Pour un Bac H

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Evoquer un bac H n’est pas totalement nouveau. L’expression a été plusieurs fois utilisée par le passé pour suggérer une nouvelle orientation pour le bac L (Littéraire). L’idée était bonne et je pense qu’il faut la poursuivre mais en la réorientant dans une perspective nouvelle : celles des humanités numériques.

Rien de très original me direz-vous, pourtant il me semble que le moment est opportun si on souhaite susciter des vocations pour les domaines des humanités. Des enseignants tentent depuis plusieurs années de faire évoluer leurs pratiques et font entrer le numérique à la fois dans leurs pratiques d’enseignement et dans celles de leurs élèves. Il serait intéressant d’officialiser le mouvement.

Il ne s’agit nullement de céder à une mode mais de davantage « délivrer » des œuvres au sens où l’entend Claire Clivaz (voir aussi cet évènement) en évitant de sacraliser l’œuvre textuel ou papier de façon excessive, ce qui nuit bien souvent à la compréhension originale de l’œuvre. Il ne s’agit pas d’ajouter du fun et de préférer des lectures raccourcies ou ciblées, c’est en fait l’inverse : ajouter différentes strates de lecture d’une œuvre en permettant d’ajouter à la lecture traditionnelle de l’œuvre qui se déroule in extenso, d’autres modes de lecture notamment quand les textes sont numérisés. Il est ainsi plus facile de jeter un regard sur l’œuvre avec de nouveaux outils pour mesurer les occurrences, les champs sémantiques avec l’outil informatique. Il est aussi possible de reconstruire et d’augmenter des passages d’œuvres classiques et donc libres de droits avec des projets d’enrichissement de métadonnées, d’annotations, de commentaires mais aussi de commentaires critiques collectifs ou individuels.

On pourrait imaginer dans ce BAC H une option qui serait davantage informatique que mathématique avec l’apprentissage des algorithmes notamment de façon à ce que certains profils soient pleinement mixtes entre sciences dures et sciences humaines. Une option type informatique appliquée aux sciences humaines et sociales serait sympathique.

Outre la multiplicité des lectures possibles, c’est également une revalorisation des écritures associées. Quand je dis écriture, je songe également à toutes productions multimédia ou graphiques qui pourraient illustrer l’œuvre classique.

Mais on peut encore aller plus loin. Pourquoi ne pas en profiter aussi pour apprendre à écrire… Là aussi, le champ est vaste, tant les formes de l’écriture sont variées mais il me semble que plutôt que de demander à des élèves d’apprendre par cœur des commentaires d’une œuvre commentée en classe, il serait opportun de les placer davantage dans un champ de publication et de construction. Cette logique de l’écriture ne pourrait faire l’impasse des outils numériques et de leurs avantages et contraintes. J’aime beaucoup lorsque François Bon rappelle qu’il est utile qu’un étudiant se montre capable de prendre le contrôle de ses outils et qu’il serait intéressant que ce dernier commence par régler son traitement de texte avant de se ruer sur la page blanche en utilisant les cadres déjà prérenregistrés. Ces cadres ou architextes sont fortement présents dans le numérique. Il faudrait les enseigner pour mieux s’en défaire si besoin.

On touche ici l’intérêt évident pour former aux questions de la translittératie qui mêle EAM (éducation aux médias), éducation à l’information-documentation et éducations aux TIC. Une culture numérique qui rejoindrait pleinement la culture lettrée. Voilà l’enjeu, revenir aux Lumières, à l’essence même du projet Encyclopédique. D’où l’intérêt d’une culture technique au sens de Simondon, mais aussi dans un rapprochement lecteurs-makers. Voilà ce que pourrait être ce BAC H. Réconcilier ratio et raison, former des individus non hémiplégiques, ce que disait Michel Serres dans je ne sais plus quel texte, le tiers instruit il me semble. Il était d’ailleurs à l’époque beaucoup plus lucide qu’avec son mythe technophile de la petite poucette.

Il y a beaucoup à faire et à imaginer mais mettre un peu d’enthousiasme dans la machine scolaire serait déjà une bonne impulsion par ces temps où l’inspiration semble manquer.

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