Humanités numériques scientifiques?

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L’expression  d’humanités numériques ou digitales est désormais à la mode dans une nouvelle acception. Si le territoire scientifique est sujet à débats, voire à controverses, on peut néanmoins considérer qu’il existe une forme de visions partagées entre les différents acteurs (voir aussi le manifeste du ThatCamp). Peu importe, qu’on les appelle Humanités digitales ou Humanités numériques.

Il y avait déjà le fait que depuis quelque temps, le terme d’humanités digitales ne renvoie pas seulement aux sciences humaines et sociales reliées aux outils informatiques ou du web, mais à la transformation opérée par ces technologies sur l’humain lui-même. Ce qui bien sûr concerne les questionnements et les avancées technologiques autour des NBIC, des théories de l’Homme augmenté, et du transhumanisme.

Depuis quelques années de façon assez logique, les humanités digitales se posent en matière de formation et notamment de façon plus précoce. Comment former à ces aspects au sein des cursus universitaires, mais de plus en plus au sein des cursus du secondaire. Quels outils peut-on utiliser et introduire ? Qu’est-ce qu’on fait déjà qui pourrait s’inscrire dans cette logique ? Comment mieux former de façon à ce qu’on puisse opérer une progression qui évite de devoir tout répéter une nouvelle fois à l’université ?  (voir aussi ici, le colloque sur le sujet de 2016) Bref, comment faire mieux que l’affreux B2I?

J’avais esquissé par le passé l’hypothèse d’un BAC H notamment pour renouveler la filière L. L’idée avait été reprise d’une manière différente du côté du Conseil national du numérique. Il avait été envisagé fut un temps qu’une mention soit créée de façon expérimentale autour d’un MOOC. Désormais, l’idée ressurgit avec un étrange attelage. Humanités numériques et scientifiques. C’est justement sur ces aspects que je compte précisément revenir. Pourquoi accoler numérique et scientifique ? De prime abord, cela semble renforcer une vision particulière du numérique, à savoir que l’angle choisi sera scientifique plutôt que la logique des usages voire des bons usages qui a prévalu jusque-là en dehors de la réintroduction des cours d’informatique. Cela donne aussi surtout l’impression qu’il faut comprendre le numérique de façon scientifique…sous-entendue, sciences dites dures ou exactes…ce qui vient de fait tisser une opposition au premier terme. Alors qu’on pouvait imaginer une alliance, il pourrait s’agir au contraire d’une mise sous contrôle des humanités. Je ne m’attarderai pas ici sur le terme d’Humanités qui a toujours posé quelques questions depuis le début, notamment parce qu’il est peu usité si ce n’est justement dans la traduction de digital humanities. On a fait le choix notamment dans la francophonie de considérer qu’il fallait prendre en compte le concept de manière large et non pas dans son sens ancien, en élargissant le concept aux sciences humaines et sociales. Il reste cependant qu’on pourrait aussi se demander si le concept d’Études digitales (digital studies) ne serait pas plus approprié, car il passe justement outre les anciennes divisions entre sciences dites molles et sciences dites dures, car l’enjeu est justement le rapprochement plutôt que l’opposition. Plus inquiétant à mon sens est donc ce choix de scientifique qui semble finalement ouvrir la brèche comme quoi il y aurait des humanités…non scientifiques. Cela signifierait que les lettres, l’histoire, la géographie seraient peut-être dans grand nombre de cas des disciplines non scientifiques. Or, c’est ici non seulement dangereux, mais clairement scandaleux. De plus, c’est historiquement faux. Pire, cela revient à considérer le numérique comme un territoire appartenant aux sciences exactes, sous-entendu à l’informatique (computer sciences). Du coup, l’expression ne réalise par un élargissement de perspective, mais bel et bien une réduction et une prise de contrôle de l’informatique sur les humanités…et sur le concept de numérique. Je l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises, pourquoi ce concept de numérique me paraît désormais sous l’emprise d’un enjeu de pouvoir de la part des informaticiens au niveau scientifique et pédagogique, et des industries informatiques au niveau des actions de lobbying. J’ai tenté de montrer en quoi Digital me semble meilleur. Il est vrai que ceux qui l’utilisent le plus sont des acteurs du marketing qui tentent de reprendre le pouvoir sur les mots par ce biais. Dans tous les cas, les autres acteurs notamment ceux issus des sciences humaines et sociales sont rétrogradés au second plan. Or, l’enjeu est plus celui d’une alliance voire d’une recomposition. Cédric Villani a évoqué le fait qu’il fallait sans doute dans cet enseignement expliquer davantage l’algorithme. Je suis tout à fait d’accord, à condition justement de montrer qu’il ne s’agit pas que d’une logique mathématique ou informatique, mais bien de stratégies marketing et qu’il convient d’y répondre par des logiques politiques, citoyennes et informationnelles. Il me semble que l’idée est bonne, mais que sa mise en œuvre pourrait être un échec s’il n’y avait pas une discussion équilibrée sur ces aspects. Il reste bien d’autres points obscurs sur ces questions. Quels seront les enseignants ? Si c’est pour réduire le cours à de l’informatique et du code, c’est l’échec assuré compte tenu de l’ambition qui semble être tracée. Si on envisage au contraire, différents apports disciplinaires et des projets qui les mêlent, on sera davantage dans l’esprit. Il ne faut pas réduire la formation au code, sans pour autant l’exclure. Je l’ai déjà montré, il faut autant coder, qu’encoder et décoder. C’est le leitmotiv d’une formation réussie. Avant d’esquisser un quelconque plan de formation, il faut faire des humanités numériques comme le dit Aurélien Berra, c’est-à-dire qu’il faut envisager une logique qui mêle réalisations et réflexions, savoirs et savoir-faire.

