Category Archives: Au nom d’Umberto : textes initiaux

Les textes initiaux du projet du guide des égarés parus dès la fin de l’année 1999.
Umberto veille ici à sa conservation mais les encres empoisonnées n’y sont pas présentes et les concepteurs de plans et autres complots n’y trouveront rien

Les 10 ans du Guide des Egarés

10 ANS.

Déjà 10 ans que le guide des égarés a surgi dans l’espace du web.
A l’origine, une initiative personnelle, une volonté de proposer de nouvelles visions dans le monde des bibliothèques notamment via les nouvelles technologies web et une stratégie de valorisation personnelle dans l’espoir d’une future embauche en bibliothèque. Je venais en effet tout juste de réussir le concours de bibliothécaire territorial.
J’avais imaginé le projet du guide des égarés dans les heures qui précédèrent les oraux, le titre, référence à Maimonide, avait résonné dans mon esprit comme l’écho idéal à une nouvelle vision des bibliothèques et du monde de l’information et des différents égarés au sein des bibliothèques mais aussi parmi le cyberespace.
J’étais fortement influencé par des lectures et un environnement théorique autour des sciences de l’information, découverte permise par le cours d’Alexandre Serres deux ans auparavant lors de la mention documentation qui accompagna fort judicieusement ma licence d’histoire.
Je n’avais jamais songé à la pérennité du projet et pour plusieurs raisons. J’étais relativement convaincu que j’allais pouvoir concrétiser mes idées au quotidien au sein d’une bibliothèque. Ce ne fut jamais véritablement le cas puisqu’en dépit d’une vingtaine d’entretiens, aucune collectivité ne me recruta, moi qui figurais parmi les lauréats les plus jeunes du concours…mais sans doute aussi parmi les plus rénovateurs. J’appris que mon profil « nouvelles technologies » faisait parfois peur. Je sentis en effet plusieurs frilosités quant à ma propre personnalité surtout lorsque les recruteurs souhaitaient une poursuite de ce qui se faisait avant : l’archétype de la vieille bibliothécaire perdurait et j’envoyais une autre image. Parfois, ma présence aux entretiens n’était que pour donner le change, parfois j’avais une véritable chance mais la concurrence était rude.
J’avais écrit à l’époque qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume des bibliothèques, je ne sais si guère mieux actuellement mais j’ai pu voir les changements. Je me rappelle avoir été successivement qualifié d’utopiste par ceux qui se voulaient gardien de l’orthodoxie de la notice puis au contraire de techniciens lorsque je faisais référence à des technologies web. J’avais essuyé pas mal de critiques au début des apôtres des techniques documentaires, c’est-à-dire des épigones de Dewey et des obsédés du catalogage. J’avais plusieurs fois sur la liste biblio-fr suscité la polémique sur ce sujet. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a plus vraiment lieu de polémiquer.
Tout cela ne fait que démontrer la nécessité d’une culture technique au-delà des imaginaires technophiles et technophobes.
Le blog a donc pu voir des réussites. Mes idées jugées farfelues, impossibles, utopiques ont en grande partie pu être réalisées sous l’expression de bibliothèque 2.0. 10 ans après, quand je vois ces portails et catalogues nouvelle génération, je vois se concrétiser beaucoup de mes aspirations d’origine. Et je suis content que tout cela ne soit pas demeuré que de simples aspirations et que d’autres partageaient mes envies et mes points de vue et que certains sont même parvenus à les réaliser.
Les portes des bibliothèques s’étant peu ouvertes, j’avais orienté ma barque vers les eaux de l’Education Nationale et le projet du guide des égarés a naturellement suivi pour s’intéresser un peu plus à un aspect déjà présent dans mes premiers textes : la formation et les aspects pédagogiques. Les deux faces du document, à la fois preuve et objet d’apprentissage.
De fil en aiguille, la volonté de continuer à chercher tout en étant sur le terrain a placé le guide sur des territoires plus vastes que sont ceux des sciences de l’information et de la communication.
Un des mes premiers textes concernait le labyrinthe et je crois que moi comme ce site qui est devenu blog ne cesse de le parcourir, ne pouvant connaître à l’avance la fin. Le guide des égarés fut donc initialement totalement en html, puis passa successivement de Spip à Joomla avant de demeurer depuis quelques années sous wordpress qui correspond mieux à mes attentes et mes objectifs. Le blog est donc un laboratoire, un lieu d’expériences et d’expressions voire de provocations. Il continuera donc de voguer encore…jusqu’à quand ?
Il constitue pleinement un hypomnemata, un support de mémoire qui permet une introspection souvent critique et une mise au regard des autres, permettant à la fois la contagion des idées mais aussi l’épreuve du jugement. Je n’ai jamais vraiment songé à arrêter l’aventure, j’ai plutôt cherché au contraire d’autres pistes pour développer de nouvelles initiatives.
Sans doute, le plus grand changement en 10 ans est le sentiment de ne plus voguer seul mais d’être désormais au sein d’une communauté active, un réseau en action qui obtient quelques réussites, un milieu associé qui permet l’individuation. Le sentiment aussi qu’il y a toujours du pain sur la planche, une variété de projets à imaginer et à mener.
Le guide des égarés constitue pleinement une part de moi, une forme d’excroissance qui a contribué quelque peu à ma réputation, plutôt bonne que mauvaise, j’ose l’espérer.
Pour finir sur une note historique, le blog a débuté 10 ans après la chute du mur de Berlin, ce n’est pas totalement un hasard. J’ai toujours eu le sentiment que nous n’avions pas pleinement saisi les opportunités qui se présentaient en grande partie par déficit d’analyse, de compréhension et d’imagination. Ce blog est donc également une volonté politique. Le premier texte commençait par une mise en garde « ce n’est pas par volonté messianique ». Je crois que c’était quelque peu faux. Il y avait bien une volonté sans doute pas messianique, mais assurément politique et prospectiviste.
C’est donc dans ce cadre, que je continuerai encore à écrire…

