Category Archives: Culture de l’information-Information literacy

Articles sur la culture de l’information et l’information literacy même si les deux notions ne sont pas totalement équivalentes

Le bibliothécaire de soi

Je travaille souvent sur cet article excellent de Marie Martel, notre bibliomancienne internationale. J’aime beaucoup ce passage, bien écrit et riche en potentialités.  Je crois qu’il s’agit d’un beau passage que j’ai lu sur la profession depuis longtemps.  Je crois qu’il mérite une petite mise en exergue :

Collecter, organiser, indexer, stocker, sauvegarder représentent un labeur prodigieux: comment le faire pour nos données, archives, photos, textes, statuts, nos récits, notre livre à soi? •Il se pourrait que, dépourvus de cette science de la mémoire, nous nous trouvions quelque peu égarés et pourrions bien avoir besoin de ce bibliothécaire de soi pour réussir (le document de) notre vie. Et alors, comme nous aurons participé à la production des contenus, nous devrions participer à ce processus de gestion et d’archivage de nos productions tout en prenant la décision d’entrer vivants dans les collections de notre bibliothèque publique ou du centre d’archives. Et, avant de mourir, nous prendrons bientôt des dispositions, comme avec nos organes, afin de donner aux institutions scientifiques ou publiques l’autorisation d’utiliser nos données.
•Les bibliothécaires et les archivistes pourraient être promis à un grand avenir en tant que complices de notre vie en documents, comme formateurs pour nous guider à travers les projets publics ou ceux de l’Open Data pour le bien de nos données, comme artisans d’un contexte et d’un sens pour nous et ceux qui nous succéderont, comme gardiens de la mémoire de notre projet numérique inscrit dans une trame que nous arriverons à visualiser au sein d’un avenir planifié peut-être, avec une clarté et une distinction nouvelles. 

Marie Martel. L’hyperdocumentation et la mémoire qui fabrique le futur. Argus, N°40,2011

Le document paru dans Argus est aussi accessible sur cette question du bibliothécaire de soi ici.

Je crois que ça méritait à nouveau l’ouverture à réflexion à l’heure où le droit à l’oubli pousse les institutions à imaginer des destructions d’archives, ce qui mobilise notamment nos collègues archivistes.

Cette position du bibliothécaire de soi me semble intéressante en ce qui concerne toutes les facettes de l’existence dont les éléments sont de plus en plus numérisés.

Affaire à suivre avec d’autres billets autour du sujet et des publications pas trop éloignés.

De la documentation à l’impulsion : du tag au like

Le lecteur trouvera ici quelques lignes qui figurent dans l’ouvrage du Tag au Like... Cette histoire s’inscrit dans une diminution de la part documentaire autant au niveau pratique qu’intellectuelle. Cette diminution est malheureusement constatable sous de nombreux aspects. Si certains se montrent incapables d’envisager un avenir à la documentation si ce n’est en procédant à une dilution progressive et en refusant la montée en puissance de la nécessité éducative, ils sont pour partie responsables de la dégradation documentaire que cela va engendrer dans les années futures en se contentant d’une formation à la marge.

Les boutons de type like marquent un changement important dans l’écosystème du web, avec l’affaissement de la dimension de l’indexation des folksonomies au profit d’une impulsion. Ce court-circuit limite pour l’internaute l’usage du raisonnement pour catégoriser efficacement et peut provoquer la fin des « milieux associés » comme les signets sociaux et les systèmes de biens communs. Cette transformation  profite aux industries qui tirent des bénéfices de cette dégradation. Quelques grands acteurs du web capteraient dès lors un grand nombre de médiations et de recommandations à leur seul profit. Le risque est celui d’une prise de contrôle qui repose sur des stratégies de captation de l’attention, afin d’éviter tout exercice de réflexion et d’évaluation raisonnée des documents et sources d’information.

