La CI en 7 leçons. E03 : La culture de l’information implique un paradigme différent de l’information literacy : vers une culture citoyenne.

Megaupload étant down, il n’y a donc aucune raison de rater le troisième épisode de notre série hiémale. Pour rappel, l’épisode 1 est ici, le second est là.
Attention, cet épisode est clef pour comprendre la suite et l’éventuelle deuxième saison. Car certains mauvais scénaristes tentent de diluer la culture de l’information en s’inspirant du modèle de l’information literacy. Méfiez-vous des imitations !

Dans notre thèse (1), nous avons effectué un parallèle entre la culture de l’information et l’information literacy, en examinant leurs rapports et proximités ainsi que leurs divergences. Nous avons cherché à montrer que la culture de l’information constitue une nouvelle piste pour l’information literacy notamment dans son acception citoyenne.
L’information literacy repose sur une série d’acteurs qui sont très nettement issus du monde des bibliothèques notamment universitaires. La question du rôle des bibliothèques dans la formation à l’information apparaît primordiale dans notre analyse. Les bibliothèques universitaires et notamment les bibliothèques américaines se sont emparées de la formation dans la logique de la société de l’information comme le montrait le texte de l’ALA de 1989. Ce texte écrit quelques jours avant l’investiture de George H. W Bush, après les années Reagan qui avait vu une forte diminution des fonds pour les bibliothèques, constitue une tentative de démonstration de la réalité économique des bibliothèques et de leur rôle clef en ce qui concerne la formation et la préservation de la qualité de l’information. Dans cette lignée, l’information literacy et les acteurs de la formation à l’information vont maintes fois et encore actuellement se poser la question des résultats de ces formations afin de démontrer leur efficacité. Cette obsession de la justification se constate régulièrement. Le titre du congrès ILFA de 2008 est ainsi éloquent : « Retour sur investissement: évaluer l’enseignement de la maîtrise de l’information. Qu’apprennent-ils vraiment et à quel prix? »
Peu de disciplines se posent autant cette question de l’efficacité. Mais il est vrai que les bibliothèques universitaires s’emparant de cette formation ont rapidement désiré se démarquer des enseignements traditionnels en se voulant efficaces et adaptés aux exigences de la société de l’information. Ainsi, cette formation s’est effectuée sur des modèles procéduraux et fréquemment à la marge des cursus classiques. Rejoignant parfois des projets de méthodologie générale notamment en France, les savoirs et les notions à transmettre sont rarement clairement identifiés.
Le problème demeure sans cesse celui de la légitimité de ces enseignements où interviennent différents acteurs pas toujours bien identifiés par les étudiants …d’autant que certains enseignements sont parfois assurés par des tuteurs eux-mêmes étudiants. Au final, il ne s’agit pas de réels enseignements mais de méthode. Dans ces conditions, la légitimité institutionnelle de ces formations est faible et rejoint la délicate position des professeurs-documentalistes également en quête de légitimité.
Du fait d’une faible légitimité institutionnelle, la formation repose nettement sur la qualité des intervenants et de fait sur les mécanismes de la popularité. Il faut sans cesse convaincre les étudiants de l’utilité d’un enseignement qu’ils n’ont pas choisi et dont ils ont parfois le sentiment qu’il leur est imposé.
Dès lors, il s’agit fréquemment de mesurer les effets de ces enseignements avec des enquêtes de satisfaction en reposant sur une tentative de légitimation populaire qui s’ajoute à celle de la légitimité économique. Ces stratégies visent à évaluer la qualité par la quantité, au sens de ce qui peut être évalué de manière chiffré.