Réforme du bac : et si c’était déjà trop tard ?

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J’ai souvent dit sous forme de boutade que lorsque le BAC serait supprimé ou totalement transformé via le contrôle continu, j’ouvrirai une boîte de certification de compétences sur le modèle SAT aux États-Unis.

Je crois en fait qu’il n’y a plus besoin d’attendre, tant finalement la signification même du BAC a évolué. On sélectionne de plus en plus à l’université de manière anticipée. C’est mon cas dans ma filière à l’IUT puisqu’on recrute sur dossiers. Les cris d’orfraie quant au processus de sélection sont à ce titre une gigantesque blague. Il faudrait plutôt s’interroger sur les conditions de la sélection et se demander ce qui est le plus juste au final. De toute manière, l’évaluation et la sélection ne sont pas des sciences exactes.

On est confronté à des indicateurs dont il faut mesurer la confiance. Un bulletin scolaire n’a pas tout à fait la même valeur d’un établissement à l’autre, et une note n’a pas la même valeur d’un prof à un autre. Je précise que c’est également valable pour les référentiels des compétences. On n’a pas tous le même niveau d’exigence selon les compétences. C’est important, car ceux qui ont cru supprimer les aléas des notes par les systèmes des compétences n’ont à ce titre pas tout compris de la complexité du système.

Du coup, on se retrouve dans une situation qui va peu à peu faire sortir l’évaluation du système public, sauf si ce dernier réagit à temps et parvient à inclure des logiques de type blockchain (je dis bien de type, pas question de produire du bitcoin…) pour établir des logiques certificatrices à partir de productions et de travaux réalisés. Or c’est loin d’être évident, car cela signifierait qu’on aurait enfin réussi à développer des portfolios qui se poursuivent durant la scolarité (c’est pour l’instant un serpent de mer depuis plus de 10 ans), et cela signifierait qu’on introduise des mécanismes complexes d’évaluation qui repose sur plusieurs évaluateurs… et des évaluateurs qui ne soient pas uniquement des professeurs.

Bref, ce n’est pas gagné d’autant que les compétences ne sont pas stables. On a tous régressé au fur et à mesure du temps dans pas mal de domaines, par chance on a progressé dans d’autres… pour lesquels on n’avait d’ailleurs aucun diplôme.

Du coup, l’avantage est clairement dans l’optique libérale (voire ultralibérale) qu’on a d’ailleurs involontairement préparée avec nos référentiels de compétences mal maîtrisés. Ce n’est pas faute d’avoir dit à plusieurs reprises notamment suite à l’exemple catastrophiste du B2I qu’il y avait des risques…

Le système classique ne parvient plus à produire des évaluations de confiance, et honnêtement c’est déjà le cas depuis quelques années. On a à l’université des étudiants de BAC généraux avec mention qui ont un niveau d’écriture qui aurait été une barrière clairement éliminatoire pour obtenir le bac il y a 20 ans. L’augmentation forte des mentions au BAC depuis 4-5 ans est une preuve que le diplôme perd de sa valeur, à la fois en matière de savoirs, mais aussi en matière de valeur symbolique et spirituelle.

À ce niveau, on commence à partir sur des certifications Voltaire pour mieux mesurer le niveau de compétences réel en français, et ce n’est pas triste.

Les lycées et peut-être les universités sont en train de perdre leur pouvoir de délivrance non pas du diplôme, mais de la confiance associée au diplôme.

Alors on peut rester à un niveau sociologique de lutte contre les inégalités voire espérer comme Stéphane Beaud que des bacheliers professionnels puissent avoir une vie étudiante, mais on est quand même complètement à côté des réalités actuelles et futures à mon avis. On peut rêver à une université libre et ouverte évidemment voire qui ne délivre aucun diplôme… enfin certains  syndicats souhaiteront qu’on le délivre à tous, mais franchement, cette université-là ne m’intéresse guère. Notamment parce que plus personne ne la financera… et parce qu’elle existe déjà en partie avec la somme des ressources disponibles gratuitement en ligne. On notera d’ailleurs que les universités américaines ont déjà pris de l’avance dans le domaine, pas seulement parce que l’anglais domine, mais aussi parce qu’elles obtiennent des financements plus importants que chez nous (plus d’argent public, plus d’argent privé et plus de frais d’inscription, etc.). Dernier point, il y a depuis longtemps une symbolique forte associée aux universités nord-américaines qui sont sélectives avec des réalités sociales discutables et notamment des effets d’endettement dévastateurs. Un modèle européen est sans doute à redéfinir.

