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Des propositions, du débat…même s’il n’y a pas de Christine pour faire péter la poire!

Chevalier, prof ou gourou ? Pierre Bellanger et la discrétisation des industries de services au sein de nos existences

Portrait de Pierre Bellanger
Image via Wikipedia

Je n’avais guère envie de bloguer depuis quelques temps, mais là, j’ai craqué après la découverte d’une information sur twitter me renvoyant au site d’owni qui évoquait une conférence qui ne pouvait me laisser de marbre.

On croit rêver quand l’Ecole normale supérieur prend l’initiative d’inviter un individu, Pierre Bellanger, qui n’a rien à envier à Patrick Le Lay pour vendre du temps de cerveau disponible sur les ondes radiophoniques et sur le pire réseau de blogs à la fois au niveau technique, esthétique et en terme de contenus : les skyblogs. Ces derniers qui ont longtemps fait du mal à l’image même du blog.

La conférence est parfois, notamment au début, d’une médiocrité incroyable avec des banalités et des métaphores à peine digne d’une mauvaise copie du bac. Evidemment, on n’y apprend rien et on est consterné avec la récurrente métaphore de la toile, métaphore depuis longtemps rendue caduque notamment par l’étude du « nœud-papillon ».

Bellanger évoque une pensée « web native » et ressort toutes les visions stéréotypées sur le papier. On croirait parfois revoir des réflexions d’il y a 10 ans, du moins au début…car il est du coup tentant de ne pas tout écouter et pourtant ! Internet et ses boîtes invisibles et un modèle « réseau-centrique » sont parmi les pseudos concepts scientifiques utilisés. Mais s’il faut trouver un intérêt à la démonstration, c’est la réflexion qui repose sur la volonté de capter l’attention des usagers à des fins publicitaires qui est bien le but recherché.

« La marque devient une personne », étonnante phrase à l’heure du personal branding. Mais c’est justement l’objectif du rapprochement, l’égalité de façade. Evidemment, le discours peut paraître séduisant avec ce renouveau publicitaire.

La « publicité active » qu’il évoque, devient un service intégré…soit disant pour être plus utile notamment pour faciliter les relations mais en fait c’est le summum des rétentions tertiaires et de la délégation technologique. Ce marketing relationnel que nous présente Bellanger, c’est l’étape suivante du triomphe des industries de service qui vont chercher à s’immiscer davantage dans nos vies, à devenir de plus en plus discrètes voire invisibles. Cette discrétisation est une forme de grammatisation publicitaire qui prolétarisera davantage l’individu qui n’aura plus les moyens de distinguer ce qui relève de la publicité avec cette marque devenue personne. Le pire de tout c’est que cette entreprise vise à nous transformer en outils publicitaires, ce n’est plus l’individu-citoyen qui devient l’objectif de la formation, mais l’individu-marque. Pour ma part, c’est un cauchemar, le summum de la culture de la déformation, la poursuite du paradigme informationnel. Sur tous ces aspects de grammatisation, de pharmaka, de discrétisation, etc. il faut aller voir au moins le site d’ars industrialis et bien sûr lire les travaux de Bernard Stiegler.

Le plus étonnant chez Bellanger, c’est le discours mensonger qu’il utilise en mettant toujours en avant les idées de liberté d’expression ou de services aux usagers. Or, il ne fait rien qu’enfermer intellectuellement et parfois davantage. Ce qui est intéressant, c’est que désormais les attaques de ce type vont se multiplier sur le web et l’Internet. Cela démontre l’extrême complexité à l’œuvre et l’enjeu urgent autour d’une culture des hypomnemata. Cependant, vu que la formation est désormais passée sous la coupe de l’Oréal, il est à craindre que les stratégies présentées puissent avoir le champ libre pendant pas mal de temps. Les Jedis des différentes littératies tenteront de veiller néanmoins.

La présence des poissons rouges est étonnante : au niveau feng shui, le placement d’un tel aquarium vise à capter les mauvaises ondes à la place des habitants. Si on se voulait sinistre, les poissons rouges dans leur pauvre bocal nous font surtout penser à notre future situation sur les réseaux.

