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Des propositions, du débat…même s’il n’y a pas de Christine pour faire péter la poire!

Doukipudonktan!

Kairos ~ 96
Image by Angélique ~ via Flickr

Doukipudonktan ! Je ne vois aucune autre interjection pour qualifier la fin possible de zazieweb.

C’est en fait toujours la même histoire qui se répète. Il y avait déjà eu mauvais genres. Moi même, j’ai échoué à faire reprendre d’autres projets que j’avais mené, notamment une base de cours en ligne à destination des professeurs documentalistes. J’ai échoué d’ailleurs dans la reprise de pas mal d’autres projets du même type. L’institution finit par démotiver les meilleures volontés qui finissent par aller ailleurs.

L’institution n’est pas la hauteur, ou plutôt ceux qui les dirigent. Ces derniers sont trop souvent  des managers qui présentent de forts déficits de compétences de terrain. Résultat, les bonnes idées sont souvent là, développées à la marge par des personnes motivées et intéressantes mais qui ne peuvent totalement suivre le mouvement dès que leur idée connait un certain succès, surtout si l’objectif n’est pas commercial. Pourtant la richesse est là, mais il est à craindre que plus ça va, plus le champ semble laisser libre à Google et compagnie.

Le problème, c’est qu’on ne prête qu’aux riches. Votre projet rapporte et reçoit d’autres financements, tant mieux, on va vous en donner d’autres. Si votre objectif est d’améliorer la connaissance, de faire progresser le partage de savoirs ou le partage tout court, vous ne rentrez pas dans la logique du toujours plus, des statistiques qui font plaisir aux dirigeants mais qui laissent la réalité bien loin des jolies courbes des données souvent bidonnées.

C’est dommage car il arrive parfois que des 40 000 euros soient mal dépensés.

Olivier Ertzscheid déplore à raison cette situation, tout comme Hubert Guillaud.

Cependant, cela ne peut que durer tant que l’on n’aura pas répondu à la question de Zazie dans le métro. Sinon les lamentins neurasthéniques vont envoyer Isabelle Aveline et beaucoup d’autres au cimetière des éléphants. En même temps, il est à craindre que beaucoup ne se préoccupent guère que Zazie ne finisse dans le caniveau.

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Classement wikio : quand il n’y a que la maille qui m’aille

