Umberto et le complot

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Mon cœur avait bien ressenti quelque chose mettant ce livre tout en haut du carton. Mais le déménagement m’obligeait à le faire. Au moins, je savais que je n’aurais aucun mal à remettre la main dessus une fois le carton ouvert.

Cet ouvrage, de l’arbre au labyrinthe, était un de ceux d’Umberto Eco qui m’avaient le plus marqué. Celui-là finalement, je l’avais lu très récemment. Je ne savais pas qu’en refermant le carton, quelques jours plus tard, c’est Umberto qui refermerait son existence charnelle. Car Umberto va survivre chez ses innombrables lecteurs, chez ses interprètes, chez ses traducteurs (et donc traîtres), chez ses mauvais épigones (l’épigone est toujours mauvais par principe) et chez les auteurs qui comme Laurent Binet lui donne vie dans des œuvres de fiction.

J’avais rencontré Umberto de façon classique, par la lecture du nom de la rose, que je suis d’ailleurs en train de lire pour la troisième fois. Eco, ça se relit et ça se consulte, que ce soit ses travaux de recherche ou ses fictions. Et à chaque fois, on comprend qu’on est devenu un autre, et on mesure le chemin parcouru. C’est mon cas, lors de ma lecture du nom de la rose où je comprends de mieux en mieux l’ensemble des références qui parsèment l’ouvrage. Même chose pour le Pendule de Foucault… mon roman préféré, celui qui m’a le plus influencé et que beaucoup trouvent imbuvable et incompréhensible, et pourtant c’est celui que j’aime relire. Le pendule de Foucault c’est la lecture indispensable pour comprendre les théories du complot. C’est une façon romancée de montrer que la compréhension du monde ne peut être que complexe et que tenter d’en échafauder une théorie aboutit à un délire pas possible. Le concept qui fait tourner tous les autres est nécessairement réducteur, car trop efficace en apparence. Et on peut s’amuser à en inventer pleins, comme j’étais amusé à la faire sur l’affaire DSK.

Revenons au sujet sur lesquels je voulais écrire initialement  sur le blog : le mythe du complot. J’avais travaillé sur ce sujet à une époque où l’Éducation Nationale s’en moquait totalement en n’ayant pas encore saisi vraiment les changements en cours autour du phénomène du web 2.0. Je plaidais pour que le concept devienne un objet d’études en sciences de l’information et de la communication et j’envisageais des pistes éducatives par la même occasion avec une prise en compte dans les enseignements pour la culture de l’information. Dans cette logique, j’avais initié le projet « Historiae : les collégiens mènent l’enquête » qui incitait des collégiens à produire un article de blog sous forme de synthèse sur des thématiques où l’information disponible sur le web était fortement hétérogène et bourrée de références complotistes. J’avais présenté le projet au premier forum des enseignants innovants. Le but était de reproduire les rencontres informationnelles faites dans des requêtes et des navigations à la maison de façon raisonnée en entrant dans l’étude de l’évaluation de l’information. Le projet a été depuis réintégré à Cactus Acide et repris un temps par Gildas Dimier au niveau de l’expérimentation.

Le ministère vient enfin de s’intéresser à cette question, mais pour de mauvaises raisons. En clair, l’injonction vient du ministère voisin : l’intérieur qui souhaite éviter les dérives contestataires ou djihadistes. Il y a donc une pression forte qui s’exerce sur l’éducation aux médias et à l’information et sur l’éducation morale et civique. La manifestation de l’autre jour avec la mise en scène de la ministre participe d’une volonté de s’emparer du problème d’une façon peu discrète, et finalement ne s’appuie pas sur les travaux de ceux qui s’intéressent à cette question, et qui en la matière se montrent plutôt prudents d’une part, et moins méprisants à l’égard de ceux qui peuvent tomber dans les excès du complot permanent.