 

1- L’impulsion du Like

Le like – et parfois le retweet sur Twitter –, correspond souvent une réaction immédiate, voire pulsionnelle. Le commentaire et l’annotation ne sont plus nécessaires, ils peuvent disparaitre au profit d’une logique binaire : « j’aime ou je n’aime pas ». Ce choix renvoie fortement à des jeux de l’enfance. C’est même ce qui désigne étymologiquement le in-fans (non-exprimé). Dès lors, le système place l’usager dans une enfance technologique qui l’empêche de devenir adulte.

Ce court-circuit ouvre aussi la possibilité d’une nouvelle médiamétrie : les like permettent de réaliser des profils types selon les classes d’âge, le sexe, la nationalité, etc. La somme des actions individuelles décrit des comportements et des avis collectifs. Nos écritures collectives finissent par ne plus nous appartenir, les synthèses sont produites par les machines.

Le like n’appartient pas qu’à Facebook, il prend une diversité de formes. Par exemple, Pinterest offre trois réactions possibles aux usagers à partir d’une photo présente sur la plateforme : le repin (la possibilité de reprendre la photo pour la punaiser sur son propre mur), le like (signale qu’on aime l’image ce qui lui permet de gagner des points dans les classements de popularité),  et la possibilité de commenter l’image, mais ce sont les deux premières fonctionnalités, impulsives, qui connaissent le plus de succès.

Le like est également présent sur Amazon. Cliquer sur le pouce levé permet à Amazon d’emmagasiner des données afin « d’améliorer notre expérience d’achat ». De nouvelles formes de like et de dislike vont probablement voir le jour.

 

2- Le like de Facebook

Facebook rassemble près d’un milliard d’usagers. Le temps de présence des internautes sur ce réseau social est supérieur à n’importe quel autre site web. Le film The social network rappelle que la première version, que met en ligne Zuckerberg en octobre 2003, est une application nommée Facemash où l’on peut voter pour la fille que l’on préfère à partir des trombinoscopes récupérés illégalement sur le site de l’université. Les usagers devaient donc choisir à chaque fois entre deux portraits et désigner celle qu’ils préféraient. La logique pulsionnelle, assez machiste et peu constructive n’a pas disparu puisque certaines applications permettent de faire la même chose à partir des profils Myspace. Plus récemment, l’application Hotstagram (hotstagram.com) permet de faire de même avec les photos d’Instagram.

Le like est donc une logique type facemash appliquée à grande échelle. Il faut en distinguer deux types :

- Le premier  exprime le simple fait d’aimer un statut, un commentaire ou une page d’un groupe de musiques ou d’une grande marque.

- Le second, une extension du premier, permet d’extérioriser le like à l’ensemble du web. Il est possible d’ajouter un bouton like à n’importe quel blog, de même qu’il est possible d’y intégrer un système de commentaires liés au profil Facebook.

 

- Je t’aime moi non plus

L’affichage d’un grand nombre de likes sur son profil participe d’un effet narcissique, sachant que le moindre commentaire peut être « aimé ». Dès lors, les statuts Facebook qui reçoivent beaucoup de likes témoignent de la popularité de leur auteur. Cependant, le like peut vouloir dire tout et son contraire, voire être un principe d’autodérision. Le mimétisme conduit à également apprécier un statut déjà plébiscité par le réseau d’amis.

Les logiques d’impulsion s’accompagnent aussi de stratégies de calcul pour montrer l’intérêt que porte un membre de Facebook à un contact par exemple…

 

La suite est donc ici

D’autres réflexions prochainement également pour faire face à la fin des temps.

L’homme documenté

En attendant la sortie de mon prochain ouvrage « Du tag au like », je vous propose d’évoquer ici certaines thématiques de l’ouvrage. Il est déjà annoncé un peu partout dont chez Decitre.
Un chapitre bonus sera gratuitement disponible en ligne pour l’occasion. Voici donc une des réflexions sur l’homme documenté.

L’expression d’ « homme documenté » fait évidemment écho à celle d’ « homme augmenté ». Un homme augmenté qui fait débat entre les possibilités transhumaines qui cherchent à faire de l’homme un être amélioré : un nouvel homme, et celles qui visent davantage à faire de l’homme un être en paix avec la technique. Initialement, les théories de l’augmentation étaient surtout destinées à accroitre les capacités de traitement de l’information de l’individu selon les travaux de l’ingénieur et pionnier de l’informatique Douglas Engelbart[1].