Le bilan de la formation s’avère peu satisfaisant en général car il s’effectue à la marge et diffère énormément selon les universités et les lieux de formation. Le succès de la formation est coordonné au dynamisme des personnes qui assurent la mise en place de la formation et la capacité à convaincre les décideurs et les autres disciplines. Les britanniques (Webber, Johnston, Corral) recommandent ainsi des habiletés managériales pour les formateurs et préconisent le rapprochement conceptuel avec les sciences de la gestion pour développer le projet de l’information literacy de manière plus indépendante vis-à-vis des bibliothèques universitaires. Nous avons vu que ce choix consistait à un retour aux préconisations faites par Zurkowski en 1974 et qui se basaient sur un paradigme informationnel. Les suites de cette conception sont perceptibles dans une volonté de mesurer dorénavant la société de l’information ou plutôt en quoi un pays correspond aux critères d’une société de l’information .
Nous retrouvons dans cette volonté de retour sur investissement, ce qui se fait déjà en bibliométrie et en scientométrie pour mesurer les usages, les emprunts, et autres statistiques qui permettent une meilleure gestion bibliothéconomique. Ces mesures sont utiles mais leur extension à tous les domaines constituent une erreur d’interprétation de leurs forces et de leurs limites.
Cette volonté de mesurer les investissements renvoie à une logique nettement économique mais également basée sur la mesure d’usages à court terme. En aucun cas, il ne s’agit d’une construction visant à l’acquisition d’une culture.

Légitimité populaire, légitimité économique, tout cela semble éphémère et parait devoir être gagné sans cesse en vain. Derrière cette légitimité, il y aussi une confusion gênante. En effet, la formation à l’information devient un moyen supplémentaire de justifier le rôle des bibliothèques. Cette position dominante finit par nuire à la réelle mise en place de la culture de l’information tant il s’agit de défendre davantage des acteurs qu’une réelle formation.
L’absence de légitimité en matière d’autorité est la conséquence de savoirs non établis et de notions à transmettre non construites voire mal maitrisées du fait d’une variété d’intervenants. La piste didactique correspond ainsi à une démarche plus rationnelle.

Références :
Sur les aspects citoyens de la culture de l’information :
- Olivier Le Deuff (2009) « La culture de l’information et la dimension citoyenne », Les Cahiers du Numérique. « La culture informationnelle ». Paris Hermes-Lavoisier, vol.5, n°3, p. 39-49
(1) La culture de l’information en reformation. (sous la dir. d’Yves Chevalier). Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication. Université Rennes 2, Septembre 2009
Disp. en ligne :

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La culture de l’information en 7 leçons. E02. La culture de l’information représente une culture globale et commune mais avec des spécificités.

Suite de la série de l’année 2012, bon ce ne sera pas aussi fun que Californication, mais voici le second épisode. Pour rappel le premier est ici.

Il est tentant de considérer la culture de l’information comme une forme de culture générale.
La culture de l’information se distingue des discours globalisants de la société de l’information qui procède surtout par uniformité des moyens techniques employés et des usages requis. Les discours de la société de l’information, qui considèrent l’individu d’abord comme un consommateur ou un usager, privilégient une uniformité voire un mimétisme dans les dispositifs.

La culture de l’information procède de manière inverse avec des éléments communs, en ce qui concerne la formation plus particulièrement, de afin que les individus puissent se constituer de manière non-conforme. Des éléments qui sont propres d’ailleurs à la notion de culture :
On désigne par le concept de culture l’ensemble des médiations symboliques des représentations de l’appartenance sociale : la culture est ce qui se partage, ce qui constitue un patrimoine commun de représentations en quoi se reconnaissent les sujets qui revendiquent la même appartenance sociale et symbolique. (1)

La culture de l’information repose ainsi sur le partage de valeurs communes. Mais il s’agit aussi de prendre part et non seulement de se partager un héritage. Ce n’est donc pas une culture imposée ou d’héritage de type religieux, mais une culture à laquelle il s’agit d’accéder. Il y a donc une part d’élévation dans cette culture qui est également « instituante » (on reviendra sans doute prochainement sur ce blog sur la question de l’élèvation). Dans la lignée de Condorcet qui plaçait la tradition à la fois dans le passé mais également dans le futur en vue d’une amélioration constante (2) . Cette vision d’une république en amélioration repose sur l’instruction et s’illustre parfaitement dans le projet encyclopédique dont la publicisation des savoirs permet, comme le préconise Simondon, de refaire et d’améliorer. C’est également un moyen d’éviter l’unilatéralité :
La tolérance est ainsi une valeur directement suscitée par l’ouverture informationnelle. (3)

