Dominique. Dominique était celle qui analysait les données transmises à partir des éléments recueillis pour en informer si possible en temps réel Lady V. Cette dernière était de ceux qui avaient fait le choix de changer de vie en quittant leur sexe originel. Officiellement connu sous le nom de Dominique Alain pour les spécialistes en intelligence digitale qui lisaient quotidiennement son carnet, Dominique vivait en réalité une existence totalement féminine et s’avérait une redoutable séductrice.

Fidèle alliée de Lady V, Dominique était toujours présente quand elle en avait besoin. Un retour de service depuis une rupture familiale un peu compliquée liée à sa situation transgenre qui déplaisait fortement à sa famille.

Une montre en or vint couvrir le poignet gracieux, mais finement musclé de la jeune femme. Cette montre dissimulait en fait un système qui analysait immédiatement la condition physiologique de celui qui l’a portait. Elle contenait également un émetteur qui permettait de la retrouver si besoin. C’était justement ce dispositif qui avait permis plus d’une fois à Rémi Valentin de venir la récupérer avec la Viper.

Dans la poche intérieure gauche de sa veste, elle déposa tranquillement son mundaneum, cette super bibliothèque digitale inventée par un idéaliste belge grâce à laquelle on pouvait accéder à toutes les connaissances disponibles. Le dispositif était couplé à un système de transmission qui lui permettait de communiquer par téléphone à distance sur des réseaux sécurisés.

Dernière pièce ultime, les lunettes. Lady V ne les portait pas tout le temps malgré une myopie grandissante. Elles étaient joliment décorées par des motifs floraux qui entouraient les verres correcteurs. Ces verres permettaient d’améliorer la vision de la réalité afin de disposer d’informations complémentaires qui étaient soit envoyées directement par des algorithmes puisant dans des bases de données publiques ou plus confidentielles. Dominique était maître dans le paramétrage des lunettes qui ne fonctionnaient que pour Lady V, qui n’avait alors besoin que de les chausser pour aussitôt déclencher l’ouverture des possibilités digitales. Qui d’autre voulait les porter n’y aurait vu que de banales lunettes de vue alors qu’il s’agissait d’un puissant élément informationnel et de communication.

Il ne manquait plus rien à Lady V pour être prête à sortir, ou plutôt si, un dernier élément dont elle ne se séparait que rarement : sa fidèle canne de décoration, noire ébène avec un pommeau doré surmonté d’une salamandre, le symbole de Lady V. Mais cette superbe canne était également une arme redoutable et dissimulait une épée qu’elle maniait à la perfection grâce aux leçons de Rémi Valentin.

Lady V s’admira une dernière fois dans son psyché. Une seule chose était sûre. Rien ne pourrait lui résister ce soir et tous finiraient par succomber.

Rémi Valentin ouvrit galamment la portière de la superbe voiture noire comme la nuit qui était aussi la plus rapide et la plus performante de l’époque. Construite par un physicien dont on n’avait plus trace actuellement suite à une tentative de télétransportation, elle avait été héritée par Lady V.

Elle s’installa dans le fauteuil confortable à l’arrière du véhicule tandis que Rémi prenait place dans l’habitacle de conduite. La voiture démarra en un quart de seconde, quelques minutes plus tard, Rémi Valentin déposait Lady V au sein de la demeure du baron dont les armoiries étaient symbolisées par une montagne de sucre.

 

Pour la suite, c’est ici.

 

Parution de Hot et Steam

couverture hot et steam
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La période des vacances est propice à des publications moins sérieuses qui facilitent l’évasion. Je vous propose donc la lecture de mon nouveau roman, Hot et Steam que j’ai écrit l’été dernier pendant mes vacances dans les Pyrénées ariégeoises. Finalement, il m’a fallu un an pour finaliser le projet, pour trouver le temps de la relecture et des corrections. J’ai encore quelques travaux qui demeurent ainsi en suspens, mais j’ai jugé qu’il était temps pour hot et steam de sortir.

Le projet était simple : écrire un roman dans une ambiance steampunk avec une héroïne intrépide. L’histoire de base a donc été écrite en une quinzaine de jours l’année dernière. Les corrections se sont davantage étalées. L’ouvrage est disponible uniquement sous format numérique. De ce point de vue, je garde la lignée de mes publications précédentes sur Publienet. Je dois finaliser durant l’année universitaire, un nouveau roman qui évoque la puissance de la société Argos. J’espère y parvenir.