On trouvera donc opportun de se reporter à la lecture de Franck Bulinge sur le sujet. J’avais d’ailleurs échangé par mail avec Franck en 2008 sur cet aspect. On lira aussi avec intérêt les travaux de François-Bernard Huyghe et notamment son dernier billet qui évoque aussi Umberto Eco, et plus encore son entretien pour Atlantico. Alors certes l’observatoire du complotisme est intéressant, mais il y a bien d’autres travaux que les ministères feraient bien de consulter. Je reproche parfois à mes étudiants de rechercher principalement les ressources qui affleurent à la surface du web au niveau des premières résultats de google… j’ai le sentiment qu’à ce sujet, c’est un peu pareil au niveau de nos instances parfois. Les compétences informationnelles ne sont pas toutes développées là où elles seraient nécessaires.

Vouloir faire du combat contre les théories conspirationnistes un cheval de bataille gouvernemental est perdu d’avance. C’est y aller avec les gros sabots et surtout c’est désigner des ennemis, et répondre à des personnes qui parfois voient des ennemis qui complotent par un comportement du même type. C’est un jeu qui ne mène à rien et qui ne peut que conduire à Fort-Chabrol. On ne lutte pas avec les mêmes armes sous peine d’alimenter un combat infini. L’idée de développer une armée de blogueurs était d’ailleurs une des idées les plus absurdes proférées ces dernières années. On ne peut pas lutter contre les théories du complot sous peine de rentrer soi-même dans le plan. En clair, les conspirationnistes vont vous désigner soit comme un imbécile, soit comme un participant au complot. En clair, vous êtes manipulé ou manipulateur.

Autre point, il existe une proximité forte entre ceux qui remettent en cause l’’information officielle au point d’imaginer un complot, et les méthodes d’évaluation de l’information produites par les professionnels. Le discours de la ministre y fait quelque peu référence, mais de façon trop générale et finit par pointer un ennemi classique : Internet… on notera qu’on ne parle pas de web… :

J’aborderai d’ailleurs ici une question particulièrement importante, liée directement à l’essor du complotisme, et qui est à la fois enseignée dans l’EMI, mais qui va bien au-delà. C’est, naturellement, celle d’Internet. Oui, la diffusion des savoirs est une belle chose ! Mais elle s’accompagne aussi de la diffusion de son ennemi intime : celle des théories complotistes. Dès lors, il y a un moment où nous devons affronter directement les enjeux liés à cette révolution que constitue Internet.

Le besoin de douter est essentiel, et il nous semble que ce fondement doit être conservé et défendu. Il est vrai que les théories conspirationnistes vont parfois bifurquer sur un point qui va constituer l’explication miracle et qui va devenir le liant. On peut être très censé et tomber rapidement dans des excès, car c’est potentiellement grisant, comme un passage de l’étude rationnelle à la fiction, car tout semble concorder, ce que montre bien Eco :

« La reconstitution nous prit des jours et des jours ; nous interrompions nos travaux pour nous confier la dernière connexion ; nous lisions tout ce qui nous tombait sous la main, encyclopédies, journaux, bandes dessinées, catalogues de maison d’édition, en diagonale, à la recherche de courts¬ circuits possibles ; nous nous arrêtions pour fouiller les éventaires des bouquinistes ; nous flairions les kiosques ; nous puisions à pleines mains dans les manuscrits de nos diaboliques ; nous nous précipitions au bureau, triomphants, en jetant sur la table la dernière trouvaille. » (ECO, le pendule de Foucault, 1990 p.471)

Et même parfois, il est impossible d’en être conscient :

« Lorsque nous échangions les résultats de nos imaginations, il nous semblait, et  justement, procéder par associations indues, courts-­circuits extraordinaires, auxquels nous aurions eu honte de prêter foi – si on nous l’avait imputé. » (Umberto Eco, idem)

 