Le classement wikio suscite quelques débats depuis l’arrivée massive de nouveaux blogs notamment féminin et plus particulièrement sur le tricot, le crochet.
C’est pour moi une excellente nouvelle car cela démontre le retour de savoirs et de techniques que l’industrie de consommation avait tenté de faire disparaître au profit de prêt à porter médiocre en qualité ou qui ressemble à des affiches publicitaires.
Bonne nouvelle encore, car le tricot, le crochet me fait penser à la veillée, où on partageait ensemble diverses activités. Désormais, il s’agit plutôt de tricot-thé qui sont tout aussi légitimes que les barcamps par exemple. Je suis d’ailleurs tenté par un mix des deux avec la mise en place de teacamp.
D’autre part, il est intéressant de voir que ces blogs mêlent diverses qualités qui démontrent que ces blogueuses ont une culture parfois supérieure à certains blogueurs masculins.
Elles s’expriment aussi bien voire mieux. Elle décrivent leurs activités, partagent photos et s’échangent fréquemment des patrons parfois complexes sur certains sites notamment anglosaxons, voire asiatiques.
Nous sommes clairement dans ce que Simondon nomme la culture technique. En effet, ces blogueuses n’en restent pas au simple usage, elles créent et ne se contentent pas toujours de refaire à l’identique mais innovent aussi. Une culture pas si éloignée de la culture hacker d’ailleurs.
Pour rappel, j’avais mentionné le travail en matière de crochet d’une scientifique australienne.
La même démarche se rencontre en cuisine et dans d’autres arts qui sont loin d’être mineurs et qui dépassent la kyrielle de blogs « techno » et pseudo branchés qui ne sont que le reflet de simples usages irréfléchis et de pression de la consommation.
Je note aussi que sur de nombreux blogs masculins bien classés et que je consulte souvent-et parfois avec plaisir d’ailleurs quand il y a de l’originalité, je retrouve sans cesse de l’information simplement adaptée de blogs anglophones avec la plupart du temps la simple expression d’opinions. Les analyses sont faibles et rares.
Techniquement, ce sont des blogs mineurs (à la fois au sens technique de Simondon, mais aussi au sens de Kant dans sa définition des Lumières) qui finissent par exceller dans rien mais qui publient sans cesse. Et on ne fait que s’entregloser comme le déplorait Montaigne. Nulle création de savoirs, une dominante de l’outil, du service à utiliser et à tester. On demeure dans le besoin d’affirmation plus que dans le besoin d’information. sans compter qu’au final, on n’échappe pas aux sphères de la publicité qui ne font que se déplacer et qui opèrent de manière différente. Le conformisme demeure de fait et se manifeste par les déclarations d’achat de tel ou tel produit Apple par exemple. De la même manière, très souvent les enjeux de citation et de backlinks participent surtout du conformisme et de stratégies de son besoin d’affirmation, et parfois également de stratégies de référencement à des fins publicitaires.
On se croyait à l’abri des stratégies commerciales qui opèrent sur les médias de masse, et nous nous trompions grandement. La blogosphère est complexe mais il semble que des modèles qui concernaient les entreprises glissent vers l’individu notamment avec les plateformes de réseaux sociaux. Et ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle quand de ce fait l’individu devient une marque. Nous nous transformons en pub et nous devenons de vulgaires camelots. Le personal branding en devient dès lors dangereux.
Cela ne peut que fragiliser l’individu. On imagine aisément les stratégies pour être en haut et les rumeurs et autres moyens de casser les réputations. L’autre risque c’est également celui de vouloir plaire et de séduire un auditoire large et consensuel…c’est le modèle TF1! Je n’ai aucune envie de cette blogosphère là pour ma part.
Il est donc nécessaire de reformer l’institution (notamment éducative mais pas seulement) non à des fins de surveillance (ce qui est sa tendance actuelle, ce qui témoigne à la fois de son efficacité limitée) mais de veille. Cela implique aussi parfois des hiérarchies non basées sur la popularité. Sur wikio, le lien fait par un éminent chercheur à moins de valeur que celui d’un blogueur professionnel. C’est Mallarmé qu’on ignore au profit de Johnny.
C’est le triomphe de la doxa. Le classement wikio est donc pertinent au sens sociologique pour connaitre ce qui est populaire et non pour décider de ce qui a de la valeur. Il reste qu’il manque d’autres liens comme ceux des flux et les liens twitter. D’ailleurs, je pressens une arrivée de wikio sur la mesure des liens twitter d’ici peu.
Cela signifie qu’il est insuffisant pour opérer une évaluation de l’information tout comme le Page Rank de Google ne constitue pas une garantie de fiabilité.
Puissent les parques blogueuses tisser de nouveaux liens et couper ceux qui ont déjà suffisamment déformé les esprits et ne pas se prendre dans les rets du pub system qui les menacent déjà.

Besoin d’affirmation versus besoin d’information (et de formation)

Les jeunes générations ne conçoivent pas les objets techniques dans une perspective pédagogique ou d’acquisition d’informations et de connaissances. Ce n’est en aucun cas, l’objectif premier de l’usage des blogs, des réseaux sociaux, des messageries instantanées ou du portable chez beaucoup d’usagers. Il s’agit d’une nécessité de s’intégrer et de montrer à la fois sa présence et son apport individuel au sein d’un collectif. Pour autant, il ne s’agit pas d’intelligence collective ou collaborative, mais davantage de sociabilité juvénile pour reprendre l’expression de Cédric Fluckiger (1). Les adolescents notamment cherchent à se distinguer également de la culture parentale ainsi que de la culture scolaire, démarche essentielle à la construction du jeune adulte. Pour autant, nous ne pouvons adhérer à une vision qui fait du jeune, un individu auto-formé par l’entremise des objets techniques et encore moins comme des experts du web 2.0 comme le qualifie de manière absurde un récent rapport (2) sur les européens entre 15 et 25 ans. Il ne faut donc pas confondre les différents besoins des jeunes générations. Les études sociologiques relèvent donc principalement le besoin d’affirmation qui repose notamment sur l’exhibition de son capital relationnel, et de son affiliation au groupe, partie intégrante de la définition de soi adolescente.
Il faut donc ne pas oublier les autres besoins et notamment les besoins d’information qui sont tout autant des besoins de formation.