Bon, mais Hot et Steam, lors de quoi ça parle ? Voici le teaser :

Londres, à la toute fin de règne de Victoria, la jeune et intrépide Lady V. est en quête d’aventures et de romance. Alors qu’elle rêve de combattre des ennemis en chair et en os, elle est confrontée à un adversaire bien plus coriace : un démon qui semble bien décidé à éliminer toute la nouvelle société digitale présente à la soirée du célèbre baron, créateur du réseau social le plus en vue. Dans une atmosphère steampunk où les nouvelles technologies bouleversent la fin de l’ère victorienne, Lady. V tente d’éviter le pire pour profiter du meilleur. Meurtres étranges, personnages haut en couleur, fantômes malfaisants, inventions improbables, hot et steam est un cocktail explosif qui ne demande qu’à vous séduire.

couverture hot et steam

Mon dernier roman en mode steampunk

Il est disponible pour l’instant uniquement sur Amazon ( peut-être le démon de l’histoire finalement ?). C’est l’occasion pour moi de tester également l’autopublication et ses arcanes. Il devrait être disponible dans quelques mois sur d’autres plateformes. Cela me permettra en même temps d’étudier les ressors de ce mode de publication et des mécanismes de rétribution. J’en reparlerai probablement.

En fonction du succès ou du non succès, il y aura une suite ou pas. J’ai pleins d’idées potentielles, il me faut trouver le temps et la motivation pour le faire alors que j’ai beaucoup trop d’autres travaux d’écriture, notamment des articles à écrire et à réviser avant septembre, sans compter les projets qu’il faudra finaliser pour les déposer rapidement en octobre. Tout cela pour dire que les fenêtres pendant lesquels je peux totalement déconnecter du travail pour écrire de la fiction sont de plus en plus rares et de plus en plus restreintes.

Malgré tout, l’écriture de fiction est aussi un moyen pour moi d’exprimer différemment des points et des sujets qui me tiennent à cœur, et ce court roman s’inscrit dans cette lignée. Vous y retrouverez des réflexions actuelles simplement déplacées dans une atmosphère victorienne dopée aux réseaux cuivrées, aux énergies à vapeur dans lequel l’occulte se mêle au rationnel. Une véritable entreprise de rétro-archéologie des médias que permet plus aisément la fiction.  J’ai voulu réaliser une histoire courte, au rythme punchy, un peu à l’instar des Bob Morane où l’action se succède jusqu’à la chute finale. Un roman à énergie alternative qui permet de s’évader tout en incitant à quelques réflexions. Peu-être le début d’un nouveau style de littérature, tant l’idéal pour moi serait de produire des romans type Arlequin mais avec de quoi nourrir une réflexion et de sortir des archétypes genrés. De « l’évaréflexion » en quelque sorte.

Si vous ne savez pas vraiment ce qu’est le steampunk, je vous conseille la lecture de cet article que j’avais écrit à la même époque pour Intercdi. Finalement, le roman ne constitue que son pendant fictionnel.

Pour quelques euros, vous pouvez tenter de vous évader quelque peu.

 

 

 

