Journalisme, culture technique et reformation didactique

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C’est la rentrée et je signale donc cet article paru cet été dans les cahiers du journalisme.

Un article qui fait écho aux propos que j’avais tenu sur la didactique du journalisme.

Le propos est donc à la fois une interrogation des compétences professionnelles des journalistes mais aussi une mise en perspective des proximités avec la documentation et donc des éléments communs pour une formation mieux prise en compte depuis le secondaire.

Début de l’article :
Malgré un statut professionnel et la volonté de défendre des compétences ouvrant l’accès à l’exercice de la pratique journalistique, la profession est rarement caractérisée par la dimension technique. L’objectif de cet article est d’examiner jusqu’à quel point les évolutions du numérique entraînent un réexamen de la formation au journalisme, notamment une remise en cause d’une formation uniquement à visée professionnelle avec la possibilité d’une formation plus précoce via une reformation didactique au niveau du secondaire. Nous souhaitons également vérifier si les spécificités techniques du journalisme s’accroissent avec le développement des
contenus sur le Web, notamment du fait des innovations technologiques qui se multiplient…

La suite ici

Bonne lecture

La C.I en sept leçons E07 (épisode final) : La culture de l’information repose sur le contrôle de soi et la prise de soin (de l’autre)

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Fin de série. Voici le dernier épisode de la série.

l’épisode 1 est ici, le second est là , le troisième ici , le quatrième puis le cinquième et le sixième.

La culture de l’information repose sur des hypomnemata qui présentent un caractère double. La formation aux objets techniques notamment numériques constitue une piste intéressante afin de montrer aux élèves les possibilités pédagogiques et les potentialités de construction. Les blogs peuvent ainsi constituer de possibles supports d’apprentissage et des réponses aux usages domestiques qui sont souvent ludiques voire mimétiques et basés sur le besoin d’affirmation.

Le besoin d’information demeure souvent inconscient et la priorité notamment des jeunes générations se situe ailleurs dans des démarches de reconnaissance et d’inscription au sein de groupes. Les natifs du numérique n’existent pas et il ne s’agit donc pas de montrer les jeunes générations comme des experts du web 2.0.

Ce genre de description nous fait demeurer dans une vison tantôt technophile, tantôt technophobe. La question est certes celle du contrôle, mais pas celle de savoir qui de la machine ou de l’homme domine l’autre. Cette querelle ne fait qu’aboutir au final à un oubli : celui du contrôle de soi.

Un contrôle de soi qui s’opère par la skholé, cette capacité à s’arrêter, à prendre le temps de l’analyse et de la réflexion, cette distance critique sans laquelle il ne peut y avoir de culture de l’information. C’est durant ce temps d’arrêt que peut s’exercer l’esprit critique. Malheureusement, nous avons constaté fréquemment que cette opération est court-circuitée, ce qui entraine très souvent des négligences, concept que nous avons créé pour désigner l’ensemble des activités de mauvaises lectures et de non-lectures. Leurs conséquences pourraient être de plus en plus graves, tant ces négligences concernent de plus en plus non seulement des activités de recherche d’information mais également l’émission de données en ligne. Parmi ces conséquences, figurent notamment la cyberintimidation et la circulation de rumeurs visant à la dégradation de la réputation.

Ce contrôle de soi, passe par l’attention, la capacité à se concentrer durablement sur un objet. Une attention qui permet également l’état de veille, à la fois en permettant la sérendipité mais aussi en portant l’attention sur l’autre. Le contrôle de soi implique la prise de soin individuelle et collective. La culture de l’information ne s’inscrit pas dans une logique de surveillance et de concurrence exacerbée, telle que peut l’être parfois l’intelligence économique. Il s’agit davantage de veille dans une logique disciplinaire qui ne repose pas sur le contrôle des uns par les autres. La culture de l’information vise à la constitution de milieux associés mêlant hypomnemata numériques ou analogiques et collectifs d’humains. Dans ce cadre peut s’opérer l’individuation, qui correspond notamment à l’inscription de l’individu dans un collectif qui lui permet à la fois de se valoriser personnellement (individuation) et de participer au travail commun.

 

Je joints à cet épisode, le support de mes communications en mars 2012 au CDDP de Gironde…en attendant la version filmée.

Prochaine série… sans doute sur le Learning Center….

