Chronique n°2. « Ce qu’on apprend ajourd’hui sera inutile en 2050 ». ?

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La version audio à podcaster.

 

« Ce qu’on apprend ajourd’hui sera inutile en 2050 ». La formule a été reprise à partir des propos de Yuval Harari.

Et bien je pense que c’est l’inverse. Il est probable alors qu’on s’interroge sur les programmes et les savoirs du lycée, qu’un lycéen du siècle dernier et peut-être même du siècle encore d’avant, était mieux armé que ceux actuellement.

Le lettré du digital, ainsi l’appellerons-nous, ne vit pas dans un monde totalement en rupture avec les anciennes pratiques.

Nous ne vivons pas non plus dans une révolution permanente faite de tabula rasa, et qu’il faudrait tout réapprendre et tout recommencer.

Ce n’est donc pas à mon avis que ce qu’on apprend aujourd’hui sera inutile en 2050, mais plutôt ce qu’on apprend actuellement est insuffisant et pas du tout au niveau. Pire que cela, ce n’est pas cohérent et cela témoigne d’une absence de vision à long terme.

Photo Alejandro Camilla. unsplash.

Je serai même tenté de dire que vouloir se mettre sans cesse au goût du jour a conduit à un saupoudrage avec le développement d’éducation à, certes nécessaire, mais trop souvent marginalisée, car il faudrait mieux intégrer leurs contenus.

Pire encore, les effets de modernité et d’égalitarisme conduisent à supprimer ou à négliger certains contenus du fait de programmes élargis, mais aussi parce que ses contenus nécessitent des formes attentionnelles longues et des répétitions.

On a trop laissé à l’industrie des jeux vidéo le droit de nous faire refaire pendant des heures des actions similaires dans des environnements sympathiques au point que les exercices, les dictées, les résumés de texte deviennent des instruments peu prisés désormais… notamment parce qu’ils révèlent les difficultés et qu’ils opèrent aussi des logiques de hiérarchie entre élèves. Il est vrai une nouvelle fois qu’il est préférable d’annoncer son niveau dans un jeu vidéo plutôt que de dire son classement dans une matière.

 

Le paradoxe vient du fait que le temps scolaire est trop court. J’entends par temps scolaire, à la fois le temps institutionnel, mais aussi tout le temps nécessaire à la formation de l’esprit, mais aussi des corps, ce qui implique donc tout autant des compétences intellectuelles que techniques, que des compétences physiques que spirituelles.

Le temps passé devant des activités ludiques devant les écrans, ou tout au moins le temps d’attention sur ces dispositifs finit par dépasser sur une année le temps scolaire, et parfois de façon très nette.

Cela ne signifie pas qu’on n’apprend pas devant les écrans. Cela signifie que le pouvoir des industries des loisirs est écrasant sur ces dispositifs et qu’on peine à trouver les moyens d’en faire des instruments de formation. Trop souvent, on ne parvient guère à dépasser le cadre de la formation aux usages, alors qu’il faudrait former à une meilleure intégration culturelle.

Cela implique donc de travailler les passerelles entre les disciplines, mais aussi entre les exercices.

L’enjeu est de développer de nouvelles formes de production à évaluer. Cela peut être la réalisation de vidéos par exemple. Mais sur ce point, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de savoir filmer et de savoir monter, mais aussi de produire un scénario, de faire œuvre d’imagination, mais aussi de démontrer une capacité à structurer l’information.

Or, cela ne peut se faire qu’à condition de s’exercer, de recommencer, d’améliorer, etc.

Igor ovsyannykov. Unsplash.

Je note que la plupart de mes étudiants ne savent pas faire de résumés et encore moins de dissertation avec des plans qui tiennent la route. Je ne parle même pas des commentaires de textes. Or pourtant, beaucoup ont obtenu des mentions au baccalauréat.

Autre point, ces aptitudes supposent de s’exercer, mais d’avoir les moyens de pouvoir comparer, c’est-à-dire d’avoir à disposition des références qui ne soient pas uniquement disponibles en ligne… c’est-à-dire d’avoir une culture, ce qui suppose d’avoir un langage qui permette d’exprimer des nuances et donc d’utiliser des synonymes, mais aussi d’avoir un minimum de références en littérature, cinéma, arts pour pouvoir mieux utiliser des exemples pour asseoir des raisonnements.

