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Makers ou la nécessité d’une culture technique

La lecture de Makers de Chris Anderson se révèle en fait intéressante à plusieurs titres. Si le propos peut paraitre trop optimiste parfois, il a le mérite de reposer les bases d’un nouveau modèle industriel davantage participatif, plus motivant et qui laisse place à de plus grandes initiatives personnelles. J’avais longtemps hésité à me plonger dans la lecture suite à l’excellente analyse critique qu’en avait faite strabic, lecture que je recommande. Beaucoup d’éléments de l’ouvrage méritent en effet une lecture. Vous trouverez plus de renseignements dans l’article d’Hubert Guillaud qui résume parfaitement les forces et faiblesses de la théorie de Chris Anderson. Un extrait de l’ouvrage est aussi disponible sur le site d’Internet Actu.

« Makers » est assurément un plaidoyer pour le modèle open source, libéré des contraintes des excès de propriété privée. Intéressante aussi cette impression que la liberté d’entreprendre et que le libre accès à l’information et à la connaissance sont étroitement liés.

Ce qui est évident, c’est que Chris Anderson est certes un excellent conteur, mais c’est aussi un passionné qui sait transmettre de l’énergie. Il donne envie de devenir « maker ». Il y réussit aussi parce qu’il partage sa propre expérience, depuis l’histoire de son grand-père dépositaire d’un brevet pour l’arrosage automatique de jardins jusqu’à ses tentatives de bricoler des légos ou des petits avions avec ses enfants. Chris Anderson possède cet esprit d’entreprendre, cette envie de « faire » et c’est sans doute la philosophie de l’ouvrage que de donner envie de faire, de créer, d’expérimenter et d’inventer dans des périodes où on nous parle que de crise et de dettes. Peut-être faut-il y avoir une forme de trace de l’esprit américain, sans doute faut-il y percevoir un esprit du web qui tend à se distiller dans d’autres sphères.

A la lecture, ce sont les potentialités de formation qui m’ont également intéressé. En effet, cette culture des makers est pleinement une culture technique, telle que décrite par Simondon. Une capacité à comprendre, à faire et à refaire mais aussi une culture informationnelle qui témoigne d’une capacité à trouver l’information ou la personne compétente pour résoudre un problème. C’est aussi une compétence documentaire, tant il s’agit de documenter les actions réalisées, de réaliser des plans, etc. C’est évidemment une série de compétences informatiques, tant il s’agit de coder et d’utiliser des logiciels de CAO. On retrouve beaucoup de similitudes avec des pans de la culture des hackers et des adeptes de l’open source.

Le livre constitue aussi un important document pour la défense des enseignements de technologie :

« Les enfants d’aujourd’hui apprennent à utiliser Powerpoint et excel en cours d’informatique, et ils apprennent encore à dessiner et à sculpter en cours d’initiation artistique. Mais ne serait-il pas mieux qu’une troisième option leur soit offerte : le cours de conception ? Imaginez un cours dans lequel les enfants apprendraient à utiliser des outils de CAO 3d comme Google Sketchup ou Autodesk123D. Certains d’entre eux dessineraient des immeubles et des structures fantastiques, comme ils le font aujourd’hui sur leur cahier. D’autres créeraient des jeux vidéos perfectionnés à plusieurs niveaux, avec leurs paysages et leurs véhicules. Et d’autres encore, des machines. »p.68

Pour cela Anderson recommande d’investir dans des imprimantes 3D et des découpeuses lasers dans les établissements. Bref : créer des Fablabs au sein des établissements. Il ne s’attarde finalement que peu sur les aspects éducatifs.

Je pense qu’on peut envisager cette philosophie du « Faire », bien au-delà de la seule conception « machine » tant il s’agit de faire aussi dans les disciplines des sciences sociales et humaines. Aurélien Berra évoquait la nécessité de « faire des humanités numériques ». Je crois que ça ne doit pas s’arrêter aux seuls territoires des chercheurs mais cela doit investir des terrains plus larges dont ceux de l’Education toute entière.

Car le « Faire » n’est pas une simple action commandée, il implique la capacité à raisonner et à comprendre. La séparation entre la réflexion et l’action, entre l’intellectuel et le technicien n’existe pas.

J’y reviendrai prochainement car on besoin urgemment de revoir toute la formation littéraire et notamment le BAC L qui doit devenir un BAC H.

La commission Haddock des 3C et l’avenir radieux de nos CDI.

L’inspection générale chargée de la documentation va bientôt diffuser dans les prochains jours la liste des bonnes œuvres et bonnes théories à connaitre pour tout professeur-documentaliste et aspirant à cette profession. Un travail qu’il faut saluer, si on désire que les fonctionnaires puissent agir en bons fonctionnaires d’état.  Une liste noire sera diffusée par voie hiérarchique. La mise à l’index s’est faite avec  beaucoup de lucidité. Fort heureusement déjà, des bons éléments sur le terrain  appliquent avec détermination la politique de développement nécessaire et ont anticipé avec efficacité ce besoin d’éliminer les éléments inopportuns.

La commission ad-hoc qui travaille avec grand efforts depuis des années pour nous débarrasser des scories paralysantes notamment de la didactique de l’information est enfin parvenue à produire une liste des textes et personnes qui devront être désormais considérés comme persona non grata. La liste ne sera pas indicative mais fort heureusement obligatoire.

