Nestor Halambique est-il une métaphore de Paul Otlet ?

Halambique en couverture
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J’émets une supposition que je n’ai pas trouvée exprimée ailleurs pour l’instant. Je viens de relire hier soir le sceptre d’Ottokar et je m’interroge fortement sur le personnage du professeur Halambique que rencontre Tintin. Je lui trouve une ressemblance avec Paul Otlet. peut-être est-ce une déformation personnelle, mais j’expose ici une suggestion.

Je ne sais pas si Hergé a connu Paul Otlet ou s’il a été au courant de ces travaux, mais le personnage présente quelques similitudes physiques, sans compter que la fédération internationale de sigillographie fait vraiment penser à la Fédération Internationale de documentation, ex office international de bibliographie. En 1938, l’année d’apparition du professeur Halambique, le mot bibliographie auquel pourrait faire songer la sigillographie, est moins usité, car le mot documentation a clairement pris le dessus.

Halambique en couverture

Halambique fait la couverture

Halambique a rédigé non pas un traité de documentation, mais une brochure sur comment on devient sigillographe ? On voit bien un personnage passionné, quelque peu distrait et qui consacre sa vie à une discipline dont il cherche également à démontrer le caractère scientifique. L’histoire évoque aussi l’idée de jumeaux, dont un est en fait un traître. La gémellité ici fait peut-être référence au duo Lafontaine-Otlet. Le personnage pourrait être alors un mélange des deux.

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

les frères Halambique, ou le duo Otlet-Lafontaine ?

En ce qui concerne la sigillographie, Paul Otlet consacre quelques remarques sur l’étude des sceaux dans le traité de documentation par ailleurs (voir le passage sur wikisource).

Est-il possible d’envisager une rencontre entre Georges Rémi et Paul Otlet, même fortuite ? Je suis tenté de l’exprimer, surtout que les conditions de lieu et de temps paraissent tout à fait plausibles.

Avis aux tintinophiles..

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Paul Otlet a-t-il inspiré le personnage de Nestor Halambique ?

Amusant également, l’histoire de la perte de la serviette. On voit quelques photos d’Otlet ou de Lafontaine avec justement des serviettes du même type. C’était probablement la mode de l’époque, mais quand même… le rapprochement en tentant. Je vous invite à voir les photos de Paul Otlet et d’Henri Lafontaine sur les collections du Mundaneum.

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Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Otlet en plein discours. Tintin lui a-t-il remis à temps sa serviette ?

Henri Lafontaine et sa serviette

Henri Lafontaine et sa serviette

La fin de la révélation ?

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Je vous livre un début de réflexion que seul le blog peut accueillir pour le moment, tant il s’agit d’une amorce non finalisée, mais qui est mue par un besoin de s’exprimer face à un sentiment d’impuissance croissant.

J’ai achevé il y a quelques jours la lecture de numéro zéro d’Umberto Eco qui n’est pas son meilleur ouvrage loin de là, et qui m’a laissé un étrange sentiment également. Mais je commence à mieux saisir le message au fil du temps. L’histoire est celle d’un pseudo-journal qui ne paraîtra jamais, une sorte de farce en quelque sorte, mais qui finir par se retourner contre les journalistes, car un des journalistes obsédé par les théories du complot, finit par relier tout un tas événements de la politique et de l’histoire italienne à la non-mort du Mussolini. Cette histoire rocambolesque possède un tel fonds de crédibilité qu’elle précipite la fin de l’expérience, car elle met finalement trop de personnes en danger. Néanmoins, les hypothèses de l’étrange complot finissent par être divulguées par une télévision anglaise qui révèle alors au grand public toutes les manipulations et les acteurs impliqués. La conclusion est alors terrible : il ne se passe rien, personne ne démissionne, tout le monde reste en place, rien n’est vraiment grave de toute façon.

C’est la leçon du numéro zéro, une conséquence finalement tragique, c’est la fin du pouvoir des médias d’investigation et la disparition progressive de la révélation. Le message ne passe plus, car il y a trop de messages évidemment, mais également parce que l’enjeu n’est pas que ce soit vrai ou faux, mais que tout le monde s’en fout. Il ne peut y avoir de suite aux révélations que si et seulement si, il y a des suites judiciaires, à condition que cette dernière puisse exercer son action… ce qui n’est évidemment plus le cas. Les ministres grugent le fisc et restent en place, etc.

