La méthode Guy Roux, ou devenir l’AJA de la recherche

Guy roux, faut pas gâcher
Mis en avant

« Faut pas gâcher »… tel semble désormais être le slogan inéluctable du chercheur français et notamment du petit chercheur en sciences humaines et sociales.
Le slogan déjà appliqué par beaucoup d’entre nous depuis des années est en train de devenir un programme, voire une idéologie.
En tout cas pour moi.
Je développe ici quelques aspects de la recherche « pour pas que ça coûte »

  1. Le contexte. La Logique de la Pire Patate Pour la Recherche
    Face aux incertitudes perpétuelles d’un ministère de la Recherche qui n’existe pas vraiment, coincé entre un Ministère de l’Éducation Nationale omnipotent qui peine à recruter désormais des enseignants et qui finalement considère la recherche comme un sous-domaine, et Bercy qui y voit un lieu d’arbitrage stratégique entre ajustements budgétaires et politique fiscale, le chercheur ne sait plus trop finalement quels sont ses marges de manœuvre notamment financières.
    Et ce d’autant que les universités sont théoriquement autonomes sans pouvoir l’être dans les faits. Les marges budgétaires sont faibles voire nulles et l’idée d’augmenter les frais d’inscription apparaît un risque idéologique trop important pour tenter l’expérience.
    Il reste alors aux chercheurs pas grand chose à espérer, si ce n’est décrocher quelques appels à projet pour tenter de monter quelque chose de plus ambitieux.
    La difficulté désormais est double, celle de recrutements raréfiés, ce qui a pour conséquence à la fois de freiner les carrières (ce qui occasionne de belles réductions budgétaires avec des maîtres de conférences guère mieux payés que leurs homologues du secondaire et moins bien rémunérés en tout cas que des agrégés au même âge bien souvent), mais aussi de placer une angoisse dans la procédure de recrutement de futurs collègues. L’erreur n’est plus possible dans les faits car il faut s’assurer que le collègue sera performant. Mais l’angoisse renforce les effets corporatistes et locaux. Plus le nombre de postes ouverts sera à la baisse, plus le risque d’un recrutement endémique et local va étrangement augmenter.
    Actuellement, plus ça avance, plus on a l’impression d’avoir les deux revers de la médaille du faible salaire et du nombre de postes en baisse. On pourrait éventuellement tolérer un salaire faible si la charge de travail était bien répartie et que les conditions s’avéraient propices pour recruter en nombre suffisant. Mais désormais, il faut accepter le salaire démotivant, et les charges qui ne cessent de s’accroître car le nombre de personnes recrutées diminue ce qui oblige alors en faire plus. Travailler plus pour gagner moins, et espérer être payé en reconnaissance, ou en je ne sais pas trop quoi. Il reste bien sûr l’espoir d’obtenir des charges spécifiques, des vice-présidences, la PEDR (bien utile il est vrai, mais qui nous transforme en VRP publiant ses performances de vente), mais on fait mieux mentalement.
    Contrairement à ce qu’on entend parfois, je ne crois pas pour autant que c’était mieux avant. Pour les conditions financières et la reconnaissance, c’est évident, pour la qualité de la recherche… c’est une autre histoire. Et je ne parle pas des comportements et des dérives liés aux abus de position d’autorité.

Mais là n’est désormais plus le sujet car il faut essayer de s’en sortir comme on peut.