L’enjeu n’est donc pas uniquement celui de savoir coder. Il sera clairement nécessaire de développer un programme de formation au code pour mieux comprendre les logiques algorithmiques de base, mais aussi pour savoir mieux utiliser des outils statistiques.

Mais il faut conférer surtout les moyens de savoir décoder… tout autant les textes, les images, les vidéos, les sets de données et tout autre visualisation et tableau statistique.

L’art de la critique, de la mise à distance, suppose surtout des rapprochements, notamment entre littératie et numéracie. Il y a de la joie à lier, disait Giordano Bruno, et c’est bien l’enjeu, lier sans emmêler, lier sans être poings et mains liées. En ce sens, écrire les programmes sous l’influence des industries et thématiques dominantes du moment en matière de digital serait une grave erreur. Pire encore, serait de placer la donnée comme centrale en matière de formation au numérique, car justement l’enjeu n’est pas de placer la donnée comme centrale au niveau du système scolaire, ce qui serait un renversement inquiétant par rapport à  la loi Jospin de 1989.

L’avenir de l’éducation s’inscrit donc dans un rapport entre tradition scolaire et anticipation, entre les travaux des prédécesseurs et ceux à venir. L’avenir de l’éducation est assurément steampunk plutôt que transhumaniste.

 

Pour finir sur une note poétique, on pourrait dire que l’enjeu est de former des citoyens qui s’inscrivent dans une lignée qui mêle poésie et code, métries et métriques en se souvenant que le premier code informatique a été écrit Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron.

 

Source :

Les images sont issues du site unsplash.com .

Image mise en avant : Kevin Ku

Sur le lettré du digital, voir notamment cet article écrit avec Franck Cormerais.

Voir aussi cet article collectif.

Quelques idées sont  développées dans la formation aux cultures numériques.

La fabrique du faux, l’invention de Belbo Corrigane

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J’ai réalisé il y a quelques semaines un document à destination de mes étudiants pour le cours d’analyse documentaire, cours pendant lequel il s’agit surtout de produire des résumés indicatifs et informatifs. L’essentiel d’ailleurs reposant un gros travail d’exercices sur des textes pour produire des résumés informatifs. Mes étudiants ont une moyenne d’âge de 18-19 ans puisqu’il s’agit de première année de DUT avec quelques années spéciales en DUT Infonum. J’avais noté que les étudiants n’avaient pas pris le réflexe d’aller voir les concepts inconnus, mais aussi les identités des personnes citées dans les articles qui figurent dans le corpus de documents de travail. J’avais incité dès lors à ce qu’ils prennent le réflexe de devenir des professionnels de l’information en allant vérifier systématiquement les éléments qu’ils ne connaissaient pas. Jusque-là finalement, rien de nouveau à cette vieille habitude scolaire qui s’exerçait davantage dans la consultation du dictionnaire il y a 25 ans. L’analyse documentaire n’est en rien un art révolutionnaire, mais c’est une pratique extensive qui doit s’exercer finalement avec des documents issus du web. J’avais prévenu mes étudiants que ce manque de réflexe quant à la vérification des faits était gênant et que j’aurais pu produire des textes faux dans le corpus. J’avais ajouté que j’allais sans doute un jour les piéger.
Et j’ai tenu parole… plusieurs semaines après en leur confiant à la fin d’un cours, un document de travail pour qu’il puisse à nouveau s’exercer. Or ce document est totalement faux. J’ai pris soin de mettre en ligne sur Medium ce document afin d’obliger quelque peu les étudiants à aller voir plus loin. Mais au bout de quelques jours, aucun d’entre eux n’avait relevé la supercherie. Pire, une étudiante m’avait rendu le travail de résumé sur ce document complètement faux. Je pris alors la décision d’alerter via le hashtag #infonum que je leur avais fait une petite blague et qu’il serait temps de mener l’enquête. Je rencontre de nouveaux usages et comportements avec mes nouveaux étudiants cette année, des dispositifs qui fonctionnaient jusque-là, comme la correction collective des travaux avec un pad collaboratif projeté a bien du mal à fonctionner sans doute par manque de projection collective. J’ai été contraint pour maintenir l’attention et la motivation, de donner des points bonus lors de bonnes réponses à des questions. Ce genre de situation les stimule. De là, à ce que je sois contraint d’installer des buzzers…
Du coup, c’est en relançant l’intérêt sur twitter que les étudiants se sont mis à chercher et se sont penchés sur le texte pour découvrir enfin la supercherie.