Le besoin d’information n’est pas toujours perçu par les jeunes générations. Finalement ce n’est pas tant le besoin d’information qui devient préoccupant mais son dénuement. La conscience d’un besoin d’information n’est pas automatique. Nous observons à l’inverse plutôt un dénuement.
Faut-il pour autant parler de misère informationnelle au risque de retomber dans les discours quasi eschatologiques de la société de l’information ou bien dans certains textes revendicatifs de l’information literacy y voyant le kit de la survie dans un environnement informationnel souvent hostile ?
Qu’importe qu’elles soient négligentes (3) ou homo zappiens (4), ou digital natives, les jeunes générations ont un besoin de formation préalable au besoin d’information. Il n’est pas étonnant que des universitaires hollandais(4) constatent que la surinformation ne dérange pas les jeunes générations. Leur relation à la technique est fort différente, l’information est négligée car l’objectif est d’abord celui du besoin d’affirmation. Nous pensons qu’au contraire cette surcharge d’information n’est pas perçue du fait d’un manque de connaissance et de formation qui aboutit à un dénuement informationnel. Le fait de considérer l’institution scolaire comme désuète face à des adolescents branchés se trouve fortement accentué avec les enjeux institutionnels autour du phénomène web 2.0.

Nous songeons notamment aux mécanismes de popularité qui prennent le pas sur l’autorité. Nous constatons d’ailleurs que le besoin d’affirmation est le moteur de la popularité et que ce phénomène devient de plus en plus désagréable et observable sur la blogosphère, les réseaux sociaux, mais aussi twitter et…les incessantes manifestations diverses et variées sur le web 2.0 et ses dérivés divers selon les domaines :la mode des discussions sur l’identité numérique, les forums d’enseignants innovants où il faut sans cesse s’affirmer…C’est épuisant, lassant et cela ne fait que témoigner de cette prédominance du prophète sur le prêtre.

Quand va-ton enfin sortir de l’âge de la vitesse !

Il est au contraire grand temps de revaloriser la skholé, cette nécessaire prise de distance, cet arrêt pour se concentrer et réflèchir. Une formation à l’attention qui constitue une démarche d’éducation tout autant parentale qu’institutionnelle et qui repose sur la veille et la prise de soin et non l’agon (5)incessant qui nous guette au sein des communautés du web, c’est à dire cet échange-combat où il faut toujours s’affirmer par rapport à l’autre.

Comme disait Baschung, il faut savoir dire « STOP »

1. Cédric Fluckiger. L’évolution des formes de sociabilité juvénile reflétée dans la construction d’un réseau de blogs de collégiens. Doctoriales du GDR TIC & Société, Marne-la-Vallée.15-16 janvier 2007 < http://gdrtics.u-paris10.fr/pdf/doctorants/2007/papiers/Fluckiger_C.pdf
2. Wainer Lusoli, Caroline Miltgen. (2009) Young peopl and emerging digital services. An exploratory survey on motivations, perceptions and acceptantce of risk.JRC. European Commision < http://ftp.jrc.es/EURdoc/JRC50089.pdf>

3. Sur le concept de négligences, voir notre article :
Le document face aux négligences, les collégiens et leurs usages du document » InterCDI n° 2002, juillet 2006, p87-90

4. Wim Veen et Ben Vrakking, Homo Zappiens : growing up in a digital age (London: Network Continuum Education, 2006).

5. Olivier Galibert. (2002) Quelques réflexions sur la nature agonistique du lien communautaire. In Actes du colloque. Ecritures en ligne : pratiques et communautés. Sous la dir de Brigitte Chapelain. p.378-395 <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/12/67/19/PDF/Actes_2_collo_ecritures_def2.pdf>

« Par moments, l’Homme a besoin de prendre le temps et de s’arrêter pour réfléchir… et cela, seul l’Homme est capable de le faire... » (Masamune Shirow faisant parler Daisuke Aramaki dans le manga Ghost In the shell)