J’en profite pour rajouter un extrait de ma thèse qui évoquait les skyblogs et les jeunes générations.

Le site skyrock.com et les blogs qui y sont associés ne sont pas conçus pour une lecture approfondie mais surtout pour attirer l’œil et l’envie de cliquer. Le zapping instinctif y est privilégié par rapport à une lecture réfléchie. Si la page d’accueil des blogs est plus fournie en textes, la qualité orthographique se trouve supplantée par un style proche du Sms. Le fond de page des sites de skyrock est un fonds publicitaire qui change quotidiennement. Pour un peu, voilà un système qui exploite au maximum les négligences, en incitant à cliquer sans réfléchir et en ne lisant que très succinctement.

Voilà qui démontre le fort éloignement de la skholé, ce qui a priori apparaît logique puisque la plateforme est justement à l’extérieur du domaine de l’étude (studium) et donc du studium legendi. Cependant, il ne s’agit pas pour autant du loisir de l’homme libre que constitue l’otium, car l’exercice d’écriture de soi que peut constituer le blog se trouve emprisonné dans des démarches de conformisme et d’invasion publicitaire. Nous sommes surtout dans le domaine du neg-otium, celui du des sphères marchandes.


Figure n°24. La prédominance publicitaire sur la page http://www.skyrock.com/blog/

Alain Giffard a également observé ce type de blogs et en conclut qu’il s’agit de systèmes non ouverts vers l’extérieur mais au contraire essentiellement tournés sur eux-mêmes et donc contraire à l’esprit du web :

Sur Skyblog, on recherche l’inverse : on met les jeunes à l’écart. On les sépare de l’ensemble du web en les empêchant de se mettre en relation avec cet espace.

Le milieu est donc celui d’un milieu dissocié où l’individuation ne peut se produire car elle se trouve court-circuitée par des modèles qu’il faut suivre, impulsés notamment par la publicité. Ce qui est recherché est la captation de l’attention à des fins publicitaires. Seulement, les jeunes utilisateurs de skyrock n’en sont pas conscients, tant le discours est celui de la libre expression. Or c’est pourtant tout l’inverse qui se produit. Les productions des adolescents sur les skyblogs se ressemblent énormément avec les mêmes processus d’écriture et d’utilisation des photos des autres. Finalement, la plateforme skyblog enferme l’adolescent dans des schémas préétablis.

<http://www.skyrock.com/> Sur la page d’accueil du site, il n’y pas de textes longs, que des mots courts ou des images animées qui donnent envie de cliquer à l’adolescent.

2 <http://www.skyblog.com/>

3 Ivan ILLICH. Du lisible au visible : La Naissance du texte, un commentaire du «Didascalicon» de Hugues de Saint-Victor. Op. cit.

4Interview d’Alain GIFFARD. Skyblogs, la grande secte molle. In L’école des parents N°577- Hors-série mars 2009 – Adolescents : Confidences sur Internet. Disp. Sur :
<http://www.ecoledesparents.org/revue/N577_libreacces.html>

update : Je trouvais guère novateur l’idée d’une networked literacy, mais après tout, ce n’est peut-être pas si idiot au vu des risques exposés.

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Apple et ses instruments de flatterie

Je n’ai pas grand-chose à rajouter aux propos de Narvic sur le positionnement d’Apple et le fait que les ambitions mercantiles de la pomme n’ont vraiment rien à envier à celles de Windows. L’ipad n’est pas une réelle innovation.

Je reproduis juste ce texte de Gilbert Simondon qui ne manque pas de me faire songer à chaque fois à la stratégie d’Apple, qui vise sans cesse la flatterie personnelle et probablement aussi « le signe extérieur de richesse » :

« Si nous considérons l’ensemble des machines que notre civilisation livre à l’usage de l’individu, nous verrons que leurs caractères techniques sont oblitérés et dissimulés par une impénétrable rhétorique, recouverts d’une mythologie et d’une magie collective qu’on arrive à peine à élucider ou démystifier. Les machines modernes utilisées dans la vie quotidienne sont pour la plupart des instruments de flatterie. Il existe une sophistique de la présentation qui consiste à donner une tournure magique à l’être technique, pour endormir les puissances actives de l’individu et l’amener à un état hypnotique dans lequel il goûte le plaisir de commander à une foule d’esclaves mécaniques, souvent assez peu diligents et peu fidèles, mais toujours flatteurs. »

In SIMONDON, G. (2007). L’individuation psychique et collective : A la lumière des notions de Forme, Information, Potentiel et Métastabilité. (p. 293). Editions Aubier. (p.522)


 

L’isolement des blogs ?