 

 

 

 

La CI en 7 leçons. E03 : La culture de l’information implique un paradigme différent de l’information literacy : vers une culture citoyenne.

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Megaupload étant down, il n’y a donc aucune raison de rater le troisième épisode de notre série hiémale. Pour rappel, l’épisode 1 est ici, le second est là.
Attention, cet épisode est clef pour comprendre la suite et l’éventuelle deuxième saison. Car certains mauvais scénaristes tentent de diluer la culture de l’information en s’inspirant du modèle de l’information literacy. Méfiez-vous des imitations !

Dans notre thèse (1), nous avons effectué un parallèle entre la culture de l’information et l’information literacy, en examinant leurs rapports et proximités ainsi que leurs divergences. Nous avons cherché à montrer que la culture de l’information constitue une nouvelle piste pour l’information literacy notamment dans son acception citoyenne.
L’information literacy repose sur une série d’acteurs qui sont très nettement issus du monde des bibliothèques notamment universitaires. La question du rôle des bibliothèques dans la formation à l’information apparaît primordiale dans notre analyse. Les bibliothèques universitaires et notamment les bibliothèques américaines se sont emparées de la formation dans la logique de la société de l’information comme le montrait le texte de l’ALA de 1989. Ce texte écrit quelques jours avant l’investiture de George H. W Bush, après les années Reagan qui avait vu une forte diminution des fonds pour les bibliothèques, constitue une tentative de démonstration de la réalité économique des bibliothèques et de leur rôle clef en ce qui concerne la formation et la préservation de la qualité de l’information. Dans cette lignée, l’information literacy et les acteurs de la formation à l’information vont maintes fois et encore actuellement se poser la question des résultats de ces formations afin de démontrer leur efficacité. Cette obsession de la justification se constate régulièrement. Le titre du congrès ILFA de 2008 est ainsi éloquent : « Retour sur investissement: évaluer l’enseignement de la maîtrise de l’information. Qu’apprennent-ils vraiment et à quel prix? »
Peu de disciplines se posent autant cette question de l’efficacité. Mais il est vrai que les bibliothèques universitaires s’emparant de cette formation ont rapidement désiré se démarquer des enseignements traditionnels en se voulant efficaces et adaptés aux exigences de la société de l’information. Ainsi, cette formation s’est effectuée sur des modèles procéduraux et fréquemment à la marge des cursus classiques. Rejoignant parfois des projets de méthodologie générale notamment en France, les savoirs et les notions à transmettre sont rarement clairement identifiés.
Le problème demeure sans cesse celui de la légitimité de ces enseignements où interviennent différents acteurs pas toujours bien identifiés par les étudiants …d’autant que certains enseignements sont parfois assurés par des tuteurs eux-mêmes étudiants. Au final, il ne s’agit pas de réels enseignements mais de méthode. Dans ces conditions, la légitimité institutionnelle de ces formations est faible et rejoint la délicate position des professeurs-documentalistes également en quête de légitimité.
Du fait d’une faible légitimité institutionnelle, la formation repose nettement sur la qualité des intervenants et de fait sur les mécanismes de la popularité. Il faut sans cesse convaincre les étudiants de l’utilité d’un enseignement qu’ils n’ont pas choisi et dont ils ont parfois le sentiment qu’il leur est imposé.
Dès lors, il s’agit fréquemment de mesurer les effets de ces enseignements avec des enquêtes de satisfaction en reposant sur une tentative de légitimation populaire qui s’ajoute à celle de la légitimité économique. Ces stratégies visent à évaluer la qualité par la quantité, au sens de ce qui peut être évalué de manière chiffré.

Le bilan de la formation s’avère peu satisfaisant en général car il s’effectue à la marge et diffère énormément selon les universités et les lieux de formation. Le succès de la formation est coordonné au dynamisme des personnes qui assurent la mise en place de la formation et la capacité à convaincre les décideurs et les autres disciplines. Les britanniques (Webber, Johnston, Corral) recommandent ainsi des habiletés managériales pour les formateurs et préconisent le rapprochement conceptuel avec les sciences de la gestion pour développer le projet de l’information literacy de manière plus indépendante vis-à-vis des bibliothèques universitaires. Nous avons vu que ce choix consistait à un retour aux préconisations faites par Zurkowski en 1974 et qui se basaient sur un paradigme informationnel. Les suites de cette conception sont perceptibles dans une volonté de mesurer dorénavant la société de l’information ou plutôt en quoi un pays correspond aux critères d’une société de l’information .
Nous retrouvons dans cette volonté de retour sur investissement, ce qui se fait déjà en bibliométrie et en scientométrie pour mesurer les usages, les emprunts, et autres statistiques qui permettent une meilleure gestion bibliothéconomique. Ces mesures sont utiles mais leur extension à tous les domaines constituent une erreur d’interprétation de leurs forces et de leurs limites.
Cette volonté de mesurer les investissements renvoie à une logique nettement économique mais également basée sur la mesure d’usages à court terme. En aucun cas, il ne s’agit d’une construction visant à l’acquisition d’une culture.