Ecrit et mémoire

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Je suis en train de lire en ce moment plusieurs ouvrages en même temps, pratique courante chez moi depuis mon enfance et qui produit généralement de l’intertexte voire de la transtextualité souvent opportune. J’ai fini le dernier ouvrage de Roger Chartier sur la main de l’auteur et j’aime ce passage qui rappèle la liaison forte entre l’écriture et la mémoire. Une mémoire qui peut être  de différentes sortes, à court-terme avec la possibilité d’effacer quand ce n’est plus nécessaire. Chartier cite à cet effet les tablettes de cire, les dispositifs comme le bloc magique qui ne sont pas là pour être durables mais qui sont avant tout pratiques. Évidemment, cette mémoire peut-être à plus longue portée, le dispositif technique et mnémotechnique permettant la remémoration mais aussi la transmission. Cela permet de rappeler que la culture de l’imprimé n’a pas fait disparaître les pratiques manuscrites, bien au contraire :
 » (…) des textes conservés dans les armoires de la mémoire. Les comparaisons énonçaient ainsi, tout à la fois, les différences et  les similitudes entre les écrits tracés sur la cire ou Ie parchemin et ceux conservés dans les archives mentales’. La production de  nouvelles œuvres supposait la mobilisation de ces traces de lecture déposées et organisées dans les architectures mémorielles du
lecteur. Écrire était convoquer et associer des textes que l’on portait en soi, à condition d’avoir su les classer et de savoir les retrouver. Aux XVIe et XVII siècles, le recours direct aux livres imprimés, qui sont comme des prothèses mémorielles, a permis d’autres  pratiques, mais il n’a pas fait disparaître pour autant le lien premier noué entre les mnémotechniques et la composition des textes. » (Roger Chartier, La main de l’auteur et l’esprit de l’imprimeur, Folio Histoire, 2015 p. 267)
Du coup, les propos de Chartier constituent sans doute une amorce de réponse à ce que raconte l’héroïne de l’ouvrage que je suis en train de lire en ce moment. Une jeune japonaise, Nao raconte son expérience du blog, elle qui a pris la décision d’écrire un ouvrage de façon manuscrite, ouvrage qui arrive mystérieusement dans les mains d’une autre personne dans un autre pays, une Ruth qui ressemble fortement à l’auteur du roman finalement. Nao écrit son ouvrage sur un dispositif qui est un cahier mais dont la couverture est en fait la reprise d’une édition d’un ouvrage publié, en l’occurrence ici, à la recherche du temps perdu de Proust. C’est une forme de néo-palimpseste, ou plutôt de nao-palimpseste qui ne peut que nous interroger sur le sens de nos écrits et de leur portée.
« Bien, Nao. Pourquoi tu fais ça ? Franchement, quel intérêt? C’est tout le problème. La seule raison qui puisse justifier mon envie de raconter les histoires de jiko dans ce livre, c’est que je l’aime et que je veux mc souvenir d’elle alors que je n’en ai plus pour très longtemps. Mais comment je me souviendrai de ces histoires si je suis morte ? Et qui ça intéressera, à part moi ? C’est vrai, si je pensais que le monde en avait quelque chose à faire, de ma jiko, je posterais ses histoires sur un blog, mais pour tout vous dire, ça fait bien longtemps que j’ai arrêté ça. Des fois, je me surprenais à faire semblant de croire que plein de gens s’intéressaient à ce que j’écrivais sur Internet, alors qu’en réalité personne n’en avait rien à secouer. Ça me rendait triste. Et quand je multipliais ma tristesse par ces millions de gens enfermés tout seuls dans leurs petites chambres, à taper comme des dingues sur leur clavier et à poster des billets sur leurs petits sites que personne n’aurait jamais le temps de consulter puisque tout le monde est trop occupé à rédiger et à mettre en ligne ses propres billets, eh bien, quelque part, ça me brisait le coeur. » Ruth Ozeki. En même temps, toute la terre et le ciel, 10/18, p. 43
On retrouve finalement une angoisse de l’hypomnemata qui se cherche un lecteur. Pourtant, la réponse la plus simple est sans doute de considérer que l’autre décidera du sort et du sens du document au final. Mais plus simplement, il suffit de considérer que l’autre, c’est déjà soi-même, mais un autre soi-même, un alter-ego qui fera la différance dans un laps de temps hypothétique mais qui réside aussi dans le fait que nous pouvons être parfois hors-sujet.
L’ouvrage de Ruth Ozeki pose pleins d’autres questions intéressantes et on sourit quand le fait de ne pas trouver la référence d’un auteur sur Amazon revient à considérer que quelque part il n’existe pas. Je poursuis donc ma lecture après cet intermède d’écriture. Je note également qu’il y a des références parfois avec les écrits de Murakami et j’apprécie ainsi de pouvoir rendre visibles ces liens hypertextes qui ne disent pas toujours leur nom.

 

Une philosophie matérialiste : à propos de l’être et l’écran

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Compte rendu de l’ouvrage de Stéphane Vial. L »être et l’écran. Comment le numérique change la perception, PUF, 2013

Le bouquin m’a été prêté par ma stagiaire qui y avait trouvé des éléments intéressants. Deux de mes collègues l’avaient trouvé plutôt mauvais. L’ouvrage semble avoir du succès, cela peut générer des jalousies, il me fallait donc le lire pour me faire un avis. A noter que Silvère évoquait l’ouvrage avec quelques citations.