Il ne s’agit donc pas de préconiser une culture uniforme et en ce sens la culture de l’information n’est pas qu’un concept français ou francophone comme nous l’avons montré dans les différentes acceptions au niveau international.
Cependant, nous observons dans les différentes études le constat commun de la convergence, voire d’une culture de la convergence pour reprendre l’expression d’Henry Jenkins. En effet, nous avons constaté que des divisions et séparations entre certaines littératies et éducations ne sont plus opérationnelles. De fait, la culture de l’information est autant une culture de la communication, que des médias et des techniques informatiques. Nous notons qu’en ce qui concerne la participation et la prise de part au sein de la culture, nous retrouvons encore une fois Henry Jenkins qui évoque une culture participative (participatory culture).
Pour autant, elle mérite selon nous que soient définies des actions de formations spécifiques ainsi que des savoirs à transmettre.
Une culture néanmoins spécifique ?
Il convient de se demander finalement quelles sont donc les frontières de cette culture de l’information autant en ce qui concerne ses territoires que de ses potentiels formateurs :

Car s’il faut à tout prix former les élèves du secondaire et les étudiants, cela ne relève-t-il pas, en définitive, de l’enseignement lui-même, de l’acquisition d’une culture générale et disciplinaire ? Autrement dit, jusqu’à quel point peut-il exister une formation spécifique, prise en charge par les bibliothécaires et les documentalistes ? La question n’est pas de pure forme et procède de la nature même de l’évaluation qui mobilise à la fois des savoirs disciplinaires (pour la validité scientifique des documents) et documentaires (pour l’évaluation de la fiabilité de la source ou de la qualité formelle des documents). (4)

Autrement dit, la culture de l’information n’est-elle que du ressort des professeurs-documentalistes dans le secondaire ou des bibliothèques dans le supérieur ? Évidemment non. Ce n’est donc absolument pas un domaine réservé. Pour autant, il appartient d’envisager sa mise en place concrète en distinguant les acteurs les mieux placés pour dispenser la formation.
Le fait justement que beaucoup d’acteurs se sentent parfois concernés par le sujet a pour conséquence le mélange des genres et des représentations. Il y a différentes cultures de l’information selon les professions. D’autre part, le fait de considérer que cette culture est un élément clef de la culture générale témoigne certes de son importance, mais accroit le risque qu’il n’y ait pas de réelle formation.
En ce sens, le travail de didactique de l’information portée par des professeurs-documentalistes constitue une piste de rationalisation qui vise à sortir des discours trop généraux et simplement incitatifs. Il s’agit de savoir ce qui peut réellement être transmis et comment cela peut être réalisé. Pour cela, il faut vraisemblablement préalablement sortir du paradigme informationnel de l’information literacy.

1. Bernard LAMIZET. Les lieux de la communication. Mardaga, 1995, p.44
2. « Le but de l’instruction n ‘est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l’apprécier et de la corriger » Condorcet. Cinq mémoires sur l’instruction publique (1791), édition Garnier-Flammarion. p.93
3. Nicolas AURAY. « Ethos technicien et information. Simondon reconfiguré par les hackers », in Roux, R. (dir.), Gilbert Simondon. Une pensée opératoire, Saint-Etienne, Presses de l’Université de Saint-Etienne, 2002,125-147. P.125
4. Serres, Alexandre. « Evaluation de l’information : le défi de la formation ». Bulletin des Bibliothèques de France, n° 6, décembre 2005, p. 38-44. in BBF

Personal Branding : on solde ?

J’ai toujours été contre la position du personal branding d’une part car elle est dangereuse pour l’individu d’autre part car elle relève de l’escroquerie pure et simple bien souvent. Ceux qui y adhèrent sont surtout des consultants qui font du personal branding une démarche commerciale pour faire vivre leur entreprise. Evidemment, les critiques existent déjà. La position du blog personal branling est une excellente réponse à cette situation car nous sommes tous aux frontières du culte de l’égo. Mais je crois qu’hélas, ça ne suffit pas tant cette mode prend de l’essor en grande partie parce que cela repose sur des discours assez simplistes et aussi car le web facilite grandement cet état de fait avec la prédominance de plus en plus grande de la popularité sur l’autorité qui ne cesse de s’accroitre depuis l’avènement du web 2.0.
Je rejoints donc assez fortement Olivier Blanchard dans son article de blog aux résonances funèbres pour un concept nauséabond et bidon. Ses conseils sont également bons car hormis pour des stars qui effectivement vendent leur marque personnelle, pour la plupart d’entre nous, c’est une bêtise absolue. Il reste que le concept de marque, non pas au sens marketing, mais au sens premier est très intéressant à creuser.