Légitimité populaire, légitimité économique, tout cela semble éphémère et parait devoir être gagné sans cesse en vain. Derrière cette légitimité, il y aussi une confusion gênante. En effet, la formation à l’information devient un moyen supplémentaire de justifier le rôle des bibliothèques. Cette position dominante finit par nuire à la réelle mise en place de la culture de l’information tant il s’agit de défendre davantage des acteurs qu’une réelle formation.
L’absence de légitimité en matière d’autorité est la conséquence de savoirs non établis et de notions à transmettre non construites voire mal maitrisées du fait d’une variété d’intervenants. La piste didactique correspond ainsi à une démarche plus rationnelle.

Références :
Sur les aspects citoyens de la culture de l’information :
– Olivier Le Deuff (2009) « La culture de l’information et la dimension citoyenne », Les Cahiers du Numérique. « La culture informationnelle ». Paris Hermes-Lavoisier, vol.5, n°3, p. 39-49
(1) La culture de l’information en reformation. (sous la dir. d’Yves Chevalier). Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication. Université Rennes 2, Septembre 2009
Disp. en ligne :

La culture de l’information en cartes… pour mieux la différencier de l’information literacy

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Les récents débats autour du Pacifi, qui privilégie davantage une position proche de l’information literacy dans ses principes premiers, et la démarche de culture de l’information qui présente des liens mais aussi des divergences peuvent être parfaitement illustrés et expliqués par des cartes mentales.

Ces cartes sont issues d’un travail réalisé par des M1 de l’université d’Angers suite à mes interventions sur la culture de l’information à la demande de Pascal Duplessis.

Il s’agit aussi pour moi de bien marquer le fait qu’information literacy et culture de l’information ne peuvent être nécessairement synonymes. Je considère même qu’il s’agit de deux idéologies différentes. La carte réalisée ici avec Cmaptools par Julie Soularue est donc en ce point éclairante. Je rappelle que l’information literacy opère souvent en liaison avec la société de l’information.

Il est vrai que l’information literacy pourrait constituer une véritable culture des hypomnemata comme l’indique dans sa carte Pierre Daviau. Mais il faudrait pour cela développer davantage la conception citoyenne et critique de l’information literacy, conception toujours minoritaire. Une position qui semblait  pas mal avancée en France et en francophonie. Pourtant, il semble qu’on soit tenté par une démarche adaptionniste en ce moment qui nous place à rebours de ce qu’il serait opportun de construire.  La tendance est un retour aux « eighties » de l’information literacy avec les parallèles autour de la société d’information, le paradigme du besoin d’information de la psychologie cognitive, conception ralliée à l’économique et à la bibliothéconomique.

J’espère que ces cartes contribueront un peu à percevoir ces quelques différences et divergences qui ne sont pas sans incidence aujourd’hui sur la manière de penser l’avenir de la profession de professeur-documentaliste.

Quelle est votre définition de la « culture de l’information »

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A la suite de l’enquête sur la culture de l’information, j’ai décidé d’ouvrir ce billet qui a pour but principalement de recueillir vos commentaires.
La question est extrêmement simple à poser et donc très difficile à répondre :
Quelle est votre définition de la culture de l’information ?

Il est possible qu’à la suite, je réalise des entretiens sur le sujet.
Quant à la mienne, je la donnerai quand ma thèse sera achevée, toutefois des pistes sont abordées sur ce blog mais aussi dans quelques textes :
– « Culture de l’information et web 2.0: Quelles formations pour les jeunes générations ? » Doctoriales du GDR TIC & Société, Marne-la-Vallée.15-16 janvier 2007

– Et in arcadia ego : vers une culture de l’ information et de la communication. Billet de l »invité d’Urfist-info du 31 août 2007.