Il était temps ! Ces pensées néfastes sèment le trouble dans les esprits notamment sur le terrain, ce qui nuit à la mission émancipatrice que vont permettre les centres de culture et de connaissances, modèle innovant qui garantit le développement de futurs esprits de qualité, telle que les conçoit la noble commission.

Il est temps en effet de se débarrasser de ces archaïsmes didactiques, trop complexes. Plaçons l’ambition de nos établissements avant celle des personnels et des disciplines ! Le documentaliste doit servir au mieux les usagers et tel est l’objectif du travail d’éclaircissements pour le développement rapide des 3C, seule entreprise capable de moderniser profondément les CDI.

Le documentaliste devient gestionnaire de ressources numériques et il doit tout mettre en oeuvre pour en faciliter un accès immédiat. Mais il n’est pas seul. Il peut s’appuyer sur les institutions des Crdp et des Cddp, mais surtout il pourra bénéficier de  la coopération efficace et hautement appréciée de nos partenaires éditoriaux et informatiques. Sortons des logiques d’opposition ! En effet, on peut travailler aussi bien avec Apple et Microsoft ! On peut aussi travailler avec Samsung d’ailleurs. Les 3c ne sont pas dogmatiques, eux ! Ils prônent une liberté d’usage fort intéressante.

Les élèves ont besoin de moyens pour travailler et pour faire de bons choix en matière de matériel d’ailleurs.

L’animateur de 3c se doit d’être polyvalent et à l’écoute des besoins des usagers.  Cette écoute repose aussi sur une convivialité importante. Il est ainsi beaucoup plus opportun à l’heure des réseaux sociaux de savoir échanger quelques mots de courtoisie, pouvoir faire une référence avec les élèves aux anges de la téléréalité par exemple, car il s’agit de s’appuyer sur la culture des élèves qui est parfois d’une grande qualité dans le domaine. N’oublions pas qu’ils passent des heures devant leurs écrans comme beaucoup de leurs parents et qu’il serait bon de légitimer ces aspects. La capacité de certains à enchaîner des heures de vidéo et d’activités diverses sur des plateformes de jeux doit être reconnue et valorisée largement.

Il s’agit aussi de faire connaissance avec eux, avec les nouveaux usagers du centre qui ont besoin d’être mis en confiance et valorisés. L’important ce n’est  de savoir chercher l’information mais d’en trouver ! Et ils sont remarquables dans ce domaine. Les expériences le démontrent ainsi que la recherche : les élèves trouvent toujours de l’information. Alors pourquoi vouloir leur apprendre à en chercher ?  Tout cela est ridicule et la commission l’a bien compris.

Ce qui importe c’est qu’ils prennent plaisir à voir leur progression s’afficher. Le personnel du 3c doit savoir encourager les succès des élèves quand ils passent des niveaux. Un tableau affichant les meilleures scores à bubble shooter pour des élèves de sixième constitue une émulation plus que louable.

La commission tient à souligner également que le serveur du 3C doit étancher la soif de ses usagers. Là aussi, la diversité est de mise. Aucune idéologie!  S’il y a pepsi, il y aura coca!  Et osons le Loch Lomond ! Le merchandising center, enfin le learning center,  euh … enfin le 3C, c’est la modernité, l’inscription de la culture et des connaissances dans notre époque et une innovation incontestablement tournée vers l’avenir.

Débarrassons nous rapidement de ceux qui nuisent à l’épanouissement pédagogique et aux bons résultats de nos établissements. Mettons les à laver des vitres ou à compter les bovins ou les cochons, mais ne les laissons plus pervertir collègues et élèves.

L’innovation est en marche. L’élève n’a pas besoin de savoir ce qu’est un document. L’intérimaire du 3C doit avant tout savoir lui servir à boire.

 

De la documentation à l’impulsion : du tag au like

Le lecteur trouvera ici quelques lignes qui figurent dans l’ouvrage du Tag au Like... Cette histoire s’inscrit dans une diminution de la part documentaire autant au niveau pratique qu’intellectuelle. Cette diminution est malheureusement constatable sous de nombreux aspects. Si certains se montrent incapables d’envisager un avenir à la documentation si ce n’est en procédant à une dilution progressive et en refusant la montée en puissance de la nécessité éducative, ils sont pour partie responsables de la dégradation documentaire que cela va engendrer dans les années futures en se contentant d’une formation à la marge.

Les boutons de type like marquent un changement important dans l’écosystème du web, avec l’affaissement de la dimension de l’indexation des folksonomies au profit d’une impulsion. Ce court-circuit limite pour l’internaute l’usage du raisonnement pour catégoriser efficacement et peut provoquer la fin des « milieux associés » comme les signets sociaux et les systèmes de biens communs. Cette transformation  profite aux industries qui tirent des bénéfices de cette dégradation. Quelques grands acteurs du web capteraient dès lors un grand nombre de médiations et de recommandations à leur seul profit. Le risque est celui d’une prise de contrôle qui repose sur des stratégies de captation de l’attention, afin d’éviter tout exercice de réflexion et d’évaluation raisonnée des documents et sources d’information.

 

1- L’impulsion du Like

Le like – et parfois le retweet sur Twitter –, correspond souvent une réaction immédiate, voire pulsionnelle. Le commentaire et l’annotation ne sont plus nécessaires, ils peuvent disparaitre au profit d’une logique binaire : « j’aime ou je n’aime pas ». Ce choix renvoie fortement à des jeux de l’enfance. C’est même ce qui désigne étymologiquement le in-fans (non-exprimé). Dès lors, le système place l’usager dans une enfance technologique qui l’empêche de devenir adulte.