J’ai fini de lire hier soir l’ouvrage de Frank Rébillard « Le web 2.0 en perspective ».

Le livre est intéressant même s’il demeure trop ancré à mon goût sur une analyse socio-économique. Toutefois, c’était annoncé dans le sous-titre. Il s’attarde surtout sur les discours dont il démontre bien les tenants et les aboutissants et a le mérite de casser certains mythes en les remettant d’en une perspective historique plus large. Narvic en avait déjà parlé.

Mais c’est surtout un passage qui a fait tilt car il correspond à un autre paradoxe du web 2.0 qui est celui de distinguer des milieux d’initiés un peu isolés alors que les discours prétendent à l’inverse à l’émergence d’une participation où tout le monde est sur le même plan .Lorsqu’on se trouve au sein du milieu, on apprend beaucoup et on satisfait assez aisément (au prix d’un grand nombre d’heures de boulot) les différents besoins que j’avais déjà mentionnés auparavant.

Il demeure que tout le monde ne peut pas consacrer autant d’énergie pour être un initié.  Et qu’il faut donc créer des liens ce que démontre bien Frank Rébillard (p.69)

 » Difficile en effet de prendre « en cours de route » le train de la publication distribuée, dont le cheminement s’opère par renvoi de site en site, lorsque l’on n’a pas assisté aux échanges de départ. Difficile de ne pas se sentir « déconnecté » d’une communauté dont les membres sont surtout des auteurs de blog, et où les simples visiteurs s’avèrent  très peu nombreux. Ce fonctionnement en vase clos, sans forcément viser volontairement un tel enfermement, mais y conduisant souvent irrémédiablement du fait d’une surenchère dans  l’expertise et les commentaires, n’est pas de nature à élargir le public des blogs. » (p.69)

Tout cela pour dire que la liste de diffusion est parfois bien plus « sociale » que les blogs.

La bibliothèque 2.0 n’est pas arrivée à Fougères

Alors que je mène l’enquête sur la bibliothèque 2.0, je dois bien avouer que je crains un peu la poursuite de l’étude dans le concret en allant voir notamment les OPAC en place.

Celui de la BM de Lyon est une horreur, mais bon on peut le consulter de chez soi (enfin quand il fonctionne). Mais peut-être, l’accord secret avec Google prévoit la livraison d’un nouvel OPAC !

Par contre, celui de ma bibliothèque de ma ville (Fougères) est aux abonnés absents…heureusement, la médiathèque est récente et plutôt agréable même si certains personnels ont du confondre la bibliothèque avec l’administration pénitentiaire. Seulement voilà, je ne peux  jamais consulter le catalogue car l’OPAC ne fonctionne pas…depuis deux mois because le serveur est out et la dame à qui j’ai demandé le comment du pourquoi n’en savait guère plus et évoquait des problèmes électriques. Le portail ou site est donc également inaccessible.

L a bibliothèque 2.0 n’est pas prête d’arriver à Fougères, à moins que dans la conception de certains, la bibliothèque 2.0, ce soit les automates de prêts !

Tout cela pour dire, qu’avec une brigade d’interventions telle que l’imagine Daniel Bourrion, ce genre de problème pourrait être évité…. Il pourrait l’être aussi si certains managers étaient vraiment compétents avec quelques notions de technique, ça irait mieux. J’entends trop souvent des personnes qui se plaignent que les OPAC ne fonctionnent jamais.

S’il y avait un peu plus de bibliothécaires un peu 2.0, et efficaces, ce serait chouette aussi.

C’est clair, qu’il y a encore du boulot.

On a perdu la communauté biblio-fr !