Viennent se joindre à ce jeu, les gros leaders du web qui rentrent dans le jeu de la formation. J’ai commencé à écrire un roman d’anticipation sur le sujet que je dois sortir depuis 5 ans. La réalité va bientôt dépasser la fiction.

On est donc entré dans de nouvelles logiques « certificatrices » qui existent depuis longtemps en informatique (certifications Microsoft par exemple et les certifications Google) et évidemment en langues, mais c’est bien l’ensemble du marché des diverses compétences qui est impacté. L’enjeu est à mon sens pour le public de savoir se replacer et de reprendre le contrôle de la machine en devant en quelque sorte une banque centrale des savoirs et des compétences, même s’il s’agit en fait d’avoir une autorité détentrice de l’authenticité du registre avec des logiques distribuées plutôt que centralisatrices.

Cela signifie probablement aussi sortir des temporalités classiques du temps scolaire. Cela signifie la possibilité de repasser des épreuves plusieurs fois pour augmenter son score. Désolé, mais il faut clairement réintroduire des logiques de performance individuelle dans le système sous peine de voir cette énergie réinvestie dans l’industrie florissante des jeux vidéo. Je n’ai rien contre eux, mais force est de constater que la libido sciendi et les capacités attentionnelles sont en train de partie ailleurs que dans la sphère scolaire.

Cela signifie aussi de travailler les formes de production qui permettent de mesurer les compétences, en se rappelant clairement que la compétence mêle savoirs et savoir-faire, et que la compétence n’est pas que procédurale. J’observe de plus en plus le fait de diminuer les savoirs au profit de compétence procédurale, parfois trop ambitieuse et impossible à atteindre du fait d’un déficit de savoir.

Ce n’est pas une commission de programme qu’il faut développer conjointement entre MEN et MENSR (et sans doute avec d’autres acteurs de la formation public et privé), mais bien une réflexion et une  nouvelle opérationnalité si on veut sauver nos institutions de savoir.

Sous peine que nos futurs étudiants ne soient pas recrutés avec le BAC, mais avec des certificats de compétences en langue française (Voltaire), en langue (Toefl, etc.), en informatique et numérique (Google, Facebook, et universités américaines). Pire, les meilleurs (et les plus fortunés et initiés ?) ne seront peut-être même pas allés au lycée et n’auront donc jamais vu l’utilité de passer le bac…y compris le grand oral, car ils auront passé un Tedx Junior…

Allez, c’est vrai, pourquoi s’inquiéter ? Ces étudiants  ne viendront pas à l’université, ni même dans nos grandes écoles… mais au sein des Silicon Universities qui fleuriront sur notre sol pendant que seront encore en train de se disputer les tenants du discours néo-managérial et ceux du néo-communisme. Les moins chanceux passeront les certifications cheap pour être payés à la microtâche.

Comment maîtriser son temps ou comment se maîtriser soi-même ?

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J’ouvre l’année 2018 sur un discours qui fait écho au texte d’Umberto Eco sur le temps de l’enseignant-chercheur qui se trouve dans le recueil « comment voyager avec un saumon » et qui vient d’avoir un regain d’intérêt sur twitter.

Le texte d’Eco montre un éclatement des activités entre cours, conférences, lectures diverses, corrections de copies, soutenances de thèse, etc. Cet éclatement n’a eu de cesse de croître notamment en ce qui concerne les parties « messageries » et réseaux sociaux qui ne sont pas évoquées dans le texte d’Umberto Eco. Je ne parle même pas des aspects administratifs ou montages de projets.

Eco concluait avec humour au final qu’il n’avait pas vraiment le temps de fumer :

« Et le tabac ? À raison de soixante cigarettes par jour, une demi-minute pour chercher le paquet, allumer et éteindre, cela fait 182 heures. Je ne les ai pas. Je vais devoir arrêter de fumer. »

 

Peu aisé d’arrêté une addiction en effet.

Depuis, plusieurs mois, je m’interroge sur mes habitudes et pratiques. Je blogue moins, non pas que je ne souhaite plus écrire, mais je privilégie désormais d’autres formes.

Mes travaux d’articles scientifiques, d’ouvrages, de ma récente HDR (décembre 2017) m’ont laissé peu de temps pour écrire sur le blog. J’ai à peine pris le temps d’annoncer certains évènements clefs, c’est pour dire.