Le cyberespace et la désorientation


 

1. Du ’ droit de se perdre. ’ Etrangement, je vais d’abord vanter les mérites du ’ droit de se perdre ’ ! C’est quand on est perdu, que l’on mobilise le plus de moyens pour se retrouver. Et puis, le hasard (le destin) fait que nous faisons des découvertes qui peuvent parfois changer notre existence. Oui, il n’y a pas toujours de lignes directes, de chemins bien tracés. Michel Foucault prétend également que : ’ le labyrinthe n’est pas le lieu où l’on se perd, mais le lieu d’où l’on sort toujours perdu. ’ C’est à dire une nouvelle fois, qu’on ne peut avoir de convictions bien ancrées. On remet tout en question. D’où une nouvelle fois, le besoin d’une éthique, d’une morale universelle qui pourrait être : ’ il appartient à mon bonheur que tout le monde soit heureux. ’ C’est d’une utopie dont il s’agit, un lieu qui n’existe pas, mais qu’il conviendrait de créer. 2. Le droit de s’y retrouver. Par opposition, si on a le droit de se perdre, on a le droit de s’y retrouver . Il n’existe pas de cartes du savoir, néanmoins un lecteur qui désire un renseignement doit se voir conférer les moyens d’y accéder. Comment ? Grâce à la culture générale du bibliothécaire ou du documentaliste ? En effet, l’Homme peut s’avérer plus judicieux que la machine. C’est pourquoi, j’ai choisi de le mettre en premier, car il est l’interface primordiale entre le document et le lecteur. Le bibliothécaire peut donc être amené à répondre grâce à ses connaissances en conseillant tel ou tel ouvrage. Il est évident qu’il peut avoir besoin aussi de l’ordinateur. Mais il ne faudrait pas exclure la machine au détriment de l’Homme. L’ordinateur est un outil. Au bibliothécaire de le considérer ainsi. Voilà pourquoi la machine n’arrive qu’en seconde position dans ma théorie. L’ordinateur (OPAC ou cd-rom) permet des recherches plus élargies et plus précises. Seul un public d’initiés le maîtrise convenablement (étudiants le plus souvent). Il convient au bibliothécaire d’en expliquer les rudiments avec toute personne qui effectue une recherche. De toute façon, des personnes préféreront toujours le contact humain, notamment les personnes âgées. Il ne serait pas inutile de songer à des terminaux de recherche plus attractifs ! Enfin, les techniques devraient permettre cette évolution. De plus, pour trouver l’information sur l’ordinateur ne signifie pas trouver l’information concrètement ! Les cotes et autres classements restent encore un sabir abscons pour les lecteurs, ce qui n’est guère étonnant. La bibliothèque possède une ’ géographie ’, une topographie qu’apprécient d’ailleurs les romanciers. Difficile de s’y retrouver sans carte. Il faut donc que le bibliothécaire apprenne au lecteur à chercher, à bien cerner ce qu’il cherche. Bien cerner son sujet s’avère très important, notamment sur internet, où il n’est pas rare que l’on passe beaucoup plus de temps à chercher plutôt qu’à trouver, quand on a encore la chance de trouver. Le cyberespace est ainsi, il est très attirant, mais aussi très’ déroutant’.