Ce court-circuit ouvre aussi la possibilité d’une nouvelle médiamétrie : les like permettent de réaliser des profils types selon les classes d’âge, le sexe, la nationalité, etc. La somme des actions individuelles décrit des comportements et des avis collectifs. Nos écritures collectives finissent par ne plus nous appartenir, les synthèses sont produites par les machines.

Le like n’appartient pas qu’à Facebook, il prend une diversité de formes. Par exemple, Pinterest offre trois réactions possibles aux usagers à partir d’une photo présente sur la plateforme : le repin (la possibilité de reprendre la photo pour la punaiser sur son propre mur), le like (signale qu’on aime l’image ce qui lui permet de gagner des points dans les classements de popularité),  et la possibilité de commenter l’image, mais ce sont les deux premières fonctionnalités, impulsives, qui connaissent le plus de succès.

Le like est également présent sur Amazon. Cliquer sur le pouce levé permet à Amazon d’emmagasiner des données afin « d’améliorer notre expérience d’achat ». De nouvelles formes de like et de dislike vont probablement voir le jour.

 

2- Le like de Facebook

Facebook rassemble près d’un milliard d’usagers. Le temps de présence des internautes sur ce réseau social est supérieur à n’importe quel autre site web. Le film The social network rappelle que la première version, que met en ligne Zuckerberg en octobre 2003, est une application nommée Facemash où l’on peut voter pour la fille que l’on préfère à partir des trombinoscopes récupérés illégalement sur le site de l’université. Les usagers devaient donc choisir à chaque fois entre deux portraits et désigner celle qu’ils préféraient. La logique pulsionnelle, assez machiste et peu constructive n’a pas disparu puisque certaines applications permettent de faire la même chose à partir des profils Myspace. Plus récemment, l’application Hotstagram (hotstagram.com) permet de faire de même avec les photos d’Instagram.

Le like est donc une logique type facemash appliquée à grande échelle. Il faut en distinguer deux types :

- Le premier  exprime le simple fait d’aimer un statut, un commentaire ou une page d’un groupe de musiques ou d’une grande marque.

- Le second, une extension du premier, permet d’extérioriser le like à l’ensemble du web. Il est possible d’ajouter un bouton like à n’importe quel blog, de même qu’il est possible d’y intégrer un système de commentaires liés au profil Facebook.

 

- Je t’aime moi non plus

L’affichage d’un grand nombre de likes sur son profil participe d’un effet narcissique, sachant que le moindre commentaire peut être « aimé ». Dès lors, les statuts Facebook qui reçoivent beaucoup de likes témoignent de la popularité de leur auteur. Cependant, le like peut vouloir dire tout et son contraire, voire être un principe d’autodérision. Le mimétisme conduit à également apprécier un statut déjà plébiscité par le réseau d’amis.

Les logiques d’impulsion s’accompagnent aussi de stratégies de calcul pour montrer l’intérêt que porte un membre de Facebook à un contact par exemple…

 

La suite est donc ici

D’autres réflexions prochainement également pour faire face à la fin des temps.

Espace de fous. Avant-propos de l’ouvrage « C’est de plus en plus fou tout ce qu’on peut encore faire au CDI »

Je publie mon avant-propos à l‘ouvrage « C’est de plus en plus fou tout ce qu’on peut encore faire au CDI » dirigé par Philippe Marhic qui cherche à montrer le dynamisme des professeurs-documentalistes sur le terrain au quotidien.

Le livre est disponible chez vos libraires habituels. L’occasion pour ceux qui exercent la profession de piocher des idées et de partager des situations vécues. L’ouvrage est aussi utile à ceux qui se destinent à la profession afin d’avoir un aperçu des potentialités.

Voici mon avant-propos :

 Espaces de fous !

par Olivier Le Deuff, Maître de conférences en sciences de l’information, Université de Bordeaux 3, Laboratoire Mica. Professeur-documentaliste toujours dans l’âme et raisonnablement fou.

Je ne sais pas si ce livre est fou, mais je rejoins Chesterton lorsqu’il disait que le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison. Et je crois en effet que ce qui resterait au professeur-documentaliste si on devait continuer à fragiliser son équilibre professionnel : c’est bien sa part de folie.

Entre raison et folie, un bel univers en tension entre d’une part les évolutions techniques d’un côté et d’autre part les pressions institutionnelles qui veulent faire du CDI et du professeur-documentaliste, une sorte de remède à tous les maux. Paradoxalement, cet état instable voire menaçant a obligé les professeurs-documentalistes à étudier un grand nombre de questions diverses et variées ce qui a parfois permis de renforcer leur légitimité.

Beaucoup ont pu ainsi étoffer leurs propres compétences et leur panoplie d’interventions. Le présent ouvrage n’y fait pas exception.

L’inscription du CDI dans ces univers fluctuants en fait un objet évoluant et à géométrie variable et ce sans pour autant tomber dans la perspective du learning center, qui n’est en fait qu’une redécouverte par nos collègues anglo-saxons de la perspective pédagogique inscrite dans le document et la documentation. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les CDI se sont développés en France, car la documentation est un terme peu connu ailleurs que dans la francophonie où on lui préfère bien souvent celui de sciences de l’information et des bibliothèques (LIS = Library and information science). La bibliothèque marque un attachement étymologique et physique à la notion de livre, ce qui n’est pas le cas dans la perspective des centres de documentation bien davantage tournés vers le document et l’information. Le cas particulier des CDI réside dans le fait que c’est la dimension d’apprentissage qui est soulignée. En cela, les learning centers ne sont que des redécouvertes de ce qui se produit en France depuis bien longtemps.  Et sans doute certains collègues ont raison de craindre que le risque ne soit au final que le CDI ne devienne un lieu où on n’y fait en fait plus grand-chose, un « glanding center » [1] comme l’évoquent parfois les listes de diffusion.