  1. La méthode Guy Roux

Au sein d’une université modeste, le petit chercheur n’est pas totalement hors jeu mais il ne peut prétendre à des budgets conséquents, faciles à obtenir, ou à une force de frappe et de légitimité associée qui lui permet de rapidement déployer des financements.
En clair, il faut bien comprendre qu’il ne faut pas songer travailler avec des moyens dignes du Paris Sorbonne Galactique, ou de tout autre université-club prestigieux qui aurait recu une bénédiction Idex et Orbi.
Non, le modèle c’est l’AJ Auxerre désormais qu’il faut suivre désormais.
Pas de quoi tenir le haut du pavé et des célébrations, mais qu’importe. C’est la possibilité de faire des coups, de réaliser des progrès évidents et de partager ses réussites.
La recette est celle de la détection des talents et de la capacité à faire travailler ensemble des collègues différents.
Évidemment, tout repose sur la formation et la détection. Les AJA de la recherche ne peuvent fonctionner autrement, ce qui oblige du coup le chercheur à être aussi enseignant. Mais c’est là également que se joue l’avantage d’être « un petit club », c’est que c’est au sein de cette double identité qu’il est possible de repérer les bons éléments qui viendront prendre part aux projets de recherche. C’est aussi la possibilité parfois d’expérimenter à la marge avec ses propres outils et des timings où on peut prendre le risque de faire perdre un peu de temps plutôt que de suivre des protocoles ou des développements web déjà standardisés.
Cela suppose aussi un coaching relativement serré… Je ne dis pas qu’il faille fliquer les stagiaires, les doctorants ou mastérants au point de savoir s’ils sortent trop souvent le soir… Mais il s’agit bien de veiller sur eux, cela implique donc qu’il ne s’agit pas de faire des usines à doctorants, ou d’avoir pleins de doctorants sous son aile en envoyant dans le mur les trois quarts.
Mais il faut les soutenir, les conseiller et on ne peut le faire que si et seulement si on a fait des erreurs avant. Le plus mauvais professeur est celui qui a tout réussi.
Parmi les ingrédients qui peuvent permettre aux AJA de la recherche de résister est finalement l’idée de pouvoir perdre du temps… à chercher, tester, expérimenter. Actuellement, c’est ce luxe qu’on a pu accorder à notre stagiaire sur le projet HyperOtlet. Pour innover, pas de miracle…

Pour affronter le gel des postes, le Guy Roux de la recherche se doit toujours d’être prudent et quelque peu équipé...

Évidemment, parfois, pour notre Guy Roux, chercheur, c’est un sacerdoce… La crise cardiaque sur le terrain de jeu reste hélas probable.

Je reviendrai sans doute aussi que parfois une bonne idée, elle nécessite un peu d’argent (la recherche, ça coûte, ma pauv dame), d’un peu de temps et de quelques énergies mises ensemble à bon escient. Le projet bottom-up peut alors être plus efficace que le gros top-down trop calibré. A ce stade, mieux vaut finalement gérer une petite équipe qu’un gros regroupement d’égos sous peine d’aboutir à une situation digne de Knysna.
Clairement, il faut penser petit pour voir grand dans la mesure où il est préférable de développer d’abord une petite brique plutôt que de prétendre vouloir tout révolutionner d’un coup. Et c’est parfois la petite brique qui peut avoir un énorme impact, alors pourquoi se priver.

Sinon, faut être lucide, devenir l’AJA, c’est accepter le départ des meilleurs éléments qui auront été formés au bout d’un certain temps. Et on ne peut que le souhaiter vu les perspectives peu réjouissantes bien souvent en local.
Il faut être aussi lucide qu’au moment de passer les tours successifs de la ligue des champions de la recherche ou toute autre compétition, il y aura toujours un arbitre pour vous dire que votre procédé, votre projet, votre logiciel n’est pas conforme ou suffisamment orthodoxe… même si vous pensiez justement avoir changé de perspective à un problème. Remember le retourné de Lilian Laslande…

Au final, il faut aussi accepter d’être un peu chiant du coup, en allant mettre la pression quand il y a des inégalités évidentes, et de rappeler que les arbitres doivent aussi nous respecter autant que les gros…
Bon, allez, c’est vrai, ça va nous coûter un peu de « chablis » mais l’enjeu est de parvenir à se faire plaisir sans trop se prendre au sérieux. On n’a pas envie de faire « un Raoult » d’enfer!

Ps : Ce texte n’est pas non plus un plaidoyer pour aller faire des publicités pour arrondir nos fins de mois…

Hommage à Christophe

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Dans mes pérégrinations musicales, j’ai toujours aimé Christophe. Depuis que je suis gamin, avec des chansons populaires, et ado, j’aimais bien sa manière de saisir la mélancolie romantique.

Je crois que j’ai écrit quelques pages en l’écoutant ces derniers temps. Cela méritera une citation dans mon prochain ouvrage.

En attendant, j’ai écrit rapidement ce matin, ces quelques mots comme un dernier hommage après notamment celui de Christophe Conte.