Le double numérique prend ici justement un sens double et opposé au travers de la métaphore de l’homme documenté. L’action de taguer produit un homme documenté à la fois parce qu’il se constitue des ressources catégorisées par lui-même mais aussi parce que l’action de taguer et ses formes dérivés comme les likes finissent par constituer un double tranformé en document consultable par des services tiers.

L’homme documenté peut donc être soit l’homme devenu lui-même un document[2] ce qui peut s’avérer extrêmement négatif, soit l’homme cultivé au sens de « je me suis bien documenté ». Les deux positions ne sont en fait pas antinomiques car l’homme documenté est fortement lié aux dispositifs extérieurs, ces supports de mémoire que sont les hypomnemata. Cette maîtrise et culture des hypomnemata est ce qui fait de l’homme (bien) documenté, un homme cultivé justement capable de produire sa propre « différance » sans qu’elle soit générée par des algorithmes.

Tel le visage de Janus, cette tension entre soi et l’autre, cette différence exprimée par nos diverses actions finit par produire un autre-soi différé[3], car consultable en tous temps par d’autres dispositifs.

L’homme documenté doit donc maitriser le passage difficile de l’inscription de soi, le shibboleth de Derrida. C’est aussi le fait d’inscrire son nom à un document plus large un peu à l’instar de la pierre de la mémoire des Dieux du héros de bande dessinée Thorgal. Ce dernier cherchant d’ailleurs à effacer son nom avant de le réinscrire ultérieurement. Thorgal se re-marque en quelque sorte. C’est sans doute la différence entre les deux hommes documentés : le majeur[4] et le mineur. Le majeur ne tague pas par impulsion, il remarque avant de marquer. A charge pour lui de devenir remarquable, non pas parce qu’il aura recherché de la popularité éphémère et que son nom soit devenu une requête sur les moteurs de recherche, mais bien parce qu’il aura produit une écriture de soi comme moyen de transmission et d’apprentissage, une forme de leçon de vie.[5]

L’homme bien outillé : un homme augmenté bien documenté

L’environnement informationnel et organisationnel qui entoure les folksonomies est clairement d’essence technique. L’importance de cette relation mérite d’être rappelée, tant cette condition technique n’est pas neutre mais riche d’influences fastes ou néfastes. Dès lors, l’entremise de ces outils présente le risque de faire oublier les compétences nécessaires pour les utiliser au mieux. L’usager se trouve parfois dans une position de minorité face à la machine pour reprendre l’expression de Gilbert Simondon, c’est-à-dire qu’il ignore le fonctionnement des outils et l’environnement technologique, matériel et stratégique qui l’entoure :

« Le statut de minorité est celui selon lequel l’objet technique est avant tout un objet d’usage, nécessaire à la vie quotidienne, faisant partie de l’entourage au milieu duquel l’individu humain grandit et se forme. (…) Le savoir technique est implicite, non réfléchi, coutumier. »[6]

Simondon[7] insiste longuement sur la nécessité d’une transmission d’une culture technique. Cette culture permet de faire face aux mécanismes de dépossession qui ont fait de l’homo faber un homo laborans[8], c’est-à-dire un travailleur justement dépossédé de la compréhension de son milieu, ce que Bernard Stiegler qualifie de prolétarisation en élargissant le concept de Marx.

L’homme documenté se doit de maîtriser les techniques et de se montrer capable de choisir les outils tels que ceux pour réaliser une veille[9] ou pour se construire son propre environnement personnel de travail et d’information. Il s’agit donc de demeurer un Homo Faber, qui fabrique lui-même son réseau. Pour cela, il faut donc éviter deux principaux risques de délégation:

-          Une délégation qui repose sur la confiance en un outil et basée sur un usage simpliste, laissant de côté les fonctionnalités avancées, si bien que l’usager se montre incapable de réagir et de préserver ses données dans le cas d’une évolution du service voire d’une fermeture.