Si je considère que j’ai eu raison de consacrer une partie de mon travail d’écriture sur de nouveaux supports, notamment parce que j’ai de plus en plus l’impression que la consultation des blogs diminue au profit de formes plus courtes ou de types vidéo, j’ai aussi le sentiment que le mécanisme dominant reste celui du discours d’opposition ou de provocation pour obtenir l’assentiment ou des vues.

Je vais donc continuer à bloguer, mais modestement et surtout à l’écart de l’actualité, ce qui peut parfois sembler paradoxal, puisque le principe du blog réside dans sa possibilité de réagir à chaud. Néanmoins, ce qui m’intéresse désormais, c’est tout l’inverse.

Au point que depuis des mois, je me prépare à opérer un changement radical sur les réseaux sociaux qui me prennent non seulement du temps, mais que j’estime souvent intéressants, car mes flux me ramènent de l’information pertinente. Néanmoins, ce qui me prend du temps et de l’énergie, c’est la lecture de messages très orientés politiquement, sûrs d’eux, donneurs de leçons, auxquels j’ai parfois envie de réagir également avec virulence. Mais je me retiens. Je lis parfois les échanges de tweets et ce qui est sidérant, c’est la violence des propos et surtout l’impression d’une frustration immense qui s’en dégage. Les enseignants-chercheurs n’étant pas toujours en reste.

Si je m’efforce de conserver une diversité d’opinions dans mes réseaux, j’avoue en être fatigué dans cette quête difficile de l’équilibre. Il fut un temps je m’amusais à lire les commentaires du Figaro, cela me  donnait une image de l’opinion d’une frange de la population. Twitter y suffit désormais et parfois Facebook.

Malheureusement, je ne parviens pas aisément à m’en extraire au point au final de regretter le temps où les agrégateurs RSS étaient puissants et qu’ils m’épargnaient au final le brouhaha des commentaires et des frustrations diverses. Ce n’est plus l’information bonne ou mauvaise qui domine, mais ce qui l’entoure. Ce n’est pas le commun, mais le commentaire permanent. Ce n’est pas la communication, ni même la com’, mais une forme de commisération inaudible parfois.

Je souhaite m’en extraire peu à peu, ce qui signifie que je vais sans doute moins m’exprimer sur Twitter et beaucoup moins consulter Facebook. Mais ce sont de redoutables outils de mobilisation mentale, je ne prétends pas m’en écarter totalement d’un coup.  La maîtrise de son temps passe par une maîtrise de soi peu aisée. Il ne s’agit pas d’une déconnexion de toute manière, mais plutôt le désir réfléchi de passer par des modes d’expression sur du long terme.

 

Cela va me laisser le temps de réaliser de nouveaux projets d’écriture pour cette année 2018. En attendant, vous pourrez me retrouver dans un nouvel ouvrage.

Le cabinet noir et les « documentalistes » de François Hollande

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Les révélations sur le cabinet noir sont étonnantes à plus d’un titre. D’une part, car cela peut certes paraître plausible, mais ce n’en est pas forcément crédible. Impossible de se faire une opinion tranchée à la lecture de l’article de Valeurs Actuelles dont les valeurs sentent plus la naphtaline que le produit neuf (voyant orange du décodex). Peu importe, on a à disposition des extraits du fameux bouquin dont tout le monde parle.

Sans avoir lu le livre, les quelques extraits me semblent tout droit sortis d’un scénario de fiction à la Antoine Bello dont la trilogie me paraît devoir figurer parmi les lectures essentielles pour ceux qui s’intéressent à l’évaluation de l’information et au storytelling.

Dans cette histoire de cabinet noir, on rassemble des éléments épars et on tente de leur donner un sens, au pire en exagérant certains aspects voire en les détournant quelque peu. Le cabinet noir repose sur un imaginaire complotiste, mais qui tourne assez vite en ridicule avec un François Hollande en chef d’orchestre. Difficile d’imaginer le gars qui se fait pincer en rendez-vous galant en scooter puisse mettre en place un cabinet à la Mitterrand, mais après pourquoi pas. Tout est possible dans ces scénarios où nous sommes tous devenus des personnages de fiction.

Néanmoins, plusieurs choses m’intriguent. Cela fait des années que les fausses informations qui circulent sur la plausibilité permettent de véhiculer tout et n’importe quoi. La fabrique du faux bat son plein, non plus pour accroître ses propres qualités comme c’était le cas aux époques médiévales et modernes, mais surtout pour diminuer la réputation des autres. C’est en tout cas ce que notait Umberto Eco.

Évidemment, le fait de mentionner les barbouzes du cabinet noir en lien avec la DGSE comme des « documentalistes »…m’a fait sursauter à plusieurs titres. Le premier est évident, puisque de voir ainsi détourner du sens premier les professionnels de l’information peut paraître irritant, même si je pense qu’il existe des proximités en la matière notamment dans l’art du classement et de l’indexation. Évidemment, des documentalistes dans le culte du secret fait songer à Suzanne Briet qui revendiquait l’inverse et qui considérait que « la documentation secrète est une injure faite à la documentation. ». Bref, une mention qui n’est pas très valorisante.

