Ode poétique à la culture de l’information

Par défaut

Au sein du Cyberespace source de déperdition

Lieux de bévues et de tragiques méprises

Départis toi d’une totale maîtrise

Mais ose partir en expédition

Apprends à t’y perdre parfois

Pour faciliter le retour en soi

………….

Est-ce pour mieux percevoir la qualité

Parmi une masse qui nous frappe par sa quantité

Qu’il faut apprendre à mieux évaluer

Le moindre grain des infosphères polluées ?

……….

De la culture de soi face à au culte de l’ego

Se noue la trame d’un commun destin

Celui qui dépasse le mythe des égaux

Au-delà des affres d’un avenir indistinct

Pour raviver l’espoir de mémoires vives

Comme autant d’intelligences collectives

Chronique n°2. « Ce qu’on apprend ajourd’hui sera inutile en 2050 ». ?

Par défaut

La version audio à podcaster.

 

« Ce qu’on apprend ajourd’hui sera inutile en 2050 ». La formule a été reprise à partir des propos de Yuval Harari.

Et bien je pense que c’est l’inverse. Il est probable alors qu’on s’interroge sur les programmes et les savoirs du lycée, qu’un lycéen du siècle dernier et peut-être même du siècle encore d’avant, était mieux armé que ceux actuellement.

Le lettré du digital, ainsi l’appellerons-nous, ne vit pas dans un monde totalement en rupture avec les anciennes pratiques.

Nous ne vivons pas non plus dans une révolution permanente faite de tabula rasa, et qu’il faudrait tout réapprendre et tout recommencer.

Ce n’est donc pas à mon avis que ce qu’on apprend aujourd’hui sera inutile en 2050, mais plutôt ce qu’on apprend actuellement est insuffisant et pas du tout au niveau. Pire que cela, ce n’est pas cohérent et cela témoigne d’une absence de vision à long terme.

Photo Alejandro Camilla. unsplash.

Je serai même tenté de dire que vouloir se mettre sans cesse au goût du jour a conduit à un saupoudrage avec le développement d’éducation à, certes nécessaire, mais trop souvent marginalisée, car il faudrait mieux intégrer leurs contenus.

Pire encore, les effets de modernité et d’égalitarisme conduisent à supprimer ou à négliger certains contenus du fait de programmes élargis, mais aussi parce que ses contenus nécessitent des formes attentionnelles longues et des répétitions.

On a trop laissé à l’industrie des jeux vidéo le droit de nous faire refaire pendant des heures des actions similaires dans des environnements sympathiques au point que les exercices, les dictées, les résumés de texte deviennent des instruments peu prisés désormais… notamment parce qu’ils révèlent les difficultés et qu’ils opèrent aussi des logiques de hiérarchie entre élèves. Il est vrai une nouvelle fois qu’il est préférable d’annoncer son niveau dans un jeu vidéo plutôt que de dire son classement dans une matière.

 

Le paradoxe vient du fait que le temps scolaire est trop court. J’entends par temps scolaire, à la fois le temps institutionnel, mais aussi tout le temps nécessaire à la formation de l’esprit, mais aussi des corps, ce qui implique donc tout autant des compétences intellectuelles que techniques, que des compétences physiques que spirituelles.

Le temps passé devant des activités ludiques devant les écrans, ou tout au moins le temps d’attention sur ces dispositifs finit par dépasser sur une année le temps scolaire, et parfois de façon très nette.

Cela ne signifie pas qu’on n’apprend pas devant les écrans. Cela signifie que le pouvoir des industries des loisirs est écrasant sur ces dispositifs et qu’on peine à trouver les moyens d’en faire des instruments de formation. Trop souvent, on ne parvient guère à dépasser le cadre de la formation aux usages, alors qu’il faudrait former à une meilleure intégration culturelle.

Cela implique donc de travailler les passerelles entre les disciplines, mais aussi entre les exercices.

L’enjeu est de développer de nouvelles formes de production à évaluer. Cela peut être la réalisation de vidéos par exemple. Mais sur ce point, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de savoir filmer et de savoir monter, mais aussi de produire un scénario, de faire œuvre d’imagination, mais aussi de démontrer une capacité à structurer l’information.

Or, cela ne peut se faire qu’à condition de s’exercer, de recommencer, d’améliorer, etc.

Igor ovsyannykov. Unsplash.

Je note que la plupart de mes étudiants ne savent pas faire de résumés et encore moins de dissertation avec des plans qui tiennent la route. Je ne parle même pas des commentaires de textes. Or pourtant, beaucoup ont obtenu des mentions au baccalauréat.

Autre point, ces aptitudes supposent de s’exercer, mais d’avoir les moyens de pouvoir comparer, c’est-à-dire d’avoir à disposition des références qui ne soient pas uniquement disponibles en ligne… c’est-à-dire d’avoir une culture, ce qui suppose d’avoir un langage qui permette d’exprimer des nuances et donc d’utiliser des synonymes, mais aussi d’avoir un minimum de références en littérature, cinéma, arts pour pouvoir mieux utiliser des exemples pour asseoir des raisonnements.