La meilleure piste évoquée est celle d’une véritable formation à l’information avec un gros travail autour de l’évaluation de l’information qui ne peut se faire en quelques heures, mais qui repose sur un travail d’analyse documentaire réitéré. Une des leçons est que de toute façon, même le plus grand spécialiste peut se faire avoir s’il oublie de poser son esprit et qu’il agit par impulsion. C’est donc à la fois une question de formation de l’esprit, de culture générale, mais aussi de capacité à exercer une distance critique. Cet esprit critique est essentiel, car il participe au besoin de débattre et donc à une culture démocratique. Toute tentative pour imposer une vérité absolue et mettre au ban d’autres alternatives risque d’être vouée à l’échec si elle ne repose pas sur un travail scientifique et rationnel. Il est clair que certains esprits refusent d’emblée ce dialogue.  Mais ce n’est pas en voulant imposer une manière de voir qu’on parviendra à convaincre le plus grand nombre, bien au contraire. On risque au final d’alimenter encore plus les théories du complot. Il reste à savoir quelles sont désormais les priorités : développer l’esprit critique et la capacité à débattre, ou bien de surveiller les opinions non conformes. La dernière loi sur le renseignement permet d’en douter… mais bon sans doute le risque est d’y voir encore un énième complot.

On ne sort donc jamais vraiment de la spirale complotiste. Umberto dans le pendule de Foucault pensait avoir réglé la question par l’absurde… il n’a fait qu’alimenter le complot en produisant un important travail documentaire. D’ailleurs, j’ai comme un doute. On est sûr qu’Umberto est bien mort ? Avec un peu de chance, il a été enlevé par les extraterrestres et le gouvernement nous le cache.

Au final, il ne nous reste plus qu’à en rire.

 

Pour mes amis enseignants et professeurs documentalistes notamment, j’ai écrit l’année dernière pour le Médiadoc, un article sur le sujet : théories du complot, faut-il en faire un objet d’enseignement ?

Un capitaine de quinze ans

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15 ans désormais que l’aventure du guide des égarés a débuté. Je n’ai jamais songé initialement que le projet puisse avoir une telle continuité d’autant que 15 ans, cela paraissait vraiment très loin fin 1999. Beaucoup de choses ont évolué entre temps, moi, vous et le web. On ‘est plus tout à fait les mêmes et j’en étais déjà persuadé depuis au moins deux ans auparavant que le web allait transformer le monde. Mon premier site ne sera d’ailleurs pas le guide des égarés, mais un vibrant plaidoyer un peu fou pour un organisme supranational. Je n’ai pas changé d’avis depuis d’ailleurs, tant la solution du repli sur la nation ou sur des unités plus petites ne peut être une réponse aux logiques internationales et à la puissance des multinationales. Mais là, n’est pas mon propos du jour.
Difficile de faire un bilan, si ce n’est que le projet devait accompagner initialement ma recherche d’emploi en bibliothèque et qu’aujourd’hui je suis désormais maître de conférences. Un destin auquel je ne songeais absolument pas du tout à l’époque. Je parle souvent d’époque pour qualifier ces années de naissance du web, un peu comme pour l’imprimerie et ses incunables, il faudrait donner un nom pour tous les sites créés avant 2000 : ces incunables digitaux que conservent parfois InternetArchive et sa waybackmachine qui nous fait retourner dans le passé, nom de zeus !
Voilà qui oblige à opérer un retour sur soi, assez drôle, pas encore totalement émouvant. Les traces du GDE existent notamment depuis 2001, pas possible d’en trouver avant même si peut-être sur un cd ou une vieille disquette se trouve la source… en tout cas le site a peu évolué entre 1999 et 2002. L’ère des CMS n’avait pas encore sonné et on devait autant se soucier du contenu et de sa présentation. Dès lors, le gde n’échappe pas à un côté totalement kitsch et ridicule. Même les premiers articles paraissent peu travaillés, pleins d’aspiration de jeunesse. Mais c’est le symbole assurément d’un changement en marche. Le site a plusieurs fois changé d’url, par chance je m’en souviens encore. L’allure du site a changé plus d’une dizaine de fois et cela devrait être à nouveau le cas prochainement quand j’aurais le temps de m’y atteler, à moins que je ne confie cette mission à quelqu’un d’autre.