Le seconde point est plus étonnant, mais je vous le donne, car je ne suis pas certain que ce soit si anodin (suis-je aussi en train de sombrer en plein complot…en tout cas, une de mes observations dans le domaine, c’est que ceux qui dénoncent des complots sont toujours les premiers à en fomenter… de là à dire que Fillon finira à Fort Chabrol…).

La mention de documentaliste pour qualifier des agents secrets en tant que couverture mériterait d’être étudiée, d’autant qu’il me semble que les œuvres de fiction privilégient plutôt celle d’archiviste. Or, il y a un ouvrage de littérature jeunesse qui fait justement cette liaison, ce qui explique que ça m’a fait bondir immédiatement. Il s’agit de Langelot de Lieutenant-X (je vous en ai d’ailleurs parlé ici à propos d’une candidate à l’élection). Cette appellation figure dans un dialogue du premier volume, Langelot, agent secret. Je vous le livre tel quel le passage :

« Il faut apprendre à avoir confiance en ses supérieurs, dit-il. Les supérieurs sont rarement d’humeur à comprendre. Il faut les y forcer. Maintenant, Langelot, sans aucun engagement de part ni d’autre – car il faut que nous réfléchissions, vous et moi –, seriez-vous disposé à consacrer plusieurs années de votre vie à vous occuper de documentation ? Je vous précise tout de suite que la formation d’un documentaliste coûte très cher à l’État et que, par conséquent, une fois que vous aurez signé un contrat, il ne sera plus question de filer vendre du cirage ou des nouilles. Je vous précise aussi, à toutes fins utiles, que la documentation est un travail sérieux, absorbant, souvent fastidieux, qui ne ressemble guère à ce que vous avez pu lire dans les romans d’espionnage. Vous me comprenez bien ? Dernier point : je vous précise que c’est un travail dangereux… »

Tout en parlant, Montferrand observait le visage du garçon. Au mot « dangereux », il y eut enfin une réaction : le visage s’éclaira brusquement.

« Je crois que j’aimerais assez ça, monsieur. »

Cette histoire pourrait s’arrêter là… sauf que Lieutenant-X était Vladimir Volkoff, spécialiste de la… désinformation. Du coup, j’ai bien envie d’écrire l’histoire d’un mystérieux cabinet rouge…

 

Les candidats à la présidentielle et leur univers imaginaire

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J’ai toujours été persuadé que nous sommes façonnés par les références culturelles de notre enfance et particulièrement par les récits et dessins animés qui accompagnent notre formation. J’ai toujours aussi été convaincu que cela influence également les choix des électeurs avec des projections qui viennent parfois de l’enfance. Histoire de rappeler que même majeurs, nous restons toujours quelque part mineurs. J’amorce ici, un billet expérimental sur la façon dont je perçois les candidats à l’élection présidentielle française. Je n’ai traité que les cinq principaux.

Jean Luc Mélenchon est une ombre jaune aventurière.

On aurait pu le voir en Bob Morane, mais il n’en a pas vraiment le profil. Par contre, son action de bilocalisation hologrammique dans sa tenue mao un peu étrange m’a aussitôt fait penser à Ming, l’ombre jaune, l’ennemi génial de Bob Morane qui a certes le crâne lisse, là où Jean Luc l’a chevelu, mais avec un habit de clergyman qui nous rappelle la veste Mao de Jean Luc. L’ombre jaune ne meurt jamais, car le personnage possède plusieurs doubles répartis sur le globe qui prennent sa succession dès que la précédente ombre jaune décède.

L’ombre Jaune

Au final, Mélenchon est une sorte de mixe de l’univers de Bob Morane à lui tout seul, une volonté de pouvoir digne de Ming avec les artifices qui vont avec, le désir d’incarner l’aventurier avec des accents castristes ou guevaristes. A noter le  probable rapport sympathique avec l’ami écossais de Morane, Bill Ballantine, histoire de rappeler qu’on peut lever le coude de temps en temps d’une autre façon que pour lever le poing. Si son positionnement se veut très à gauche, il apparaît bien plus entre le Yin et le Yang finalement. Evidemment, il ne peut que perdre à la fin, mais il doit demeurer présent car il veille au juste équilibre. Seule la nièce de Ming, l’eurasienne Tania Orloff et amour impossible de Bob Morane pourrait triompher. Avis aux amatrices qui parviendraient à opérer ce positionnement gagnant. On peut aussi retrouver chez Mélenchon, une sorte de mixte entre San-Antonio et Bérurier, mais il a davantage orienté sa campagne dans un positionnement plus technophile qui nous place davantage chez Bob Morane.