Chaque affaire révélée par les médias ne produit plus d’effets, car il y en a tout simplement trop d’une part, d’autre part parce que ça n’étonne plus personne. La révélation ne fonctionne plus, car l’affaire à révéler n’est pas une chose rare, ce qui témoigne d’un niveau de corruption de la République jamais atteint jusqu’alors en France. Par exemple, alors que la mairie de Bordeaux a manipulé les chiffres du budget notamment autour du nouveau stade, ce qui constitue une escroquerie de plus de 100 millions d’euros et qui devrait conduire à une démission immédiate de l’édile responsable… ce dernier raille simplement l’opposition. Même chose finalement pour les divers leaks, les lanceurs d’alerte sont quant à eux poursuivis en justice, voient leur vie détruite…pendant qu’on cherche à protéger les secrets industriels (en fait les petites magouilles entre amis). On pourrait imaginer que l’hypocrisie habituelle aboutirait à sacrifier de temps en temps quelques personnages, mais le plus simple est de blâmer désormais celui qui interrompt le jeu. Celui qui tente le chemin de la révélation est considéré comme un infâme streaker qu’il faut plaquer au sol. C’est lui qu’on sacrifiera au final pour le bénéfice du show must go on.

Jamais, on a vu un tel culot des personnes incriminées… on a l’impression de se retrouver dans le sketch de Catherine de Pierre Palmade « si tu t’excusais et qu’on n’en parlait plus !».

Dans l’histoire de la circulation et de l’information, le vocabulaire de la révélation a bien sûr été lié au vocabulaire religieux, mais également à la découverte scientifique. Finalement, le journalisme en a fait un de ses fers de lance, en incarnant un quatrième pouvoir nécessaire. Or, il devient non seulement de plus en difficile de réaliser ce travail, mais lorsqu’il est réalisé… il est d’emblée mis en doute ou pire ignoré. La révélation est devenue impuissante, face à d’autres magies que je ne sais comment qualifier. Il se produit en tout cas une forme de tragédie informationnelle d’un type nouveau que je ne sais pas encore conceptualiser. Ce dévoilement informationnel impuissant ne peut qu’inquiéter, car il est le marqueur d’un désenchantement du monde, de dysfonctionnements suite à une sorte de magie noire dont nos politiques sont les grands maîtres. Finalement, ces médecins de nos sociétés ne sont pas là pour nous soigner, mais faire de nous des malades permanents porteurs de tous les maux. On retrouve ce que disait Antonin Artaud à propos de cet état de magie noire qui n’existait pas il n’y a pas si longtemps. Sauf que ce n’est pas une mort classique, mais une zombification qu’avait déjà dénoncée Romero. Cette situation informationnelle étrange va alimenter mes réflexions (et mes actions ?) dans les prochains mois

Une des réponses se situe peut-être dans l’humanisme de Montaigne dont j’ai lu récemment la biographie par Stephen Zweig. On connait la célèbre devise « Que sais-je ? » de l’ancien édile de Bordeaux. Cette question, il nous faut nous la poser, à condition de l’accompagner d’une autre question « Que fais-je ? » Sans doute pouvons déjouer une énième conjuration de Catilina (saine lecture pour les rares latinistes survivants), mais ne pourrons pas sauver cette république.

À la recherche du lecteur attentionné

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On fête les cinquante ans de la création du mot hypertexte. Il faut d’ailleurs bien distinguer le mot et le concept qui s’inscrit dans une histoire plus longue.

Oliver Ertzscheid rappelle que Ted Nelson a songé à développer l’idée du fait qu’il n’arrivait plus à suivre le cheminement incessant de ses idées. En quelque sorte, l’hypertexte est le résultat de ce qui pourrait être en apparence un déficit d’attention, mais il est préférable de considérer qu’il s’agit surtout d’une transattention. Une attention multisupports qu’il faut savoir gérer en ne perdant pas le fil, un fil qu’il m’arrive de plus en plus souvent de perdre en ce qui me concerne, vu les différentes tâches que je dois réaliser et qui requièrent une mise en attente pour être réinvesti dès que besoin. C’est tellement épuisant qu’effectivement, parfois je ne sais plus ce que je voulais faire alors que je l’avais décidé la seconde d’avant.