La dédicace d’emblée fait quand même craindre le pire en mentionnant « toutes les petites poucettes ». Nous voilà donc dans l’idéologie des natifs du numérique…

Mais commençons plus en avant

Préface de Pierre Lévy

Pierre Lévy replace le sujet en évoquant les mots d’ordre dominants actuellement, notamment le fait de parler sans cesse d’innovation. Mais sont aussi évoqués les big data et les digital humanities ;

Si Pierre Lévy excuse les journalistes qui exposent souvent des théories simplistes, il déplore le trop grand nombre de théories dispersées ou ponctuelles en SHS et donc l’absence de visions plus importante au niveau épistémologique y compris dans les digital humanities, alors qu’il serait intéressant d’entame un « travail de  fond pour résoudre les immenses problèmes de fragmentation disciplinaire, des testabilités des hypothèses et d’hyperlocalité théorique qui empêchent les sciences humaines d’émerger de leur Moyen Age épistémologique. » Pierre Lévy met en garde une vision essentiellement technicienne qui conduirait à privilégier les outils (le digital) à la mission des sciences humaines et sociales (les humanités).

Il reste néanmoins selon Lévy qu’il faut apprendre à discerner avant de créer, et probablement de mieux saisir le fonctionnement des techniques et des algorithmes pour pouvoir ensuite aller de l’avant.

L’être et l’écran

La préface de Pierre Lévy est plutôt bien menée et promet donc, car on suppose que l’ouvrage tente de répondre à l’ambition évoquée plus haut…

 

L’introduction évoque d’emblée la question de la révolution numérique et tente d’examiner de quelle révolution il s’agit. Selon Vial, la révolution est en premier lieu mesurable au développement de l’informatique et du web qui concerne désormais des milliards d’individus. Ensuite, il s’agit pour lui autant d’un évènement technique que d’un évènement philosophique. Selon lui, les machines techniques ont toujours été des machines philosophiques, c’est-à-dire des génératrices du réel. D’où le fait que Vial désigne ces outils comme des machines ontophaniques. Si Vial accorde une place importante à la technique, il semble vouloir remettre en cause le concept de technique en critiquant les philosophes de la technique, trop ancrés sur des « objets techniques » tandis qu’il faudrait comprendre la technique dans un ensemble plus large. Il faudrait lui préférer selon lui une « culture matérielle ». On ne comprend guère ce passage d’ailleurs, si ce n’est qu’il s’agit sans doute d’exercer une critique à la lignée de Simondon qui mène jusqu’à Stiegler. On notera que la mise à l’écart est rapide et sans réels arguments. Par la suite, on comprendra que cette critique porte davantage sur les philosophes technophobes. Vial annonce dans l’introduction qu’il va s’attarder sur le virtuel, selon lui concept d’essence philosophique et qu’il faut revisiter.

Le premier chapitre aborde le système technique en s’appuyant essentiellement sur les travaux de Bertrand Gille puis sur les travaux de Jacques Ellul qui a mis en garde contre un système technicien. Vial reconnaît alors que la plupart des philosophes et notamment ceux de la technique ne sont pas parvenus à l’exception de Simondon, à dépasser le stade de l’angoisse de la technique. Vial se pose donc ici contre l’idée d’un système technique fantasmé et agissant comme s’il avait une existence propre. Vial cherche donc à sortir de ce rejet culturel de la technique, en mettant en avant le design, terme créé par Cole en 1849 et qui connait son avènement avec les premières esthétiques industrielles. Vial déplore que les philosophes ont trop longtemps ignoré le design

Chez Vial, le design devient alors « une nouvelle culture qui mêle à la fois l’art, la technique, l’industrie, l’ingénierie, la science, la philosophie et les sciences sociales, et qui est portée par l’espoir de l’innovation mise au service de l’homme ». C’est ce même design qui a déplacé le beau de l’art à l’industrie, quittant la laideur des hauts fourneaux pour aller vers l’esthétique des produits type Apple. On sent que Vial apprécie beaucoup Steve Jobs. On notera à cet effet la construction étrange de cette phrase : « Lé génie de Galilée et celui de Marcel Duchamp méritent autant de figurer au panthéon de l’intelligence que celui de Richard Stallman ou de Steve Jobs »… Le mélange des genres est sans doute volontaire, mais il est ici symptomatique d’un renversement chronologique terrible, sans compter qu’évoquer ici un quelconque génie nous place finalement dans un imaginaire de la technique fort gênant.