Benoît Hamon et les cités d’or

Sa fille l’a comparé à plusieurs reprises à Mendoza des cités d’or, ce personnage éminemment charimastique, figure paternelle protectrice, mais qui reste un adulte sournois appâté par les gains potentiels. Mendoza se veut protecteur mais escompte toujours trouver les cités d’or… Hamon ici espère en faire autant pour les redistribuer sous forme de revenu universel. Il n’a pas compris que l’intérêt est dans la quête et donc la construction plutôt que dans la prise. Surtout que les cités d’or apparaissent difficilement accessibles quand on n’en a pas les clefs.

Calmèque ou Hamon dans sa tentative pour sauver le PS

Calmèque ou Hamon dans sa tentative pour sauver le PS

D’un autre côté, Benoît fait parfois penser au commandant Calmèque des Olmèques dans sa tentative désespérée de protéger la montagne sacrée et le générateur d’immortalité du PS.

Hamon et Mendoza et l'équipe du PS

Hamon en Mendoza avec l’équipe du PS

Sa réussite semble difficile dans la mesure où il est entouré d’un grand nombre de Sancho et de Pedro et que ses Tao, Zia et Esteban n’ont pas dépassé les réflexions du syndicalisme étudiant. Reste à savoir si l’alliance avec Jadot va lui permettre d’accéder à l’énergie solaire qui fera de lui Hamon-Ré.

 

Emmanuel Macron, le jeune Maestro.

Contrairement à toutes les critiques qui évoquent son vide, c’est de loin le candidat le plus complexe. D’ailleurs, celui qui propulse le vide est au contraire le pneumatique (voir tous les sens sur wikipédia), c’est-à-dire celui qui envoie l’air nécessaire pour vivre, l’énergie pour transmettre le message au sens technique du pneumatique, et qui est également le pneumatique au sens de celui qui dirige les âmes. Il est celui qui avale toutes nos aspirations… reste à savoir s’il parviendra à en faire concrétiser quelque chose. Incarnant le Yin et le Yang de manière assumée, contrairement à Jean Luc qui pourrait le faire également, il est davantage l’homme de Vitruve que la figure du christ.

L'homme de Vitruve

macron et (est?) l’homme de Vitruve

Du coup, alors qu’il est le plus jeune de la campagne physiquement, il est le plus sage et donc également paradoxalement le plus vieux. Son modèle, c’est Maestro d’ »il était une fois l’homme » dans le personnage du savant. Mêlant sciences humaines et sociales avec

Maestro ou l'idéal de Macron

Maestro ou l’idéal de Macron

une approche économique et statistiques, il tente de réconcilier des traditions françaises opposées ce qui ne peut que déranger les manichéens. Ce genre de personnages connaît parfois des destins oedipiens et des fins tragiques même après un accès au pouvoir prodigieux, car leur destinée est souvent celle du sacrifice. Soit il parvient à vaincre le sphinx (Œdipe), soit il a trop d’avance (Léonard).

 

François Fillon, le maître du château néogothique

J’ai eu bien plus de mal à trouver la référence adéquate tant il incarne a priori l’homme sans qualité. Il semble n’avoir aucun idéal quelconque ou plutôt des idéaux qu’il refoule car inavouables. C’est probablement le candidat le plus dangereux dans la mesure où ses idéaux semblent se placer dans des personnages plutôt négatifs. Il aimait les méchants dans son enfance. Ce n’est pas d’Artagnan mais clairement Rochefort, un Rochefort amoureux de Milady de Winter. Un fantasme qu’il a donc poursuivi car Milady est bien plus attirante et désirable que Constance Bonacieux.  Faut-il d’ailleurs ne voir que dans Pénélope, un personnage passif ?. Personnage gothique ou néogothique, Fillon ne parvient pas pleinement à assumer qu’il appartient à cet univers excitant qu’on peut découvrir dans la série Penny Dreadfull. Ne sachant vraiment quelle est la nature de son destin, il n’assume pas ses côtés doubles Jekyll et Hyde ou de comte de Dracula. Il tente en vain de dissimuler cette noirceur présente dans tous ses romans néogothiques anglosaxons qui nous font comprendre que le beau château dissimule des maléfices peu avouables.

François et Pénélope

François et Pénélope, mais qui a vraiment l’emprise ?

Son problème vient du fait qu’il a tenté de se faire adopter par ceux qui en fait le détestent le plus : les tenants de la foi et les téléspectateurs de Derrick, en écartant ses autres alliés et créatures de la nuit. Il finira comme la créature de Frankenstein sauf s’il parvient à attirer les marquises des anges.

