Gagnez du temps et boostez sa créativité avec le mind mapping

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On ne cesse de parler depuis des années du mind mapping et des cartes mentales. Quand j’évoquais le sujet il y a une dizaine d’années, les échos étaient variables et la pratique peu répandue. Par chance, désormais, les cartes mentales connaissent un succès grandissant et une réelle inclusion dans le système scolaire, même si ça reste encore insuffisant.

L’explosion logicielle se poursuit, même si on observe une certaine stabilité désormais entre les logiciels libres type freemind, les logiciels possédant une version gratuite comme Xmind, les logiciels à destination professionnelle comme mind manager et les services en ligne comme mindomo ou mindmeister. Pour avoir plus de renseignements sur les choix logiciels, l’idéal reste de consulter le site Pétillant.

Pour ma part, j’utilise plusieurs logiciels selon les circonstances et je ne déteste pas utiliser cmaptools, plus orienté carte de concepts, ce qui se destine mieux à des travaux de recherche mais aussi pour mieux décortiquer les relations conceptuelles au sein d’un texte et d’un ouvrage, car cmaptools permet de qualifier les relations entre deux termes (voir aussi pour la didactique de l’information). Le simplissime bubbl.us est très pratique aussi, car il permet de faire aussi bien des cartes de concepts que des cartes mentales et ne nécessite d’aucune inscription. C’est opportun, si on veut lancer un groupe-classe sur un outil.

Je déplore que ma version de mind manager ne fonctionne plus. J’avais bénéficié en 2006 de la version gratuite offerte aux blogueurs qui en faisait la demande. C’est un très bon outil, très performant mais je ne peux plus l’utiliser avec mon système d’exploitation. C’est à vous de tester et de choisir vos outils qui vous paraissent les mieux adaptés.

Pour rappel, ce support de formation qui est en ligne et que vous pouvez utiliser à volonté pour des formations :

 

Alors pour en revenir au titre du billet, et bien il s’agit de faire un retour sur deux ouvrages réalisés par Xavier Delengaigne, qui est un praticien avéré de ces systèmes cartographiques. Il a écrit de nombreux ouvrages à ce sujet et parmi les derniers, je souhaite revenir sur deux en particulier.

Le premier concerne la fameuse question de la gestion du temps, il s’agit d’organisez votre temps avec le mind mapping. A noter que vous avez une version kindle également moins onéreuse. Cet ouvrage est méthodologique et vous apprend à réaliser des cartes efficaces de façon simple. L’ouvrage aborde des questions liés à la gestion du temps, un défi quotidien désormais qu’il est difficile de relever. Le mind mapping peut être efficace dans ce contexte. Toutefois, Xavier Delengaigne rappelle à bon escient qu’il n’y a pas de solution miracle et que seule une pratique régulière permet réellement de gagner du temps. J’avais eu le plaisir d’échanger avec lui par skype à propos de ces méthodes de travail et c’était très intéressant de remarquer ses méthodes de visualisation et d’organisation de l’information. Son ouvrage aborde justement une autre technique : le Kanban, un tableau inspiré des méthodes de Toyota et qui permet d’afficher ce qu’il y a à faire et qui réside sur un flux ou processus de travail à maîtriser. Appliquer à l’échelon personnel, cela permet d’améliorer la sacrosainte to do list de façon plus visuelle avec des processus à suivre. L’idéal est alors de disposer d’un grand tableau dans son bureau pour pouvoir jongler avec des post-its notamment. Je signale à cet effet aux utilisateurs d’Evernote, qu’il est possible de prendre en photo ses post-its pour les transformer en notes evernote. En tout cas, le lecteur pourra puiser dans l’ouvrage une série d’idées et de conseils qu’il mettra en application à sa façon.