Le fantasme du gros Klout

Le personal branding c’est travailler l’image renvoyée, une représentation parfois faussée qui s’éloigne de la vérité intrinsèque. C’est le dopage pour avoir un gros Klout, le culte de l’égo plutôt que la prise de soin de soi.

Tout, tout, vous saurez tout sur le Klout

Terrible est également ce titre symptomatique d’un livre sur le sujet : MOI 2.0… il recèle en peu de signes, le maximum de bêtise et de danger. Il surfe sur cette idée que c’est l’individu qui est pleinement au centre du système et notamment du web. Il colporte le discours stratégique du web 2.0 dont on sait qu’il est faux : les gros leaders du web sont restés les mêmes et sont devenus plus forts. Contrairement à ce qu’avançait le Times il y a quelques années, l’individu ne contrôle pas l’âge de l’information…hélas. Ajouter 2.0 au MOI démontre bien la farce absurde tant le 2.0 accolé sans cesse à des concepts doit être réalisé avec prudence, les guillemets sont souvent de circonstance. D’autre part, le 2.0 est daté et on se demande quelle opportunité peut-il y avoir à sortir un bouquin avec du 2.0 inside en 2011 ?
Il est inadmissible qu’un tel positionnement puisse être mis en avant avec ce que démontre chaque jour les excès d’un capitalisme financier. Le personal branding ne fait qu’accroître le risque de faillite personnelle.
L’Ego face au soi.

La culture du Moi face à la culture du soi. Deux cultures différentes. L’une est vouée à un échec évident, cela va donner beaucoup de boulots au psy de gérer ses faillites personnelles suite au dopage réalisé sur les conseils des docteurs folamour du personal branding. J’espère que ces marchands du temple ne vont pas se ramener dans l’institution scolaire, on a déjà eu assez des Calysto et autres action innocence.

Je ne rejette pour autant pas le fait qu’on a tous besoin d’être valorisé et d’obtenir de la reconnaissance. C’est tout à fait humain et souhaitable. Je regrette simplement le fait que cela en devienne l’obsession avec tous les risques de frustration que ça génère en cas d’échec ou de dégonflage soudain. Combien de baudruches sur nos réseaux dont on ne sait réellement quelles sont leurs compétences ?
Combien ne prennent d’ailleurs aucun risque de peur de fâcher et tente d’obtenir des suffrages réticulaires pour faire gonfler leur nombre de suiveurs (followers) et ainsi arborer un Klout turgescent ? On peut avoir un gros Klout sans corones. A noter que l’entreprise gagne des sous désormais. Jusque là, on testait le service plutôt pour rigoler, mais constater que cela puisse devenir sérieux est inquiétant. Mais il est vrai  que quand un service est gratuit, c’est que quelque part  le produit, c’est nous. C’est vrai aussi que c’est le besoin d’être toujours noté qui revient avec ces palmarès et autres TOP auxquels il est difficile de résister. Moi aussi j’aime bien les classements, mais bon dans le TOP 50, j’aimais bien Toesca surtout car il me faisait marrer. Hélas, les mécanismes de classement prennent de l’ampleur et manquerait plus que ça devienne sérieux.
Ce mouvement est d’autant plus facilité que la reconnaissance des institutions et au sein des entreprises devient nulle voire totalement absente. Même les profs sont en recherche de reconnaissance à l’extérieur. Il suffit d’aller au forum des enseignants innovants pour y rencontrer ce besoin de reconnaissance.
Ce n’est pas l’échelon individuel qu’il faut remettre en cause. Le PKM (gestion personnelle de son information et de ses connaissances) et la formation de l’individu à la culture de l’information sont nécessaires et un bien meilleur choix que celui d’imposer des règles et des mesures imposées d’en haut. De même, il n’est pas choquant qu’on puisse conseiller des personnalités ou des individus qui ont besoin de revoir leur stratégie et leur présence en ligne, mais qu’on ne leur prétende pas la lune qu’on ne leur vende pas n’importe quoi. La présence en ligne et hors ligne, c’est aussi savoir (où) donner comme le disait Bruno Grimaldi :  sinon à « retour de manivelle, tu te retrouves en bas de l’échelle ».
Plaidons davantage pour un travail sur soi, une amélioration et une remise en cause personnelle plutôt qu’une stratégie de la gonflette. La culture du soi implique un passage au collectif plus aisé. La progression personnelle peut servir le collectif, la culture du moi réside dans le sens inverse, c’est-à-dire dans l’utilisation du collectif à ses propres fins. Encore une fois la culture de l’information face à la déformation qui atteint de plus en plus nos identités numériques.
Vanter les mérites du personal branding, c’est bien le dernier élément d’une consumérisation à outrance qui commence à polluer le web de manière irrémédiable. Peut-être plus qu’une révolte des indignés, c’est celles des « vauriens » face aux vendeurs d’EPO en E-réputation qu’il faut réaliser.