 

Marine Le Pen et l’imaginaire des bibliothèques rose et verte

Prisonnière d’un héritage paternel bien trop pesant, elle veut  reproduire le modèle pour nous contrôler à son tour. Tel Fantômette sans cesse prisonnière et ligotée au point d’avoir pu développer des fantasmes SM, Marine Le Pen poursuit ses désirs de domination et de prise de leadership.  De là à dire qu’il ne faudrait justement par donner trop de pouvoir à Fantômette, il n’y a qu’un pas.Elle est donc également Claude du club des cinq en se montrant plus intrépide et plus intelligente que ceux qui l’entourent dans son parti, ce qui n’est pas très difficile s’agissant du FN. Voilà sans doute pourquoi, son modèle semble être parfois le sous-lieutenant Langelot du Service national d’information fonctionnel, incarnant l’agent secret français idéal, qui parvient à mener toutes ses missions à bien à tous les endroits du globe pour sauver la France des menaces intérieures et extérieures.

langelot, l'idéal de Marine Le Pen

Langelot, l’idéal de Marine Le Pen

Un idéal vraiment intéressant pour elle…d’autant que Langelot est initialement orphelin. Problème, elle ne bénéficie d’aucun capitaine Montferrand pour l’épauler. Philippot ressemblant davantage à Corinne, l’autre héroïne de Lieutenant X (qui est en fait Volkoff, spécialiste de la désinformation- j’y reviendrai), qui se demande si elle a fait le bon choix d’embarquer alors qu’elle est la fille du patron du SNIF. Mais Marine ne veut justement pas être Corinne, même s’il  lui faudra assumer sa filiation double : la fille du patron et de celui qui l’a influencé à savoir Lieutenant-X… puisque le pseudonyme de Corinne est au départ Delphine Ixe. Problème en cas de second tour face à Macron, elle devra affronter celui qui ressemble le plus à un Langelot éternellement jeune..

Tous nos personnages présentent un problème classique des obsédés du pouvoir, un rapport à la mort problématique et des idéaux souvent mal assumés. En se plaçant dans les mains de leurs électeurs, ils prennent le risque d’être déséquilibrés. J’ai tenté ici de les dé-livrer. Cette élection ne devrait pas être celle qui fait des électeurs des supporters de foot trop chauvins, mais davantage des lecteurs en quête d’aventures. La majorité ce n’est pas le rejet de la minorité mais le fait de pouvoir l’assumer. A vous de choisir dans quel univers, vous voulez placez votre destin de lecteur-électeur désormais.

Ceci était un essai de politique-fiction, toute ressemblance avec des faits non alternatifs est totalement plausible.

Nestor Halambique est-il une métaphore de Paul Otlet ?

Halambique en couverture
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J’émets une supposition que je n’ai pas trouvée exprimée ailleurs pour l’instant. Je viens de relire hier soir le sceptre d’Ottokar et je m’interroge fortement sur le personnage du professeur Halambique que rencontre Tintin. Je lui trouve une ressemblance avec Paul Otlet. peut-être est-ce une déformation personnelle, mais j’expose ici une suggestion.

Je ne sais pas si Hergé a connu Paul Otlet ou s’il a été au courant de ces travaux, mais le personnage présente quelques similitudes physiques, sans compter que la fédération internationale de sigillographie fait vraiment penser à la Fédération Internationale de documentation, ex office international de bibliographie. En 1938, l’année d’apparition du professeur Halambique, le mot bibliographie auquel pourrait faire songer la sigillographie, est moins usité, car le mot documentation a clairement pris le dessus.

Halambique en couverture

Halambique fait la couverture

Halambique a rédigé non pas un traité de documentation, mais une brochure sur comment on devient sigillographe ? On voit bien un personnage passionné, quelque peu distrait et qui consacre sa vie à une discipline dont il cherche également à démontrer le caractère scientifique. L’histoire évoque aussi l’idée de jumeaux, dont un est en fait un traître. La gémellité ici fait peut-être référence au duo Lafontaine-Otlet. Le personnage pourrait être alors un mélange des deux.

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

En ce qui concerne la sigillographie, Paul Otlet consacre quelques remarques sur l’étude des sceaux dans le traité de documentation par ailleurs (voir le passage sur wikisource).

Est-il possible d’envisager une rencontre entre Georges Rémi et Paul Otlet, même fortuite ? Je suis tenté de l’exprimer, surtout que les conditions de lieu et de temps paraissent tout à fait plausibles.

Avis aux tintinophiles..

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Amusant également, l’histoire de la perte de la serviette. On voit quelques photos d’Otlet ou de Lafontaine avec justement des serviettes du même type. C’était probablement la mode de l’époque, mais quand même… le rapprochement en tentant. Je vous invite à voir les photos de Paul Otlet et d’Henri Lafontaine sur les collections du Mundaneum.

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Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Henri Lafontaine et sa serviette

Henri Lafontaine et sa serviette

La fin de la révélation ?

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Je vous livre un début de réflexion que seul le blog peut accueillir pour le moment, tant il s’agit d’une amorce non finalisée, mais qui est mue par un besoin de s’exprimer face à un sentiment d’impuissance croissant.