Le comte qui esbaubit, tstar de la nuit
A pris le train pour la rejoindre
la fille qui se souvient de lui

Nous laissant les maux bleus
et pas des moindres
entre désarroi de soi
et désespoir de soir

triste of
christ off
Une chose est sûre
Tes paradis perdurent
Ceux qui t’écoutent
Savent sans doute
cet état là,
c’était la dolce vita

le crépuscule est grandiose
le dandy a mis sa veste rose
Un peu menteur
Toujours flambeur
balance en lenteur
les beaux délires
versent en splendeur
dans un flip èrent
et défient paires
bottes et gants
Toujours élégant

Rêve à des endroits
Que tu t’es dessiné
Où que tu sois
tu te l’es destiné
qui l’eut su, c’est fou
que le tourne-coeur
retourne encore
en éclats de miroir
en extras de mémoire
En ces moments fragiles
Fais rêver et file

Un regard décentré sur la Ligue du LOL

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J’ai découvert les agissements de la ligue du LOL tardivement alors que je côtoyais virtuellement ou tout au moins suivait plusieurs membres de l’équipe dont Vincent Glad qui tente désormais une autodéfense autour d’une histoire qui s’avère sans doute complexe, mais qui montre aussi les dérives potentielles d’une forme de concentration de pouvoirs. Il évoque aussi son cas sur France Inter.

Sur le « tout le monde faisait cela », Guy Birenbaum a réagi à dessein sur Twitter, tout comme Guillaume Narvic qui a très bien resitué l’affaire d’ailleurs.

Valérie Robert a eu raison aussi de rappeler qu’on ne pouvait pas être des pionniers sur le web en 2010… même si Glad précise qu’en 2010 il était un des pionniers sur Twitter… mais la plupart des initiés y étaient déjà depuis 2007 y compris des journalistes chevronnés.

En fait, Vincent Glad était un des acteurs majeurs de la nouvelle époque des réseaux sociaux et il venait … après… la période des blogueurs et des nétiquettes associées. Il n’était donc pas un pionnier du tout, mais un nouveau joueur dont le succès allait être rapidement dopé par les médias traditionnels. Guillaume Narvic a raison de dire qu’une partie de l’équipe était en fait en marge des courants innovants du journalisme qui imaginaient des dispositifs hybrides. Un des protagonistes les plus importants de l’époque était d’ailleurs Nicolas Voisin avec entre autres OWNI (qui au passage me manque beaucoup comme dispositif). Mais il y avait aussi d’autres innovateurs de longue date comme Rosselin qui avait tenté quelque chose avec Vendredi. Cette mémoire semble quelque part inscrite actuellement autour de ce que fait Nicolas Vanbremeersch (@Versac). Twitter était initialement un prolongement évident de la blogosphère et des signets sociaux où l’on partageait de l’info et on faisait de la veille. La logique initiale était donc celle de veilleurs et de personnes qui pensaient qu’on pouvait autre chose que la politique menée.

Alors oui, Twitter était bien une cour de récré comme le dit Glad et comme j’avais pu l’écrire également en 2009. C’était l’étape suivante après l’impression initiale que Twitter privilégiait de la communication klean-ex. C’était déjà un lieu de contre-pouvoirs assurément. Quasiment déserté par la droitosphère et notamment la fachosphère. On y retrouvait quelques supporters de Nicolas Sarkozy. La plupart d’entre nous étaient toutefois majoritairement ouverts d’esprit. Les jeunes sarkozystes défendaient les projets de mariage pour tous et de défense des minorités. Les débats se situaient ailleurs. Pour ma part, j’étais encore simple prof-doc, en thèse, engagé très momentanément au modem et hostile au directeur de la DGESCO de l’époque, aujourd’hui ministre… à l’époque où l’EN était la grande muette. Frédéric Lefebvre était accueilli d’une manière invraisemblable et demeurait un moteur de la cour de récré tout en parvenant au final à améliorer son image… car il avait accepté les règles de l’autodérision et l’ouverture aux critiques.

Et c’est là que ça devient difficile pour moi, car cela repose sur des souvenirs, et Glad déplorer que les souvenirs se mélangent et se simplifient.