L’enjeu n’est donc pas uniquement celui de savoir coder. Il sera clairement nécessaire de développer un programme de formation au code pour mieux comprendre les logiques algorithmiques de base, mais aussi pour savoir mieux utiliser des outils statistiques.

Mais il faut conférer surtout les moyens de savoir décoder… tout autant les textes, les images, les vidéos, les sets de données et tout autre visualisation et tableau statistique.

L’art de la critique, de la mise à distance, suppose surtout des rapprochements, notamment entre littératie et numéracie. Il y a de la joie à lier, disait Giordano Bruno, et c’est bien l’enjeu, lier sans emmêler, lier sans être poings et mains liées. En ce sens, écrire les programmes sous l’influence des industries et thématiques dominantes du moment en matière de digital serait une grave erreur. Pire encore, serait de placer la donnée comme centrale en matière de formation au numérique, car justement l’enjeu n’est pas de placer la donnée comme centrale au niveau du système scolaire, ce qui serait un renversement inquiétant par rapport à  la loi Jospin de 1989.

L’avenir de l’éducation s’inscrit donc dans un rapport entre tradition scolaire et anticipation, entre les travaux des prédécesseurs et ceux à venir. L’avenir de l’éducation est assurément steampunk plutôt que transhumaniste.

 

Pour finir sur une note poétique, on pourrait dire que l’enjeu est de former des citoyens qui s’inscrivent dans une lignée qui mêle poésie et code, métries et métriques en se souvenant que le premier code informatique a été écrit Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron.

 

Source :

Les images sont issues du site unsplash.com .

Image mise en avant : Kevin Ku

Sur le lettré du digital, voir notamment cet article écrit avec Franck Cormerais.

Voir aussi cet article collectif.

Quelques idées sont  développées dans la formation aux cultures numériques.

Umberto et le complot

Par défaut

Mon cœur avait bien ressenti quelque chose mettant ce livre tout en haut du carton. Mais le déménagement m’obligeait à le faire. Au moins, je savais que je n’aurais aucun mal à remettre la main dessus une fois le carton ouvert.

Cet ouvrage, de l’arbre au labyrinthe, était un de ceux d’Umberto Eco qui m’avaient le plus marqué. Celui-là finalement, je l’avais lu très récemment. Je ne savais pas qu’en refermant le carton, quelques jours plus tard, c’est Umberto qui refermerait son existence charnelle. Car Umberto va survivre chez ses innombrables lecteurs, chez ses interprètes, chez ses traducteurs (et donc traîtres), chez ses mauvais épigones (l’épigone est toujours mauvais par principe) et chez les auteurs qui comme Laurent Binet lui donne vie dans des œuvres de fiction.

J’avais rencontré Umberto de façon classique, par la lecture du nom de la rose, que je suis d’ailleurs en train de lire pour la troisième fois. Eco, ça se relit et ça se consulte, que ce soit ses travaux de recherche ou ses fictions. Et à chaque fois, on comprend qu’on est devenu un autre, et on mesure le chemin parcouru. C’est mon cas, lors de ma lecture du nom de la rose où je comprends de mieux en mieux l’ensemble des références qui parsèment l’ouvrage. Même chose pour le Pendule de Foucault… mon roman préféré, celui qui m’a le plus influencé et que beaucoup trouvent imbuvable et incompréhensible, et pourtant c’est celui que j’aime relire. Le pendule de Foucault c’est la lecture indispensable pour comprendre les théories du complot. C’est une façon romancée de montrer que la compréhension du monde ne peut être que complexe et que tenter d’en échafauder une théorie aboutit à un délire pas possible. Le concept qui fait tourner tous les autres est nécessairement réducteur, car trop efficace en apparence. Et on peut s’amuser à en inventer pleins, comme j’étais amusé à la faire sur l’affaire DSK.

Revenons au sujet sur lesquels je voulais écrire initialement  sur le blog : le mythe du complot. J’avais travaillé sur ce sujet à une époque où l’Éducation Nationale s’en moquait totalement en n’ayant pas encore saisi vraiment les changements en cours autour du phénomène du web 2.0. Je plaidais pour que le concept devienne un objet d’études en sciences de l’information et de la communication et j’envisageais des pistes éducatives par la même occasion avec une prise en compte dans les enseignements pour la culture de l’information. Dans cette logique, j’avais initié le projet « Historiae : les collégiens mènent l’enquête » qui incitait des collégiens à produire un article de blog sous forme de synthèse sur des thématiques où l’information disponible sur le web était fortement hétérogène et bourrée de références complotistes. J’avais présenté le projet au premier forum des enseignants innovants. Le but était de reproduire les rencontres informationnelles faites dans des requêtes et des navigations à la maison de façon raisonnée en entrant dans l’étude de l’évaluation de l’information. Le projet a été depuis réintégré à Cactus Acide et repris un temps par Gildas Dimier au niveau de l’expérimentation.