Web et logiques classificatoires

Voici le diaporama utilisé durant mon intervention au séminaire ALMA à Angers à l’invitation de Patrice Marcilloux

 

 

Appel à publications. « La dimension éducative du document numérique »

Je fais du buzz autour de cet appel à publications pour un numéro  de Document Numérique que j’ai la chance de diriger autour de la thématique suivante :

« La dimension éducative du document numérique ».

Si vous êtes intéressé, la deadline est le 15 mars 2012.

Thématique

Ce numéro cherche à mettre en avant les dimensions pédagogiques du document numérique tant au niveau institutionnel (pédagogie en ligne, utilisation du document numérique en présentiel et à distance) qu’au niveau plus informel dans des pratiques d’autoformation notamment.  L’utilisation des documents numériques devient de plus en plus fréquente mais les usages, les pratiques varient selon les supports, les formats et les lieux d’utilisation.  Ce numéro souhaite donc développer les différents types de relations sociotechniques qui existent entre le document numérique et les enseignants et apprenants.

 

Objectif

Quels sont donc les méthodes, langages et médiations mis en œuvre pour conférer une valeur pédagogique au document numérique ? En quoi un document peut-il avoir une valeur éducative et comment s’opère cette relation ? Quelle culture technique et informationnelle est alors nécessaire ?

Nous recherchons aussi bien des études d’usage auprès d’enseignants, d’étudiants et d’utilisateurs que des analyses théoriques à partir de données voire de méthodes pédagogiques. Nous accorderons un intérêt particulier pour des études autour des pratiques d’autoformation via des dispositifs en ligne qui ne soient pas initialement dédiés à l’apprentissage comme le sont par exemple les réseaux de loisirs créatifs (Le Deuff, 2010).  L’étude de communautés comme celle des hackers ( Auray, 2002) qui utilisent le document numérique à des fins d’échanges et de progression et d’amélioration en vue d’un objectif commun tout en facilitant l’amélioration de ses connaissances personnelles constituent des pistes intéressantes en ce qui concerne l’accès au savoir.

Quelles sont dès lors les mécanismes liées à la motivation (Fenouillet, Carré, 2008) qui permettent de répondre favorablement  aux différents besoins de formation et d’information ?

Les travaux autour des stratégies pour  inclure ou « engrammer » une progression  et stratégie didactique au sein du document sont vivement souhaités dans ce cadre.  Les méthodes de description de la valeur et du contenu pédagogique sont également les bienvenues. La question de l’évolution, des différentes versions qu’un document numérique (redocumentarisation) peut connaitre, de sa pérennité ainsi que celle de son archivage en tant que mémoire éducative pourra aussi être développée.

 

Le numéro cherche à montrer comment le document numérique évolue dans sa dimension éducative et comment il peut s’intégrer dans les formations et notamment quel peut être sa part au sein d’une culture de l’information  et des médias de plus en plus influencée par des environnements numériques.

 

Dans ce numéro nous souhaitons investir les thèmes suivants (liste non exhaustive) :

-     Aspects théoriques autour des aspects éducatifs, pédagogiques et didactiques des documents numériques

-     Langages et métadonnées pour la description des ressources pédagogiques

-     Granularité du document numérique pour l’enseignement

-     Usages du document numérique comme support pédagogique pour les enseignants

-     Usages du document numérique par les étudiants et les élèves

-     Types et méthodes de  production de documents numériques à valeur pédagogique

-     Identification, évolution et pérennité du document numérique.

-     Apprentissage en ligne via des documents dédiés

-     Autoformation via des supports numériques divers (forums, vidéos, plans, patrons, échanges et explications sur  des forums, réseaux sociaux numériques, réseaux sociaux thématiques)

-     Formation au document numérique et culture de l’information

-     Méthodes et apprentissage de la redocumentarisation.