Le site initial ressemblait beaucoup à cela avec un fond noir..

Le site initial ressemblait beaucoup à cela avec un fond noir..

 

La première url

La seconde ou troisième url

Il y a eu aussi celle là

 

Les archives de biblio-fr permettent aussi de trouver quelques traces d’une autre époque, celle où j’allais chercher en vain un poste de bibliothécaire territorial après une vingtaine d’entretiens infructueux sur toute la France et où je n’hésitais pas à pousser déjà quelques gueulantes contre le CNFPT entre autres notamment à cause d’un mode de recrutement peu optimal.
Je sentais aussi qu’il serait intéressant de monter également une start-up, j’avais pensé à un truc où on voterait pour ces billets préférés. C’était en 2000, je ne me suis jamais lancé faute d’avoir pu produire une interface séduisante… c’était pourtant déjà l’idée du like et du dislike.
Le site contient désormais un peu moins de 500 articles, pas si mal, mais rien d’exceptionnel. Il n’a jamais eu pour but d’être le lieu unique de mes productions, plutôt un carrefour du labyrinthe en quelque sorte. Je me voyais finalement plutôt comme un guide au départ, or bien souvent c’est le trajet d’un égaré que raconte cette entreprise. Je constate aussi que mes billets n’obtiennent qu’un succès modeste et que parfois il est tentant de publier ailleurs finalement. Plusieurs fois, j’ai songé à arrêter ou à transformer le projet, mais au final, j’ai surtout changé de CMS et de design et quelque peu fait évoluer le contenu au fur et à mesure de mes évolutions. Malgré tout, le site n’est pas si bien rangé finalement malgré les tags qui ajoutent quelques possibilités de navigation et de classements.
Or, l’aventure se poursuit, même si depuis 1999, j’ai de plus en plus publié ailleurs, des bouquins, des articles et pas mal d’éléments sont disponibles sur archivesic, même si j’ai pas de mal de retard dans les dépôts à faire sur la plateforme. Mais je tarde un peu à le faire car je veux laisser la chance à Olivier Ertzscheid, mister affordance.info de rester le premier dépositaire. Au niveau des futures sorties, deux ouvrages devraient sortir très, très prochainement… Le GDE est devenu transmédia…
15 ans, c’est aussi l’occasion de constater des avancées sur le numérique en bibliothèque alors que je me faisais qualifié d’utopiste initialement. Or depuis pas mal de technos sont devenues « évidentes », le web 2.0 est passé par là. Pas mal d’évolution en pédagogie et au niveau de la culture de l’information, le plaisir de vivre dans ce domaine des aventures collectives et de poursuivre des luttes, car il n’y a pas d’autre terme.

Pas trop le temps de glandouiller finalement si on veut encore faire vivre longtemps l’esprit de la documentation, même si le capitaine de 15 ans aimerait parfois prendre deux ans de vacances. Mais c’est plutôt deux ans d’HDR qui s’annonce. En tout cas, le guide des égarés poursuit sa route.

Quelques souvenirs :

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En 2007, en plein web 2.0

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en 2005

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En 2001, enfin un fond plus lisible…

 

Capturegde2005

 

 

Les 10 ans du Guide des Egarés

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10 ANS.