Il est vrai que le texte présente en apparence toutes les logiques d’une démonstration et semble fondé sur une véracité liée à des observations, des rencontres et des entretiens par un auteur qui semble être spécialiste.
Cela ressemble à du vrai… et il faut bien aussi prendre en considération qu’on imagine mal un professeur confier un faux document. J’avais pris soin de ne pas entrer dans les logiques de pourrissement qui consistent à venir polluer un travail collectif et collaboratif comme sur Wikipédia. L’objectif est clairement pédagogique, et j’ai donc décidé de conserver l’article en ligne, mais avec une mention explicative, notamment pour quiconque voudrait reproduire l’expérience en s’inspirant de ce texte. La pratique du faux s’inscrivait aussi en prolongation du cours de culture de l’information donnée par un de mes collègues qui leur avait montré d’ailleurs des cas exemplaires.
Pourtant, j’avais laissé des éléments assez grossiers, mais qui culturellement n’était pas si aisés à identifier notamment pour des questions générationnelles.
J’en donne les clefs ici.
Premièrement, l’auteur Belbo Corrigane que je présente comme « Ancien ingénieur en systèmes d’information, désormais consultant et observateur des évolutions digitales. Actuellement en investigation dans la Silicon Valley. » est une invention dans le genre, « plus c’est gros, plus ça passe » avec des éléments bibliographiques dans le style des plus grands mythomanes de Linkedin. Et pourtant, tout indique que Belbo est tout petit… Il y a bien sûr l’homophonie Belbo, Bilbo, référence à Tolkien bien connue de tous. Les Bretons connaissent les korrigans et les korriganes, ces petits êtres malicieux qui peuvent vous faire perdre le temps et bien plus encore durant des danses infinies. Le patronyme Corrigane renforçait drôlement le prénom. Mais si j’ai choisi Belbo plutôt que Bilbo… c’est par référence à Umberto Eco et le Pendule de Foucault, donc un des personnages principaux est Jacopo… Belbo, un éditeur qui participe à la fabrique du faux complot. Le lecteur intéressé pourra aller voir du coup du côté de Casaubon qui a inspiré le nom du personnage principal du même livre. Rien que le nom de l’auteur pouvait placer le lecteur avisé sur la piste d’une aventure, encore fallait-il en avoir envie. Bref, n’est pas Gandalf qui veut, je dois bien le constater.
Pour le concept de captabilité, j’ai inventé un concept qui finalement peut paraître vraisemblable et qui n’est pas totalement idiot à la lecture. Moche probablement, mais on pouvait s’y méprendre, surtout quand on l’accole avec de la disruption à la mode.
J’ai ajouté des images sur le document en ligne. Elles ne figurent pas sur le document papier que j’ai confié à mes étudiants. Elles sont aussi des moyens de constater en utilisant un moteur d’images comme Tineye ou Google qu’il y a comme un problème… (j’avais évoqué ces outils comme moyen d’évaluer l’information il y a quelques années.
Admettons qu’on pouvait encore y croire jusque-là…J’évoque une société dont le nom est Morlay & Toons… Un nom étrange pour le moins, tout droit sorti d’un monde fictionnel comme l’indique les Toons… et dont l’homophonie avec Eugène Tooms, ce serial killer de X-Files résonne formidablement bien avec Morlay… ou plutôt Morley la marque que fume le « smoker » de la même série.
Pour clore le tout dans cette affaire, les noms des chercheurs et créateurs d’entreprise impliqués finissaient par révéler la supercherie : le professeur Motoei Shinzawa de l’Université de Santa Barbara, Patrick Persavon et Luis Perenna.
C’est le nom du professeur qui a mis la puce à l’oreille aux étudiants… qui ont découvert qu’il existait un mangaka du même nom… celui qui a créé « le collège fou fou fou », ce qui ne pouvait que confirmer qu’on était vraiment dans un article de fiction. Pour contribuer à la triade bidonnée figurait Patrick Persavon qu’on pourrait imaginer comme fils du fameux Paul Persavon… auteur des paroles de nombreux génériques de dessins animés comme Cobra par exemple et qui dissimule en fait … Antoine De Caunes.
Enfin, les amateurs de héros de la littérature française connaissent Luis Perenna ou plutôt Don Luis Perenna… qui est l’anagramme d’Arsène Lupin dans le roman Les dents du tigre !
Au final, l’objectif était de donner une forme de leçon au travers d’un document. Une nouvelle fois, l’évaluation de l’information passe pour beaucoup par l’étude des documents, une condition qui devrait replacer le résumé de documents à un niveau plus important dans la hiérarchique des exercices, plutôt que de vouloir en passer encore et toujours par la dictée.