Seulement, même le lecteur peu occupé se retrouvera dans une situation similaire du fait d’une hyperstimulation médiatique qui le poussera à zapper, si bien qu’il sera peu aisé de le garder captif très longtemps dans l’espace du web. Pas certain que l’avenir du livre se dessine totalement dans l’univers du web, tout au moins le livre  tel que l’on a connu et le web  tel qu’on a pu le connaître également. Je plaide assez souvent en faveur de la liseuse car elle permet plus aisément de minorer les sollicitations répétées pour mieux se concentrer sur la lecture. Pour ma part, la lecture d’un livre est un moment privilégié (sur papier ou sur liseuse) car c’est justement un temps que je dédie à une lecture attentionnée. Cela ne m’empêche pas de rester dans la logique de la lecture hypertextuelle tant il s’agit de pouvoir faire des liens et prendre des notes si besoin.

Il reste la question de la lecture exigeante ou tout au moins complexe, qui oblige à un certain entraînement et à une capacité à exercer son esprit, pour tenter de saisir le sens ou d’en imaginer la portée. C’est ici que certaines craintes émergent. L’article de Télérama cite quelques analyses très pessimistes en la matière. Mais il est difficile de saisir l’avenir de la littérature, tant le sujet est soumis à des jugements de valeur. Ce qui apparaît le plus nettement, c’est qu’il devient de plus en plus difficile de vivre de son art. Les tirages annoncés par Télérama font froid dans le dos quand on constate que d’anciens prix Goncourt ne dépassent pas les 2 000 exemplaires…

À ce niveau, ce qui m’inquiète le plus désormais, c’est qu’outre les héritiers et autres rentiers qui pourront faire de la littérature un loisir appréciable, les auteurs français finiront par se raréfier vis-à-vis des auteurs en langue anglaise dont l’universalité de la langue permet de toucher un public plus vaste. Comment continuer à persévérer dans ce domaine, quand les temps d’écriture sont restreints du fait d’un travail prenant et que le peu de ventes réalisées oblige à des choix qui peuvent être celui de l’abandon. La force de vente du français est bien moindre que celle de l’anglais, environ dix fois moindre. Et ce n’est pas rien quand on sait finalement que 500 exemplaires vendus d’un ouvrage vous inciterait éventuellement à poursuivre tandis que 50 pourraient vous saper le moral.

 

On sait depuis fort longtemps que l’essentiel de la production éditoriale est réalisé par des auteurs qui ont une autre profession. Les rares auteurs qui s’en sortent sont des usines à best-sellers dont chaque sortie est accompagnée par une stratégie publicitaire qui en font un produit marchand, facile à consommer. Ce sont de produits marketing dont la qualité littéraire n’est pas exceptionnelle, mais sans être pour autant médiocre, ce que nous montrait Alexandre Geffen. Même les Arlequins ne sont pas à blâmer finalement. Ils ont autant de mérite que des Danielle Steel qui sont simplement mieux packagés pour être vendus plus chers. Car la question est bien économique. Peut-on continuer à vendre du livre aussi cher, comme une sorte de produit de luxe ? Comment peut-on se plaindre d’une diminution des lecteurs et vendre aussi cher un ouvrage ? Le modèle est désuet.

Il faut alors « vendre » de la lecture. Car de la lecture, il y en a, et il y en a beaucoup. Faut-il envisager de comptabiliser le nombre de pages lues comme le fait Amazon avec Kindle ? Au passage, on notera que cette métrie de lecture ne fonctionne que si vous êtes sur Kindle. Si vous transformez votre fichier pour le lire avec une autre liseuse, ça ne fonctionne pas. Au final, le plus gênant pour l’auteur est autant de ne pas vendre assez que de ne pas être lu véritablement. Mes statistiques sur mon dernier roman sont désespérantes sur ces deux points, enfin surtout sur celui des ventes qui sont totalement faméliques.

Vers le livre gratuit ?