-     Apport du web sémantique à l’usage éducatif du document

 

Références

AURAY, Nicolas. Ethos technicien et information. Simondon reconfiguré par les hackers. In Jacques ROUX. (sous la dir. de). Gilbert Simondon, Une pensée opérative. Publications de l’Université de Saint Etienne, 2002

 

FENOUILLET, Fabien, CARRE,P. Traité de psychologie de la motivation – Théorie et Pratiques. Dunod, 2008

 

LE DEUFF, Olivier. « Réseaux de loisirs créatifs et nouveaux mode d’apprentissage», Distances et savoirs. Vol.8, n°4, 2010,p.601-621

 

 

Comité de rédaction du numéro

-    Bruno Bachimont, Directeur à la Recherche, Université de Technologie de Compiègne

-    Eric Delamotte,  Professeur en Sic, Université de Rouen

-    Stéphane Caro, Professeur en Sic. Université de Bordeaux 3

-    Alexandre Coutant, MCF, Université de Franche Comté

-    Milad Doueihi, Professeur, chaire culture numérique, Université Laval à Québec

-    Olivier Ertzscheid, MCF en Sic, Université de Nantes

-    Fabien Fenouillet, MCF en psychologie, Paris Nanterre

-    Yves Chevalier,  Professeur émerite, Université de Bretagne Sud

-    Anne Cordier, Ater en sic, Université de Rouen

-    Cédric Fluckiger, MCF en sciences de l’éducation, Université Lille 3

-    Divina Frau-Meigs, Professeur, Université Paris Sorbonne 3

-    Gabriel Gallezot, MCF en Sic, Université de Nice

-    Thierry Karsenti, Professeur, Université de Montréal

-    Jacques Kernéis, Docteur en sciences de l’éducation,  Iufm de Bretagne

-    Brigitte Juanals, MCF en Sic, Paris 8

-    Pierre Lévy, Professeur, chaire d’intelligence collective, Université d’Ottawa

-    Louise Merzeau, MCF, Université Paris Ouest Nanterre

-    Jean Paul Pinte, MCF, Université Catholique de Lille

-    Stéphanie Pouchot, MCF, Université de Lyon 1

-    Alexandre Serres, MCF en Sic, Université Rennes 2

Calendrier

-    date limite remise contributions : 15/03/2012

-    réponse aux auteurs :                        15/05/2012

-    version finale auteurs :                     30/06/2012

-    livraison éditeur :                               15/09/2011

-    parution du numéro spécial :      fin 2012

 

L’éditeur et la revue : www.dn.revuesonline.com

Recommandations aux auteurs

  • Les soumissions sont à envoyer à Olivier Le Deuff (coordonnées ci-dessous) et devront respecter la feuille de style de la revue disponible sur le serveur www.e-revues.Lavoisier.fr (ou sur demande à : dn@lavoisier.fr)
  • Les articles ne devront pas dépasser les 20-30 pages. Ils sont acceptés en français (ou en anglais pour les auteurs non francophones).
  • les soumissions peuvent être envoyées sous forme de fichiers PDF (de préférence).
  • les versions finales seront acceptées sous format word ou PDF. Dans ce dernier cas, les corrections ortho-typographiques seront faites par les auteurs à la demande de l’éditeur.

Contact

Olivier Le Deuff, MCF en Sic, Université de Bordeaux 3.

Adresse : Iut Montaigne. Université de Bordeaux 3.

1, rue Jacques Ellul. 33800 Bordeaux

Tél. : 05.35.38.46.90

e-mail : oledeuff@gmail.com

La culture de l’information en 7 leçons. E01 : La culture de l’information, bien plus qu’une mode.

La culture de l’information ne peut être considérée comme une tendance passagère.

L’objectif de notre recherche doctorale était de parvenir à distinguer, parmi les discours et les articles, des éléments pour tenter d’apporter des éclaircissements sur une expression qui est utilisée dans différents domaines professionnels et parfois de manière opposée.

Il y avait donc un danger, celui d’ajouter à la somme des discours, un autre qui soit aussi vague et aussi péremptoire que les affirmations de la société de l’information. Nous avons vu à plusieurs reprises que les textes sur la formation à l’information opèrent parfois des rapprochements avec les expressions « société de l’information », « web 2.0 » et « digital natives ».  On ne peut  éviter leur examen.