-          Une délégation qui consiste principalement à ne pas se soucier directement des outils et à en confier la gestion à des personnes tierces jugées plus compétentes en jugeant notamment que la technique est secondaire et concerne que les techniciens.

Dans les deux cas de figures, le risque est celui d’une perte de savoirs et de savoir-faire et donc au final de contrôle et de pouvoir. Mais la question est aussi celle du sens de tout cet amas de tags et de données accumulées. La curation est devenue à la mode depuis quelques temps pour proposer des outils alternatifs permettant d’organiser des éléments disparates pour leur conférer du sens.

 



[1] Dans son laboratoire « Augmentation Research Center », il mit au point de nombreuses inventions et prototypes bien utiles encore actuellement comme la souris mais aussi des dispositifs hypertextuels et des interfaces hommes-machines.

[2] C’est-à-dire « fait document ».

[3] Sur la « différance », voir les travaux de Derrida notamment, L’écriture et la différence, Seuil, 1979.

[4] On peut aussi noter qu’après avoir commencé par le pouce, pour remonter sur l’index, la préconisation finale est celle de privilégier à nouveau un autre doigt : le majeur.

[5] L’étymologie du mot document, documentum indique clairement une signification proche de la leçon de vie.

[6] Gilbert Simondon Du mode d’existence des objets techniques. Paris, Aubier. 1989, p. 85

[7] Idem.

[8] Hannah Arendt. La condition de l’homme moderne. Calmann-Lévy, coll. « Pocket Agora »,1983

[9] Xavier Delengaigne, Organiser sa veille sur internet: Au-delà de Google…Outils et astuces pour le professionnel, Eyrolles, 2012

Journalisme, culture technique et reformation didactique

C’est la rentrée et je signale donc cet article paru cet été dans les cahiers du journalisme.

Un article qui fait écho aux propos que j’avais tenu sur la didactique du journalisme.

Le propos est donc à la fois une interrogation des compétences professionnelles des journalistes mais aussi une mise en perspective des proximités avec la documentation et donc des éléments communs pour une formation mieux prise en compte depuis le secondaire.

Début de l’article :
Malgré un statut professionnel et la volonté de défendre des compétences ouvrant l’accès à l’exercice de la pratique journalistique, la profession est rarement caractérisée par la dimension technique. L’objectif de cet article est d’examiner jusqu’à quel point les évolutions du numérique entraînent un réexamen de la formation au journalisme, notamment une remise en cause d’une formation uniquement à visée professionnelle avec la possibilité d’une formation plus précoce via une reformation didactique au niveau du secondaire. Nous souhaitons également vérifier si les spécificités techniques du journalisme s’accroissent avec le développement des
contenus sur le Web, notamment du fait des innovations technologiques qui se multiplient…

La suite ici

Bonne lecture

La translittératie en débats

Je n’ai pas trop le temps de bloguer ces dernières semaines du fait de phase rédactionnelle intensive pour des articles et des ouvrages à paraître prochainement.

Du coup, à l’occasion de la sortie d’un article sur la translittératie que j’ai écrit pour Intercdi (« Qu’est-ce que la translittératie ? » Intercdi n°237, p. 62), je publie sur le blog cet article qui était paru outre-atlantique chez nos amis d’Argus. (« La translittératie en débat. » Argus. Vol.9, n°3, p.30-31)

 

La translittératie n’est pas un nouveau gadget à la mode ne faisant qu’ajouter de la complexité à la somme des autres littératies, en particulier à l’information literacy.

Nous réagissons ici à plusieurs interrogations émises notamment sur plusieurs blogs de langue anglaise sur l’utilité d’un nouveau mot et sur la complexité qui en résulte parfois. Nous tentons donc de répondre à la critique [1] qui ferait de la translittératie une simple affaire de chercheurs ou de bibliothécaires qui n’intéresseraient nullement le public et qui serait de plus totalement incompréhensible.

Nous allons donc tenter de clarifier quelque peu cette translittératie si complexe.