Toutefois, Amazon ouvre des perspectives nouvelles sur un modèle qui va inévitablement vers la gratuité progressive du livre numérique au travers de systèmes d’abonnements ou de redevances. La fameuse licence libre n’a jamais si bien porté son nom que si elle concerne justement le livre. La licence livre, voilà sans doute le futur modèle avec un système de rémunération au téléchargement et au nombre de pages lues, voire de phrases… Cela peut sembler horrible à certains, mais ce découpement de l’œuvre apparaît comme un modèle alternatif intéressant. On rappellera aussi qu’Amazon est un des rares à proposer un système de rémunération pour les médiateurs et ceux qui recommandent les ouvrages Toutefois, la gratuité présente le risque bien connu qui est celui d’une faible reconnaissance puisqu’on ne l’achète pas. Pourtant, personne n’ose dire ça de la télévision notamment publique majoritairement gratuite… en dehors de la fameuse redevance. Redevance qu’on voudrait étendre à l’ensemble des supports actuellement.

Il est finalement étonnant que la France ait fait le choix de subventionner ainsi la télévision et par le biais de l’intermittence, les arts du spectacle, mais finalement peu l’écriture et la lecture sauf via les aides à la presse. Étrange système qui permet de fort bien payer des animateurs de spectacle télévisuels, des intermittents du spectacle bons comme mauvais, mais qui laissent des milliers d’auteurs avec des revenus qui ne sont que complémentaires ? Parmi les pistes proposées, celles du revenu universel ou celle d’envisager petit à petit des systèmes d’intermittences plus larges.

L’Amérique a développé son modèle depuis des années sur les industries du cinéma et de la télévision. La France voit peu à peu son modèle culturel s’effriter, se gangréner et laisser la place aux mêmes qui tiennent à leurs prébendes. C’est sans doute le moment de s’interroger sur le modèle que l’on souhaite désormais défendre, car sous peine de vouloir s’arcbouter sur les modèles du passé, il est inévitable que ce soit le modèle d’ailleurs et notamment des États-Unis qui s’imposera. Amazon propose un abonnement qui permet un téléchargement illimité sur certaines œuvres. Le retour financier pour les auteurs est moins intéressant que celui de la vente directe bien évidemment, mais cela mérite un plus ample examen. Publienet avait lancé une telle logique il y a déjà plusieurs années. Pourquoi ne pas envisager des modèles à la consommation ?

Alors, l’idée d’étendre la redevance peut-être une idée opportune à condition de repenser totalement le modèle culturel et audiovisuel notamment vis-à-vis de ceux qui comme moi, n’ont pas de télévision, mais qui sont abonnés à des dispositifs type netflix.

Clairement, c’est la question des lecteurs qui doit être posée. S’ils tendent à disparaître, c’est qu’on ne fait rien pour les satisfaire et qu’on ne leur donne pas les moyens d’accéder à une diversité de lectures. Plus le niveau de lecture sera médiocre en sixième, plus le nombre de lecteurs potentiels s’effondrera. À ce niveau, l’Education Nationale est coupable. Il serait préférable d’investir dans des liseuses que dans des tablettes. On ne peut que rappeler l’importance de rapprocher lecture-écriture à ce niveau d’ailleurs. Cette relation étant la condition sine qua non pour l’accès à la majorité de l’entendement dans le texte de Kant sur les Lumières.

C’est donc la recherche du lecteur attentionné qu’il faut désormais construire, mais aussi de manière plus large pour la francophonie et la culture en général. 50 ans après avoir inventé le terme d’hypertexte, c’est d’un nouveau Xanadu dont nous avons besoin.

L’évènement du « Je Dis »

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J’avoue que j’en ai un peu assez. J’ai de plus en plus de mal avec la kyrielle d’évènements qui tournent autour du numérique. Il y en a de trop et surtout c’est de plus en plus de la communication clinquante et de l’enfonçage de portes ouvertes : « le numérique c’est bien, il faut du numérique, il faut de la médiation au numérique, il faut de la culture numérique… Bref, y a qu’à, faut qu’on… c’est l’évènement du « je dis »…toujours la même rengaine au final avec derrière des enjeux stratégiques de placements des uns et des autres et des tentatives pour apparaître compétents dans un domaine. En la matière, tout devient possible, un journaliste ou un vendeur de technologies qui n’a jamais enseigné peut devenir le spécialiste en matière d’éducation ; mais dans le domaine tout est possible désormais… On retrouve certains retraités en manque de leur pouvoir d’antan qui viennent encore nous polluer par leur présence lors de ses événements alors qu’il aurait été souhaitable qu’ils se taisent à tout jamais, alors qu’on aimerait davantage en écouter d’autres. Et puis le lot des administratifs toujours de plus en plus nombreux accompagnés de leurs chargés de mission, et les vrp de toutes sortes de produits miracles… Seulement, les positions un peu précises et complexes n’ont pas toujours leur place et on ne sait pas vraiment à qui sont dédiés ces événements parfois qu’on devrait appeler « les vainement »…