Vial souhaite par conséquent que les philosophes étudient la créativité présente dans les industries hollywoodiennes et informatiques. Steve Jobs (le véritable maître à penser de Vial ?) est cité à multiples reprises et devient le héraut d’une poétique industrielle. Toutefois, Vial prend soin de parler de Stallman pour compenser cet attrait évident pour les produits Apple. Vial revendique l’intérêt du concept de technologie et vante le fait que la technologie vienne davantage jusqu’à nous plutôt que l’inverse en exerçant une libération plutôt qu’une dépossession. On aurait aimé un discours plus critique et plus mesuré, mais ce n’est pas l’objectif de l’ouvrage.

Le chapitre 2 prend la suite du précédent et tente de décrire le système technique numérique. Le chapitre montre la prise en compte de plus en plus grande de données et d’éléments d’essence numérique dans nos activités. Cette révolution technique est selon lui une numérisation qui succède à une mécanisation. On se demande quand même par moments si Vial ne nous refait pas le coup de la société de l’information dans ce chapitre.

Le chapitre 3 s’attarde sur un changement de perspective, ou plutôt de perception. Comme les peintres de la Renaissance avaient amené de nouvelles manières de voir, il en sera désormais de même pour le numérique. En premier lieu, il y a besoin de forger de nouvelles perceptions face à des objets nouvellement existants. Jusque-là, cela parait assez évident. Pour Vial il s’agit de construire par conséquent cette perception. Viennent ensuite des passages par toujours aisés à comprendre, si ce n’est que Vial précise que la perception est autant influencée par notre organisation interne que par une organisation externe, une sorte de culture technique.

Vial construit parfois sa démonstration de façon à ce qu’on soit nécessairement d’accord, comme cette phrase : « le temps des appareils n’est pas seulement celui de la modernité. Le temps des appareils, c’est celui de l’humanité. Nous visons depuis toujours dans une réalité augmentée ». (p.137)

L’auteur prend exemple sur le téléphone pour montrer que cette invention a changé les manières d’agir et de percevoir le monde et qu’il a fini par devenir quasi « naturel ». Il en va donc de même pour le numérique, notamment pour les jeunes générations qui ont besoin de ces nouveaux outils pour appréhender le monde dans lequel ils vivent. On peut déplorer que Vial ne fasse pas plus longtemps la critique de l’expression des natifs du numérique, mais c’est sans doute aussi stratégique tant le discours est parfois positiviste…

Le chapitre 4 examine la question du virtuel. Il s’agit ici d’une version inspirée de l’article paru dans MEI (l’article est sur academia.edu. On notera que l’auteur évoque les interfaces graphiques [évoquant leur invention chez Xerox Park] en oubliant l’importance de Douglas Englebart. Le chapitre revient bien sûr les travaux de Quéau sur la question et considère le virtuel, comme un concept dépassé et daté comme celui de cyberespace tant le numérique est devenu partie présente d’un monde qu’il a reformaté. En ce sens, on ne peut qu’être difficilement en désaccord une nouvelle fois, tant l’opposition réel/virtuel renvoie à des visions anciennes et aux débuts des débats qui ont intéressé la revue Terminal pendant longtemps.

Le chapitre 5 sur l’ontophanie numérique ne m’a guère convaincu. Il s’agit pourtant de la démonstration la plus personnelle, mais je n’ai guère accroché d’autant que le mélange entre des références philosophiques et des aspects techniques n’est pas toujours parlant. Sans compter qu’on apprend qu’Alan Turing a inventé le concept d’algorithme ! [voir au moins celui qui lui a donné le nom en concept] en étant celui qui a le premier crée un programme informatique. C’est vrai qu’on peut considérer Turing comme le premier programmeur, mais on pourrait tout aussi bien remonter à Ada Lovelace voire à Pascal finalement. D’autres collègues ont trouvé que l’ouvrage comportait des erreurs informatiques importantes notamment autour du compilateur.