 

Le roi démocrate

Si la connaissance est un royaume, il lui faut donc un roi. Un ROI : Réseau d’Organisation et d(e l’) Information(s). Chaque humain possède son propre roi, son propre mode de fonctionnement, il en va de même pour chaque entreprise, association ou organisation. La qualité du ROI dépend donc des informations qui la constituent mais aussi de son organisation. Le knowledge management permet que l’on prend désormais plus en compte la transmission des informations et surtout des savoirs au sein de l’entreprise. Cependant, il ne faut pas oublier que chaque unité possède son propre « roi » et ainsi de suite si bien qu’on obtient une structure en forme de fractales infinies. Comment faire pour que chacun puisse maximiser les capacités de son « roi »afin qu’il puisse se développer et s’interconnecter avec les autres. Des logiciels performants ont été mis en place et d’autres le seront à l’avenir. Mais il ne faut pas oublier que les humains sont malgré tout différents. C’est à dire qu’il faut sans aucun doute encourager les progrès techniques et informatiques dans le partage des connaissances, mais c’est certainement plus encore les progrès dans la communication humaine qu’il faudra améliorer. Plusieurs pistes peuvent être évoquées :
-  De nouvelles techniques éducatives permettant l’échange des connaissances, leurs liaison entre elles et leurs réutilisations. Bref, une théorie de l’information vivante.
-  Le développement du projet des « arbres de connaissances ».
-  De nouvelles logiques d’urbanisme et d’aménagement des territoires permettant le mélange des milieux sociaux afin de garantir un échange plus riche. (« Pas d’échange sans mélange »)
-  Le développement des techniques d’apprentissage. D’autres pistes peuvent être encore envisagées. Mais il est clair qu’il en ressort un aspect éducatif évident et réellement démocratique. Le pouvoir du peulple avec des individus-citoyens, connaissant leurs propres forces et leurs limites pour servir l’intérêt général tout en préservant leur intérêt particulier. Une utopie assurément. Un paradoxe aussi car c’est la maximisation des capacités individuelles qui permettra le succès de l’intérêt collectif. Pour filer la métaphore : une démocratie performante grâce à des « rois » efficaces.

La bibliothèque cérébrale universelle

Teilhard de Chardin parlait de noosphère, Jung d’inconscient collectif , pour ma part, j’ai choisi le terme de  » Bibliothèque cérébrale universelle »(BU). En effet, si on peut penser que les esprits sont reliés entre eux d’une manière qu’il est parfois difficile de comprendre, pourquoi ne pas sortir la bibliothèque de son cloisonnement matériel habituel. Sans tomber dans des propos qui pourraient frôler le paranormal, la BCU peut être envisagée de manière plus aisée avec les moyens de communications performants dont nous disposons. Le but est de dynamiser les livres, les supports culturels en incitant les lecteurs à devenir acteurs. Lire c’est bien, exister c’est encore mieux. Dans exister, il y a le préfixe ex qui implique une extériorité, une sortie. Sortons donc de notre individualité égoïste pour aller vers les autres. Sortons la bibliothèque de ses murs. Exprimons nous. Le but est l’expression des impressions « . Chacun possède un savoir, une bibliothèque à lui tout seul. Utilisons les réseaux d’échange de savoir, les arbres de connaissances de Michel Authier et de Pierre Lévy. Dynamisons et enrichissons la BU, le patrimoine de l’Humanité.

 