Fadben 2015 : la pêche !

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Comme à chaque fois, c’est un plaisir de venir au congrès Fadben, même si les temporalités et ses exigences m’obligent à ne pas demeurer jusqu’au dernier jour. J’ai pu constater que le congrès s’est terminé de manière formidable avec une synthèse d’une très grande qualité d’Anne Cordier, qui publie d’ailleurs un ouvrage fort intéressant tant au niveau de la thématique que de la méthode.

La journée de samedi a été particulièrement riche avec de la qualité, du contenu et de la convivialité. L’ambiance était donc au beau fixe, et cela fait toujours du bien, car on vient aussi pour retrouver ses copains (notamment ceux du Gr-cdi) d’où l’ambiance conviviale qui y règne.  Merci à tous les organisateurs, à la nouvelle génération, à l’ancien aussi,  à tous les intervenants ainsi qu’à tous les participants qui ont permis le succès de cette édition.

L’absence de Séraphin Alava m’avait obligé à changer la perspective initiale au point de  devoir faire finalement une conférence.

J’avais choisi un angle original pour ma communication afin d’apporter paradoxalement un éclairage nouveau sur les enjeux  de formation tout en les inscrivant dans une perspective longue pour mieux pouvoir porter les fondements de la formation sur du long terme.

Je me suis donc appuyé sur deux concepts qui s’inscrivent dans la tradition documentaire

La documentalité, concept qui vous vient de Maurizio Ferraris et qui apporte un souffle nouveau sur l’importance clef du document. Je vous laisse en guise d’apéritif cette phrase :

« Depuis que quelqu’un a laissé l’empreinte de sa main sur les parois d’une grotte, notre être ensemble en tant qu’êtres humains ne peut laisser de côté les inscriptions. Voilà pourquoi la conjugaison virtuelle de « I Pad » et de « You Tube » se complète avec la première personne du pluriel « We.doc » : nous sommes essentiellement ce que nos documents affirment de nous, et c’est pour cette raison que l’extension « .doc » a envahi notre vie avec autant de force. C’est précisément sur cette extension qu’il convient de se concentrer désormais. » (pour le reste, vous pouvez déjà lire Âme et Ipad)

L’hyperdocumentation, concept ancien et donc moderne, car il est de Paul Otlet. Le concept qui montre que la documentation n’est pas ringarde, contrairement à ce que le plus gros d’un ringard a pu me dire une fois. Pour en savoir plus, vous n’avez qu’à vous emparer du traité de documentation de Paul Otlet !

Je reviendrai beaucoup plus en détail sur les deux concepts dans les prochains mois, pas nécessairement sur le blog d’ailleurs.

Au côté de ces deux concepts, j’en ai également mentionné un troisième : l’archéologie des médias. A ce propos, je vais préparer pour Intercdi un article sur le sujet avec une projection pédagogique potentielle. J’en ai commencé l’écriture hier dans le train.

J’ai également remis au premier plan la question de la maîtrise, mais en la réinterrogeant. En effet, la question de la maîtrise de l’information apparaît désormais désuète tant elle s’inscrivait dans une logique qui était celle d’une information organisée dans des bases de données. Il faut abandonner l’idée de tout maîtriser pour s’orienter vers une maîtrise plus modeste dans un sens où l’erreur est toujours possible mais également beaucoup plus ambitieuse tant les enseignements à connaître ne cessent de croître.

L’objectif étant notamment pour les professeurs-documentalistes de s’assumer comme maîtres face aux mètres et autres métries qui prennent la mesure de nos existences.