On retrouve finalement des passages qui en voulant louer les informaticiens tombent dans les défauts d’un discours qui célèbre plus qu’il n’analyse. C’est Chateaubriand qui décrit le génie de Pascal sans rien y comprendre, si ce n’est qu’ici c’est Vial qui décrit le génie de Steve Jobs. Du coup, l’ouvrage manque souvent de dimension critique, voire énerve notamment par une Jobsphilie qui finit par fatiguer. On avait rappelé que ces outils étaient précisément des instruments de flatterie dans le sens de Simondon.

L’ouvrage surfe trop souvent sur des éléments courants et on n’est paradoxalement proche d’une doxa à laquelle se mêlent des réflexions théoriques. Du coup, cela peut séduire quelque lecteur pressé, mais on reste toujours sur une impression de superficialité, sans doute liée au fait que l’ouvrage est une réduction d’un travail de thèse plus conséquent. On a l’impression que tout l’ouvrage est construit à partir d’observations personnelles. Ce n’est pas un mal en soi, il y a une véritable pratique qui est plutôt agréable, mais elle n’est pas suffisamment compensée par l’observation des autres, sans doute parce que le but du design ici est bien une sorte d’usage programmé et enfermant. Quelque part, on a l’impression que l’ouvrage se situe finalement entre les écrans de l’auteur [sans doute des produits Apple] et l’auteur lui-même. Finalement, on a parfois l’impression de lire un selfie philosophique, du coup parfois cela peut séduire, mais par moment cela peut fortement agacer.

Plus intéressante est la partie sur le design qui comporte des références et des réflexions opportunes. On sent aussi une expertise professionnelle de la part de l’auteur. Toutefois, on déplorera encore l’absence de critique et la célébration des objets comme l’Ipad d’Apple ou la Wii de Nintendo présentés comme des instruments de libération. On attendrait plus d’un philosophe… mais l’auteur est davantage dans la mouvance que dans la critique. En fait, c’est le design qui cherche à s’emparer de la philosophie et non l’inverse.

L’ouvrage est totalement libéral compatible de ce point de vue et paradoxalement sa lecture ne changera pas nos perceptions, car il n’est pas certain que l’auteur donne réellement quelque chose à voir.

Bref, une lecture finalement assez décevante pour les critiques évoquées auparavant, mais surtout parce qu’elle n’a évoqué aucun déclic et aucune piste de réflexion nouvelle chez moi.

Entrez dans la poétique du numérique

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Compte rendu  de  Poétique du numérique 2, les territoires de l’art et le numérique, quels imaginaires ? Sous. la direction de Franck Cormerais. Editions, l’entretemps, 2013 Une couverture violette avec un titre en jaune, la couleur est donnée pour ce poétique du numérique numéro 2. Franck Cormerais a réuni dans cette édition une quinzaine d’auteurs pour interroger notamment le rapport entre l’art et le numérique. Il s’agit aussi de réinterroger l’esthétique dans des perspectives contemporaines qui aboutissent à une réflexion sur l’œuvre d’art et sa place dans la société. Mais l’objectif est de mieux comprendre le rôle de l’artiste et du spectateur, en incitant l’artiste à devenir majeur notamment face au regard d’un spectateur dont il faut faire également la critique. L’ouvrage se positionne nettement autour de la question technique, la technè dont il est rappelé à juste titre qu’elle mêle aussi bien art que technique, imaginaire et raison et qu’il est sans doute opportun de repenser les liaisons et les hybridations entre les différentes facettes, tandis que des siècles nous ont appris plutôt à les séparer. Jean Paul Fourmentraux dans le second chapitre retraduit d’ailleurs bien cet enjeu en montrant que la poïesis présente bien cette dualité entre création et production.

Poétique du numérique

L’ouvrage fait donc une place importante aux imaginaires. Pierre Musso qui signe la préface nous gratifie d’un chapitre intitulé « imaginaires et innovation technologique » d’une grande qualité qui fait le point sur différentes théories autour des techno-imaginaires de façon éclairante et synthétique. Un texte à lire et à faire lire assurément. L’ouvrage s’appuie souvent sur des expériences artistiques particulières, voire innovantes. Le générateur poiétique (dont j’avais parlé ici) d’Olivier Auber est ainsi cité à plusieurs reprises. Le lecteur y trouvera matière à réflexion et une richesse dans les références épistémologiques, ce qui entrainera de nouvelles lectures et certainement des relectures. On notera que Gilbert Simondon en tant que philosophe de la technique est souvent cité en référence. Impossible de résumer l’ensemble des chapitres de l’ouvrage qui est divisé en quatre parties :

  1. De nouveaux territoires pour l’art ?
  2. Une cartographie déplacée
  3. Une spatialité interrogée
  4. Un imaginaire reformé.