Le second ouvrage se rapporte à ce qui semble être parfois une qualité rare : la créativité. Boostez votre créativité avec le mind mapping. De la suite dans les idées (version kindle ici). L’ouvrage ne se prétend pas non plus un remède miracle, mais il montre une nuance quant aux théories qui se rapportent au mind mapping, notamment celles des deux cerveaux, basés sur des qualités intrinsèques à chaque hémisphère. On ne retrouve donc pas le discours du consulting  à l’américaine, mais une position réfléchie et qui parle davantage au lecteur. Plusieurs méthodes et entrainement sont proposés et notamment une volonté de nous inciter à dessiner et à utiliser nos doigts dans ses dispositifs de carte. Les interfaces tactiles devraient nous rendre service de cette manière en nous offrant une meilleure préhension et de possibilités d’interactions à l’avenir. L’ouvrage est également agrémenté des dessins et illustrations de Luis Garcia qui maitrise parfaitement la logique créative dans les cartes mentales. Pas évident d’atteindre un tel niveau, mais tel n’est pas l’objectif, tant il s’agit à la fois d’impulser sa créativité par des logiques de cartes, mais aussi de pouvoir mémoriser ses idées. Chose peu aisée, tant on ne prend pas toujours le réflexe de noter ce qui nous passe par la tête.

Pour les habitués à Freemind et xmind, cet ouvrage de Xavier est également intéressant. Il peut aider les enseignants à monter des séances notamment, car il s’agit de bien savoir prendre en main les logiciels.

A vous de découvrir ces ouvrages, voire d’en proposer d’autres en commentaires.

 

L’homme documenté

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En attendant la sortie de mon prochain ouvrage « Du tag au like », je vous propose d’évoquer ici certaines thématiques de l’ouvrage. Il est déjà annoncé un peu partout dont chez Decitre.
Un chapitre bonus sera gratuitement disponible en ligne pour l’occasion. Voici donc une des réflexions sur l’homme documenté.

L’expression d’ « homme documenté » fait évidemment écho à celle d’ « homme augmenté ». Un homme augmenté qui fait débat entre les possibilités transhumaines qui cherchent à faire de l’homme un être amélioré : un nouvel homme, et celles qui visent davantage à faire de l’homme un être en paix avec la technique. Initialement, les théories de l’augmentation étaient surtout destinées à accroitre les capacités de traitement de l’information de l’individu selon les travaux de l’ingénieur et pionnier de l’informatique Douglas Engelbart[1].

Le double numérique prend ici justement un sens double et opposé au travers de la métaphore de l’homme documenté. L’action de taguer produit un homme documenté à la fois parce qu’il se constitue des ressources catégorisées par lui-même mais aussi parce que l’action de taguer et ses formes dérivés comme les likes finissent par constituer un double tranformé en document consultable par des services tiers.

L’homme documenté peut donc être soit l’homme devenu lui-même un document[2] ce qui peut s’avérer extrêmement négatif, soit l’homme cultivé au sens de « je me suis bien documenté ». Les deux positions ne sont en fait pas antinomiques car l’homme documenté est fortement lié aux dispositifs extérieurs, ces supports de mémoire que sont les hypomnemata. Cette maîtrise et culture des hypomnemata est ce qui fait de l’homme (bien) documenté, un homme cultivé justement capable de produire sa propre « différance » sans qu’elle soit générée par des algorithmes.

Tel le visage de Janus, cette tension entre soi et l’autre, cette différence exprimée par nos diverses actions finit par produire un autre-soi différé[3], car consultable en tous temps par d’autres dispositifs.