 

La translittératie est définie comme « l’habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux »[2]

Les chercheurs britanniques qui portent le projet font le constat d’une convergence médiatique pour tenter d’envisager une formation. [3]

L’équipe de recherche du projet [4]  (PART : Production and research in transliteracy) publie régulièrement sur un blog [5]. Sue Thomas apparaît comme la principale chercheuse de l’équipe de par ses diverses interventions sur le sujet dans des conférences. Nous avions lu avec intérêt l’article intitulé “transliteracy : crossing divides” [6] qui constitue l’article de référence et explicatif.

Les auteurs de l’article montrent que le concept n’est pas clairement tranché et identifié et nous ne savons pas vraiment s’il s’agit d’une pratique ou d’un concept scientifique. [7]

 

Le projet s’inspire d’un précédent projet, celui du professeur Alan Liu [8], créateur du concept dans le but de prendre en compte la diversité des supports du numérique et ses effets notamment sur la création littéraire.

Le professeur américain est intéressant à plus d’un titre pour ses recherches sur le numérique et les potentialités littéraires et culturelles que le web peut apporter. Il est également un défenseur des formations littéraires et des sciences humaines.  Le projet intitial [9] comprenait plusieurs chercheurs de différents horizons dont notamment Katherine Hayles qui a notamment beaucoup travaillé sur les questions d’attention en observant et décrivant la diminution des capacités d’attention profonde chez les jeunes générations. Il faut donc voir la translittératie comme un projet ambitieux qui prend en compte une diversité d’approches.

 

La découverte récente par des bibliothécaires de ce concept suscite plusieurs interrogations quant à son opportunité.

La première est évidemment celle de la différence avec l’information literacy. Sur ce point, les terrains communs sont évidents tant il s’agit de former à une culture de l’information et aux outils du numérique. La translittératie ne souhaite pas remplacer néanmoins les autres littératies mais prétend davantage les englober. [10] Cependant, il nous semble que la translittératie peut constituer une alternative intéressante à l’information literacy. Elle peut rejoindre dans ce cadre les objectifs de la culture de l’information en présentant un paradigme différent. (Le Deuff (2009) Les rapprochements actuels opérés avec l’information literacy sont donc souhaitables à condition de ne pas rester dans  la logique des compétences procédurales.

 

La seconde interrogation concerne le rôle des bibliothécaires dans cette translittératie.  La complexité parfois dénoncée montre bien que la translittératie ne peut s’effectuer à la marge. Elle se situe par conséquent sur la piste de formations plus ambitieuses que celles dispensées pour la formation des usagers. La translittératie n’est pas un territoire réservé ou imposé aux bibliothécaires. Sa vocation est davantage axée sur le développement de formations dédiées et dispensées par des spécialistes du domaine. Elle a vraisemblablement prétention à s’inscrire dans des modules de formation universitaire plus classique. Un groupe de chercheurs français [11], dont nous faisons partie, travaille d’ailleurs aux rapprochements et aux pistes potentielles notamment didactiques à développer entre l’éducation à l’information, éducation à l’image et à l’informatique.

Pour finir, revenons donc sur la complexité dénoncée par plusieurs bibliothécaires pour privilégier une formation de suite utile : le pragmatisme cherchant à éviter la transmissions de notions et de concepts qui ennuieraient les étudiants. Ce refus du concept pour privilégier la situation pratique voire d’usage simple est caractéristique  d’une position qui abandonne tout réel projet de formation de longue durée et réellement durable. Se placer sans cesse du côté du pratique, de l’immédiat, entre autre pour se démarquer des formations universitaires, est à notre sens une erreur.  La translittératie doit donc assumer ce choix de la complexité quand elle s’avère nécessaire. En ce sens, il convient de privilégier une culture de l’information, qui repose sur une transmission variée avec l’apprentissage de notions et la mise en place de situations pratiques, plutôt que de céder au dogme de l’adaptabilité immédiate de la société de l’information.

A chacun de savoir, de quel côté il se place.