jesuisinculte.com

Je n’ai pas vraiment réagi sur le projet Hadopi, si ce n’est en manifestant symboliquement mon opposition sur le blog.
Mais scientifiquement, je ne peux laisser passer toutes les absurdités : une député très active dans la défense du projet Hadopi s’insurge contre le terrorisme cybernétique (sic) et fait le plaidoyer du site de propagande ‘jaimelesartistes.fr » qui ne fonctionne plus suite à des tentatives d’intrusion.
Visiblement, elle mélange un peu tout et ne sait pas du tout ce qu’est la cybernétique.
Finalement, ce procédé est révélateur d’une incompétence totale qui est la preuve du mélange des genres entre culture et spectacle.
En rapprochant, la cybernétique avec le terrorisme, elle opère un rejet quasi total de la science de manière inconsciente.
Il semble qu’il faille tristement observer que le ministère de la culture devient de plus en plus le ministère de la société du spectacle dont le seul but est la génération de revenus pour les sociétés de production. Ces dernières privilégiant la vente et non l’accès au savoir et à la culture.
L’accès à la culture ne se fait plus, court-circuité par les industries télévisuelles et de la publicité qui ne permettent pas la réflexion et la construction. L’l'individuation, comme dirait Stiegler, ne peut s’opérer.
Dès lors, nous sommes dans le domaine de l’in-culte, à la fois parce que l’accès, autant au sens pratique, qu’intellectuel est impossible ou bafoué. Mais également, car il s’agit de substituer à la culture, un culte, celui du spectacle, du grand show et que tout est culturel à partir du moment où cela génère des revenus.
Alors on peut affirmer qu’on aime les artistes en jouant sur le terrain des affects et de l’émotion, mais le rôle de la politique est bien de sortir des passions pour aller sur celui de la réflexion et de la raison.
La tendance, il est vrai, est plutôt de privilégier les jeux du cirque et l’exposition de sa vie privée, plutôt que faire progresser la res-publica.

Twitter est une grande cour de récré

Twitter, au final , il faut mieux y être parce qu’on y apprend pleins de trucs, parfois fort utiles, lorsqu’il s’agit d’une information qui vous intéresse ou d’un article ou billet de blog que vous n’avez pas encore lu.
Parfois, aussi il s’agit de plaisanteries, d’exutoires ou autres délires de personnes qui ne sont pourtant plus des écoliers mais qui pourtant en ont encore conservé des traces. On est comme des gamins à commenter la panne de gmail un peu à la manière où on se disait suite au film du mardi soir: « et tu as vu le moment où Machin il fait ça? »
Voilà pourquoi twitter connait un succès. Il est basé sur des conversations, courtes en apparence mais qui dépassent les 140 caractères en tissant d’autres fils invisibles.
Twitter, c’est la cour de recré des « knowledge workers » qui sont victimes de la loi du cool comme le dirait Alan Liu. Avec twitter, ils sortent un peu de leur cadre, tout en ne le quittant pas complètement, c’est une autre manière de voir et de s’exprimer dans un même milieu. C’est la cour de récré de l’Ecole, à la fois dans l’Ecole mais aussi un peu en dehors, un entredeux salvateur qui rend parfois la vie moins pénible. Sur twitter, on est peu un comme Titeuf même si on ne dit pas tcho mais d’autres expressions assez similaires se rencontrent. Alors on ne sait pas si on bosse encore ou si on se détend, c’est aussi ça les règles du personal knowledge management.
Évidemment la récré est un peu mondiale, mais au final on y retrouve ses camarades et on peut décider qui peut entendre nos conversations ou presque.
Il faudrait sans doute aussi étudier qui sont vraiment les utilisateurs de twitter, mais j’ai l’impression qu’il correspondent pleinement à ces classes moyennes qui voient l’ascenseur social en panne et qui voient dans ces lieux d’autres moyens de constituer un autre univers, loin de ceux qui nous gouvernent ou qui prétendent pouvoir le faire et à qui on reconnaît de moins en moins d’autorités sur nos vies. Sur twitter, on dit tout le mal qu’on n’en pense, histoire de refaire le monde. On n’est plus proche de l’aiguillon Stéphane Guillon, que l’apathique Aphatie. Une revanche des classes moyennes ? (sur ces sujets lire les billets d’Emmanuel Parody et celui de Narvic)
Il y a sans doute une volonté de partager autre chose que la médiocrité de TF1 et autres idées reçues.
Sur twitter, on a l’impression de jouer encore aux billes mais on espère qu’à force de les faire s’entrechoquer, il va bien se produire quelque chose de bien, de magique et de sortir de cette crise dans laquelle ces prétendus adultes au pouvoir nous ont plongé. Car ce n’est pas qu’un crise économique, ce serait trop simple : c’est une crise générationnelle et inter-générationnelle où l’héritage ressemble de plus en plus à des dettes impossibles à solder et encore moins au tribunal de l’histoire.

La culture plutôt que le culte

Je publie sur le blog est un compte-rendu critique que j’ai effectué pour la revue Argus à la demande de son rédacteur en chef Jean-François Barbe. Il a été publié dans le précédent numéro d’Argus (vol.37.n)2/automne 2008) et vous pourrez m’y retrouver dans le prochain dans un article sur les signets sociaux.