Placer la culture de l’information dans la logique de la société de l’information ainsi que dans l’optique d’une évolution nécessairement web 2.0, marquant l’avènement de générations natives du numérique, ne pourrait laisser la culture de l’information que dans une position de simple tendance, un peu vide, qui finirait par disparaître avec son cortège d’expressions passagères. Une disparition inéluctable d’autant que la culture de l’information n’apparaitrait dans ce cadre que comme une subordination à une logique qui ferait de la formation à l’information un plus, un avantage possédé par les uns par rapport à d’autres et ce dans une logique d’adaptation.

Nous décrivons donc la culture de l’information, non comme une simple tendance, mais davantage comme une « permanence », en retraçant sa généalogie. Cela nécessitait d’aller au-delà de la généalogie récente, celle qui cherche l’apparition du mot. Elle ne pouvait être entièrement satisfaisante d’autant que la culture de l’information s’appuie sur des héritages et des éléments qui ne sont pas totalement nouveaux.

La culture de l’information s’appuie ainsi sur plusieurs « permanences » :

  • Celle du texte et de la littératie, tant perdure la nécessité de lire face à une diversité de sources et de données sur différents types de supports. Le lecteur devient cependant de plus en plus auteur dans un mélange complexe qui fait de lui un écritlecteur. La culture de l’information ne peut opérer sans l’apprentissage de ces techniques que sont la lecture et l’écriture.
  • Celle de l’héritage documentaire et de ses nombreuses avancées opérées par les pionniers de la documentation dans la lignée du développement de la science. Il s’agit des logiques de classements, des tentatives de découper le monde afin de le comprendre. Même si ces techniques évoluent continuellement face à la complexité du document numérique et l’accroissement des données à traiter, la culture de l’information constitue également une archéologie des savoirs en incitant au tri, au choix, à créer du sens afin que toutes les choses dites ne s’amassent pas indéfiniment dans une multitude amorphe.[1]
  • Celle de la technique comme condition de la pensée et comme culture opérationnelle. La culture de l’information repose sur des techniques, des hypomnemata comme supports de mémoire et acteurs constitutifs de la pensée et du savoir. Elle prend en compte l’objet technique et s’inscrit de fait dans une culture technique qui vise à une compréhension de l’objet technique, et non à un simple usage ou à une mythification de cette dernière.
  • Celle historique des Lumières. Cette dimension avait été déjà abordée par Brigitte Juanals. Nous avons fait le choix de la développer en montrant qu’elle trouve des parallèles évidents avec la culture technique, notamment dans les planches et autres explications détaillées de l’Encyclopédie, qui permettaient au citoyen éclairé, de refaire et de mieux faire. L’autre dimension des Lumières provient de l’exercice de la citoyenneté, du courage et de l’effort d’user de son entendement comme le recommande Emmanuel Kant.

Ces permanences peuvent évidemment être recoupées. La première relation évidente est celle de la formation et de l’éducation. Elle se retrouve évidemment dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, mais également dans le volet pédagogique de la documentation, présent d’ailleurs dans l’étymologie du mot document. De même, en ce qui concerne la culture technique, elle demande une démarche de formation, dépassant la seule logique de l’usage pour aller vers celui de l’abstraction et de l’innovation. Il s’agit non seulement d’apprendre mais surtout de comprendre.

Nous souhaitons également rappelé que la technique est constituante de la pensée et de l’apprentissage et que c’est justement la maîtrise de ces techniques qui conditionne l’accès à la majorité. Une majorité qui est à la fois technique et citoyenne et qui peut se définir comme étant la capacité à avoir une vue d’ensemble, à la fois en s’extrayant par moment « au dessus de la mêlée »[2].

 

Certes, malgré le constat de ces permanences et héritages, il faut peut-être distinguer l’expression « culture de l’information » et ce qu’elle recouvre vraiment. Pour le dire familièrement, le contenu du pot prime sur l’étiquette. D’autres expressions peuvent à nouveau émerger avec des objectifs proches. Cependant, il nous semble qu’il y a un risque fort à cette valse des étiquettes, celui d’entrer dans des logiques proches du marketing, générateurs tout autant de discours que de bons sentiments mais n’aboutissant pas à de réelles actions.