Alors, il est vrai que moi aussi je participe parfois à certaines manifestations – assez souvent à contre-courant d’ailleurs, mais je crois qu’il est de plus en plus temps de passer vraiment à d’autres modes. L’argent mis dans ces innombrables journées d’études, colloques, congrès et autres grandes messes en tout genre pourrait être davantage utilisé à travailler davantage sur le terrain, à recruter et à mener des recherches actions. La logique événementielle finit par transformer des chercheurs en vendeurs de soupe lyophilisée… rémunérés parfois plus de 5000 euros la conférence…si ce n’est pas plus.

Au final, on finit par tout mélanger… et culture numérique se réduit à une question d’usages ou à l’enseignement du code et comme ça tout le monde est content. Ce qui est dommage au final, c’est que le plus mauvais de événementiel connait des échos forts, car il n’y a aucune matière à réflexion et qu’il est facile de retweeter ou de liker ce qui semble une évidence. J’ai finalement vu peu d’échos par exemple de la journée du GR-CDI qui semblait pourtant d’un bien meilleur niveau que les grandes messes de la semaine qui ne servent pas à grand-chose au final. Et pourquoi tant de messes en présentiel alors qu’on évoque le numérique ? Pourquoi ne pas privilégier des approches moins clinquantes mais des lieux et milieux où on peut se retrouver et notamment en ligne ? Je me demande si on sait vraiment organiser des événements en ligne au final. Probablement, car la logique de événementiel est différente.

Du coup, la logique événementielle devient tout sauf de la communication, ou tout au moins pas de la communication dans le sens où je l’entends, c’est-à-dire le fait de publier quelque chose pour que chacun puisse en prendre connaissance. On voit que de plus en plus il y a un oubli important du contenu de ce qui est communiqué, comme une césure entre l’information et la communication, comme une perte de sens.

L’Événementiel finit par une masquer une instabilité, une incapacité à se poser qui l’éloigne de plus en plus de la communication qui doit aussi permettre la transmission, la participation et la construction. On s’entreglose en vain. On croyait à une nouvelle Renaissance, mais de plus en plus c’est un nouveau Moyen-âge que nous sommes en train de construire.

On a de l’argent pour l’événement, mais plus pour recruter. Les profils de poste n’ont pas encore pris le virage d’exiger un minimum de culture numérique dans la fonction publique, tandis que des entreprises peinent parfois à recruter faute de moyens financiers suffisants ou de compétences disponibles sur le marché.  Idem dans le public ou on ne parvient pas vraiment à recruter des pointures dès qu’on monte en puissance sur les technologies. A quand un cloud institutionnel ? Si c’est jamais, autant signer de suite chez Google et l’assumer une fois pour toute plutôt que de continuer à bricoler. Je ne compte plus le nombre d’échecs pour monter des réseaux sociaux professionnels ou associatifs faute de moyens ou de volonté réelle. Je ne parle pas des administratifs qui nous parlent  désormais de numérique et qui ont refusé tout un tas de projets précurseurs…

Je n’ai toujours pas compris non plus l’histoire des labels french tech, si ce n’est qu’on a l’impression que les villes préparent un dossier comme pour les Jeux Olympiques en espérant toucher le gros lot.

Je note aussi un malaise grandissant…y compris au Thatcamp de Lyon duquel je reviens. L’ambiance est retombée, les humanistes digitaux ou numériques semblent fatigués (moi le premier en tombant malade dès l’animation de l’atelier que j’animais), absorbés par une multiplicité de tâches grandissantes. Pourtant, le ThatCamp offre davantage de perspectives en matière de communication scientifique. J’espère que ce n’est qu’un mauvais passage.