Je me souviens bien de disputes fréquentes et de jeux parfois difficiles entre supporters politiques. Florence Desruol, fan de Sarkozy défendait bec et ongles son champion au point d’en devenir ridicule ce qui a suscité évidemment des critiques probablement dépassées, mais il faut rappeler aussi qu’elle se montrait également très virulente. Je me souviens d’avoir à l’époque retweeter un tweet de Vincent Glad qui critiquait son éventuel coup cœur à propos de je ne sais plus trop qui. J’avais déjà raté sans doute un élément important. Je me souviens surtout du tweet rageur de la susnommée qui annonçait qu’elle me bloquait illico moi et Vincent Glad. Sur le coup, j’avais trouvé cela un peu fort, mais a posteriori, il y avait probablement autre chose que j’ignorais et qui se déroulait en off.

Il y a sans doute assurément un travail de rétro-journalisme à faire qui va plus loin que de retrouver les tweets de l’époque. Mais il ne peut être que collectif.

Il faut assurément recontextualiser. La règle sur Twitter résidait justement dans le dégonflage d’égo et là Glad n’a pas tout à fait tort… on n’ hésitait pas à se remettre en place les uns, les autres, car l’espace ne supposait pas véritablement de hiérarchies trop lourdes. Un modus operandi qui déplaisait souvent aux personnes déjà installées comme lorsque Laurent Joffrin n’avait pas supporté d’être tutoyé. Si on disait des conneries, le réseau se devait de nous remettre en place. Je me souviens avoir parfois commis des erreurs car on sentait que certaines personnes étaient loin d’être dans cette ambiance. Glad n’a pas tort de dire qu’il y avait des codes qui étaient basés sur la critique… y compris dans les colloques professionnels ou scientifiques où on pouvait se tancer sur twitter.

Seulement voilà… mon regard sur cette période est celle d’un acteur décentré (ce qui est drôle pour un ancien membre du Modem, mais j’ai toujours détesté cette expression de centriste) car vivant en province. J’oscillais entre l’Ille-et-Vilaine et Lyon en tant qu’ ATER et je voyais bien que les jeux se déroulaient surtout à Paris si on voulait faire carrière dans les territoires de la nouvelle économie informationnelle. Mais j’avais déjà démontré trop tôt les côtés potentiellement négatifs qui pouvaient se développer à l’heure où il valait mieux les taire… ce qui est dorénavant totalement l’inverse. Narvic a raison de de dire que l’équipe du LOL investissait finalement surtout les places traditionnelles de l’économie journalistique et informationnelle… au point finalement de court-circuiter les blogueurs qui s’interrogeaient sur les nouvelles formes éditoriales. Leur succès très parisien leur a conféré des pouvoirs nouveaux, finalement loin de la cour de récré… et c’est là probablement que s’est jouée la dérive. Si la logique de la cour de récré était acceptable… c’est qu’il ne fallait pas que les acteurs se prennent trop au sérieux sous peine d’un déséquilibre de pouvoir. Je me souviens aussi que certaines journalistes femmes en vue sur Twitter ont disparu des radars du jour au lendemain. Je n’avais pas compris pourquoi à l’époque. Dorénavant si je me souviens aussi que ce pouvoir d’attraction qui dépassait clairement celui des blogueurs influents… fonctionnait énormément chez les femmes impliquées dans le numérique. Du genre: « j’ai vu que tu échanges avec Eymery.. » ou ce genre de choses. Je n’y avais pas beaucoup prêté attention, mais je comprends mieux l’effet qui était en train de se produire. En fait, il fallait être ‘en vue avec »…On comprend alors que de jeunes premiers qui occupaient le premier plan sur les réseaux sociaux tout en aillant portes ouvertes dans les médias traditionnels parvenaient à avoir le meilleur des deux mondes…

Je me demande si finalement leur arrivée dans les médias traditionnels ne permettait pas à ces derniers de reprendre quelque peu le contrôle…de mettre à l’écart les réels innovateurs. On comprend dès lors comment il a été facile de s’en débarrasser rapidement à la moindre révélation. Ils avaient commis l’erreur de laisser des traces…excès d’hybris probablement…excès d’interprétations de documents n’appartenant pas au même registre. La presse traditionnelle qui doit regorger d’affaires bien pires s’était montrée plus prudente en laissant moins de traces apparentes… et avait trouvé l’occasion de se dédouaner à moindres frais en expédiant au tribunal de la vindicte une affaire où tout s’est mélangé. On verra ce que la justice en décidera au final.