Les lecteurs du blog seront sans doute également intéressés par le chapitre consacré par Jacques Gilbert au concept de sérendipité, « A la suite des princes de serendip » dont il fait la critique. Il montre les différents récits mythiques de la sérendipité et étudie de manière intéressante le positionnement d’Horace Whalpole, le créateur du roman gothique et créateur du néologisme. L’ouvrage s’achève par la rédaction de six thèses concernant la poétique du numérique par Franck Cormerais et Sylvie Gosselin, thèses brièvement exposées tout d’abord, puis développées ensuite. Posant les jalons d’une réflexion théorique nouvelle, la poétique du numérique est vue comme une manière de voir le numérique autant de façon pratique que théorique. La technique est ici pensée et non rejetée, et la création vue également d’une manière collective. Ce texte laisse entrevoir de futurs développements intéressants en s’achevant sur la nécessité de construire un nouveau « sublime » entre art, science et technique. Le lecteur y trouvera également quelques réflexions sur la tendance aux « labs ». La courte postface de Bernard Stiegler tente de redéfinir l’artiste dont le philosophe nous dit au final qu’il est un « tenseur ». C’est dans cette poétique du numérique en tension que nous invitions le lecteur à entrer.

Une erreur historique : Leibniz et Gabriel Naudé

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Une erreur historique découverte en cours, pendant lesquels j’insiste pour que les étudiants usent de leur accès web pour compléter et corriger ce que je raconte .  Un premier miracle a eu lieu hier matin, un étudiant a remarqué que j’avais fait une erreur d’un an sur une date de naissance. Pas de quoi être déstabilisé, mais une première et une bonne nouvelle.

Du coup, je les ai encouragés à  vérifier les dates de naissance quand j’ai oublié de les noter… et c’est alors qu’en écrivant les dates au tableau, je constate une terrible impossibilité historique que je commets dans mon cours et dans… mon livre Du Tag au Like à la page 16 !

Je raconte en effet que Leibniz, dont beaucoup ignorent qu’il a été bibliothécaire, a rencontré Gabriel Naudé… qui l’a inspiré dans sa profession et dans ses méthodes de classement et de classification.:

Gabriel Naudé. source wikimedia commons

« La bibliothèque du Duc Auguste de Brunswick-Lunebourg[1], la plus grande du monde au xviie siècle, est également intéressante, car ce collectionneur établit lui-même son propre catalogue, tandis que la tendance était plutôt de confier la bibliothèque du mécène à un érudit. Il établit un système classificatoire et des cotes qui sont également liées au format des ouvrages à des fins d’économie d’espace. Ce catalogue sera ensuite nettement amélioré par le philosophe Leibniz (1646-1716) qui lui succèdera en tant que bibliothécaire. Une carrière professionnelle qu’il mènera d’ailleurs pendant 40 ans. Sa rencontre avec Gabriel Naudé, le bibliothécaire de Mazarin, auteur de l’ouvrage Advis pour dresser une bibliothèque, rédigé en 1627, l’incite à constituer une bibliothèque universelle qui couvre tous les savoirs. Leibniz s’intéressa beaucoup aux travaux de classification et d’indexation et déplorait justement le manque de mots-clés dans les descriptions bibliographiques. »

Leibniz. Source wikimedia commons

Le problème dans cette histoire, c’est qu’il y a un mais… Gabriel Naudé nait en 1600 et meurt en 1653, tandis que Gottfried Wilhelm Leibniz nait en 1646 et meurt en 1713. Du coup, certes Leibniz est un génie sans doute précoce, mais une rencontre décisive alors qu’il n’a que 7 ans sur le lit de mort de Naudé semble plus qu’improbable.

Or Wikipédia rapporte plus ou moins la même histoire :

« Gabriel Naudé occupe une place centrale dans l’histoire des bibliothèques et de la bibliophilie. D’abord, par la publication, 1627, de son Advis pour dresser une bibliothèque’. Naudé, « l »homme de France qui avoit le plus de lecture » (Bayle), le futur bibliothécaire de Mazarin, celui, aussi, qui enseigna, plus tard, le classement et le maniement des livres à Leibniz, est le premier théoricien d’une bibliothèque systématiquement organisée »

Nul doute que Leibniz a lu Naudé, mais Wikipédia parle carrément d’enseignement !