Il s’agit d’une critique du livre d’Andrew Keene.
Le Culte de l’amateur. Comment Internet détruit notre culture, Paris, éd. Scali, 2008.

L’ouvrage d’Andrew Keen « Le culte de l’amateur » s’inscrit dans la lignée de ceux qui voyaient dans les illuminés de Bavière le groupe occulte agissant derrière toutes les révolutions, notamment la Révolution Française. Le Web 2.0 remplace ici la société secrète. Andrew Keen se pose en père moralisateur à l’instar de l’abbé Barruel. Seulement, l’auteur oublie que l’ancien modèle n’est guère plus vertueux.

Le réquisitoire de Keene s’inscrit dans une opposition symétrique aux zélateurs du Web 2.0 qui parlent de révolution ou de nouvel âge. Depuis Tocqueville, nous savons qu’il faut se méfier des ruptures historiques trop faciles. De la même manière, la volonté de Denis Olivennes dans la préface à l’édition française d’inscrire notre système actuel en tant qu’héritage remontant à l’antiquité grecque et que le phénomène Web 2.0 menacerait de détruire, est également un artifice rhétorique inacceptable. Car il n’y pas de complot Web 2.0.

Keen nous alerte néanmoins sur les modèles économiques qu’il va faudra construire, que ce soit depuis « l’économie de l’attention » jusqu’à la « long tail » Ce terme forgé par Chris Anderson désigne le fait que les niches économiques représentent un marché supérieur au marché des meilleures ventes citant l’exemple d’Amazon qui réalise l’essentiel de ses ventes avec des produits qui sont vendus peu de fois. Une réflexion intense devra  ainsi se mener, tant les mutations toucheront de nombreux secteurs de l’économie ; en premier lieu ceux de l’information, de la connaissance, de la culture et des loisirs. Nous remarquons que Keen aura réussi, quant à lui, à créer son modèle économique personnel en défendant les secteurs traditionnels de l’économie notamment américaine qui l’ont accueilli partout pour faire des conférences et des interviews dans les médias traditionnelsCrise de l’autorité

La plupart des évolutions décrites ne sont pas totalement nouvelles, le Web 2.0 ne constituant qu’un accélérateur. Nous avons nous mêmes également observé les défauts évidents du web 2.0 (« le côté obscur ») et notamment l’effet d’accroissement de phénomènes sociaux déjà amorcé bien avant la création d’Internet  . Il s’agit d’une crise de l’autorité, de plus en plus concurrencée par le phénomène de la popularité. Une telle réflexion se trouvait déjà dans l’ouvrage d’Hannah Arendt sur la crise de la culture. Désormais, la complexité s’accroît tant au niveau social que documentaire où nous sommes confrontés à une « tératogenèse  documentaire » car les documents numériques deviennent difficiles à saisir, pouvant être transformés et réutilisés. C’est la redocumentarisation qui est en marche et le « modèle du DJ » devient la norme tant les possibilités de mixage des applications et des données deviennent de plus en plus aisées.

Il est vrai que ces mutations peuvent faire peur et il est souvent tentant de réagir en idéalisant le modèle précédent, pourtant tout autant inégalitaire.

L’autre erreur serait d’instituer des amateurs en leaders, ce qui ne fait que renforcer les arguments de ceux qui tirent profit du Web 2.0. Les internautes ne sont pas les leaders du Web et pas même les fameux « digital natives », terme crée par le consultant Mark Prensky pour qualifier les jeunes générations baignant dans les nouvelles technologies, qui sont d’ailleurs fort rares. Cependant, il se développe une nouvelle classe d’acteurs sur ces réseaux tissant des relations amicales et professionnelles constituant une nouvelle élite que l’on pourrait qualifier de digerati ou d’initiés du numérique.