Il est donc opportun de rappeler cette place historique du CDI dans l’histoire de la documentation et de bien considérer que la documentation constitue un territoire d’apprentissage de toutes natures. En cela, le CDI a dès le début constitué un lieu alternatif, dans la mesure où les processus ne sont pas ceux du cours traditionnel. Cette logique demeure car il s’agit de concevoir le CDI comme un moyen d’apprendre de différentes manières… ce qui n’exclut pas pour autant des méthodes plus classiques.

Il est vrai qu’actuellement se pose à nouveau la question de l’avenir des CDI. Faut-il les faire disparaitre pour privilégier une approche davantage numérique ? Faut-il les décentrer finalement en disséminant la culture de l’information dans les savoirs disciplinaires ? Faut-il changer totalement les lieux pour faire des établissements des CDI géants  comme c’est plus ou moins le souhait de Bruno Devauchelle [2]?

Ces réflexions suscitent débats et expérimentations. Bref, il y a vraiment de quoi devenir fous ! Et pourtant, paradoxalement, cette incertitude peut être encore source d’imaginations et d’innovations  car peut-être plus que le lieu, fut-il richement doté et architecturalement bien conçu, c’est particulièrement les projections pédagogiques des acteurs qui permettront la réussite des diverses initiatives et qui susciteront le plaisir d’apprendre et de comprendre des élèves.

Voilà pourquoi ce livre montre un certain enthousiasme, une volonté d’aller au-delà des injonctions institutionnelles. S’il devait y avoir une liberté pédagogique affirmée, ce livre en est un bel exemple. D’ailleurs, ces lieux ne sont pas que la demeure réservée du professeur-documentaliste mais davantage le lieu partagé où à chaque recoin de nouvelles portes doivent s’ouvrir.

J’avais  d’ailleurs placé sur la porte du CDI du collège dans lequel j’exerçais en basse Normandie à Isigny-Le-Buat, deux citations en exergue :

-          La première est la même que celle qui se trouve à l’entrée de l’Eglise de Rennes-le-Château : « TERRIBILIS EST LOCUS ISTE», ce lieu est terrible car s’y trouve savoirs et connaissances si bien que celui qui y pénètre en sortira nécessairement changé. En cela, j’ai toujours considéré que celui qui rentrait dans le CDI devait s’y trouver transformé, si possible en bien, c’est-à-dire « augmenté » dans ses connaissances mais aussi très souvent en reconnaissance.

-          La seconde « la porte  est en dedans ». se trouve initialement au-dessus de la porte de la petite église de Tréhorenteuc.  Et je crois que c’est bien là l’essentiel. Bien d’autres portes se trouvent au sein du lieu CDI comme c’est le cas dans bien des bibliothèques. Cela signifie aussi qu’il ne suffit pas de rendre ce lieu plus agréable et plus attractif, – ce qui est certes plus que souhaitable- mais il faut surtout donner les moyens et donc les clefs pour ouvrir les autres portes. C’est principalement le rôle du professeur-documentaliste et de ses collègues enseignants, mais c’est aussi le but de l’élève de parvenir à décrocher des clefs. C’est aussi pleinement un lieu où les élèves apprendront parfois par eux-mêmes mais très souvent par transmission entre camarades. Les transmissions sont donc diverses.

Il peut être étonnant de voir deux exergues religieux dans un établissement public. Mais ce n’est pas le caractère sacré qu’il faut y avoir mais plutôt le sens religieux au niveau étymologique. Religion signifie ce qui relie et donc créer du lien. C’est à mon sens pleinement le rôle du CDI et du professeur-documentaliste d’impulser une dynamique de créations de liens.

En cela, il s’agit de permettre à l’élève de se situer et de trouver de quoi ce constituer sa culture personnelle d’honnête homme, telle que la conçoit Hannah Arendt :

« en toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les Romains- le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous -, une personne cultivée devait être : quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé. » [I]

 

Finalement on le voit tout semble confiner plutôt au « décentrage », ce qui ne signifie pas pour autant dispersion et absence de cohérence. En effet, il apparait opportun de travailler sur comment créer des liens et leur donner du sens dans de nouvelles logiques hypertextuelles. Ce n’est donc pas sur le centre qu’il faut insister mais plutôt sur « ce qui fait lien ».

A l’inverse des logiques de décentrement, on observe celles qui tendent vers les convergences médiatiques. En effet,  la recherche d’informations, la lecture d’informations et la publication d’informations se déroulent  autour d’une convergence d’outils que sont les moteurs de recherche, les blogs, les wikis, les forums et les réseaux sociaux parmi les plus importants.  Cette convergence est clairement d’essence numérique et lié à l’accroissement des moyens de se connecter.