On a oublié aussi qu’on était conscient qu’on prenait des risques sur ces espaces notamment quand on s’affichait. Les blogueurs le savaient depuis longtemps notamment, car leur « popularité » rentrait en concurrence avec d’autres personnes mieux établies. À ce propos, cette tension était déjà forte dans les domaines scientifiques. Cela ne posait pas vraiment de problème aux plus brillants qu’ils décident de bloguer eux-mêmes ou pas… mais aux plus médiocres qui supportaient difficilement de voir nos noms citer par leurs étudiants. On était loin des carnets Hypothèses…

L’autre terrible leçon qu’on néglige trop souvent c’est que ces médias font de nous des médiocres au sens étymologique, des individus autant médias que moyens. Voilà pourquoi ma position n’est pas celle d’un centriste et encore moins d’un homme au centre de pouvoirs, mais celle d’un dangereux équilibriste.

Désolé pour cette page d’égo-histoire, mais finalement quelques tweets ont réveillé cette envie d’en dire plus.

?0?0

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L’année 2020 va bientôt débuter, et je ne suis pas certain de ce qu’il va advenir dans la prochaine décennie.

Je ne suis pas certain non plus de continuer à écrire ici. Le sentiment d’être désormais passé de mode, ou plutôt de ne pas avoir été totalement compris.

L’année 2020 s’inscrit donc un peu de cette manière : ?0?0 et me fait songer à ce panneau de l’encyclopedia universalis mundaneum de Paul Otlet.

Je vous livre donc en quelques vers mes interrogations

?0?0

Une énième révolution solaire
Vieille antienne du retour à la ligne
Démesure, démence de l’hybris scalaire
Comme Angoisse existentielle de quatre signes

2020, entre perfection du vingt sur vingt
Et l’affreuse désillusion du vain sur vain
Tu t’affiches tel le score d’une défaite
La sinistre rencontre ainsi se répète

Vint le deux-mille, s’en suivirent mille dieux
Ils se mirent à en devenir trop visibles
Ainsi demi le vain demain si risible ?

Un renouvellement autant envieux que vieux
Interrogeant nos vies tel un double titre
Répétition du pire ou nouveau chapitre ?

Les 20 ans du guide

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20 ans. Déjà 20 ans que ce site devenu blog a vu le jour. Au départ, une idée alors que je passe le concours de bibliothécaire territorial à Vannes. Je réussis les oraux avec une certaine confiance et insouciance. Je lance alors le projet avec un premier texte. Je raconte un peu ça dans le billet pour les 10 ans.

En 1999, je ne sais pas encore que je viens de m’engager dans un labyrinthe passionnant mais peuplé de minotaures et de créatures diverses.

20 ans après finalement j’y suis encore, mais sans en être prisonnier. Au moins, dans mes écrits. Pour le reste, les minotaures et les impasses sont toujours là par contre.

Photo by Kristian Strand on Unsplash

Le projet a suivi mes pérégrinations professionnelles. Il a été autant un laisser-passer qu’une fin de non recevoir.

Désormais, il doit figurer au mieux parmi les banalités, au pire parmi les éléments has been d’une existence.

Il est vrai que l’évolution place désormais les objets digitaux de ce type entre l’article scientifique de supermarché et l’instrument d’indignation permanente. J’en parle un peu dans Riposte digitale.

Le blog n’est plus mon objet d’écriture préféré. C’est indéniable et ça se constate probablement quantitativement aussi.

Je préfère de loin écrire des articles de recherche, voire des articles professionnels quelque peu décalés pour InterCDI. Peut-être faut-il imaginer une nouvelle prose pour ces vingt années ou vaines années. Je ne sais plus vraiment.