Finalement ce triomphe de événementiel alors qu’on ne cesse de parler de durable est une vaste plaisanterie qui profite de la lente agonie de la valeur esprit.

ps: Olivier Ertzscheid nous montre ce matin qu’il ne faut pas désespérer et qu’il y a moyen de faire des choses en commun, et c’est bien l’essentiel.

Quel meilleur des mondes ?

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Un petit texte pour marquer la rentrée et impulser la dynamique de l’année scolaire et universitaire qui vient de débuter. L’envie aussi d’ajouter de nouvelles pierres à l’édifice du blog qui est désormais en pleine adolescence. Cela va bientôt faire quinze ans que cette aventure a débuté et le guide des égarés continue d’accompagner mes pérégrinations professionnelles et dans les milieux mouvants infodocumentaires. Je n’ai guère le temps de publier très régulièrement sur le blog qui n’est qu’un de mes modes de publication depuis quelques années. Je publie davantage finalement via des articles de recherche, des articles professionnels ou au travers d’ouvrages voire de romans désormais. L’année qui vient et notamment le prochain trimestre viendra confirmer cette tendance. Il est clairement hors de question pour moi d’être un monoblogueur et la variété des supports apparait comme salutaire dans cette entreprise de diversification. Mais laissons place au sujet du jour…

Tout semble désormais aller pour le mieux dans nos vies contrôlées par des algorithmes, nos choix sont intégrés dans la machine et de plus en plus anticiper. Nos désirs sont interprétés à l’avance et finalement l’information dont nous avons besoin nous ait fournis sans que nous n’ayons besoin d’opérer une requête. Les dirigeants opèrent de même en escomptant que les algorithmes se montrent capables en temps réel de leur conférer la décision adéquate. La démocratie ne devient plus alors qu’un artifice, un simulacre de la démocratie alors que les machines se sont montrées supérieures dans leur capacité à gérer le monde. L’intelligence collective s’est mise en place, mais ce n’est pas vraiment celle des hommes, mais davantage celles de nos technologies de l’intelligence.

A quoi bon dès lors se fatiguer puisque la réponse se trouve à une portée de clic, qu’elle est déjà potentiellement enregistrée quelque part et qu’il n’y a plus qu’à lire le scénario prévu selon les données qui seront apportées à la machine. Peut-il manquer des données ? De moins en moins, tout devient connecté (d’ailleurs que montre la montre si ce n’est nous, devenus monstre ?) ce qui minimise alors ce risque d’une mauvaise interprétation liée à des données manquantes.

Le texte d’Evgeny Morozov dont on trouve une traduction sur le blog de Paul Jorrion nous oblige à nous interroger sur le sens de la politique actuellement et dans les prochaines années, et le rôle du citoyen mais aussi de l’individu. On ne peut que constater qu’une fois de plus la course aux compétences et aux littératies prend sans cesse du retard face à l’évolution de nos quotidiens numérisés.

Bref, nos cerveaux sont englués dans le kragle, mais ce n’est pas grave, car tout est super génial !

Les murs célèbres des siècles précédents sont tombés (bien que d’autres voient encore le jour), mais nous sommes devenus les briques. Des briques qui prennent un sens que nous ne parvenons pas toujours à construire nous-mêmes et que des systèmes d’information trouvent à notre place.

Cette année sera l’occasion sur le blog de nous interroger sur ce qu’il est possible de faire. Probablement, une des pistes est de s’interroger sur ce qu’est l’information aujourd’hui et comment refonder la communication, au-delà des logiques néo-sophistes et des captations de l’attention, pour rappeler que la communication n’est pas que de la Com » mais surtout la possibilité de mettre en commun.

Repenser le commun, le travail en commun, l’intelligence commune face au désastre politique et aux nouvelles grammaires des existences, voilà des pistes à examiner.

De nouvelles perspectives que je tenterai d’exposer comme j’ai également envie d’évoquer une transition entre des lieux de savoirs qui deviendraient des milieux de savoir.