Le ministère vient enfin de s’intéresser à cette question, mais pour de mauvaises raisons. En clair, l’injonction vient du ministère voisin : l’intérieur qui souhaite éviter les dérives contestataires ou djihadistes. Il y a donc une pression forte qui s’exerce sur l’éducation aux médias et à l’information et sur l’éducation morale et civique. La manifestation de l’autre jour avec la mise en scène de la ministre participe d’une volonté de s’emparer du problème d’une façon peu discrète, et finalement ne s’appuie pas sur les travaux de ceux qui s’intéressent à cette question, et qui en la matière se montrent plutôt prudents d’une part, et moins méprisants à l’égard de ceux qui peuvent tomber dans les excès du complot permanent.

On trouvera donc opportun de se reporter à la lecture de Franck Bulinge sur le sujet. J’avais d’ailleurs échangé par mail avec Franck en 2008 sur cet aspect. On lira aussi avec intérêt les travaux de François-Bernard Huyghe et notamment son dernier billet qui évoque aussi Umberto Eco, et plus encore son entretien pour Atlantico. Alors certes l’observatoire du complotisme est intéressant, mais il y a bien d’autres travaux que les ministères feraient bien de consulter. Je reproche parfois à mes étudiants de rechercher principalement les ressources qui affleurent à la surface du web au niveau des premières résultats de google… j’ai le sentiment qu’à ce sujet, c’est un peu pareil au niveau de nos instances parfois. Les compétences informationnelles ne sont pas toutes développées là où elles seraient nécessaires.

Vouloir faire du combat contre les théories conspirationnistes un cheval de bataille gouvernemental est perdu d’avance. C’est y aller avec les gros sabots et surtout c’est désigner des ennemis, et répondre à des personnes qui parfois voient des ennemis qui complotent par un comportement du même type. C’est un jeu qui ne mène à rien et qui ne peut que conduire à Fort-Chabrol. On ne lutte pas avec les mêmes armes sous peine d’alimenter un combat infini. L’idée de développer une armée de blogueurs était d’ailleurs une des idées les plus absurdes proférées ces dernières années. On ne peut pas lutter contre les théories du complot sous peine de rentrer soi-même dans le plan. En clair, les conspirationnistes vont vous désigner soit comme un imbécile, soit comme un participant au complot. En clair, vous êtes manipulé ou manipulateur.

Autre point, il existe une proximité forte entre ceux qui remettent en cause l’’information officielle au point d’imaginer un complot, et les méthodes d’évaluation de l’information produites par les professionnels. Le discours de la ministre y fait quelque peu référence, mais de façon trop générale et finit par pointer un ennemi classique : Internet… on notera qu’on ne parle pas de web… :

J’aborderai d’ailleurs ici une question particulièrement importante, liée directement à l’essor du complotisme, et qui est à la fois enseignée dans l’EMI, mais qui va bien au-delà. C’est, naturellement, celle d’Internet. Oui, la diffusion des savoirs est une belle chose ! Mais elle s’accompagne aussi de la diffusion de son ennemi intime : celle des théories complotistes. Dès lors, il y a un moment où nous devons affronter directement les enjeux liés à cette révolution que constitue Internet.

Le besoin de douter est essentiel, et il nous semble que ce fondement doit être conservé et défendu. Il est vrai que les théories conspirationnistes vont parfois bifurquer sur un point qui va constituer l’explication miracle et qui va devenir le liant. On peut être très censé et tomber rapidement dans des excès, car c’est potentiellement grisant, comme un passage de l’étude rationnelle à la fiction, car tout semble concorder, ce que montre bien Eco :

« La reconstitution nous prit des jours et des jours ; nous interrompions nos travaux pour nous confier la dernière connexion ; nous lisions tout ce qui nous tombait sous la main, encyclopédies, journaux, bandes dessinées, catalogues de maison d’édition, en diagonale, à la recherche de courts¬ circuits possibles ; nous nous arrêtions pour fouiller les éventaires des bouquinistes ; nous flairions les kiosques ; nous puisions à pleines mains dans les manuscrits de nos diaboliques ; nous nous précipitions au bureau, triomphants, en jetant sur la table la dernière trouvaille. » (ECO, le pendule de Foucault, 1990 p.471)

Et même parfois, il est impossible d’en être conscient :

« Lorsque nous échangions les résultats de nos imaginations, il nous semblait, et  justement, procéder par associations indues, courts-­circuits extraordinaires, auxquels nous aurions eu honte de prêter foi – si on nous l’avait imputé. » (Umberto Eco, idem)

 

La meilleure piste évoquée est celle d’une véritable formation à l’information avec un gros travail autour de l’évaluation de l’information qui ne peut se faire en quelques heures, mais qui repose sur un travail d’analyse documentaire réitéré. Une des leçons est que de toute façon, même le plus grand spécialiste peut se faire avoir s’il oublie de poser son esprit et qu’il agit par impulsion. C’est donc à la fois une question de formation de l’esprit, de culture générale, mais aussi de capacité à exercer une distance critique. Cet esprit critique est essentiel, car il participe au besoin de débattre et donc à une culture démocratique. Toute tentative pour imposer une vérité absolue et mettre au ban d’autres alternatives risque d’être vouée à l’échec si elle ne repose pas sur un travail scientifique et rationnel. Il est clair que certains esprits refusent d’emblée ce dialogue.  Mais ce n’est pas en voulant imposer une manière de voir qu’on parviendra à convaincre le plus grand nombre, bien au contraire. On risque au final d’alimenter encore plus les théories du complot. Il reste à savoir quelles sont désormais les priorités : développer l’esprit critique et la capacité à débattre, ou bien de surveiller les opinions non conformes. La dernière loi sur le renseignement permet d’en douter… mais bon sans doute le risque est d’y voir encore un énième complot.