La fin de biblio-fr est arrivée il y a quelques mois. Évènement tragique, mais qui semblait un choix opportun car on craignait que biblio-fr finisse par devenir mauvais tant certains messages ennuyeux y pullulaient même si l’ennuyeux pour certains pouvaient en passionner d’autres. Bref, on en avait tous un peu marre.

Mais seulement voilà, le temps passe et je m’interroge : que sont-ils devenus ces milliers d’abonnés, la plupart n’écrivant jamais d’ailleurs. Certes l’infopollution était de mise dans nos messageries avec ces messages sans fin mais cette liste nous rendait des services. Et dans ma situation présente, je suis bien embêté car je mène une enquête sur la bibliothèque 2.0 qui a bien du mal à décoller car il n’y pas biblio-fr pour la diffuser à grande échelle.

Je me rends compte de plus en plus que la fin de biblio-fr est bien plus que la fin d’une liste de diffusion. Elle a des conséquences innombrables notamment sociologiques et scientifiques (oui je pense encore à mon enquête…)

Biblio-fr jouait le rôle de mortier, c’était peut-être pas de la grand finesse, mais c’était robuste et efficace. En effet, qu’on soit d’accord ou pas d’accord, on pouvait débattre et se disputer sur l’agora, le lieu public de l’infodoc et des bibliothèques que constituait biblio-fr. Toute le monde pouvait écrire un petit message sans avoir besoin d’ouvrir son blog.

Les débats étaient plus animés que sur les blogs, avec plus de réactions notamment de personnes qui réagissent peu en commentaires sur les blogs. bibhybrideTout le monde pouvait être un peu alerté par les entêtes des messages même si pour certains des mots venus d’ailleurs comme flux rss, web 2.0, API, et autres circulaient parfois et leur faisaient un peu peur. Aujourd’hui, je crains que beaucoup ne consultant quasiment aucun blog, pensent que tout cela a disparu.

Certes la majorité des usagers semblait passive mais au moins on pouvait espérer être lu. J’en tiens pour preuve d’ailleurs qu’un message sur biblio-fr entrainait aussitôt sur votre site et blog, des centaines voire des milliers de visites. Ce qui est bien plus rare actuellement.

Alors, certes il y a désormais les logiques de flux qui semblent rendre caduques la messagerie et la liste de diffusion, mais quand même il faut avouer que la liste et la messagerie électronique conservent leurs vertus. Je peux me passer d’agrégateurs de flux pendant plusieurs jours, mais pas de messagerie. D’autre part, à force d’être partout, on finit par se disperser sur les agrégateurs, se ventiler sur les réseaux sociaux, et on se retrouve aux quatre coins de twitter éparpillé façon puzzle. Google finit par en savoir plus sur nous que nous n’en savons sur nous-mêmes!

Que dire si ce n’est que la livraison quotidienne de biblio-fr ne m’a pas manqué du tout au début. Quel soulagement, quelle décision écologique, je pensais. Mais je songe maintenant à l’ensemble de la communauté, dispersée façon grenade. Je m’inquiète aussi pour les « vieilles bibliothécaires » qui ont animé certains débats sur la liste. Certaines pensent désormaisbiblolab que tout est revenu normal et que les illuminés du cataloblog et de la mutualisation du catalogage sont morts. Elles ne sont sans doute pas au courant de l’existence du bibliolab et ne se sont pas rendues compte que le guide des égarés de votre serviteur a déjà 10 ans car elles ne voient pas le temps passer si vite. (moi non plus d’ailleurs…)

Bref, on a l’impression de n’être plus qu’un club VIP de la bibliothéconomie, des blogueurs et autres twitteux. Seulement voilà, à ce rythme là, l’ennui et l’autosatisfaction nous guettent. Pire la communauté de blogueurs déplorant l’absence de débats internes pourraient entraîner l’émergence de bandes rivales avec notamment celle de Silvère Mercier qui affronterait dès lors celle de Daniel Bourrion.bibblogenfer

Je songe aussi aux fans, à ceux qui en ont développé des addictions, notamment ceux qui lisaient tous les messages car ils avaient peur de rater quelque chose d’essentiel, ou ceux qui étaient persuadés de trouver trace d’une conspiration ou de traces de communication extra-terrestre. Beaucoup d’autres, et j’en fus, scrutaient biblio-fr dans l’espoir d’y trouver de précieuses annonces d’emplois. Il y a sans doute des fans déçus qui se contentent d’examiner les archives afin d’avoir leur dose quotidienne.