Si  moi aussi, je raconte cette histoire (fable ?), c’est que je l’ai lue non pas sur wikipédia mais dans les articles qui évoquent la carrière de bibliothécaire du philosophe et mathématicien allemand. C’est le cas de l’article passionnant de Jacques Messier dont celui paru en 2007 dans Argus et dont on peut lire une version allongée ici, Un bibliothécaire parmi les humanistes : Gottfried Wilhelm Leibniz (1646 – 1716). Voici ce que nous en dit Jacques Messier :

« Leibniz fit également la rencontre du bibliothécaire du Roi, Gabriel Naudé, auteur de l’ouvrage  A(d)vis pour dresser une bibliothèque, rédigé en 1627.  Cet ouvrage lui inspira l’idée de constituer la bibliothèque universelle, couvrant tous les domaines du savoir. Gabriel Naudé, conçoit une bibliothèque destinée au grand public contenant des ouvrages sur tous les sujets susceptibles d’intéresser le plus grand nombre.  Il dresse un catalogue par ordre alphabétique d’auteurs et de sujets. »

Je ne suis donc pas le seul à faire la même erreur. Mais pourquoi cette erreur ?  La réponse est peut-être dans cet ouvrage sur les fondations de la bibliothéconomie allemande que je n’ai pas encore eu le temps de consulter et que commente le BBF :

« Dès cette époque, pourtant, la cause des bibliothèques ne reste pas un vain mot pour l’Allemagne, même morcelée, qui en possède alors deux particulièrement célèbres. L’une se trouve à Wolfenbüttel, où plane encore l’ombre de son directeur, Leibniz, qui a également été bibliothécaire à l’autre, celle du duc de Brunswick, à Hanovre, et s’est inspiré de l’Avis pour dresser une bibliothèque de Gabriel Naudé. De plus, Leibniz a, sans doute, été le premier, comme le constate l’auteur, à prendre conscience du profit que pouvait tirer des ressources d’une grande bibliothèque de recherche le progrès des connaissances, et de l’intérêt qu’il y avait à procéder à des acquisitions régulières pour maintenir une bibliothèque au courant de l’activité scientifique et littéraire, plutôt que de lui préférer une bibliophilie, parfois coûteuse. Il en était de même pour Lessing, également appelé à une fonction officielle dans une bibliothèque. »

Cela nous permet d’émettre l’hypothèse que ce n’est pas Leibniz qui a rencontré Naudé, mais peut-être le fameux duc de Brunswick, qui est son propre bibliothécaire et qui possèdait une bibliothèque considérée comme la plus grande de son époque. Leibniz lui succèdera dans cette mission de classement. Une hypothèse séduisante, mais dont je n’ai aucune preuve.

Par contre, les autres hypothèses possibles sont des rencontres avec des personnes différentes portant le nom de Naudé. Il est possible que Leibniz est rencontré Gabriel Naudé… mais le fils ! Naudé était libertin, on peut imaginer une filiation. Au passage, il y a pas mal de bibliothécaires libertins, je pense notamment à Casanova. Mais je n’ai pas trouvé trace d’une telle hypothèse. L’article de Robert Damien ne nous en apprend pas plus.

Troisième hypothèse, la confusion entre Gabriel Naudé et Philippe Naudé, à qui Leibniz a adressé une lettre. Les deux Naudé n’ont rien à voir, le second est huguenot quand le premier justifie la Saint Barthélémy.

Pour l’instant, j’ai préféré rejeté l’hypothèse que Gabriel Naudé puisse avoir survécu sous la forme d’un ectoplasme ayant suivi des ouvrages qu’auraient acheté le duc de Brunswick quand la bibliothèque de Mazarin a été dispersée. Il aurait alors conversé avec Leibniz sous cette forme. Pas très crédible pour un des théoriciens de la raison.

Voilà, où j’en suis, j’attends vos hypothèses !


[1] Schneider Ulrich Johannes, « Quel système de savoir ? Du “jardin des livres” de la bibliothèque du duc Auguste au catalogue de Leibniz », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2006-2, n° 82, p. 8-14.