On ne sort donc jamais vraiment de la spirale complotiste. Umberto dans le pendule de Foucault pensait avoir réglé la question par l’absurde… il n’a fait qu’alimenter le complot en produisant un important travail documentaire. D’ailleurs, j’ai comme un doute. On est sûr qu’Umberto est bien mort ? Avec un peu de chance, il a été enlevé par les extraterrestres et le gouvernement nous le cache.

Au final, il ne nous reste plus qu’à en rire.

 

Pour mes amis enseignants et professeurs documentalistes notamment, j’ai écrit l’année dernière pour le Médiadoc, un article sur le sujet : théories du complot, faut-il en faire un objet d’enseignement ?

La licence professionnelle, MIND, un nouvel esprit du digital à Bordeaux

Par défaut

Je suis ravi de pouvoir annoncer le lancement prochain d’une nouvelle licence professionnelle à l’Université Bordeaux Montaigne et plus précisément à l’IUT de Bordeaux.

Cette licence s’intitule MIND, pour médiations de l’information numérique et des données. Dans l’idéal, on aurait pu choisir digital au lieu de numérique, mais il fallait rester cohérent avec notre filière du DUT Infonum, information numérique dans les organisations.

L’objectif est de former des professionnels sur des questions à la fois anciennes, mais de plus en plus renouvelées, notamment en ce qui concerne les fameux discours autour du Big Data et et de l’Open Data. La licence prend le contre-pied en se plaçant au-delà des fantasmes et des discours en mettant en avant de façon nette, le concept de médiation dont la licence entend tirer parti dans toute sa richesse. Le terme a été choisi à dessein plutôt que celui de management par exemple, mais également parce qu’elle correspond mieux à l’ancrage disciplinaire et scientifique de l’information et communication. La médiation permet de travailler autour des actions de médiation-formation, des actions de traitement, ainsi que dans l’étude des supports, des médias et des organisations qui sont concernés par ces problématiques.

La licence prend la suite d’une ancienne licence plus orientée ressources audiovisuelles. C’est donc à la fois une continuité dans le fait qu’elle s’adresse à des professionnels de l’information, mais aussi une rupture du fait qu’elle se place dans des secteurs d’avenir.

En effet, les métiers évoluent continuellement dans les secteurs de l’information documentation et de nouveaux besoins se font sentir. L’étroite relation qui s’opère entre l’information-documentation et la donnée est un signe clef, comme en témoigne le récent changement de nom de la revue documentaliste-science de l’information en I2D pour Information, documents et données. Une perspective qui rejoint pleinement celle de la licence qui ne veut pas pour autant éliminer les concepts de document et d’information, mais plutôt les articuler avec les dispositifs techniques actuels.

La licence s’inscrit également dans une volonté quelque peu pionnière dans sa démarche, car peu de formations en Aquitaine, mais également en France dans le numérique ont placé la question du traitement des données dans cette approche. Généralement, le positionnement classique sur ces questions est davantage orienté mathématique, informatique et éventuellement statistique. Nous souhaitons l’aborder de façon élargie, plus en lien avec les sciences de l’information et de la communication, mais aussi avec l’ensemble du mouvement des humanités digitales.

Il s’agit aussi d’éviter les discours enchantés autour du big data et de l’open data et donc au contraire d’en montrer les richesses, mais aussi les limites tant l’objectif est bien de promouvoir une approche construite et avec de la médiation autour des données, de l’information et du document et pas une simple logique algorithmique. Il s’agit donc de former des professionnels qui puissent organiser et traiter les différents types d’informations rencontrés et parvenir à optimiser leur traitement, leur utilisation et valorisation. On veut que nos étudiants soient de bons curateurs de données pour éviter le tragique syndrome du pdf inexploitable et qu’ils se montrent des analystes des données, des documents et des informations disponibles.

La licence ne forme donc pas des magiciens capables de comprendre des masses de données éparpillées. Elle cherche à former des professionnels qui seront amenés à produire les conditions d’une interprétation intelligente de documents, d’informations et de données dont l’éparpillement nuit à leur compréhension et à la constitution d’une certaine cohérence.

Elle s’inscrit donc dans une logique de renouvèlement professionnel avec des métiers dont on peine encore à imaginer l’intitulé.

La plaquette  de la licence professionnelle MIND est en ligne et j’interviendrai à plusieurs reprises pour la présenter notamment demain à 11h lors des journées portes ouvertes.

Mise à jour : le site de la licence professionnelle MIND est mis en ligne.