 

LE DEUFF, Olivier (2009) « La culture de l’information en sept leçons » in Argus. Vol.38 n°2



[1] Notre crtique porte principalement sur le billet de blog de Michelle Boule sur le site de l’ALA publié le 13 janvier 2011. < http://www.alatechsource.org/blog/2011/01/being-articulate-and-finding-context.html>

[2] La traduction en français a été trouvée sur le blog de François GUITE. In Guitef. Disp. Sur : <http://www.opossum.ca/guitef/archives/003901.html> Citation originale : « Transliteracy is the ability to read, write and interact across a range of platforms, tools and media from signing and orality through handwriting, print, TV, radio and film, to digital social networks.”

[3]  “The word ‘transliteracy’ is derived from the verb ‘to transliterate’, meaning to write or print a letter or word using the closest corresponding letters of a different alphabet or language. This of course is nothing new, but transliteracy extends the act of transliteration and applies it to the increasingly wide range of communication platforms and tools at our disposal”   Sue THOMAS et al. «Transliteracy: Crossing divides. » op. cit.

[4] Transliteracies project. Research in the Technological, Social, and Cultural Practices of Online Reading Disp. Sur :<http://transliteracies.english.ucsb.edu/category/research-project>

[5] Transliteracy resaech blog < http://www.hum.dmu.ac.uk/blogs/part/>

[6] Sue THOMAS et al. «Transliteracy: Crossing divides. » First Monday, Volume 12 Number 12 – 3 December 2007, disp. Sur :<http://firstmonday.org/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/viewArticle/2060/1908>

[7] For example, we have no agreement on how transliteracy situates itself within or apart from cultural and communications studies, and we have not decided whether it is a practice, or a way of analyzing practice, or both. These issues have been set aside for future articles and will not be addressed here. In Ibid.

 [8] Our use of the term transliteracy is pre–dated by the plural ‘transliteracies’, which evolved at the Transcriptions Research Project directed by Professor Alan Liu in the Department of English at the University of California at Santa Barbara. In 2005, Liu developed and formalized the Transliteracies Project, researching technological, social, and cultural practices of online reading. In Ibid.

[9] Transliteracies project. Research in the Technological, Social, and Cultural Practices of Online Reading. <http://transliteracies.english.ucsb.edu/category/research-project>

[10]  Transliteracy does not replace, but rather contains, “media literacy” and also “digital literacy Ibid.

[11] Il s’agit du projet Limin-R. < http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1115>

 

 

Pour en finir avec le learning center E03 : la culture de l’information mérite mieux que ça

Le learning center ne peut constituer un instrument satisfaisant pour développer une culture de l’information. Je voudrais revenir aujourd’hui sur les enjeux internationaux autour de l’information literacy. Ce territoire de la formation à l’information présente différentes visions même si le dogme dominant est états-unien.
Toutefois, d’autres voies existent notamment européennes :
Il y a notamment celles des britanniques autour de Sheila Webber.
Il y a la voie française quelque peu liée à la voie pionnière québécoise de Paulette Bernhard.
Sinon, les australiens travaillent depuis longtemps sur les transferts de compétences au niveau du marché du travail.

Thomas Hapke, bibliothécaire allemand et spécialiste des compétences informationnelles, présente d’ailleurs ces différentes approches en prenant position pour une culture de l’information (InformationsKultur) un peu dans la lignée française.

Alors évidemment, ça devient assez drôle quand on voit que les partisans de learning center dans les collèges et les lycées prétendent s’inspirer de l’International. C’est d’ailleurs symptomatique dans le fait qu’au niveau international, la recherche française a pris de l’avance notamment dans la liaison culture de l’information et didactique de l’information, ce qui m’a d’ailleurs été clairement dit par les collègues canadiens lors d’une intervention à l’EBSI il y a un an.
Même la situation française avec des CDI (qui n’ont pas attendu les learning centers et les discours quasi sarkozyste de prétendu retard en la matière) et surtout un corps dédié reconnu dans sa capacité à enseigner (capes) constitue une exception qui est une avancée. Prétendre que vouloir un meilleur enseignement n’est qu’une revendication syndicale est un comble.