J’ai achevé il y a quelques jours la lecture de numéro zéro d’Umberto Eco qui n’est pas son meilleur ouvrage loin de là, et qui m’a laissé un étrange sentiment également. Mais je commence à mieux saisir le message au fil du temps. L’histoire est celle d’un pseudo-journal qui ne paraîtra jamais, une sorte de farce en quelque sorte, mais qui finir par se retourner contre les journalistes, car un des journalistes obsédé par les théories du complot, finit par relier tout un tas événements de la politique et de l’histoire italienne à la non-mort du Mussolini. Cette histoire rocambolesque possède un tel fonds de crédibilité qu’elle précipite la fin de l’expérience, car elle met finalement trop de personnes en danger. Néanmoins, les hypothèses de l’étrange complot finissent par être divulguées par une télévision anglaise qui révèle alors au grand public toutes les manipulations et les acteurs impliqués. La conclusion est alors terrible : il ne se passe rien, personne ne démissionne, tout le monde reste en place, rien n’est vraiment grave de toute façon.

C’est la leçon du numéro zéro, une conséquence finalement tragique, c’est la fin du pouvoir des médias d’investigation et la disparition progressive de la révélation. Le message ne passe plus, car il y a trop de messages évidemment, mais également parce que l’enjeu n’est pas que ce soit vrai ou faux, mais que tout le monde s’en fout. Il ne peut y avoir de suite aux révélations que si et seulement si, il y a des suites judiciaires, à condition que cette dernière puisse exercer son action… ce qui n’est évidemment plus le cas. Les ministres grugent le fisc et restent en place, etc.

Chaque affaire révélée par les médias ne produit plus d’effets, car il y en a tout simplement trop d’une part, d’autre part parce que ça n’étonne plus personne. La révélation ne fonctionne plus, car l’affaire à révéler n’est pas une chose rare, ce qui témoigne d’un niveau de corruption de la République jamais atteint jusqu’alors en France. Par exemple, alors que la mairie de Bordeaux a manipulé les chiffres du budget notamment autour du nouveau stade, ce qui constitue une escroquerie de plus de 100 millions d’euros et qui devrait conduire à une démission immédiate de l’édile responsable… ce dernier raille simplement l’opposition. Même chose finalement pour les divers leaks, les lanceurs d’alerte sont quant à eux poursuivis en justice, voient leur vie détruite…pendant qu’on cherche à protéger les secrets industriels (en fait les petites magouilles entre amis). On pourrait imaginer que l’hypocrisie habituelle aboutirait à sacrifier de temps en temps quelques personnages, mais le plus simple est de blâmer désormais celui qui interrompt le jeu. Celui qui tente le chemin de la révélation est considéré comme un infâme streaker qu’il faut plaquer au sol. C’est lui qu’on sacrifiera au final pour le bénéfice du show must go on.

Jamais, on a vu un tel culot des personnes incriminées… on a l’impression de se retrouver dans le sketch de Catherine de Pierre Palmade « si tu t’excusais et qu’on n’en parlait plus !».

Dans l’histoire de la circulation et de l’information, le vocabulaire de la révélation a bien sûr été lié au vocabulaire religieux, mais également à la découverte scientifique. Finalement, le journalisme en a fait un de ses fers de lance, en incarnant un quatrième pouvoir nécessaire. Or, il devient non seulement de plus en difficile de réaliser ce travail, mais lorsqu’il est réalisé… il est d’emblée mis en doute ou pire ignoré. La révélation est devenue impuissante, face à d’autres magies que je ne sais comment qualifier. Il se produit en tout cas une forme de tragédie informationnelle d’un type nouveau que je ne sais pas encore conceptualiser. Ce dévoilement informationnel impuissant ne peut qu’inquiéter, car il est le marqueur d’un désenchantement du monde, de dysfonctionnements suite à une sorte de magie noire dont nos politiques sont les grands maîtres. Finalement, ces médecins de nos sociétés ne sont pas là pour nous soigner, mais faire de nous des malades permanents porteurs de tous les maux. On retrouve ce que disait Antonin Artaud à propos de cet état de magie noire qui n’existait pas il n’y a pas si longtemps. Sauf que ce n’est pas une mort classique, mais une zombification qu’avait déjà dénoncée Romero. Cette situation informationnelle étrange va alimenter mes réflexions (et mes actions ?) dans les prochains mois

Une des réponses se situe peut-être dans l’humanisme de Montaigne dont j’ai lu récemment la biographie par Stephen Zweig. On connait la célèbre devise « Que sais-je ? » de l’ancien édile de Bordeaux. Cette question, il nous faut nous la poser, à condition de l’accompagner d’une autre question « Que fais-je ? » Sans doute pouvons déjouer une énième conjuration de Catilina (saine lecture pour les rares latinistes survivants), mais ne pourrons pas sauver cette république.