 

 

 

 

« Analgésie de l’anachorète face aux affres médiatiques » : une expérience de référencement avec mes étudiants en Infonum

Par défaut

Durant mon cours sur le référencement avec mes étudiants de deuxième année de DUT INFONUM à Bordeaux, j’ai décidé de lancer un défi dans le cadre de leur évaluation en mettant en place une stratégie pour classer leur production numérique le mieux possible à partir d’une requête où il n’y aurait aucun résultat notable sur google. Ils pouvaient réaliser ce travail seul ou par deux.

J’ai choisi la requête volontairement absconse « analgésie de l’anachorète face aux affres médiatiques« . Une partie de l’évaluation portait sur le classement vis à vis de la requête, les mieux classés prenant le maximum de points. De quoi nourrir les ardeurs et les tentatives les plus viles pour se placer en tête. Peu sont parvenus à faire perdre des points à leur camarade malgré quelques tentatives de duplicate content ou de liens pourris placés depuis les zones de commentaires de la pornosphère.

Les étudiants disposaient d’un peu plus d’un mois pour parvenir à se hisser au plus haut. Ils sont allés cherchés du lien un peu partout, parfois de façon maladroite. Peu ont songé à créer des alliances car cela aurait pu avoir un impact assez fort d’opérer des liens croisés. La logique de concurrence a fonctionné à plein régime d’autant que j’avais annoncé que les mieux classés prendraient le maximum de points et les recalés des premières pages se contenteraient des miettes.

L’exercice est intéressant car il oblige à mieux saisir l’intérêt du référencement dans une formation en information-communication, car le domaine allie justement des stratégies informationnelles et communicationnelles. Certains ont fait le choix de prendre en dérision le sujet en produisant des pages ou des vidéos volontairement décalées. Une option qui a souvent fonctionné, mais qui aurait eu bien du mal à conserver une pertinence si le projet s’était déroulé sur plusieurs mois. Le référencement nécessite souvent des ajustements et une attention quasi quotidienne, mais la clef de la réussite repose souvent sur une construction durable pour assurer un maximum de pérennité. Le cadre de l’exercice s’y prêtait moins. L’objectif était de prendre en compte le prétendu « référencement naturel »… qui ne l’est pas du tout… qu’est-ce qui est vraiment naturel d’ailleurs. Par conséquent, ils n’avaient pas à acheter de liens sponsorisés, par contre toutes les autres stratégies étaient autorisées, notamment l’achat de nom de domaine.

Le bilan est intéressant car il a obligé les étudiants à produire du contenu et une stratégie qui met en perspective ce qu’ils avaient appris dans leur formation. Du stress également du fait d’une logique de performance qui en a motivé certains qui n’ont pu résister à l’envie de gagner. Le jeu et la performance constituant souvent des sources de motivation. Les plus présents sur les réseaux sociaux ont su jouer de cette avantage pour générer de la visite et des liens éventuels.

Mais cela a aussi fini par perdre Google face à ce nouvel afflux de données sur une requête étrange, créant une sorte d’infopollution informationnelle du fait des messages sur les réseaux sociaux et les contenus souvent bidonnés des productions numériques.

Pourtant, cette requête n’est pas si idiote… L’analgésie renvoie à une absence de douleur, qui est proche de l’ataraxie, et ce n’est pas une sinécure justement que de rechercher cette absence de troubles pour un anachorète, cet ermite qui se retire pour mieux prier et accéder à des états supérieurs sans être dérangé. Ici était précisé que l’objectif était de s’échapper de la surabondance de l’information provenant des médias, ces terribles affres, qui nuisent à l’épanouissement de l’âme. Finalement, le défi a produit davantage d’affres que de réflexions spirituelles, et peu de production ont exploité ce filon qui était pourtant le seul durable, celui d’un nouveau positionnement face à l’ultraconnexion.

Sans doute, le site suivant y répond le mieux :

http://analgesiedelanachoretefaceauxaffresmediatiques.fr/

Mais très vite, les étudiants ont compris que la vidéo youtube possédait un pouvoir de référencement colossal… J’avais volontairement évité de leur dire trop officiellement en évoquant non pas un site web à classer mais une production numérique avec du contenu, ce qui excluait la prise en compte des tweets dans le classement, mais ce qui les encourageait à les utiliser pour améliorer le référencement de leur production. Du coup, d’étranges vidéos caracolent dans les premiers résultats.

D’autres ont choisi des sites plus classiques sous wordpress avec des titres tellement proches que google a moyennement apprécié. Certains ont choisi l’effet viral et humoristique du tumblr :

http://analgesieanachoreteaffresmedias.tumblr.com/

En tout cas, le référencement est tout sauf analgésique… et l’anachorète n’a qu’une seule envie… c’est d’être non-indexée mais c’est encore une autre histoire.

La documentation dans le numérique est parue !

Par défaut

Suite de l’actualité chargée avec la parution d’un nouvel ouvrage : la documentation dans le numérique chez les Presses de l’Enssib. A quelques mois près, j’aurais été bien capable de mettre digital à la place de numérique, mais ce sera une affaire à suivre prochainement. Je remercie toute l’équipe de l’Enssib pour cette publication notamment Thierry Ermakoff et toutes celles et ceux qui ont participé à la relecture, aux corrections et à la mise en page de l’ouvrage.

couvtagau

L’introduction est en ligne. Pas mal d’aspects théoriques et pratiques  qui se mêlent.  Des thématiques qui me tiennent également à cœur.