Déjà 10 ans que le guide des égarés a surgi dans l’espace du web.
A l’origine, une initiative personnelle, une volonté de proposer de nouvelles visions dans le monde des bibliothèques notamment via les nouvelles technologies web et une stratégie de valorisation personnelle dans l’espoir d’une future embauche en bibliothèque. Je venais en effet tout juste de réussir le concours de bibliothécaire territorial.
J’avais imaginé le projet du guide des égarés dans les heures qui précédèrent les oraux, le titre, référence à Maimonide, avait résonné dans mon esprit comme l’écho idéal à une nouvelle vision des bibliothèques et du monde de l’information et des différents égarés au sein des bibliothèques mais aussi parmi le cyberespace.
J’étais fortement influencé par des lectures et un environnement théorique autour des sciences de l’information, découverte permise par le cours d’Alexandre Serres deux ans auparavant lors de la mention documentation qui accompagna fort judicieusement ma licence d’histoire.
Je n’avais jamais songé à la pérennité du projet et pour plusieurs raisons. J’étais relativement convaincu que j’allais pouvoir concrétiser mes idées au quotidien au sein d’une bibliothèque. Ce ne fut jamais véritablement le cas puisqu’en dépit d’une vingtaine d’entretiens, aucune collectivité ne me recruta, moi qui figurais parmi les lauréats les plus jeunes du concours…mais sans doute aussi parmi les plus rénovateurs. J’appris que mon profil « nouvelles technologies » faisait parfois peur. Je sentis en effet plusieurs frilosités quant à ma propre personnalité surtout lorsque les recruteurs souhaitaient une poursuite de ce qui se faisait avant : l’archétype de la vieille bibliothécaire perdurait et j’envoyais une autre image. Parfois, ma présence aux entretiens n’était que pour donner le change, parfois j’avais une véritable chance mais la concurrence était rude.
J’avais écrit à l’époque qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume des bibliothèques, je ne sais si guère mieux actuellement mais j’ai pu voir les changements. Je me rappelle avoir été successivement qualifié d’utopiste par ceux qui se voulaient gardien de l’orthodoxie de la notice puis au contraire de techniciens lorsque je faisais référence à des technologies web. J’avais essuyé pas mal de critiques au début des apôtres des techniques documentaires, c’est-à-dire des épigones de Dewey et des obsédés du catalogage. J’avais plusieurs fois sur la liste biblio-fr suscité la polémique sur ce sujet. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a plus vraiment lieu de polémiquer.
Tout cela ne fait que démontrer la nécessité d’une culture technique au-delà des imaginaires technophiles et technophobes.
Le blog a donc pu voir des réussites. Mes idées jugées farfelues, impossibles, utopiques ont en grande partie pu être réalisées sous l’expression de bibliothèque 2.0. 10 ans après, quand je vois ces portails et catalogues nouvelle génération, je vois se concrétiser beaucoup de mes aspirations d’origine. Et je suis content que tout cela ne soit pas demeuré que de simples aspirations et que d’autres partageaient mes envies et mes points de vue et que certains sont même parvenus à les réaliser.
Les portes des bibliothèques s’étant peu ouvertes, j’avais orienté ma barque vers les eaux de l’Education Nationale et le projet du guide des égarés a naturellement suivi pour s’intéresser un peu plus à un aspect déjà présent dans mes premiers textes : la formation et les aspects pédagogiques. Les deux faces du document, à la fois preuve et objet d’apprentissage.
De fil en aiguille, la volonté de continuer à chercher tout en étant sur le terrain a placé le guide sur des territoires plus vastes que sont ceux des sciences de l’information et de la communication.
Un des mes premiers textes concernait le labyrinthe et je crois que moi comme ce site qui est devenu blog ne cesse de le parcourir, ne pouvant connaître à l’avance la fin. Le guide des égarés fut donc initialement totalement en html, puis passa successivement de Spip à Joomla avant de demeurer depuis quelques années sous wordpress qui correspond mieux à mes attentes et mes objectifs. Le blog est donc un laboratoire, un lieu d’expériences et d’expressions voire de provocations. Il continuera donc de voguer encore…jusqu’à quand ?
Il constitue pleinement un hypomnemata, un support de mémoire qui permet une introspection souvent critique et une mise au regard des autres, permettant à la fois la contagion des idées mais aussi l’épreuve du jugement. Je n’ai jamais vraiment songé à arrêter l’aventure, j’ai plutôt cherché au contraire d’autres pistes pour développer de nouvelles initiatives.
Sans doute, le plus grand changement en 10 ans est le sentiment de ne plus voguer seul mais d’être désormais au sein d’une communauté active, un réseau en action qui obtient quelques réussites, un milieu associé qui permet l’individuation. Le sentiment aussi qu’il y a toujours du pain sur la planche, une variété de projets à imaginer et à mener.
Le guide des égarés constitue pleinement une part de moi, une forme d’excroissance qui a contribué quelque peu à ma réputation, plutôt bonne que mauvaise, j’ose l’espérer.
Pour finir sur une note historique, le blog a débuté 10 ans après la chute du mur de Berlin, ce n’est pas totalement un hasard. J’ai toujours eu le sentiment que nous n’avions pas pleinement saisi les opportunités qui se présentaient en grande partie par déficit d’analyse, de compréhension et d’imagination. Ce blog est donc également une volonté politique. Le premier texte commençait par une mise en garde « ce n’est pas par volonté messianique ». Je crois que c’était quelque peu faux. Il y avait bien une volonté sans doute pas messianique, mais assurément politique et prospectiviste.
C’est donc dans ce cadre, que je continuerai encore à écrire…