Vous retrouverez plus de détails dans les actes du congrès ainsi que dans le support utilisé. J’ai fait quelques petits clins d’œil à Vatefairecoter qui  sait toujours mettre l’ambiance à sa façon.

 

 

[slideshare id=53798077&doc=versdenouveauxmatresdelhyperdocumentation-151011170556-lva1-app6891]

QCM de culture numérique et de culture web.

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Je mets à disposition ce petit qcm… à destination initialement de mes étudiants d’Information numérique dans les organisations. Ceux de l’année dernière s’en souviennent encore… ce fut un drame, une hécatombe. Mais je ne suis pas certain que vous serez meilleurs !

En attendant une version augmentée, voici de quoi vous tester en cliquant sur le lien ci-dessous :

culturenumérique

Le qcm est bien sûr librement réutilisable !

Mais qui osera se vanter de son score ?

La documentation dans le numérique est parue !

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Suite de l’actualité chargée avec la parution d’un nouvel ouvrage : la documentation dans le numérique chez les Presses de l’Enssib. A quelques mois près, j’aurais été bien capable de mettre digital à la place de numérique, mais ce sera une affaire à suivre prochainement. Je remercie toute l’équipe de l’Enssib pour cette publication notamment Thierry Ermakoff et toutes celles et ceux qui ont participé à la relecture, aux corrections et à la mise en page de l’ouvrage.

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L’introduction est en ligne. Pas mal d’aspects théoriques et pratiques  qui se mêlent.  Des thématiques qui me tiennent également à cœur.

L’ouvrage est de couleur  verte, couleur de l’espoir par excellence. Il n’y a pas que du texte, il y a également quelques schémas et illustrations dont beaucoup sont sous licence CC… ce qui signifie que vous pouvez les réutiliser comme bon vous semble. J’ai retenu ici la leçon de mon précédent ouvrage du Tag au like où plusieurs lecteurs me l’avaient demandé.

Je signale que je présenterai l’ouvrage au mois de mai à l’Enssib, le mercredi 12 . Au menu également séance de dédicaces et bisous, enfin tout ce que vous voudrez ou presque ! Les professeurs-documentalistes et aspirants professeurs-documentalistes sont donc particulièrement bienvenus.

 

 

Voici le sommaire détaillé du contenu de l’ouvrage :

Chapitre I.
La documentation :

un héritage à développer

  • L’héritage théorique et idéologique : une culture de l’accès et un processus de rationalisation
  • Les trois dimensions du mot document
  • La documentation et la naissance d’une culture de l’information
  • L’héritage technique : la documentation dans l’histoire des outils de traitement de l’information
  • Une documentation encore d’actualité
  • La relation à l’informatique et au numérique
  • Y a-t-il une menace numérique pour la documentation ?
  • Une culture numérique à adopter
  • L’exemple des métadonnées et de leur évolution comme symbole de l’évolution actuelle au sein du numérique
  • Quelles collections à l’heure du numérique ?

Chapitre II.
Les permanences documentaires   

  • La permanence du texte
  • L’hypertexte et ses liens avec la documentation
  • Le maintien de compétences documentaires classiques
  • Traitement de l’information, veille et curation
  • La curation : des techniques et méthodes clairement documentaires
  • Le portail type Netvibes : un outil documentaire à faire évoluer
  • Traitement de l’image, de la vidéo : des besoins documentaires

Chapitre III.
L’information comme nouveau paradigme ?   

  • Des problèmes définitionnels
  • Le cas de la société de l’information
  • L’information sous les deux faisceaux des Lumières
  • L’influence de la théorie de l’information de Shannon et Weaver

Chapitre IV.
Appréhender le web   

  • Retour sur le web 2.0
  • Les usagers au service des usagers ?
  • Des modèles basés sur la popularité
  • Le cas des folksonomies
  • Le cas de la bibliothèque 2.0
  • Outils ou modélisations ?