L’ouvrage est de couleur  verte, couleur de l’espoir par excellence. Il n’y a pas que du texte, il y a également quelques schémas et illustrations dont beaucoup sont sous licence CC… ce qui signifie que vous pouvez les réutiliser comme bon vous semble. J’ai retenu ici la leçon de mon précédent ouvrage du Tag au like où plusieurs lecteurs me l’avaient demandé.

Je signale que je présenterai l’ouvrage au mois de mai à l’Enssib, le mercredi 12 . Au menu également séance de dédicaces et bisous, enfin tout ce que vous voudrez ou presque ! Les professeurs-documentalistes et aspirants professeurs-documentalistes sont donc particulièrement bienvenus.

 

 

Voici le sommaire détaillé du contenu de l’ouvrage :

Chapitre I.
La documentation :

un héritage à développer

  • L’héritage théorique et idéologique : une culture de l’accès et un processus de rationalisation
  • Les trois dimensions du mot document
  • La documentation et la naissance d’une culture de l’information
  • L’héritage technique : la documentation dans l’histoire des outils de traitement de l’information
  • Une documentation encore d’actualité
  • La relation à l’informatique et au numérique
  • Y a-t-il une menace numérique pour la documentation ?
  • Une culture numérique à adopter
  • L’exemple des métadonnées et de leur évolution comme symbole de l’évolution actuelle au sein du numérique
  • Quelles collections à l’heure du numérique ?

Chapitre II.
Les permanences documentaires   

  • La permanence du texte
  • L’hypertexte et ses liens avec la documentation
  • Le maintien de compétences documentaires classiques
  • Traitement de l’information, veille et curation
  • La curation : des techniques et méthodes clairement documentaires
  • Le portail type Netvibes : un outil documentaire à faire évoluer
  • Traitement de l’image, de la vidéo : des besoins documentaires

Chapitre III.
L’information comme nouveau paradigme ?   

  • Des problèmes définitionnels
  • Le cas de la société de l’information
  • L’information sous les deux faisceaux des Lumières
  • L’influence de la théorie de l’information de Shannon et Weaver

Chapitre IV.
Appréhender le web   

  • Retour sur le web 2.0
  • Les usagers au service des usagers ?
  • Des modèles basés sur la popularité
  • Le cas des folksonomies
  • Le cas de la bibliothèque 2.0
  • Outils ou modélisations ?

Chapitre V.
Des espaces numériques en évolution constante   

  • Web documentaire et le document face au numérique
  • Légendes et commentaires : vers quels savoirs ?
  • Qu’est-ce qu’une bibliothèque numérique, au juste ?
  • Quelles logiques classificatoires et quelle sémantique des données ?
  • Web sémantique et web de données : quel rôle pour la documentation ?
  • Les ontologies

Chapitre VI.
Faciliter l’accès à l’information et à la connaissance   

  • Quels services et quelles missions ?
  • La question de l’accès à l’information. Un accès intellectuel autant que physique
  • La question de la médiation
  • et de la médiation numérique
  • Médiation, désintermédiarisation et milieux associés

Chapitre VII.
Usages et Usagers   

  • Le mythe de l’autonomie
  • Que sont les usages ?
  • Quand usage ne signifie pas culture
  • Une grande diversité d’usagers
  • L’usager acteur ou l’idéal du web 2.0
  • Le non-usager
  • Le cas des jeunes générations et des publics adolescents

Chapitre VIII    .
Formation et culture de l’information   

  • Six enjeux dans un contexte
  • de convergence
  • Un changement de paradigme
  • La piste de la translittératie
  • Évaluer l’information

Chapitre IX
Un contexte technique et des dispositifs à appréhender   

  • Un contexte technique et des dispositifs à appréhender
  • Architecture de l’information, des données et de la connaissance
  • La question du cloud computing et les enjeux économiques
  • Se situer dans le Vu, lu, Su ?
  • Numérique et numérisation

Conclusion. Une évolution à penser et à construire   

 

Du coup, mon nouveau né a rejoint la petite famille de mes précédentes publications.

ma bande des quatre au complet

La folle existence d’un maître de conférences

Par défaut

15 : 03… un message arrive par le chat de ma messagerie instantanée sur gmail. Un de mes anciens étudiants a besoin de se réorienter en cours d’année et a besoin de conseils. Je prends le temps de le conseiller d’autant que c’est un étudiant méritant et qui a du potentiel. Je poursuis ainsi mon credo qu’un de mes anciens étudiants ou élèves le reste toujours même s’il a quitté les lieux de formation. J’assure le suivi en cas de besoin. Je viens d’interrompre un de mes projets d’écriture. C’est habituel. Je reprendrai mon travail d’écriture plus tard, car d’autres messages arrivent et il faut gérer l’urgent : régler des problèmes d’emploi du temps, de logistique pour tel ou tel évènement. Je suis sans cesse interrompu aussi par le téléphone pour des questions qui concernent la formation que je dirige à l’IUT. Voilà pourquoi, il faut que j’y sois finalement assez souvent.