Je crois que la dépression biblioférique est un phénomène peu étudié car biblio-fr c’était une communauté, une communauté de pratiques certainement mais sans doute bien plus encore, un écho, un lieu où se tissaient des liens, où se jouaient certaines transmissions.

Désormais que faire ? Mais vous vous en doutez déjà, je n’ai qu’une chose à dire : il faut recréer biblio-fr !

Je sais qu’Hervé conserve l’adn de biblio-fr et qu’il peut refaire renaître la liste . Il est évident qu’il faudra l’imaginer quelque peu différente avec quelques manipulations pour l’améliorer. Sara Aubry reviendra telle Sigourney Weaver dans Alien, et s’il le faut on lui fera des injections ( à la liste, pas à Sarah) de bbiblio-frouillon ou de nectar.

D’ailleurs combien de personnes autrefois abonnées à biblio-fr connaissent le bouillon et le nectar ? Combien seraient-elles si biblio-fr existait encore ?

Doukipudonktan!

Kairos ~ 96
Image by Angélique ~ via Flickr

Doukipudonktan ! Je ne vois aucune autre interjection pour qualifier la fin possible de zazieweb.

C’est en fait toujours la même histoire qui se répète. Il y avait déjà eu mauvais genres. Moi même, j’ai échoué à faire reprendre d’autres projets que j’avais mené, notamment une base de cours en ligne à destination des professeurs documentalistes. J’ai échoué d’ailleurs dans la reprise de pas mal d’autres projets du même type. L’institution finit par démotiver les meilleures volontés qui finissent par aller ailleurs.

L’institution n’est pas la hauteur, ou plutôt ceux qui les dirigent. Ces derniers sont trop souvent  des managers qui présentent de forts déficits de compétences de terrain. Résultat, les bonnes idées sont souvent là, développées à la marge par des personnes motivées et intéressantes mais qui ne peuvent totalement suivre le mouvement dès que leur idée connait un certain succès, surtout si l’objectif n’est pas commercial. Pourtant la richesse est là, mais il est à craindre que plus ça va, plus le champ semble laisser libre à Google et compagnie.

Le problème, c’est qu’on ne prête qu’aux riches. Votre projet rapporte et reçoit d’autres financements, tant mieux, on va vous en donner d’autres. Si votre objectif est d’améliorer la connaissance, de faire progresser le partage de savoirs ou le partage tout court, vous ne rentrez pas dans la logique du toujours plus, des statistiques qui font plaisir aux dirigeants mais qui laissent la réalité bien loin des jolies courbes des données souvent bidonnées.

C’est dommage car il arrive parfois que des 40 000 euros soient mal dépensés.

Olivier Ertzscheid déplore à raison cette situation, tout comme Hubert Guillaud.

Cependant, cela ne peut que durer tant que l’on n’aura pas répondu à la question de Zazie dans le métro. Sinon les lamentins neurasthéniques vont envoyer Isabelle Aveline et beaucoup d’autres au cimetière des éléphants. En même temps, il est à craindre que beaucoup ne se préoccupent guère que Zazie ne finisse dans le caniveau.

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Classement wikio : quand il n’y a que la maille qui m’aille