Chapitre V.
Des espaces numériques en évolution constante   

  • Web documentaire et le document face au numérique
  • Légendes et commentaires : vers quels savoirs ?
  • Qu’est-ce qu’une bibliothèque numérique, au juste ?
  • Quelles logiques classificatoires et quelle sémantique des données ?
  • Web sémantique et web de données : quel rôle pour la documentation ?
  • Les ontologies

Chapitre VI.
Faciliter l’accès à l’information et à la connaissance   

  • Quels services et quelles missions ?
  • La question de l’accès à l’information. Un accès intellectuel autant que physique
  • La question de la médiation
  • et de la médiation numérique
  • Médiation, désintermédiarisation et milieux associés

Chapitre VII.
Usages et Usagers   

  • Le mythe de l’autonomie
  • Que sont les usages ?
  • Quand usage ne signifie pas culture
  • Une grande diversité d’usagers
  • L’usager acteur ou l’idéal du web 2.0
  • Le non-usager
  • Le cas des jeunes générations et des publics adolescents

Chapitre VIII    .
Formation et culture de l’information   

  • Six enjeux dans un contexte
  • de convergence
  • Un changement de paradigme
  • La piste de la translittératie
  • Évaluer l’information

Chapitre IX
Un contexte technique et des dispositifs à appréhender   

  • Un contexte technique et des dispositifs à appréhender
  • Architecture de l’information, des données et de la connaissance
  • La question du cloud computing et les enjeux économiques
  • Se situer dans le Vu, lu, Su ?
  • Numérique et numérisation

Conclusion. Une évolution à penser et à construire   

 

Du coup, mon nouveau né a rejoint la petite famille de mes précédentes publications.

ma bande des quatre au complet

Le bibliothécaire de soi

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Je travaille souvent sur cet article excellent de Marie Martel, notre bibliomancienne internationale. J’aime beaucoup ce passage, bien écrit et riche en potentialités.  Je crois qu’il s’agit d’un beau passage que j’ai lu sur la profession depuis longtemps.  Je crois qu’il mérite une petite mise en exergue :

Collecter, organiser, indexer, stocker, sauvegarder représentent un labeur prodigieux: comment le faire pour nos données, archives, photos, textes, statuts, nos récits, notre livre à soi? •Il se pourrait que, dépourvus de cette science de la mémoire, nous nous trouvions quelque peu égarés et pourrions bien avoir besoin de ce bibliothécaire de soi pour réussir (le document de) notre vie. Et alors, comme nous aurons participé à la production des contenus, nous devrions participer à ce processus de gestion et d’archivage de nos productions tout en prenant la décision d’entrer vivants dans les collections de notre bibliothèque publique ou du centre d’archives. Et, avant de mourir, nous prendrons bientôt des dispositions, comme avec nos organes, afin de donner aux institutions scientifiques ou publiques l’autorisation d’utiliser nos données.
•Les bibliothécaires et les archivistes pourraient être promis à un grand avenir en tant que complices de notre vie en documents, comme formateurs pour nous guider à travers les projets publics ou ceux de l’Open Data pour le bien de nos données, comme artisans d’un contexte et d’un sens pour nous et ceux qui nous succéderont, comme gardiens de la mémoire de notre projet numérique inscrit dans une trame que nous arriverons à visualiser au sein d’un avenir planifié peut-être, avec une clarté et une distinction nouvelles. 

Marie Martel. L’hyperdocumentation et la mémoire qui fabrique le futur. Argus, N°40,2011

Le document paru dans Argus est aussi accessible sur cette question du bibliothécaire de soi ici.

Je crois que ça méritait à nouveau l’ouverture à réflexion à l’heure où le droit à l’oubli pousse les institutions à imaginer des destructions d’archives, ce qui mobilise notamment nos collègues archivistes.

Cette position du bibliothécaire de soi me semble intéressante en ce qui concerne toutes les facettes de l’existence dont les éléments sont de plus en plus numérisés.

Affaire à suivre avec d’autres billets autour du sujet et des publications pas trop éloignés.

De la documentation à l’impulsion : du tag au like

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Le lecteur trouvera ici quelques lignes qui figurent dans l’ouvrage du Tag au Like... Cette histoire s’inscrit dans une diminution de la part documentaire autant au niveau pratique qu’intellectuelle. Cette diminution est malheureusement constatable sous de nombreux aspects. Si certains se montrent incapables d’envisager un avenir à la documentation si ce n’est en procédant à une dilution progressive et en refusant la montée en puissance de la nécessité éducative, ils sont pour partie responsables de la dégradation documentaire que cela va engendrer dans les années futures en se contentant d’une formation à la marge.