La logique de l’interruption permanente est bien réelle. Celle d’un métier multiple, dans la lignée des actuels travailleurs du savoir, exigeant, mais tellement stimulant qu’on n’a pas vraiment envie de s’arrêter. Je vais tenter de décrire en quelques lignes mon vécu quotidien au niveau professionnel qu’il faut conjuguer avec une vie de famille.

Quelle est donc cette étrange profession  que celle de maître de conférences ?mcfpourlesnuls

Un shiva perpétuel

Il faut se montrer prêt à faire des tâches fort différentes et entrecoupées. Parfois, on aimerait davantage pouvoir se plonger sur le sujet sur lequel on travaille, mais il faut parer au plus pressé. Les cours à préparer, les TP à corriger font partie du lot quotidien essentiel qu’on ne  peut pas remettre à plus tard. Alors, s’ajoutent les documents administratifs à remettre : prévisionnels des heures à effectuer par les titulaires et non titulaires, nouvelles maquettes à préparer ou finaliser, demande de poste à renouveler, nouvelle injonction ministérielle à laquelle il faut répondre. Et puis il faut parvenir aussi à se projeter dans les appels à projets et à se laisser un peu de temps pour les rédiger et les finaliser sachant qu’on sera toujours à la bourre dans le meilleur des cas, ou trop juste et donc hors-jeu parfois faute d’anticipation et de temps suffisant à y consacrer. Et même lorsqu’on pense avoir obtenu le financement escompté, sans avoir dû passer plusieurs étapes de validation, il faut encore régler les derniers couacs de dernière minute qui peuvent mettre en péril le travail investi précédemment et les futurs recrutements en cours. Alors à nouveau, mails et coups de téléphone puis rendez-vous se succèdent. Il faut rester serein et zen, en relativisant à chaque instant, même s’il est parfois impossible d’éviter une mini crise d’angoisse le week-end en se disant qu’on n’y arrivera pas car il y a 18 heures de cours à préparer la semaine prochaine, qu’il faut rendre le dossier avant le deadline, régler les derniers imprévus et relire à la dernière minute pour les deux bouquins qui par le pur hasard du calendrier vont paraître quasi au même moment. La même ritournelle semble alors se mettre en place : il faut tenir le coup, ce sera mieux après et c’est pas le moment de tomber malade, sinon c’est la catastrophe. Seulement, il n’est pas certain que plus tard ce soit mieux, car déjà la to-do list se remplit pour de nouveaux objectifs. Un vrai tonneau des danaïdes, comme une drogue appelée travail qui devient si ce n’est un besoin, produit un sentiment de culpabilité (le sarkozysme est passé par là) si par hasard on se complait à ne pas travailler un jour dans le week-end… Ce qu’on évite quand même de faire, car cela va générer un retard potentiel, tout aussi anxiogène.

La liste des choses est tellement diverse, mais aussi parfois très stimulante au niveau de la diversité des compétences acquises que malgré ses défauts, j’ai du mal à envisager d’arrêter ce rythme. Car il s’agit bien d’un rythme, notamment dans l’écriture et le travail régulier d’accumulation des données diverses afin de demeurer toujours dans le coup. Une vraie logique de sportif de haut niveau… vous ne pouvez pas vous arrêter sous peine de mettre des mois à ne plus trouver le rythme. Une discipline de soi auquel je ne cherche pas vraiment à me soustraire, car ralentir signifierait perdre la capacité à travailler rapidement… et donc à devoir ralentir les activités que je préfère, notamment l’écriture.

Cette logique multitâche et multicompétences, je l’avais déjà dans ma profession précédente de professeur-documentaliste. C’est l’adjonction de la logique de recherche qui a complexifié le tout et accru le temps de travail. Cette habitude de pouvoir être interrompu par diverses sollicitations et de pouvoir enchaîner des taches différentes en les reprenant malgré les différentes interruptions, je l’ai développée durant ces années au CDI. J’ai continué à décliner simplement cette logique à une échelle plus grande.

Du coup, dans la semaine, j’exerce de fait plusieurs professions en une seule :