Retrouvons le sens de l’attention

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Pas vraiment envie de me lancer dans une série de vœux pour 2014, comme j’avais pu le faire par le passé avec un appel aux lecteurs de crâne de licornes. Néanmoins, impossible de ne pas réagir avec une certaine distance aux actualités peu réjouissantes à l’occasion de cette année 2014 qui verra au mois d’octobre les 15 ans de cette entreprise d’écriture et de communication qu’est le Guide des Egarés.

Je vois beaucoup de plaintes contre des phénomènes de censure diverses et variées avec des comparaisons qui n’ont pas lieu d’être. Il est plus facile actuellement qu’il y a 20 ou 30 ans de publier des commentaires et des avis et de l’information, quelle qu’en soit la qualité. C’est un fait. Cette liberté d’expression est souhaitable et nous nous sommes battus pour l’obtenir et il faudra encore prêter attention et veiller pour qu’il en soit encore ainsi.

Après il reste les lois pour éviter certains abus et appels à la haine. Elles sont utiles et sans doute insuffisantes, néanmoins on ne pourra jamais bâillonner les pires positions et les plus extrémistes. C’est le paradoxe de la démocratie et de la liberté que de permettre aux idéologies racistes et rétrogrades de pouvoir s’exprimer. Seulement, c’est aussi une des conditions de son succès. Si on ne parvient pas à les combattre, c’est que nous avons fait des choix mauvais collectivement, du fait d’idéologies qui prétendent ne pas en être, ou au contraire en considérant que tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles en accordant des droits sans se poser la question des devoirs afférents et des efforts pour y accéder. Nos exigences de liberté doivent s’accompagner d’exigences citoyennes. Or elles sont sans cesse menacées par des inégalités croissantes, par une éducation insuffisante, mais aussi parce que le consumérisme et le communautarisme prennent le dessus sur des idéaux républicains nationaux ou supranationaux. Du coup, il apparait plus rassurant que d’opérer un repli sur soi et sur les siens que d’aller se risquer sur des collectifs plus vastes.

Le rêve de Paul Otlet s’est transformé, passant d’une indexation des connaissances à une indexation des existences. On est en train de parvenir à documenter l’essentiel de l’humanité, parfois à son insu. Seulement, cette humanité croissante plus en nombre d’individus qu’en qualités partagées se trouve prolétarisée et sans cesse opposée. Elle ne parvient pas à mettre en place un esprit commun, faute d’accès à la majorité (au sens Kantien et de Simondon). Les Lumières sont menacées de toutes parts, y compris au sein de nous-mêmes. Le relativisme culturel menace et on n’ose affirmer le moindre mot sous peine d’être catalogué. Ce n’est pas de la censure, c’est de l’incompréhension.

On a perdu le sens et au doute conspirationniste succède alors le soupçon. Bien-pensance et mauvaises pensées ne mènent à rien, si ce n’est à rechercher l’attention pour obtenir de l’intérêt. Ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire, c’est qu’il faut dire n’importe quoi, pour être écouté. Le débat public est prisonnier de l’économie de l’attention. Il faut marquer les esprits ponctuellement, voire les déformer.

Voilà notre défi pour les prochaines années, parvenir à redonner du temps d’attention, notamment pour ce qui mérite des réponses nuancées et souvent complexes. Cela signifie une capacité à aller au-delà des logiques algorithmiques et de bouton-poussoir, au-delà des ouvrages ou thèses qui constituent des directeurs de conscience. Sans quoi les barbares auront gagné, puisque les propos mesurés seront devenus totalement inaudibles et incompréhensibles, tandis que les cris, les acclamations, les likes et les dislikes seront devenus notre seul langage commun.

Une des pistes est peut-être dans une position Holmesienne ou proche de celle de Guillaume de Baskerville.

Cette quête d’attention passe par la formation d’individus lettrés et bien documentés.

Les professeurs-documentalistes doivent d’abord obtenir leur autonomie !

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Les prochaines rencontres Savoirs-cdi « Autonomie et initiative : Comment le professeur documentaliste peut-il accompagner les élèves ? » marquent un recul inquiétant.