Le cyberespace et la désorientation

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1. Du ’ droit de se perdre. ’ Etrangement, je vais d’abord vanter les mérites du ’ droit de se perdre ’ ! C’est quand on est perdu, que l’on mobilise le plus de moyens pour se retrouver. Et puis, le hasard (le destin) fait que nous faisons des découvertes qui peuvent parfois changer notre existence. Oui, il n’y a pas toujours de lignes directes, de chemins bien tracés. Michel Foucault prétend également que : ’ le labyrinthe n’est pas le lieu où l’on se perd, mais le lieu d’où l’on sort toujours perdu. ’ C’est à dire une nouvelle fois, qu’on ne peut avoir de convictions bien ancrées. On remet tout en question. D’où une nouvelle fois, le besoin d’une éthique, d’une morale universelle qui pourrait être : ’ il appartient à mon bonheur que tout le monde soit heureux. ’ C’est d’une utopie dont il s’agit, un lieu qui n’existe pas, mais qu’il conviendrait de créer. 2. Le droit de s’y retrouver. Par opposition, si on a le droit de se perdre, on a le droit de s’y retrouver . Il n’existe pas de cartes du savoir, néanmoins un lecteur qui désire un renseignement doit se voir conférer les moyens d’y accéder. Comment ? Grâce à la culture générale du bibliothécaire ou du documentaliste ? En effet, l’Homme peut s’avérer plus judicieux que la machine. C’est pourquoi, j’ai choisi de le mettre en premier, car il est l’interface primordiale entre le document et le lecteur. Le bibliothécaire peut donc être amené à répondre grâce à ses connaissances en conseillant tel ou tel ouvrage. Il est évident qu’il peut avoir besoin aussi de l’ordinateur. Mais il ne faudrait pas exclure la machine au détriment de l’Homme. L’ordinateur est un outil. Au bibliothécaire de le considérer ainsi. Voilà pourquoi la machine n’arrive qu’en seconde position dans ma théorie. L’ordinateur (OPAC ou cd-rom) permet des recherches plus élargies et plus précises. Seul un public d’initiés le maîtrise convenablement (étudiants le plus souvent). Il convient au bibliothécaire d’en expliquer les rudiments avec toute personne qui effectue une recherche. De toute façon, des personnes préféreront toujours le contact humain, notamment les personnes âgées. Il ne serait pas inutile de songer à des terminaux de recherche plus attractifs ! Enfin, les techniques devraient permettre cette évolution. De plus, pour trouver l’information sur l’ordinateur ne signifie pas trouver l’information concrètement ! Les cotes et autres classements restent encore un sabir abscons pour les lecteurs, ce qui n’est guère étonnant. La bibliothèque possède une ’ géographie ’, une topographie qu’apprécient d’ailleurs les romanciers. Difficile de s’y retrouver sans carte. Il faut donc que le bibliothécaire apprenne au lecteur à chercher, à bien cerner ce qu’il cherche. Bien cerner son sujet s’avère très important, notamment sur internet, où il n’est pas rare que l’on passe beaucoup plus de temps à chercher plutôt qu’à trouver, quand on a encore la chance de trouver. Le cyberespace est ainsi, il est très attirant, mais aussi très’ déroutant’.