A cette convergence dans les usages et les outils, il est tentant de répondre par une convergence de la formation.  Les  segmentations autrefois opérationnelles entre les différentes littératies (notamment informationnelles et médiatiques)  ne sont pas idéales et optimales pour comprendre et former les usagers.  Ce constat avait été déjà fait par Alexandre Serres qui en appelait  au rassemblement de la formation à l’information, la formation à l’informatique ou tout au moins aux outils informatiques et l’éducation aux médias :

« Il faut donc prendre toute la mesure de la numérisation et de la généralisation d’Internet et des TIC à toutes les sphères de la réalité et repenser, à partir de là, les « litéracies » informationnelles. Autrement dit, il faudrait faire une « révolution copernicienne » dans la conception et la définition des différentes formations à l’information : partir de la réalité des pratiques et des techniques de l’information, des enjeux qui leur sont liés et bâtir ensuite une culture informationnelle globale, intégrant toutes les dimensions de l’information, notamment ces trois cultures spécifiques, portant d’une part sur les médias, la documentation et les bibliothèques, d’autre part sur l’informatique et les outils. Il faudrait y intégrer l’éducation aux images, plus que jamais nécessaire à l’heure de l’explosion des documents vidéos. Il resterait à y ajouter la «cinquième dimension », essentielle (…) : la dimension communicationnelle. [3] »

Le CDI est depuis longtemps un lieu de convergence. Cette prise de conscience de l’influence et de l’intérêt des médias n’est pas non plus nouvelle. Simplement, de plus en plus le  numérique facilite et oblige à une formation plus complète et plus ambitieuse qui comporte davantage de phases de productions de contenus. Les expériences d’utilisation décrites ici s’inscrivent dans cette lignée. C’est d’ailleurs pleinement la dimension communicationnelle évoquée par Alexandre Serres qui peut prendre forme dans des travaux qui permettent de réaliser des processus complets et aboutis en matière de traitement et d’analyse d’information jusqu’à sa diffusion que ce soit sous la forme d’un journal papier, sous une forme radiophonique ou sur un site web dédié.

Cette phase de production change également le rôle de l’enseignant qui prolonge souvent son action en dehors des temporalités classiques et qui effectue de la médiation sous forme numérique pour valider et corriger les contenus produits par les élèves. Cette médiation est bien évidemment plus individualisée et permet de mieux suivre la progression des élèves et de les motiver davantage. C’est en quelque sorte le prolongement numérique de l’ « effet-maître », un effet qui concerne également les professeurs-documentalistes qui peuvent jouer d’une position souvent originale dans la transmission. Cette position originale mérite un réinvestissement au sein des espaces numériques notamment pour prolonger l’action de formation à l’information et aux médias qui ne s’opèrent que trop souvent à la marge et dans une fréquente impression de bricolage. Certes, on peut y trouver un état d’esprit propice à l’innovation et les actions décrites dans cet ouvrage sont là pour en témoigner mais on peut regretter, si ce n’est parfois un manque de reconnaissance pour les projets mis en place ayant permis de belles réussites, surtout un manque de cohérence qui conduit à différents niveaux de formations à l’information et aux médias selon les établissements.

En effet, la culture de l’information souhaitée par de nombreux acteurs n’a pas obtenu encore la place qu’elle mérite dans les cursus. Pour cela, un travail de rationalisation est sans doute à produire tant la culture de l’information repose sur des temps longs et donc des actions parfois lourdes à mener lorsqu’il s’agit de mêler recherche de l’information, analyse et évaluation puis la production. Cela implique des projets qui sortent des séances trop courtes et à la marge pour aller vers des démarches qui comportent obstacles, défis, objectifs et productions qui démontrent une progression et qui peuvent autant constituer des mises en valeur (c’est-dire étymologiquement des « évaluations ») des élèves et par ricochet des enseignants.

Les actuels projets de recherche au sujet d’une translittératie démontrent cette richesse d’interactions que le numérique accélère. La translittératie est définie comme « l’habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux »[ii]

Le CDI et le professeur-documentalistes sont donc amenés à opérer au sein de nouvelles transes. Cela donnera peut-être une énième suite à cet ouvrage.

 

Sans doute l’objectif le plus important (pour ne pas dire le plus fou), c’est d’être désormais vraiment pris au sérieux par l’institution et les collègues…tout en demeurant toujours un peu fous, c’est-à-dire sans jamais vraiment se prendre trop au sérieux soi-même. Ce qui signifie que les coups de folie ne sont pas finis. [4]



[1] Cela nous fait songer à dessin animée japonais « Le collège fou, fou, fou » où le chanteur du générique clame qu’il faudrait inventer « un collège fou, fou, fou, où on ne fait rien du tout !».

[2] Devauchelle, Bruno. Comment le numérique transforme les lieux de savoirs : Le numérique au service du bien commun et de l’accès au savoir pour tous. FYP éditions, 2012.

[3] Serres, Alexandre. « Tentative de comparaison des trois cultures : culture des médias, culture de l’information, culture des TIC. Document annexe », Séminaire du GRCDI, Rennes, 14 septembre 2007. URFIST de  Rennes, 2008. Disp. sur : <http://culturedel.info/grcdi/wp-content/uploads/2008/06/seminairegrcdi_aserres_territoirescultinfo.doc>

[4] Une petite référence musicale à Thierry Pastor.



[i] Hannah ARENDT. La crise de la culture. Paris, Gallimard, 1989, Op. cit., p.288

[ii] La traduction en français a été trouvée sur le blog de François GUITE. In Guitef. Disp. Sur : <http://www.opossum.ca/guitef/archives/003901.html> Citation originale : « Transliteracy is the ability to read, write and interact across a range of platforms, tools and media from signing and orality through handwriting, print, TV, radio and film, to digital social networks.” 