Culture de l’information

Il nous semble que l’élément important, qu’ignore d’ailleurs Keen, concerne la formation et notamment celles des jeunes générations. Trop souvent, les discours  mettant en avant la société de l’information ou la fracture numérique présentent des incitations idéologiques reposant principalement sur la nécessite d’acquisition de matériels informatiques . Cela a  pour conséquence l’oubli de la nécessité de former à la culture technique et numérique d’une part, et à la culture informationnelle et communicationnelle d’autre. C’est bien là ou se situe l’enjeu des projets sur les diverses littératies que nous observons actuellement au niveau international. Car derrière l’argument de la sagesse des foules, c’est en fait l’individualisme consumériste qui se développe. Il s’agit désormais de former les nouvelles générations au sens collectif et à l’intérêt général (« participatory culture », selon Henry Jenkins et Howard Rheingold), une mission qui incombe à l’institution et notamment à l’institution scolaire. Une réalisation difficile tant les médias et les industries de services court-circuitent sans cesse cette mission en privant l’individu de tout esprit critique et en le transformant en simple client toujours insatisfait. La culture commune ne devenant qu’une culture du pitre basée sur des séquences vidéos courtes et hilarantes opérant le passage du savoir au « c’est à voir ». C’est tout l’enjeu des nouveaux outils qui se développent à l’heure actuelle, ces hypomnemata comme les qualifie le philosophe Bernard Stiegler. Il s’agit de faire de ces outils des instruments qui vont nous permettre de sortir de la logique de la captivité de l’Ecole pour aller vers une relation entre professeurs et élèves basée sur la confiance. La relation évoluerait vers un suivi plus personnalisé et individualisé de l’élève par l’enseignant ce que permette notamment les plateformes d’enseignements en ligne qui constituent d’excellents prolongements de présentiel.

Finalement la situation finit par se retourner contre les industries de services et de programmes qui ont le plus détruit le lien social, mis à mal les institutions et la culture et transformé l’individu et le citoyen en les privant de leurs savoir-faire, de leur savoir-vivre et de leur savoir-être. En quelque part, tout cela n’est que la cause de ce que Joel de Rosnay nomme la révolte du « pronétariat ». Désormais pour les acteurs de la culture, de l’information et de la formation, il s’agit avant tout de veiller en mettant en valeur les bonnes sources et en re-formant les institutions tout en prenant soin des nouvelles générations.

Des communautés de pratiques aux communautés d’initiés : les digerati aux responsabilités ?

Plusieurs voix s’élèvent depuis quelques temps sur les listes de diffusion qui deviennent de plus en plus source d’infopollution et notamment celle de Bertrand Calenge. J’avoue que j’y participe de moins en moins et que je considère désormais que l’échange d’information s’effectue surtout ailleurs et de manière plus efficace et pertinente.
Les flux rss répondent en grande partie au besoin de veille informationnelle en évitant une partie d’infopollution même s’il en demeure notamment du point de vue de l’infoabondance.
D’autre part, j’ai le sentiment que se sont mises en place des communautés d’initiés réunissant des blogueurs et force est de constater la puissante présence des sciences de l’information, des bibliothèques et de la documentation dans ces réseaux. Les informations y circulent par messagerie mais aussi par système de recommandation via google reader ou via partage de signets en ligne tels diigo ou delicious voire encore ma.gnolia.
La bonne nouvelle c’est que la médiation est essentiellement humaine en témoigne d’ailleurs le projet des fous à lier.
Tout cela montre que les communautés de pratique demeurent utiles et que les listes de diffusion doivent continuer à jouer ce rôle de partage et de débats.
Mais il est évident que pour certains « digerati » ces modes apparaissent si ce n’est quelque peu désuet, certainement insuffisants. Au passage, il faut rappeler que les réseaux sociaux ne résident pas seulement sur des outils mais leur succès ne tient qu’à la cohésion et cohérence de la communauté.
Mais ce constat ne s’applique pas qu’aux listes de diffusion mais à la plupart des médias traditionnels. Je songe évidemment à la télévision mais également aux journaux et hebdomadaires avec sans cesse les mêmes chroniqueurs qu’il y a 10 ou 20 ans. Rien ne ressemble plus à un nouvel observateur d’il y a 10 ans qu’un nouvel observateur de cette semaine. Mais le nouvel obs n’est qu’un exemple parmi d’autres. Un terrible sentiment d’à côté de la plaque et que le vide n’est finalement pas vraiment du côté de la blogosphère mais du côté de ceux qui en sont restés aux anciens modèles et qui à défaut de pouvoir penser l’évolution et la technique dans de nouveaux milieux associés préfèrent célébrer le passé par ailleurs mythifié plutôt que d’aller de l’avant.
Comment dans un tel cadre, les jeunes générations peuvent elles avoir de l’espoir ?
Il est grandement temps d’un changement de décor et notamment de décorateurs : comment peut-on encore continuer à confier notre avenir à des personnes incapables de le penser si ce n’est à l’aune d’un passé par ailleurs fort restreint.

Il faut donc continuer à travailler et contribuer à bâtir des réseaux associés qui nous permettent d’apprendre des uns et des autres.

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