Les mystères du labyrinthe

J’affectionne beaucoup le labyrinthe. Voilà sans doute une des raisons de l’origine de cet article.

 

Si d’emblée, j’ai comparé le cyberespace à un labyrinthe, c’est que j’ai mis en avant l’aspect inquiétant de celui-ci par rapport à l’Homme. L’Homme en est certes le créateur, mais sa création le surpasse par son immensité. Le cyberespace, terme forgé par William Gibson dans ’Neuromancien’, est un univers en expansion. Il est par conséquent impossible d’y établir une géographie précise. Paul Virilio parlait ainsi, non pas de la fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama, mais de la fin de la géographie. En effet, la déterritorialisation qu’internet implique permet la réduction des distances et l’établissement de relations privilégiées avec des individus dont on aurait ignoré l’existence auparavant. Virilio craint que l’on finisse par préférer à son entourage proche et ’palpable’ ses amis internautes. Encore une fois, c’est à nous d’y faire attention. Mais je crois que le plus grand danger est celui de se perdre dans un ’zapping’ interminable où l’internaute ne lirait plus l’information, où ne serait plus apte à la comprendre. Notre ’civilisation’ serait tentée par une diffusion grandissante d’images au détriment du texte. Bref, les milliers de textes de savoir accessibles matériellement au plus grand nombre ne seraient plus accessibles intellectuellement qu’à un petit nombre d’initiés. Des sites ’intellectuels’ seraient abandonnées, tels des cimetières du savoir. C’est une crainte, si l’effort de lecture devait se trouver de plus en plus concurrencée par les jeux et autres bêtises cathodiques. A moins qu’on ne parvienne à mettre en place une langue mondiale intelligente faite de signes, d’idéogrammes que chacun pourrait comprendre. Mais il n’en reste pas moins que c’est l’éducation qui peut seule donner les clefs de la connaissance. Le cyberespace sera-t-il également un lieu éducatif ? Sans l’éducation, on repartirait vers des époques anciennes où les iconodules prédominaient (mais n’est-ce pas toujours le cas à présent ?), et avec eux les superstitions et autres atrocités qui les accompagnent. Le cyberespace est dangereux car il est riche en possibilités. Les techniques actuelles sont immenses : à nous de choisir entre une dictature à la Big Brother et une réelle démocratie à l’échelon mondial.

 

Le labyrinthe est une figure que j’affectionne particulièrement. On connaît bien sûr la légende du minotaure, mais le labyrinthe se retrouve un peu partout, dans les mandalas tibétains, mais (et donc) aussi, et surtout dans nos vies. Le livre de Jacques Attali « Chemins de sagesse » est riche en ce qui concerne cette figure. Ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est le dédale du savoir, cette bibliothèque de Babel que décrivait Borgès. Certains considèrent que le dédale possède une sortie, et que le labyrinthe n’en a pas. Qu’en est-il de la connaissance ? Il s’agit selon moi d’un ’ dédale labyrinthique ’, c’est à dire qu’il existe des portes de sortie qui débouchent sur d’autres univers, d’autres savoirs, d’autres dédales jusqu’à l’infini. Une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus en sortir. Certains sont de piètres voyageurs, d’autres découvrent des merveilles au gré de leurs pérégrinations. Chacun y entre par différents endroits. Bref, le labyrinthe, c’est la vie ! Seulement voilà ! Il y a des écueils. On se perd facilement. Il faut donc prendre gare aux ’ minotaures ’ qui pourraient nous dévorer ’intellectuellement et qui ferment notre esprit. Devant l’immensité de la connaissance, certains préfèrent se laisser enchaînés. Je le répète : ’ les livres délivrent, le livre lie’ Alors, comment faire pour ne pas se perdre, et surtout ne pas perdre son temps ? Le temps nous est compté. On ne s’attardera pas trop, du moins dans l’immédiat, sur les conceptions du temps, qu’elles soient cycliques, linéaires, assimilant le temps à un point·ou à un labyrinthe ! Pour ne pas perdre son temps, il faut prendre son temps ! C’est à dire qu’il faut être curieux, tout en étant calme et serein. Il y a des temps incompressibles pour apprendre : lire, écrire, compter, cela ne s’acquiert pas par enchantement. Il faut essayer de comprendre pour apprendre. Voilà ! Et à quoi, cela sert-il ? A vivre, ou à mourir, ou bien les deux. A rien, à tout. Peut-être tout simplement pour goûter un peu au bonheur. C’est toute la magie du labyrinthe.

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