Professeurs-documentalistes : le changement, c’est… Jamais ?

De retour des journées de l’Andep après une table ronde sympathique animée par Michèle Caine qui est parvenue à gérer nos désaccords affichés et que nous avons eu plaisir à rappeler notamment entre Jean Pierre Véran d’un côté et Alexandre Serres et moi de l’autre.
La table ronde a succédé au discours très attendu du nouvel inspecteur général. ..
Quelle déception. Du Jean Louis Durpaire dans le texte ! Un plagiat, un clone, un fac-similé, une redocumentarisation mâtinée d’hollandisme pour faire passer la pilule. Le changement qui ne change rien, toujours la même rengaine.
Bref pas de quoi rêver. La didactique demeure bien loin de l’institution. Le pacifi et le Learning Center sont bien là par contre. L’étoile noire demeure. Les Siths aussi.
Tant que les professeurs-documentalistes demeureront sous le contrôle de la vie scolaire, rien ne changera à mon avis.
On fait mine d’adhérer à la didactique, on rappelle l’importance pédagogique pour mieux la nier ensuite. Rien ne change. Rien, ou si plutôt, ça empire. Qu’aucune discipline ne soit en passe d’être créée, ok c’est pas le moment et c’est pas le but non plus. Mais que l’expérimentation learning center continue de vouloir nous être imposée comme solution miracle, ça commence à faire beaucoup. Jean Pierre Véran a été très honnête dans ses propos en nous dépeignant sans doute involontairement en fait un futur bien sombre. Du coup, la vision d’avenir qu’il dépeint est en fait une dissolution progressive de la profession.
On tente de flatter la profession en la plaçant dans un renouveau pédagogique dont on a du mal à comprendre comment il pourrait s’opérer vu que les acteurs du terrain peinent à voir leur expertise en infodoc véritablement reconnue. La culture de l’information, c’est important, tout le monde le dit mais on fait mine d’agir. C’est vrai qu’une formation ça prend du temps, les effets sont longs tandis qu’un LC, c’est plus bling bling.
Malgré l’ambiance sympathique, je reviens des journées de l’Andep relativement inquiet par ce fossé qui se creuse entre des velléités administratives et un terrain et des recherches bien différentes.
Je l’ai dit et je le redis : la solution est la sortie de la vie scolaire qui nous impose des visions fort différentes du métier et un avenir qui ne mène à rien.
Le débat a eu le mérite d’avoir lieu. Merci encore aux organisateurs et orginsatrices de l’Andep et de l’Ardep Languedoc-roussillon. Désormais, il va falloir compter les points car le rêve de l’inspection générale est de promouvoir un learning center à la française en 2014 lors du congrès de l’Ifla. C’était plus ou moins officieux, c’est désormais officiel.
Sans doute, la fin de carrière approchant, certains rêvent de voir laisser une trace. J’invite d’ailleurs ceux et celles qui souhaiteraient expérimenter (Jean Pierre Véran a quand même admis que le Learning Center n’était pas une innovation) à donner comme nom à leur LC celui de notre indéboulonnable inspecteur général.
Quant au nouvel arrivé suite au recours médiatique, on ne saurait lui conseiller de rapidement développer sa propre vision des choses. On sera là pour l’aider et on est prêt à oublier ce premier discours qui n’était pas vraiment le sien. Et il y a urgence car il en va de la politique de recrutement qui ne peut reposer sur une vision managériale.
On a besoin de professeurs-documentalistes. On a besoin d’une politique pédagogique à la hauteur pour réussir les futurs recrutements et l’évolution de la profession.

De mon côté, je veille sur le faucon millénium infodidactique qui est toujours prêt à passer à l’offensive.