Assez des bibliothèques où les livres sont délaissés, mourants, sans qu’ils ne reçoivent plus aucune note de lecture, aucun commentaire. Cessons nos lectures égoïstes, et notre comportement du genre : je choisis mes livres, je passe à la banque de prêt, merci, au revoir ! STOP ! A quoi servent alors ceux qui travaillent dans les bibliothèques ? Autant mettre de suite des machines, elles seraient plus performantes car les bibliothèques seraient ouvertes plus longtemps. Assez de ces notices bibliographiques et techniques, précises et donc peu utiles car elles ne comportent aucun résumé, aucun commentaire. « Cataloguons, mais surtout ne lisons pas ! » semble être l’actuelle doctrine. Alors pourquoi ne pas inclure des résumés et des commentaires (y compris de lecteurs ? ) comme cela se fait dans les CDI ? Au bibliothécaire d’être le médiateur entre les supports culturels et les lecteurs. Au documentaliste d’être le principal médiateur entre les informations et les connaissances. Vive les débats, les lectures publiques, les conférences thématiques au sein de la médiathèque, du CDI, voire en dehors. J’use de ce pléonasme : Vive la bibliothèque vivante ! Utilisons internet pour des forums de discussions entre lecteurs. Les NTIC permettent une communication élargie, utilisons les. L’enthousiasme et le dynamisme sont requis. Evidemment, cela nécessite des moyens matériels, des lieux confortables, de l’espace. Mais surtout c’est de fonctionnaires compétents au niveau intellectuel et relationnel dont la bibliothèque a besoin. Cessons alors d’éloigner les cadres A du public pour les mettre à des tâches de gestion. De quoi a-t-on peur ? Que l’intelligence et la culture se transmettent ? La démocratie politique est difficile à mettre en place. La démocratie culturelle est encore plus dure, cependant la réussite de la première dépend du succès de la seconde. Après la phase numéro un de  » constitution du patrimoine « , la phase deux de  » mise à disposition du public « , il est temps de mettre en place la phase trois de  » dynamisation et d’explication ».

Le projet sefira

Idée qui commence à dater. Je n’ai pas réussi à trouver la force de vraiment la faire appliquer. J’avais un temps pensé à une liste de diffusion mais je n’ai pas poursuivi. Il est temps de refaire vivre cette idée.

Le projet SEFIRA propose une nouvelle vision de la recherche documentaire. Ce projet est en droite ligne de la réflexion issue du « guide des égarés » Plus aucun document ne doit être isolé, pour cela il faut le lier à d’autres documents afin de créer une chaîne d’informations en perpétuel mouvement. Initialement j’avais choisi la métaphore de la boussole avec des axes nord-sud est-ouest. Le projet peut donc se résumer avec le schéma proposé.(cliquez sur l’image si elle ne s’affiche pas) Voilà, tout document quel qu’il soit doit renvoyer à au moins quatre autres, dont au moins un roman, un documentaire, un support multimédia, le quatrième est laissé libre. Cela peut-être à nouveau un document, un roman, ou un support multimédia, mais cela peut-être aussi un lieu, un monument, une peinture voire une personne La bibliothèque hors de ses murs trouve alors sa concrétisation en liant non seulement les supports mais également les humais et les lieux. SEFIRA s’inclut ainsi dans une Association de Documents et de Nèmes, l’ADN de la réflexion et de la connaissance humaine. Pourquoi donner le nom de SEFIRA à ce projet. D’abord par esthétisme, ensuite par ce que cela recouvre une signification intéressante. Il s’agit en effet d’un terme de la Kabale. Voilà, ce n’est que pas le projet soit une émanation religieuse au sens où on l’entend habituellement, mais un projet religieux au sens étymologique, c’est à dire un projet qui relie les Humains et les livres et autres supports de connaissance. Le projet est simple à appliquer. Un logiciel informatique serait encore mieux. Mais pour l’instant ce projet n’est qu’au stade de la réflexion. J’attends donc vos contributions dans cette entreprise collective

Exister face à la machine

Article paru en 2000 suite à des mésaventures techniques imputables au CNFPT…
Exister. Voilà le mot clef. Exister, résister. La machine nous happe lentement mais sûrement. Elle peut nous faire disparaître, nous éliminer. Un virus, une malveillance et vous n’existez plus. L’horreur s’enclenche. Il y a quelques temps, une centaine de lauréats du concours de bibliothécaire territorial, dont je faisais partie, ont disparu de la liste d’aptitude à la suite d’une  » erreur ? « informatique. Bref, j’avais reçu une lettre qui m’informait que je n’avais soi-disant pas renouvelée mon inscription, et j’avais donc constaté  » ma disparition  » de la liste sur internet. Heureusement, le problème fut d’être réglé. Alors, résistons si nous ne voulons pas être rayés de la carte. Nous avons encore les clefs en main. Notre supériorité tient à une faculté : la réflexion. Or, notre époque néglige la réflexion car tout semble aller trop vite. Si nous ne réfléchissons pas, il est à craindre que la machine ne finisse par triompher de nous. Et nous en serions les seuls responsables. L’avenir appartient à ceux qui le font et non à ceux qui le prédisent. Il ne s’agit donc pas d’être défaitiste, mais de prévoir pour mieux agir. Seulement, réfléchissons, et ne laissons pas l’intelligence disparaître.