Le classement wikio suscite quelques débats depuis l’arrivée massive de nouveaux blogs notamment féminin et plus particulièrement sur le tricot, le crochet.
C’est pour moi une excellente nouvelle car cela démontre le retour de savoirs et de techniques que l’industrie de consommation avait tenté de faire disparaître au profit de prêt à porter médiocre en qualité ou qui ressemble à des affiches publicitaires.
Bonne nouvelle encore, car le tricot, le crochet me fait penser à la veillée, où on partageait ensemble diverses activités. Désormais, il s’agit plutôt de tricot-thé qui sont tout aussi légitimes que les barcamps par exemple. Je suis d’ailleurs tenté par un mix des deux avec la mise en place de teacamp.
D’autre part, il est intéressant de voir que ces blogs mêlent diverses qualités qui démontrent que ces blogueuses ont une culture parfois supérieure à certains blogueurs masculins.
Elles s’expriment aussi bien voire mieux. Elle décrivent leurs activités, partagent photos et s’échangent fréquemment des patrons parfois complexes sur certains sites notamment anglosaxons, voire asiatiques.
Nous sommes clairement dans ce que Simondon nomme la culture technique. En effet, ces blogueuses n’en restent pas au simple usage, elles créent et ne se contentent pas toujours de refaire à l’identique mais innovent aussi. Une culture pas si éloignée de la culture hacker d’ailleurs.
Pour rappel, j’avais mentionné le travail en matière de crochet d’une scientifique australienne.
La même démarche se rencontre en cuisine et dans d’autres arts qui sont loin d’être mineurs et qui dépassent la kyrielle de blogs « techno » et pseudo branchés qui ne sont que le reflet de simples usages irréfléchis et de pression de la consommation.
Je note aussi que sur de nombreux blogs masculins bien classés et que je consulte souvent-et parfois avec plaisir d’ailleurs quand il y a de l’originalité, je retrouve sans cesse de l’information simplement adaptée de blogs anglophones avec la plupart du temps la simple expression d’opinions. Les analyses sont faibles et rares.
Techniquement, ce sont des blogs mineurs (à la fois au sens technique de Simondon, mais aussi au sens de Kant dans sa définition des Lumières) qui finissent par exceller dans rien mais qui publient sans cesse. Et on ne fait que s’entregloser comme le déplorait Montaigne. Nulle création de savoirs, une dominante de l’outil, du service à utiliser et à tester. On demeure dans le besoin d’affirmation plus que dans le besoin d’information. sans compter qu’au final, on n’échappe pas aux sphères de la publicité qui ne font que se déplacer et qui opèrent de manière différente. Le conformisme demeure de fait et se manifeste par les déclarations d’achat de tel ou tel produit Apple par exemple. De la même manière, très souvent les enjeux de citation et de backlinks participent surtout du conformisme et de stratégies de son besoin d’affirmation, et parfois également de stratégies de référencement à des fins publicitaires.
On se croyait à l’abri des stratégies commerciales qui opèrent sur les médias de masse, et nous nous trompions grandement. La blogosphère est complexe mais il semble que des modèles qui concernaient les entreprises glissent vers l’individu notamment avec les plateformes de réseaux sociaux. Et ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle quand de ce fait l’individu devient une marque. Nous nous transformons en pub et nous devenons de vulgaires camelots. Le personal branding en devient dès lors dangereux.
Cela ne peut que fragiliser l’individu. On imagine aisément les stratégies pour être en haut et les rumeurs et autres moyens de casser les réputations. L’autre risque c’est également celui de vouloir plaire et de séduire un auditoire large et consensuel…c’est le modèle TF1! Je n’ai aucune envie de cette blogosphère là pour ma part.
Il est donc nécessaire de reformer l’institution (notamment éducative mais pas seulement) non à des fins de surveillance (ce qui est sa tendance actuelle, ce qui témoigne à la fois de son efficacité limitée) mais de veille. Cela implique aussi parfois des hiérarchies non basées sur la popularité. Sur wikio, le lien fait par un éminent chercheur à moins de valeur que celui d’un blogueur professionnel. C’est Mallarmé qu’on ignore au profit de Johnny.
C’est le triomphe de la doxa. Le classement wikio est donc pertinent au sens sociologique pour connaitre ce qui est populaire et non pour décider de ce qui a de la valeur. Il reste qu’il manque d’autres liens comme ceux des flux et les liens twitter. D’ailleurs, je pressens une arrivée de wikio sur la mesure des liens twitter d’ici peu.
Cela signifie qu’il est insuffisant pour opérer une évaluation de l’information tout comme le Page Rank de Google ne constitue pas une garantie de fiabilité.
Puissent les parques blogueuses tisser de nouveaux liens et couper ceux qui ont déjà suffisamment déformé les esprits et ne pas se prendre dans les rets du pub system qui les menacent déjà.

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