Eduquer ou éduquer, il faut choisir

Durant cette période dite de « refondation » de l’Ecole, j’ai du mal à trouver le temps d’écrire et de réagir. Le fait que certains apparatchiks et zélateurs de la politique de Chatel soient demeurés n’incite qu’à une confiance modérée. Et puis, on a l’impression de se répéter dans les propositions. Il est clair qu’on a perdu 10 ans depuis 2002. Du coup, le problème c’est que les solutions proposées semblent souvent au mieux propices à la décennie catastrophique qui vient de s’écouler, au pire à ce qu’il fallait faire il y a 20 ans. J’avais promis sur twitter que je m’exprimerai. Voici le temps venu.
Il me semble que le projet de refondation n’est pas monté assez haut au niveau des exigences et des politiques publiques et en même temps pas assez descendu dans le concret sur les méthodes. Bref, on a oublié le pourquoi et le comment.
A quoi sert l’Ecole dans la société ? A chaque fois, on a l’impression qu’on cherche à reproduire d’anciens modèles qui semblaient mieux fonctionner. Or, il s’agit d’avenir. On peut quand même déplorer que la majorité des experts sur ces questions ait souvent été des futurs retraités ou des retraités. Je n’ai rien contre qu’ils puissent se prononcer, mais c’est tout de même gênant qu’une gérontocratie soit amenée à se prononcer sur le futur de générations dont ils ne connaitront pas tous les développements.
Mais le plus important n’est pas là. J’ai le sentiment qu’on ne parle pas de la même éducation. Et c’est logique, car il existe étymologiquement deux éducations :
- Celle qui provient d’educare qui renvoie au vocabulaire de l’allaitement, de la nourriture mais aussi de l’élevage.
- Celle qui provient d’educere, qui signifie conduire hors de.
L’étymologie est en fait plus complexe comme nous le démontre cette page du gaffiot qui met bien en évidence des dérivation à partir du même mot.
Je privilégie la seconde un peu à l’instar de ce que disait Albert Jacquard. Mais l’hypothèse educere est en fait plus complexe que la traduction par mettre dehors. C’est en fait exactement, la même construction que l’Ausgang de Kant, cette sortie vers les Lumières. Comme souvent, c’est surtout le sens figuré qu’il faut prendre en compte dans un concept. Tandis qu’educare renvoie surtout aux aspects matériels et au côté disciplinaire dénoncé par Michel Foucault, educere nous en fait sortir et surtout nous rappelle la véritable définition de l’école.
Car l’Ecole, ce n’est pas seulement un lieu, un endroit avec des classes, des chaises et des bureaux. Et ce n’est pas parce qu’on augmente le temps de présence des enfants qu’ils seront nécessairement meilleurs. Il faut distinguer le lieu et l’institution. L’école et l’Ecole. Il est probable d’ailleurs que l’Ecole va au-delà désormais de l’institution.
En effet, L’Ecole ne s’arrête pas une fois qu’on est sorti de l’école.
Je suis donc un peu inquiet sur le fait qu’on risque de renforcer cette séparation à nouveau. Et puis, finissons-en avec un mythe une fois pour tout : l’Ecole ne pourra pas lutter contre l’inégalité de cette manière, car ce qui fait la différence, c’est surtout l’éducation parentale au sens large. Et il faut bien constater que c’est dans ce domaine que se produisent les gros écarts et qu’ils ne vont avoir de cesse de se creuser du fait des discours résolument tournés en ce moment sur les « élèves en difficulté », catégorie fourre-tout qui marque surtout un « échec scolaire » de l’institution elle-même mais surtout de la société dans son ensemble.
Il y a comme une culpabilisation permanente de l’Ecole à ce niveau face à une réalité socioculturelle. Or elle n’a pas les armes pour lutter. La bêtise télévisuelle a été encouragée par les différents gouvernements et l’Ecole n’y peut pas grand-chose. On pourrait au moins souhaiter qu’un véritable programme de formation aux médias et à l’information soit développé.
Que veut-on faire de nos élèves ? Des citoyens, des futurs travailleurs, créateurs, innovateurs ? Sans doute un peu tout cela. Dans ce cas, il faut bien être honnête : on n’est plus au niveau du tout. La somme des savoirs a continué à augmenter depuis 20 ans et nos programmes et nos méthodes n’ont guère évolué. Cela signifie qu’il faut développer des temps de formation différents et bien plus individualisés. Il faut aussi utiliser sciemment le numérique mais pour l’instant les compétences professorales et la capacité à produire et à imaginer de nouvelles scénarisation est très faible. Trop faible.
J’ai l’impression qu’on veut encore que les élèves soient dans un moule, qu’on puisse les contrôler, qu’ils obéissent et respectent des consignes parfois absurdes ou pédagogiquement nulles.
Plus de temps de présence à l’école, pourquoi pas, mais il s’agit d’imaginer de nouvelles méthodes de formation plus motivantes et plus individualisées. Si je prends l’exemple de mon fils, la césure est flagrante entre le niveau de l’Ecole et ce qu’il peut apprendre à domicile. En deux heures à la maison, il en apprend bien plus qu’en une semaine de classe. Un enfant curieux qu’on accompagne dans ses lectures et ses processus et qui commencera à développer un peu d’autonomie dans sa curiosité va en apprendre dix fois plus qu’un élève moyen ou médiocre qui passera sa vie devant la télé ou à passer son temps devant des applications débilisantes. Ce ne sont pas les écrans qu’il faut juger, mais bien ce qu’on y fait. Et en la matière les pratiques sont fort diverses.
Le problème, c’est que l’Ecole ne sait toujours pas gérer l’hétérogénéité et au niveau primaire, il est impensable qu’on continue cette logique d’un prof par classe qui conduit du fait de l’effet-prof à des années complètement ratées pour de nombreux élèves du fait d’une relation mauvaise avec l’enseignant. Le nombre d’élèves par classe au primaire rendant la mission parfois impossible également. Là aussi, il faudrait faire des choix financiers. Si on prétend que le primaire est si important, pourquoi ceux qui y enseignent sont moins bien payés que des agrégés ? Pourquoi a-t-on gardé une agrégation qui n’a pas de sens pédagogiquement et encore moins au niveau universitaire ? Les questions qui fâchent semblent trop souvent évitées…
J’entends parler de renforcer les disciplines artistiques ou sportives. Dans l’état actuel, ça ne sert à rien, d’une part car d’autres savoirs méritent également d’avoir leur place et que les bases ne sont pas acquises, d’autre part car on ne met pas les moyens pour les enseigner. Du sport et des activités sportives, oui mais avec de vrais professionnels qui savent organiser une progression. Idem pour les disciplines artistiques qui méritent bien mieux que ces ateliers d’expression libre qui ne sont en fait que des garderies.
On a pourtant les personnes diplômées. Il y a encore d’autres savoirs et d’autres renforts à envisager, sans doute parmi les parents.

L’Ecole c’est avant tout la skholé, cette capacité d’étude et d’analyse : la vraie école. Et je crains qu’en l’état actuel, elle soit davantage transmise en dehors des écoles…
Du coup, le paradoxe est que parfois l’Education finit par s’opposer à une éducation relativement médiocre et ça en devient très inquiétant.