L’homme documenté doit donc maitriser le passage difficile de l’inscription de soi, le shibboleth de Derrida. C’est aussi le fait d’inscrire son nom à un document plus large un peu à l’instar de la pierre de la mémoire des Dieux du héros de bande dessinée Thorgal. Ce dernier cherchant d’ailleurs à effacer son nom avant de le réinscrire ultérieurement. Thorgal se re-marque en quelque sorte. C’est sans doute la différence entre les deux hommes documentés : le majeur[4] et le mineur. Le majeur ne tague pas par impulsion, il remarque avant de marquer. A charge pour lui de devenir remarquable, non pas parce qu’il aura recherché de la popularité éphémère et que son nom soit devenu une requête sur les moteurs de recherche, mais bien parce qu’il aura produit une écriture de soi comme moyen de transmission et d’apprentissage, une forme de leçon de vie.[5]

L’homme bien outillé : un homme augmenté bien documenté

L’environnement informationnel et organisationnel qui entoure les folksonomies est clairement d’essence technique. L’importance de cette relation mérite d’être rappelée, tant cette condition technique n’est pas neutre mais riche d’influences fastes ou néfastes. Dès lors, l’entremise de ces outils présente le risque de faire oublier les compétences nécessaires pour les utiliser au mieux. L’usager se trouve parfois dans une position de minorité face à la machine pour reprendre l’expression de Gilbert Simondon, c’est-à-dire qu’il ignore le fonctionnement des outils et l’environnement technologique, matériel et stratégique qui l’entoure :

« Le statut de minorité est celui selon lequel l’objet technique est avant tout un objet d’usage, nécessaire à la vie quotidienne, faisant partie de l’entourage au milieu duquel l’individu humain grandit et se forme. (…) Le savoir technique est implicite, non réfléchi, coutumier. »[6]

Simondon[7] insiste longuement sur la nécessité d’une transmission d’une culture technique. Cette culture permet de faire face aux mécanismes de dépossession qui ont fait de l’homo faber un homo laborans[8], c’est-à-dire un travailleur justement dépossédé de la compréhension de son milieu, ce que Bernard Stiegler qualifie de prolétarisation en élargissant le concept de Marx.

L’homme documenté se doit de maîtriser les techniques et de se montrer capable de choisir les outils tels que ceux pour réaliser une veille[9] ou pour se construire son propre environnement personnel de travail et d’information. Il s’agit donc de demeurer un Homo Faber, qui fabrique lui-même son réseau. Pour cela, il faut donc éviter deux principaux risques de délégation:

–          Une délégation qui repose sur la confiance en un outil et basée sur un usage simpliste, laissant de côté les fonctionnalités avancées, si bien que l’usager se montre incapable de réagir et de préserver ses données dans le cas d’une évolution du service voire d’une fermeture.

–          Une délégation qui consiste principalement à ne pas se soucier directement des outils et à en confier la gestion à des personnes tierces jugées plus compétentes en jugeant notamment que la technique est secondaire et concerne que les techniciens.

Dans les deux cas de figures, le risque est celui d’une perte de savoirs et de savoir-faire et donc au final de contrôle et de pouvoir. Mais la question est aussi celle du sens de tout cet amas de tags et de données accumulées. La curation est devenue à la mode depuis quelques temps pour proposer des outils alternatifs permettant d’organiser des éléments disparates pour leur conférer du sens.

 



[1] Dans son laboratoire « Augmentation Research Center », il mit au point de nombreuses inventions et prototypes bien utiles encore actuellement comme la souris mais aussi des dispositifs hypertextuels et des interfaces hommes-machines.

[2] C’est-à-dire « fait document ».

[3] Sur la « différance », voir les travaux de Derrida notamment, L’écriture et la différence, Seuil, 1979.

[4] On peut aussi noter qu’après avoir commencé par le pouce, pour remonter sur l’index, la préconisation finale est celle de privilégier à nouveau un autre doigt : le majeur.

[5] L’étymologie du mot document, documentum indique clairement une signification proche de la leçon de vie.

[6] Gilbert Simondon Du mode d’existence des objets techniques. Paris, Aubier. 1989, p. 85

[7] Idem.

[8] Hannah Arendt. La condition de l’homme moderne. Calmann-Lévy, coll. « Pocket Agora »,1983

[9] Xavier Delengaigne, Organiser sa veille sur internet: Au-delà de Google…Outils et astuces pour le professionnel, Eyrolles, 2012