Les travaux de plus grande ampleur m’intéressent désormais bien plus, même s’il n’est pas certain qu’ils soient nettement plus lus. Surtout, il est parfois difficile de trouver un éditeur. Je travaille actuellement sur un projet qui n’a toujours pas d’éditeur. Disons qu’il aurait dû en avoir un… mais le directeur des publications en a décidé autrement. J’avais dû vendre trop d’exemplaires du précédent (je plaisante à peine…)

J’ai encore des projets de fiction en cours. Mais souvent faute de temps et de temps mental pour m’y investir, ils n’avancent pas…

20 ans après. D’Artagnan a vieilli finalement. Je suis prêt par moment à raccrocher la plume digitale qui a sévi ici, pour fermer définitivement les lieux. En tout cas, je crois que Le Guide des Egarés est clairement plus proche de la fin que des débuts.

Les savoirs ont évolué, mais les pouvoirs n’ont pas vraiment changé.

Parution de Riposte Digitale, pour des maîtres d’armes des réseaux.

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Une petite nouvelle. J’ai le plaisir de publier chez Publie.net à nouveau. Mais, il ne s’agit pas d’un roman ou de nouvelles comme les fois précédentes, mais d’un essai.
En pleine coupe du monde de Rugby, vous ne pourrez qu’admirer l’astucieux timing.
L’essentiel du texte a toutefois été écrit en 2018, quelques mois avant certains évènements politiques, climatiques et médiatiques.
Il est toutefois possible que l’ambiance informationnelle depuis un an rende finalement plus facile la lecture de l’essai, ou en tout cas lui donne une plus grande acuité. Mais ce n’est pas à moi d’en juger.
L’équipe Publie.Net a fait un travail remarquable de relecture, de corrections ainsi que de discussions autour du texte. Le document final me semble séduisant à plus d’un titre. Je remercie donc particulièrement Philippe Aigrain, Benoît Vincent, Guillaume Vissac et Roxane Lecomte pour ce travail indispensable qui fait d’un livre une aventure collective et qui fait de mon essai, une véritable transformation.

De quoi ça parle ?
Et bien, j’ai choisi de présenter un texte qui défend l’idée d’une nouvelle maîtrise des savoirs notamment en régime digital, si je puis le qualifier ainsi.
Sportivement parlant, la riposte, nous place plutôt dans l’escrime que dans rugby et fait songer aux différentes parades qu’il convient de maîtriser. Justement, cette maîtrise d ‘armes renvoie selon moi à des enjeux surtout informationnels.

Mais je n’en dis pas plus… non pas que je veuille botter en touche, mais la présentation de l’éditeur vous donne déjà un aperçu des contenus :
Il est aberrant de considérer que la connaissance et l’ensemble des savoirs étant directement accessibles, il n’y aurait plus qu’à s’y plonger à l’envi. Nous avons d’autant plus besoin de maîtres dans ce libre accès que nous sommes passés de l’arbre au labyrinthe, d’un monde où les savoirs étaient classés et contrôlés par des autorités traditionnelles à de nouveaux mécanismes. Il ne s’agit pas de juger négativement les évolutions en cours, mais de veiller à ce que les clefs d’accès soient conférées au plus grand nombre afin que l’accès technique soit corrélé avec l’accès intellectuel. En ligne, faut-il être partout ? Quel type de réseaux sociaux faut-il privilégier ? Quelle présence régulière ? Quels buts ? Comment s’armer face aux bouleversements des mondes connectés ? Plusieurs pistes dans cet ouvrage de référence pour devenir maître d’armes des réseaux.

Si vous voulez sortir un peu de la mêlée et éviter les plaquages informationnels, ce livre est pour vous.

Parution officielle le 2 octobre dans toutes vos librairies préférées. Vous pouvez déjà précommander notamment sur Publienet.

L’université à (a?) la marge

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Un récent article des échos se fait justement “l’écho” d’un rapport de l’inspection des finances à l’égard de la gestion des universités. On n’en sait pas grand-chose, mais on a des aperçus des contenus du rapport. Et ce n’est pas vraiment rassurant.