Les boutons de type like marquent un changement important dans l’écosystème du web, avec l’affaissement de la dimension de l’indexation des folksonomies au profit d’une impulsion. Ce court-circuit limite pour l’internaute l’usage du raisonnement pour catégoriser efficacement et peut provoquer la fin des « milieux associés » comme les signets sociaux et les systèmes de biens communs. Cette transformation  profite aux industries qui tirent des bénéfices de cette dégradation. Quelques grands acteurs du web capteraient dès lors un grand nombre de médiations et de recommandations à leur seul profit. Le risque est celui d’une prise de contrôle qui repose sur des stratégies de captation de l’attention, afin d’éviter tout exercice de réflexion et d’évaluation raisonnée des documents et sources d’information.

 

1- L’impulsion du Like

Le like – et parfois le retweet sur Twitter –, correspond souvent une réaction immédiate, voire pulsionnelle. Le commentaire et l’annotation ne sont plus nécessaires, ils peuvent disparaitre au profit d’une logique binaire : « j’aime ou je n’aime pas ». Ce choix renvoie fortement à des jeux de l’enfance. C’est même ce qui désigne étymologiquement le in-fans (non-exprimé). Dès lors, le système place l’usager dans une enfance technologique qui l’empêche de devenir adulte.

Ce court-circuit ouvre aussi la possibilité d’une nouvelle médiamétrie : les like permettent de réaliser des profils types selon les classes d’âge, le sexe, la nationalité, etc. La somme des actions individuelles décrit des comportements et des avis collectifs. Nos écritures collectives finissent par ne plus nous appartenir, les synthèses sont produites par les machines.

Le like n’appartient pas qu’à Facebook, il prend une diversité de formes. Par exemple, Pinterest offre trois réactions possibles aux usagers à partir d’une photo présente sur la plateforme : le repin (la possibilité de reprendre la photo pour la punaiser sur son propre mur), le like (signale qu’on aime l’image ce qui lui permet de gagner des points dans les classements de popularité),  et la possibilité de commenter l’image, mais ce sont les deux premières fonctionnalités, impulsives, qui connaissent le plus de succès.

Le like est également présent sur Amazon. Cliquer sur le pouce levé permet à Amazon d’emmagasiner des données afin « d’améliorer notre expérience d’achat ». De nouvelles formes de like et de dislike vont probablement voir le jour.

 

2- Le like de Facebook

Facebook rassemble près d’un milliard d’usagers. Le temps de présence des internautes sur ce réseau social est supérieur à n’importe quel autre site web. Le film The social network rappelle que la première version, que met en ligne Zuckerberg en octobre 2003, est une application nommée Facemash où l’on peut voter pour la fille que l’on préfère à partir des trombinoscopes récupérés illégalement sur le site de l’université. Les usagers devaient donc choisir à chaque fois entre deux portraits et désigner celle qu’ils préféraient. La logique pulsionnelle, assez machiste et peu constructive n’a pas disparu puisque certaines applications permettent de faire la même chose à partir des profils Myspace. Plus récemment, l’application Hotstagram (hotstagram.com) permet de faire de même avec les photos d’Instagram.

Le like est donc une logique type facemash appliquée à grande échelle. Il faut en distinguer deux types :

– Le premier  exprime le simple fait d’aimer un statut, un commentaire ou une page d’un groupe de musiques ou d’une grande marque.

– Le second, une extension du premier, permet d’extérioriser le like à l’ensemble du web. Il est possible d’ajouter un bouton like à n’importe quel blog, de même qu’il est possible d’y intégrer un système de commentaires liés au profil Facebook.

 

– Je t’aime moi non plus

L’affichage d’un grand nombre de likes sur son profil participe d’un effet narcissique, sachant que le moindre commentaire peut être « aimé ». Dès lors, les statuts Facebook qui reçoivent beaucoup de likes témoignent de la popularité de leur auteur. Cependant, le like peut vouloir dire tout et son contraire, voire être un principe d’autodérision. Le mimétisme conduit à également apprécier un statut déjà plébiscité par le réseau d’amis.

Les logiques d’impulsion s’accompagnent aussi de stratégies de calcul pour montrer l’intérêt que porte un membre de Facebook à un contact par exemple…

 

La suite est donc ici

D’autres réflexions prochainement également pour faire face à la fin des temps.