Ce recul s’explique car la direction en place chargée de la documentation n’a pas changé depuis trop longtemps. L’affiche des rencontres exprime bien cette volonté de transformation-disparition du métier. Le mot « documentaliste » a été d’abord privilégié à celui de professeur-documentaliste. Après quelques protestations, visiblement il y a eu un changement. Ce n’est pas une erreur d’inadvertance, c’est bien sûr volontaire. Cette stratégie a été répétée depuis de nombreuses années afin de nier sans cesse la fonction pédagogique et didactique de la profession. Pour preuve, la copie d’écran conservée dans le cache.

Le foutage de gueule, c’est également ce retour sur cette autonomie qui est conceptuellement difficile à bien cerner mais qui surtout on prétend demander aux professeurs-documentalistes de transmettre, d’enseigner … pardon d’accompagner. L’accompagnement, voilà une belle métaphore. L’accompagnement à l’école, étymologiquement, ça renvoie à la pédagogie, enfin à l’esclave chargé d’amener l’enfant à l’école. Ici, le nouvel esclave de nos inspecteurs généraux, ce sont les professeurs-documentalistes. L’autonomie, c’est aussi ce qui manque justement aux professeurs-documentalistes, une autonomie disciplinaire inexistante et refusée y compris dans sa légitimité didactique. Or c’est bien de cette autonomie dont il faut d’abord parler. En effet, comment peut-on encore accepter en 2013 des inspections par des personnes nullement issues du corps de base, qui n’ont jamais exercé la profession et qui n’ont pas non plus le bagage disciplinaire adéquat ? Comment imaginer des présidents de capes qui n’ont pas les diplômes en sciences de l’information et de la communication quand on sait qu’actuellement les historiens démissionnent en masse de l’agrégation car le président n’est pas un professeur des universités !

Il est vrai qu’au niveau du capes de documentation, difficile d’envisager une telle démission car les jurés ont été nommés depuis dix ans par la même personne… Et le nouveau président récemment nommé ne doit guère changé la donne. Beaucoup jouent serrés et craignent pour leur carrière. Je ne leur en veux pas et ils tentent d’agir du mieux qu’ils peuvent pour ne pas mettre en situation délicate les candidats.

Les rencontres à Amiens seront bien mieux policés qu’avec les précédentes à Rennes (lieu de résistance ?), avec bien sûr la stratégie du Learning-Center maquillé en 3C qui sera bien sûr le haut lieu de cette autonomie. Des rencontres où Jean Louis Durpaire n’aura pas besoin d’interrompre Alexandre Serres, interruption qui sera bien sûr effacée au montage. Le dialogue se fera entre Jean-Louis Durpaire et Jean-Pierre Véran qui s’amusent à distiller leur vision du CDI, de la documentation, enfin du learning center et dont on ne sait plus trop quoi d’ailleurs. Ils vont bientôt nous inventer ou plutôt piquer et transformer une autre idée venue d’ailleurs qu’ils auront trouvé sympathique. Du coup, on va avoir bientôt des LC managers, ah mince c’est en anglais, du coup ça va devenir des animateurs de 3C. Il suffira d’une courte formation pour faciliter les reconversions rapides… qui ne cessent d’agacer.

Il serait tant vraiment que la roue tourne. Les rencontres incitent les professeurs-documentalistes à accompagner à l’autonomie et à l’initiative. Et bien l’initiative, il est vraiment temps de la prendre. Si j’étais encore professeur-documentaliste, j’écrirai un texte au ministère ou je le ferai avec mes collègues et je demanderai une inspection dédiée et autonome par rapport à « la vie scolaire » et surtout de nouveaux inspecteurs généraux qui soient vraiment légitimes.

Je ne suis plus professeur-documentaliste officiellement, mais je reste attaché à la profession. Je souhaite dorénavant que les revendications autonomistes viennent du terrain et qu’elles puissent s’exprimer et ce d’autant plus si cette autonomie prend la forme, non pas d’un like mais plutôt d’un « coup de pied au cul ».

 

Ps : J’ai un peu hésité à pousser un nouveau coup de gueule, mais comme personne ne s’en est vraiment chargé, je m’y risque à nouveau. Je ne risque plus grand-chose, n’étant plus membre du capes sans avoir été réellement démissionnaire, mais plutôt démissionné et encore moins réintégré, bien que le ministère ait fini par me donner raison. Cela m’a couté un black-listage à l’Esen, rien de dramatique.