Il faut savoir que depuis l’autonomie relative des universités, l’essentiel, que dis-je, le plus qu’essentiel du budget passe dans les masses salariales. L’état a prévu d’allouer aux universités des sommes leur permettant de faire face à ce budget, mais sans intégrer le fait que les salaires augmentent avec le jeu des échelons. Les universités ne pouvant que difficilement prendre en compte ces progressions salariales sont généralement contraintes à geler des postes, hésitant entre congélation (le poste est gelé un, deux ou trois ans, mais réapparaît), cryogénisation (le poste hibernatus sous la promesse un jour de réouverture) ou destruction à l’azote liquide. Si ces pratiques permettent de tenir tout juste les comptes sans être trop déficitaires, cela ne règle pas les problèmes avec des conditions de travail qui obligent à répondre de plus en plus à des cadres et règles nationales qui augmentent le travail administratif, la refonte incessante des maquettes pour des raisons de contrat quadri ou quinquennal. Je ne rentre pas dans le détail de nos logiques de performance de recherche, avec la nécessité de trouver des financements et de publier suffisamment pour les obtenir, à moins d’avoir des relations bien placées (ce plan fonctionne mieux en local qu’aux niveaux nationaux ou internationaux). Bref, sans vouloir vexer nos anciens collègues, un enseignant-chercheur travaille en général bien plus qu’avant et dans des conditions de pression plus grande. Cela dit, on bénéficie encore de formes de liberté qui m’ont fait choisir ce métier que je continue d’apprécier. Le contexte étant désormais celui de la promesse d’une retraite dégradée après la fin de carrière, ce qui n’est probablement pas si choquant, mais qui va l’être encore plus si on touche aussi aux salaires. Ce qui me gêne, c’est que des retraites d’anciens enseignants-chercheurs puissent être largement supérieures à un salaire d’enseignant-chercheur en activité. Mais là où la crainte commence à se faire jour… c’est justement sur les salaires, car là se situe la fameuse marge de manœuvre évoquée. En clair, si les pratiques polaires de gestion des ressources humaines sont insuffisantes, pourquoi ne pas les appliquer à l’échelle des salaires ? C’est l’âge de glace universitaire en plein réchauffement climatique. Il suffit alors de supprimer la progressivité automatique et de lui substituer une progressivité rallongée, liée à de la performance, voire de fonctionner qu’en mode primes de performance. Généralement, les primes de performance sont attribuées à 20 % de l’ensemble, un peu sur le modèle de la recherche avec la PEDR. Évidemment, qui dit primes, dit indicateurs et juges. Un beau bazar et un nouveau gain de pouvoir pour l’administration de la recherche… qui va devenir gestionnaire des marges réalisées. Depuis le début des périodes de réforme, la tentation a été de refuser tout en bloc et en se faisant au final tout imposer, et en gérant au mieux sur le terrain. J’ai toujours été persuadé qu’il fallait non seulement négocier, mais proposer d’autres pistes. Aujourd’hui, l’université est à la marge, car elle n’est pas prioritaire dans les budgets, ce qui l’oblige clairement à aller chercher de plus en plus de fonds ailleurs que dans les seuls fonds publics ou tout moins de l’État. Les recettes classiques sont connues (augmentation des frais d’inscription par exemple), mais elles ne sont pas garantes de quoi ce que ce soit. L’Université est aussi à la marge, car elle est peu consultée dans les décisions politiques, peu présentes dans les médias en général sauf pour porter des discours assez caricaturaux parfois, ou bien réduite à des temps de parole qui ne laissent entrevoir que des morceaux d’une pensée systémique pourtant plus complexe.

Un exemple de « marginalia » Dessin de marginalia par Hans Holbein dans la première édition, d’éloge de la folie, d’Erasme. 1515 (Bâle). source :en:Image:HolbeinErasmusFollymarginalia.jpg

Il reste pourtant des grosses marges. Parmi elles, il y a certainement l’enjeu d’aller récupérer réellement des sommes des crédits impôts recherche en permettant aux universités et au monde universitaire de fixer les règles du jeu. On peut aussi considérer que cette menace sur les salaires constitue une opportunité pour regarder les différents statuts qui exercent au sein de nos établissements et d’y poser les bases d’une remise à plat en plaidant notamment pour un vrai statut de chargé de cours d’une part, et de s’interroger sur la légitimité des statuts éloignés de toute forme de recherche. En tout cas, il est temps pour les “marginaux” que nous sommes de se mettre à la page, si on veut reprendre la main sur le paysage de la recherche. Car nombreux sont ceux qui veulent nous ventiler façon puzzle après passage à la broyeuse à moins qu’un destin en carbone modifié nous attende.