 

Le roi démocrate

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Si la connaissance est un royaume, il lui faut donc un roi. Un ROI : Réseau d’Organisation et d(e l’) Information(s). Chaque humain possède son propre roi, son propre mode de fonctionnement, il en va de même pour chaque entreprise, association ou organisation. La qualité du ROI dépend donc des informations qui la constituent mais aussi de son organisation. Le knowledge management permet que l’on prend désormais plus en compte la transmission des informations et surtout des savoirs au sein de l’entreprise. Cependant, il ne faut pas oublier que chaque unité possède son propre « roi » et ainsi de suite si bien qu’on obtient une structure en forme de fractales infinies. Comment faire pour que chacun puisse maximiser les capacités de son « roi »afin qu’il puisse se développer et s’interconnecter avec les autres. Des logiciels performants ont été mis en place et d’autres le seront à l’avenir. Mais il ne faut pas oublier que les humains sont malgré tout différents. C’est à dire qu’il faut sans aucun doute encourager les progrès techniques et informatiques dans le partage des connaissances, mais c’est certainement plus encore les progrès dans la communication humaine qu’il faudra améliorer. Plusieurs pistes peuvent être évoquées :
-  De nouvelles techniques éducatives permettant l’échange des connaissances, leurs liaison entre elles et leurs réutilisations. Bref, une théorie de l’information vivante.
-  Le développement du projet des « arbres de connaissances ».
-  De nouvelles logiques d’urbanisme et d’aménagement des territoires permettant le mélange des milieux sociaux afin de garantir un échange plus riche. (« Pas d’échange sans mélange »)
-  Le développement des techniques d’apprentissage. D’autres pistes peuvent être encore envisagées. Mais il est clair qu’il en ressort un aspect éducatif évident et réellement démocratique. Le pouvoir du peulple avec des individus-citoyens, connaissant leurs propres forces et leurs limites pour servir l’intérêt général tout en préservant leur intérêt particulier. Une utopie assurément. Un paradoxe aussi car c’est la maximisation des capacités individuelles qui permettra le succès de l’intérêt collectif. Pour filer la métaphore : une démocratie performante grâce à des « rois » efficaces.

La bibliothèque cérébrale universelle

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Teilhard de Chardin parlait de noosphère, Jung d’inconscient collectif , pour ma part, j’ai choisi le terme de  » Bibliothèque cérébrale universelle »(BU). En effet, si on peut penser que les esprits sont reliés entre eux d’une manière qu’il est parfois difficile de comprendre, pourquoi ne pas sortir la bibliothèque de son cloisonnement matériel habituel. Sans tomber dans des propos qui pourraient frôler le paranormal, la BCU peut être envisagée de manière plus aisée avec les moyens de communications performants dont nous disposons. Le but est de dynamiser les livres, les supports culturels en incitant les lecteurs à devenir acteurs. Lire c’est bien, exister c’est encore mieux. Dans exister, il y a le préfixe ex qui implique une extériorité, une sortie. Sortons donc de notre individualité égoïste pour aller vers les autres. Sortons la bibliothèque de ses murs. Exprimons nous. Le but est l’expression des impressions « . Chacun possède un savoir, une bibliothèque à lui tout seul. Utilisons les réseaux d’échange de savoir, les arbres de connaissances de Michel Authier et de Pierre Lévy. Dynamisons et enrichissons la BU, le patrimoine de l’Humanité.