La culture de l’information mérite mieux qu’un pacifi ou des learning centers.
L’Adbs a choisi de ne pas signer le manifeste Fadben (en fait elle a choisi ne pas choisir puisqu’une bonne partie du conseil d’administration n’a pas souhaité se prononcer, les pour et les contres faisant match nul) Enfin, il y a des élections prochainement à l’ADBS, espérons que le changement ce sera maintenant.

Je finis avec un peu d’autopromotion avec la vidéo de deux heures de mon intervention au CDDP de gironde à mettre en liaison avec ma série sur les leçons de la culture de l’information et notamment le dernier épisode où se trouve le support de l’intervention.

Le lien de la vidéo : http://crdp.ac-bordeaux.fr/conferences/showvideo.asp?id=114

Merci à la collègue qui a réalisé le pearltree de la série sur la culture de l’information
La culture de l’information par Olivier Le Deuff dans Professeur documentaliste / (docnicha)

Pour en finir avec le Learning Center E02 : Vive la documentation libre !

A l’heure où la funeste Dgesco vide ses poubelles (dernier texte en date : l’évaluation des enseignants), le fameux vademecum sur le Learning Center repaptisé 3C est en préparation. Il devrait être transmis aux inspecteurs (IPR) rapidemment. On note au passage le processus très top-down quand les mêmes vont nous parler de nouveaux usages et de pratiques ascendantes innovantes… la bonne blague. Ce vademecum issue d’une réflexion ni scientifique, ni pédagogique et encore moins démocratique marque la volonté de quelques uns d’imposer leur manière de voir et de faire. On notera pour l’occasion que la proximité politique de cette stratégie du learning center n’est même plus dissimulée. Si on pouvait avoir encore un doute, il n’y en a plus : le learning center appartient à cette lignée du sarkozysme éducatif mené par Luc Chatel et Jean-Marie Blanquer …et ceux qui auront appliqué avec Zèle cette politique dans un jusqu’auboutisme consternant ou dans l’espoir d’un revirement politique qui leur serait favorable aux législatives.
La propagande a apparemment encore continué durant le séminaire national sur les ressources numériques. Les tweets ayant même fait état d’une prospective peu réjouissante avec évidemment le discours facile de l’autodidaxie qui pourrait évidemment s’exprimer dans le learning center. Il faut rappeler quand même que les décideurs de cette politique n’ont jamais exercé dans un CDI… ce qui rappelle à nouveau l’inconvénient d’avoir une inspection non spécifique.
Il a encore été souligné durant la partie « prospective » que les professeurs-documentalistes comme les bibliothécaires n’ont pas à se soucier d’appropriation car les documentalistes ne sont pas « professeurs de discipline ». Toujours ce même discours qui fait de la documentation, une forme annexe, un élément vassalisé et au service de. C’est vrai que ça a de quoi faire fantasmer les hommes de pouvoir que de pouvoir vassaliser une discipline.
Sans doute, la documentation n’est pas une discipline comme une autre puisqu’elle reste attachée à des formes physiques, des lieux et des ressources et que le CDI s’est développé sur le terreau de pédagogies alternatives. Soit. Mais la documentation n’a eu de cesse d’évoluer notamment avec le numérique. Et les résultats montrent bien que la formation sur le terrain demeure encore insuffisante et que les travaux pour rationaliser la formation et les efforts réalisés par les acteurs du terrain mériteraient davantage d’encouragement. On pense évidemment aux perspectives ouvertes par la didactique de l’information (voir également le blog des trois couronnes) qui rejoint pleinement le développement d’une réelle culture de l’information ainsi que la participation à une culture numérique diverse qui soit aussi bien technique que réfléchie.
Le lieu n’est pas de redire ici ce qui a déjà été écrit et c’est que j’ai avancé dans ma thèse (ou encore dans mon livre) comme bien d’autres collègues dans d’autres travaux et acteurs de terrain. Il existe des savoirs, des notions, des méthodes propres à la documentation. Le learning Center cherche à les dissimuler pour mieux les enfermer et les contrôler tout comme le pacifi n’était au final qu’un instrument d’éparpillement des forces.
La documentation ne doit pas céder et se voir affublée de nouveaux fers à ses pieds.

Vive la culture de l’information ! Vive la documentation libre !

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