Les mystères du labyrinthe

J’affectionne beaucoup le labyrinthe. Voilà sans doute une des raisons de l’origine de cet article.

 

Si d’emblée, j’ai comparé le cyberespace à un labyrinthe, c’est que j’ai mis en avant l’aspect inquiétant de celui-ci par rapport à l’Homme. L’Homme en est certes le créateur, mais sa création le surpasse par son immensité. Le cyberespace, terme forgé par William Gibson dans ’Neuromancien’, est un univers en expansion. Il est par conséquent impossible d’y établir une géographie précise. Paul Virilio parlait ainsi, non pas de la fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama, mais de la fin de la géographie. En effet, la déterritorialisation qu’internet implique permet la réduction des distances et l’établissement de relations privilégiées avec des individus dont on aurait ignoré l’existence auparavant. Virilio craint que l’on finisse par préférer à son entourage proche et ’palpable’ ses amis internautes. Encore une fois, c’est à nous d’y faire attention. Mais je crois que le plus grand danger est celui de se perdre dans un ’zapping’ interminable où l’internaute ne lirait plus l’information, où ne serait plus apte à la comprendre. Notre ’civilisation’ serait tentée par une diffusion grandissante d’images au détriment du texte. Bref, les milliers de textes de savoir accessibles matériellement au plus grand nombre ne seraient plus accessibles intellectuellement qu’à un petit nombre d’initiés. Des sites ’intellectuels’ seraient abandonnées, tels des cimetières du savoir. C’est une crainte, si l’effort de lecture devait se trouver de plus en plus concurrencée par les jeux et autres bêtises cathodiques. A moins qu’on ne parvienne à mettre en place une langue mondiale intelligente faite de signes, d’idéogrammes que chacun pourrait comprendre. Mais il n’en reste pas moins que c’est l’éducation qui peut seule donner les clefs de la connaissance. Le cyberespace sera-t-il également un lieu éducatif ? Sans l’éducation, on repartirait vers des époques anciennes où les iconodules prédominaient (mais n’est-ce pas toujours le cas à présent ?), et avec eux les superstitions et autres atrocités qui les accompagnent. Le cyberespace est dangereux car il est riche en possibilités. Les techniques actuelles sont immenses : à nous de choisir entre une dictature à la Big Brother et une réelle démocratie à l’échelon mondial.

 

Le labyrinthe est une figure que j’affectionne particulièrement. On connaît bien sûr la légende du minotaure, mais le labyrinthe se retrouve un peu partout, dans les mandalas tibétains, mais (et donc) aussi, et surtout dans nos vies. Le livre de Jacques Attali « Chemins de sagesse » est riche en ce qui concerne cette figure. Ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est le dédale du savoir, cette bibliothèque de Babel que décrivait Borgès. Certains considèrent que le dédale possède une sortie, et que le labyrinthe n’en a pas. Qu’en est-il de la connaissance ? Il s’agit selon moi d’un ’ dédale labyrinthique ’, c’est à dire qu’il existe des portes de sortie qui débouchent sur d’autres univers, d’autres savoirs, d’autres dédales jusqu’à l’infini. Une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus en sortir. Certains sont de piètres voyageurs, d’autres découvrent des merveilles au gré de leurs pérégrinations. Chacun y entre par différents endroits. Bref, le labyrinthe, c’est la vie ! Seulement voilà ! Il y a des écueils. On se perd facilement. Il faut donc prendre gare aux ’ minotaures ’ qui pourraient nous dévorer ’intellectuellement et qui ferment notre esprit. Devant l’immensité de la connaissance, certains préfèrent se laisser enchaînés. Je le répète : ’ les livres délivrent, le livre lie’ Alors, comment faire pour ne pas se perdre, et surtout ne pas perdre son temps ? Le temps nous est compté. On ne s’attardera pas trop, du moins dans l’immédiat, sur les conceptions du temps, qu’elles soient cycliques, linéaires, assimilant le temps à un point·ou à un labyrinthe ! Pour ne pas perdre son temps, il faut prendre son temps ! C’est à dire qu’il faut être curieux, tout en étant calme et serein. Il y a des temps incompressibles pour apprendre : lire, écrire, compter, cela ne s’acquiert pas par enchantement. Il faut essayer de comprendre pour apprendre. Voilà ! Et à quoi, cela sert-il ? A vivre, ou à mourir, ou bien les deux. A rien, à tout. Peut-être tout simplement pour goûter un peu au bonheur. C’est toute la magie du labyrinthe.

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