 

Assez des bibliothèques où les livres sont délaissés, mourants, sans qu’ils ne reçoivent plus aucune note de lecture, aucun commentaire. Cessons nos lectures égoïstes, et notre comportement du genre : je choisis mes livres, je passe à la banque de prêt, merci, au revoir ! STOP ! A quoi servent alors ceux qui travaillent dans les bibliothèques ? Autant mettre de suite des machines, elles seraient plus performantes car les bibliothèques seraient ouvertes plus longtemps. Assez de ces notices bibliographiques et techniques, précises et donc peu utiles car elles ne comportent aucun résumé, aucun commentaire. « Cataloguons, mais surtout ne lisons pas ! » semble être l’actuelle doctrine. Alors pourquoi ne pas inclure des résumés et des commentaires (y compris de lecteurs ? ) comme cela se fait dans les CDI ? Au bibliothécaire d’être le médiateur entre les supports culturels et les lecteurs. Au documentaliste d’être le principal médiateur entre les informations et les connaissances. Vive les débats, les lectures publiques, les conférences thématiques au sein de la médiathèque, du CDI, voire en dehors. J’use de ce pléonasme : Vive la bibliothèque vivante ! Utilisons internet pour des forums de discussions entre lecteurs. Les NTIC permettent une communication élargie, utilisons les. L’enthousiasme et le dynamisme sont requis. Evidemment, cela nécessite des moyens matériels, des lieux confortables, de l’espace. Mais surtout c’est de fonctionnaires compétents au niveau intellectuel et relationnel dont la bibliothèque a besoin. Cessons alors d’éloigner les cadres A du public pour les mettre à des tâches de gestion. De quoi a-t-on peur ? Que l’intelligence et la culture se transmettent ? La démocratie politique est difficile à mettre en place. La démocratie culturelle est encore plus dure, cependant la réussite de la première dépend du succès de la seconde. Après la phase numéro un de  » constitution du patrimoine « , la phase deux de  » mise à disposition du public « , il est temps de mettre en place la phase trois de  » dynamisation et d’explication ».

Le projet sefira

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Idée qui commence à dater. Je n’ai pas réussi à trouver la force de vraiment la faire appliquer. J’avais un temps pensé à une liste de diffusion mais je n’ai pas poursuivi. Il est temps de refaire vivre cette idée.

Le projet SEFIRA propose une nouvelle vision de la recherche documentaire. Ce projet est en droite ligne de la réflexion issue du « guide des égarés » Plus aucun document ne doit être isolé, pour cela il faut le lier à d’autres documents afin de créer une chaîne d’informations en perpétuel mouvement. Initialement j’avais choisi la métaphore de la boussole avec des axes nord-sud est-ouest. Le projet peut donc se résumer avec le schéma proposé.(cliquez sur l’image si elle ne s’affiche pas) Voilà, tout document quel qu’il soit doit renvoyer à au moins quatre autres, dont au moins un roman, un documentaire, un support multimédia, le quatrième est laissé libre. Cela peut-être à nouveau un document, un roman, ou un support multimédia, mais cela peut-être aussi un lieu, un monument, une peinture voire une personne La bibliothèque hors de ses murs trouve alors sa concrétisation en liant non seulement les supports mais également les humais et les lieux. SEFIRA s’inclut ainsi dans une Association de Documents et de Nèmes, l’ADN de la réflexion et de la connaissance humaine. Pourquoi donner le nom de SEFIRA à ce projet. D’abord par esthétisme, ensuite par ce que cela recouvre une signification intéressante. Il s’agit en effet d’un terme de la Kabale. Voilà, ce n’est que pas le projet soit une émanation religieuse au sens où on l’entend habituellement, mais un projet religieux au sens étymologique, c’est à dire un projet qui relie les Humains et les livres et autres supports de connaissance. Le projet est simple à appliquer. Un logiciel informatique serait encore mieux. Mais pour l’instant ce projet n’est qu’au stade de la réflexion. J’attends donc vos contributions dans cette entreprise collective