  • Celle de direction d’une formation qui comporte environ 80 étudiants et qui fait intervenir jusqu’à une trentaine d’enseignants différents. Un travail pour lequel heureusement, je peux m’appuyer sur une secrétaire que je partage avec une formation voisine. C’est en fait en quelque sorte un travail de principal adjoint dans la mesure où je suis chargé de faire les emplois du temps également.
  • Celle d’enseignant que je détaille après. Le temps minimum est de 192 heures TD pour un maître de conférences. J’explose cette année mon service en faisant bien plus que les 192 h. Du travail en plus certes, mais un peu de rémunération supplémentaire à la clef.
  • Celle de chercheur qui doit théoriquement constituer la moitié de mon temps de travail. Cela signifie faire de la recherche, mais aussi démontrer la réalité de cette production au travers d’articles ou d’ouvrages. Plus l’article est publié dans des revues reconnues, mieux cette production est reconnue. Même si cette règle peut paraître parfois discutable, elle me semble au moins assez claire désormais. Cela n’empêche pas de publier dans des revues ou ouvrages moins reconnus pour faire plaisir aux copains ou parce qu’on en a envie. Il faut aussi monter des projets de recherche pour avoir de quoi se déplacer le cas échéant, mais aussi organiser d’éventuelles journées d’études et surtout pouvoir travailler en équipe en engageant des ingénieurs d’études ou des stagiaires de niveau master recherche qui pourront se former également. Évidemment, il ne suffit pas d’écrire, il faut aussi lire et entendre les autres. L’information-communication étant un vaste champ… sans compter que depuis que je m’intéresse aux humanités digitales, le potentiel de lecture est infini et donc en fait impossible…
  • Celle d’acteur en liaison avec le monde du travail, la société et la réalité économique. Cela requiert donc de se mettre au courant des dernières avancées et de valoriser ses travaux de recherche dans d’autres milieux. C’est une mission essentielle qui ne peut être totalement détachée des missions précédentes. Au niveau de l’information-communication, les évolutions sont fréquentes et si on veut tenter de rester dans le coup, un travail de veille et de présence numérique est incontournable. Un vrai boulot de médiation pour faire circuler notre propre production et réalisation en matière de recherche et pour pouvoir intégrer dans nos méthodes de recherche, mais aussi dans nos enseignements les nouveaux éléments indispensables. Le blog se situe à ce niveau tout comme le compte twitter d’ailleurs. Je ne suis plus élu au CA de l’ADBS, car je ne pouvais plus être suffisamment disponible pour remplir cette mission. Quant à l’écriture de nouvelles de type SF, je ne sais trop où situer cette activité.
  • Celle de conseiller auprès des étudiants. Fonction indispensable qui requiert un minimum de psychologie pour prévenir les décrochages de certains étudiants. Un vrai travail de coaching qui signifie autant une disponibilité de temps que d’esprit. Temps en présentiel, mais au temps en ligne notamment pour répondre aux mails à tout moment.

Je ne détaille pas toutes les autres missions afférentes ou concomitantes à celles évoquées plus haut (suivis de mémoire, recherche et encadrement de projets tuteurés, réunions diverses, sollicitations des médias, conférences, décision d’achats de matériels pédagogiques, évaluation d’articles, etc.), mais qui montrent qu’on est bien loin du mythe du maître de conférences, glandouilleur qui ne donne que quatre heures de cours par semaine.

Ok, mais combien ça gagne ton métier bizarre ? Et bien, j’ai la chance d’être à l’échelon 3 de ce charmant métier. Il est vrai que j’ai été mal reclassé malgré 10 an auparavant comme fonctionnaire de catégorie A en tant que certifié. J’aurais fait n’importe quoi d’autre auparavant, j’aurais été mieux reclassé d’ailleurs. Bref, je gagne un peu plus de 2000 euros par mois désormais. Mais il n’y a pas si longtemps, je gagnais bien moins à l’échelon 2. Mais pour gagner plus, il faut travailler plus (merci les heures supplémentaires) et espérer poursuivre sa carrière en devenant professeur. Mais pour cela il faut passer une Habilitation à diriger des recherches, c’est-à-dire produire un nouveau document (environ 250 pages, mais on peut faire plus) et le soutenir devant un jury et repasser une nouvelle étape de qualification. Ce que je me suis décidé à faire. Oui, la profession a un côté sadomasochiste évident, ce qui finalement va de pair avec mon côté fan du stade rennais. On place toujours beaucoup d’espoir et d’efforts et on est souvent déçu. Mais c’est aussi la leçon, il faut beaucoup tenter, réessayer, progresser pour enfin réussir.

Mais revenons sur l’aspect pédagogique.

Un instituteur du numérique

J’ai la chance d’avoir eu le déclic pour l’info-com en 1997 notamment du fait que c’était une discipline carrefour et que ça me correspondait bien. Je suis plutôt initialement orienté sciences de l’information et de la documentation. Des territoires passionnants et en mouvement dans lesquels il est préférable de se renouveler régulièrement. La somme de compétences est aussi diverse, si bien que de plus en plus j’ai l’impression de devenir un instituteur du numérique dans ma formation, Information numérique pour les organisations. Pourquoi ce côté instituteur ? Et bien à la fois pour le côté noble de l’expression qui vise à instituteur et donc à placer les étudiants à un niveau de majorité digitale en quelque sorte et aussi pour le côté multidisciplinaire qu’il dissimule. Je peux ainsi dans une même journée faire de l’histoire du web et des techniques de l’organisation de la connaissance, du xml, de l’archivage numérique et bien d’autres choses encore selon l’actualité ou les questions des étudiants. Bon, ça mériterait bien un autre billet en fait, tellement j’ai encore de choses à raconter.

Au final, pleins de raisons de continuer ce métier shiva ou arlequin, même si parfois on ne sait plus vraiment qui on est…

 

Shiva. source : http://en.wikipedia.org/wiki/Shiva Le maître de conférences doit aussi savoir se mouvoir avec élégance sur un seul pied s’il le faut !

Pour illustrer ce côté shiva, cette infographie…

http://www.phdcomics.com/comics/archive.php?comicid=1060