Capes interne de doc = un jury qui bafoue les règles de nomination

Nous sommes dans un climat bien étrange. On parle de changement mais en fait rien ne change vraiment. Tel semble être le cas de l’EN, où le principal changement porte sur des recrutements massifs mais pour le reste…

Rien ne change par exemple dans le petit monde de la documentation dont le ministère se moque éperdument.

A la tête de la gouvernance de la discipline, toujours le même inspecteur général de l’Education depuis 9 ans pourtant nommé par un premier ministre UMP et qui a plus d’une fois devancé la politique du précédent ministre de l’Education en faisant du zèle avec le gel d’une cinquantaine de postes au capes externe l’année dernière de son propre fait. Il est vrai qu’il préfère développer la politique des Learning Centers.

On passera sur l’incohérence politique et stratégique qui peut s’expliquer par le fait que  Jean Michel Blanquer, artisan zélé de la politique de Châtel est toujours en place. On aurait pu imaginer que le responsable de la DGESCO aurait du être le premier à quitter la place après une politique de saccage qui le placera comme un des plus grand ennemis de l’Education par le tribunal de l’histoire.

Mais passons sur les incohérences politiques et éducatives… il  y a finalement plus grave.

Comment peut-on parler de morale en matière d’éducation et faire soutenir à des candidats une épreuve d’éthique de fonctionnaire, quand le jury interne de capes de documentation ne respecte pas les règles élémentaires de nomination… avec un président qui assurerait la présidence de l’épreuve pour la sixième fois consécutive … ce qui est  interdit. Bonjour, le cumul des mandats… visiblement, cela ne concerne pas que les hommes politiques. On déplorera également le fait que cette présidence s’exerce pour la neuvième fois ! à l’externe mais comme il y a eu une interruption… c’est légal mais certainement pas éthique.

Pour mieux comprendre la situation, nous produisons le début de la lettre envoyée sous forme d’un recours hiérarchique au ministère fin juillet avec accusé-réception. Le ministère a fait le choix de ne pas répondre car il sait que notre demande est légitime et espère simplement tasser l’affaire et qu’aucun recours administratif n’ait lieu. Bel esprit éthique et de changement….

 » Nous avons l’honneur de porter à votre connaissance une situation qui déroge aux dispositions de l’arrêté du 28 décembre 2009 fixant les sections et les modalités d’organisation des concours du certificat d’aptitude au professorat du second degré dont la version consolidée est parue le 1er  juin 2012.

En effet, l’arrêté du 14 juin 2012, paru au BOEN n°29 du 19 juillet 2012 publie la liste des présidents des jurys des concours pour la session 2013. Il fait état de la nomination de Monsieur Jean-Louis Durpaire, Inspecteur général de l’Éducation nationale, en tant que président des jurys du CAPES externe et interne et des CAFEP/CAER correspondants pour la section Documentation.

Ce choix appelle de notre part les observations suivantes :

Au sujet du CAPES interne, cette décision présente une irrégularité flagrante puisque ce serait la sixième nomination consécutive de Monsieur Durpaire à la présidence de ce jury. Or l’arrêté visé précise à l’article 11 que :

Le président, le ou les vice-présidents et les membres du jury ne peuvent participer à plus de quatre sessions successives. À titre exceptionnel, leur mandat peut être prorogé pour une session.

Cette nomination est donc anormale au vu du texte réglementaire en vigueur et peut, de fait, faire l’objet d’un recours par un candidat non admis aux épreuves de 2013, entraînant le risque d’une annulation du concours pour la session 2013.

Nous n’imaginons pas que le Ministère puisse prendre un tel risque, vu les conséquences morales et financières qu’entraîne une annulation globale du concours, alors qu’il est déjà très perturbant et coûteux d’avoir à annuler une épreuve. Membres ou ex-membres des jurys et formateurs, nous avons le souci des candidats qui préparent ce concours difficile – la plupart d’entre eux étant de plus salariés – et du préjudice qu’ils subiraient alors. »

La lettre se poursuit sur les problèmes de cohérence pour le monde de la documentation.

En attendant un recours administratif possible mais qui sera sans doute trop long, la seule autre alternative est le recours médiatique face à un ministère et une équipe qui méprise les règles.

Pour l’anecdote, je fais partie du jury du capes interne, j’ai décidé il y a quelques semaines, de dénoncer la situation sur notre liste de diffusion. La seule conséquence à ce jour est que le président qui cherche à se protéger en arguant de sa nomination par le ministre, a considéré que j’étais démissionnaire. Peu de membres se sont bougés, ce qui n’est guère surprenant puisque l’Éducation Nationale est devenue la grande muette.

C’est le monde à l’envers. A noter que l’arrêté de nomination sous lequel cherche à se placer, le président du capes interne de documentation, fait explicitement référence au texte qui précise les règles de nomination.

Je m’excuse d’avance pour les candidats que ça ne va pas rassurer. Mais il était dorénavant impossible de tenir l’information en interne vu que rien n’évoluait.

Espérons que cette situation ne perdure pas sinon l’éthique en toc sera en doc…

mise à jour du 2 octobre : le café pédagogique relaie « l’affaire » en évoquant un règlement de compte. C’est surtout un problème de droit et d’éthique avant tout et de cohérence politique et stratégique. Quant à la nomination par un ministre que j’évoque, je ne vais pas apprendre au café pédagogique, que beaucoup de nominations sont le fait du prince même si les arrêtés officiels ne sont pas directement signés du premier ministre.

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