Dans cette diversité d’expressions proches, celle de culture de l’information conserve notre préférence. Outre le travail scientifique amorcé par plusieurs chercheurs en sciences de l’information et de la communication et notamment celui de Brigitte Juanals, l’expression de culture de l’information possède des atouts . Nous songeons notamment aux distinctions que nous avons effectuées avec la culture informationnelle et aux rapprochements entre culture et littératie afin de voir la culture de l’information comme une traduction-évasion (une trahison nécessaire) d’information literacy et comme développement de sa conception citoyenne.

Par conséquent, nous ne partageons pas tout à fait l’idée qu’évoque Brigitte Juanals[3] d’un passage d’une culture de l’information à une intelligence informationnelle qui se rapporte surtout à l’échelon individuel.  De plus, le terme d’intelligence nous semble un territoire d’expression qui implique sans cesse la distinction tandis que sa dimension collective, que consacre l’expression d’intelligence collective, demeure toujours quelque peu utopique.

La durabilité d’un projet et d’un concept s’inscrit autant dans l’analyse de ses origines et de ses permanences que dans les enjeux actuels et futurs. Il ne s’agit pas de répondre seulement à des problèmes actuels sous peine d’élaborer des pansements intellectuels et éducatifs, des cache-misères, de simples pharmaka utiles dans un laps de temps restreint et qui finissent par accroître le problème au final.

Voilà pourquoi nous avons à plusieurs reprises dénoncé les visions reposant sur l’apprentissage superficiel d’outils étant amenés à évoluer voire à être remplacés par d’autres.

Au regard de ces « permanences », la culture de l’information apparaît comme une culture globale. Il convient également de s’interroger sur ces spécificités.

 

 



[1] FOUCAULT, Michel. L’archéologie du savoir. Paris : Gallimard, 1969, p.170

[2] Nous songeons également dans l’emploi de cette expression au roman de Romain Roland.

[3]B. Juanals.La circulation médiatique des savoirs dans les sociétés contemporaines. Habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication : Université de Paris 7 Diderot, 2008 ., p. 123

La culture de l’information en 7 leçons. (teaser)

Redocumentarisation oblige, j’introduis ici une série de 8 billets issus de ma thèse. Je vais donc décliner dans les prochaines semaines, ses 7 leçons ou piliers de la culture de l’information.
Les voici :

•  [E01] La culture de l’information est plus qu’une simple mode et repose sur des héritages et des éléments qui l’inscrivent dans la durée.
• [E02] La culture de l’information ne peut se concevoir de manière uniforme mais cherche à reposer sur des éléments communs. Elle présente toutefois des spécificités qui permettent d’envisager la mise en place de formations dédiées.
• [E03] La culture de l’information repose sur le développement d’une dimension citoyenne quelque peu négligée par l’information literacy. D’ailleurs, le parallèle information literacy/culture de l’information, que nous avons effectué dissimule néanmoins des oppositions de taille, notamment celui de l’adéquation à une société de l’information dont témoigne d’ailleurs l’obsession de la mesure de son efficacité et le retour sur investissement.
• [E04] La culture de l’information suppose une rationalisation des savoirs à transmettre afin de sortir de l’impression constante de « bricolage » ressentie par beaucoup d’acteurs de terrain. La didactique de l’information constitue une démarche plus cohérente et mieux inscrite scientifiquement pour envisager une formation de qualité notamment dans l’enseignement secondaire.
• [E05] La culture de l’information repense les aspects de la formation liés à l’information. L’information ne peut néanmoins être considérée sous le seul schème hylémorphique et encore moins comme un simple flux. Elle intègre la complexité de l’objet technique et la constitution de milieux associés dans la réalisation de la formation. De manière opposée, elle permet de comprendre et d’analyser la déformation comme phénomène inverse de l’information.
•  [E06] La culture de l’information est une culture technique au sens de Simondon. Elle implique un statut de majorité vis-à-vis des objets techniques qui va au-delà du simple usage.
•  [E07] La question du contrôle n’est pas celle de l’homme sur la machine, ni de la machine sur l’homme mais davantage celle du contrôle de soi, qui se manifeste dans la différence et la capacité à différer et à opérer une distance critique. Cette différence se manifeste par l’exercice de la skholé ou capacité à porter son attention.

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