Le lecteur trouvera ici quelques lignes qui figurent dans l’ouvrage du Tag au Like... Cette histoire s’inscrit dans une diminution de la part documentaire autant au niveau pratique qu’intellectuelle. Cette diminution est malheureusement constatable sous de nombreux aspects. Si certains se montrent incapables d’envisager un avenir à la documentation si ce n’est en procédant à une dilution progressive et en refusant la montée en puissance de la nécessité éducative, ils sont pour partie responsables de la dégradation documentaire que cela va engendrer dans les années futures en se contentant d’une formation à la marge.

Les boutons de type like marquent un changement important dans l’écosystème du web, avec l’affaissement de la dimension de l’indexation des folksonomies au profit d’une impulsion. Ce court-circuit limite pour l’internaute l’usage du raisonnement pour catégoriser efficacement et peut provoquer la fin des « milieux associés » comme les signets sociaux et les systèmes de biens communs. Cette transformation  profite aux industries qui tirent des bénéfices de cette dégradation. Quelques grands acteurs du web capteraient dès lors un grand nombre de médiations et de recommandations à leur seul profit. Le risque est celui d’une prise de contrôle qui repose sur des stratégies de captation de l’attention, afin d’éviter tout exercice de réflexion et d’évaluation raisonnée des documents et sources d’information.

 

1- L’impulsion du Like

Le like – et parfois le retweet sur Twitter –, correspond souvent une réaction immédiate, voire pulsionnelle. Le commentaire et l’annotation ne sont plus nécessaires, ils peuvent disparaitre au profit d’une logique binaire : « j’aime ou je n’aime pas ». Ce choix renvoie fortement à des jeux de l’enfance. C’est même ce qui désigne étymologiquement le in-fans (non-exprimé). Dès lors, le système place l’usager dans une enfance technologique qui l’empêche de devenir adulte.

Ce court-circuit ouvre aussi la possibilité d’une nouvelle médiamétrie : les like permettent de réaliser des profils types selon les classes d’âge, le sexe, la nationalité, etc. La somme des actions individuelles décrit des comportements et des avis collectifs. Nos écritures collectives finissent par ne plus nous appartenir, les synthèses sont produites par les machines.

Le like n’appartient pas qu’à Facebook, il prend une diversité de formes. Par exemple, Pinterest offre trois réactions possibles aux usagers à partir d’une photo présente sur la plateforme : le repin (la possibilité de reprendre la photo pour la punaiser sur son propre mur), le like (signale qu’on aime l’image ce qui lui permet de gagner des points dans les classements de popularité),  et la possibilité de commenter l’image, mais ce sont les deux premières fonctionnalités, impulsives, qui connaissent le plus de succès.

Le like est également présent sur Amazon. Cliquer sur le pouce levé permet à Amazon d’emmagasiner des données afin « d’améliorer notre expérience d’achat ». De nouvelles formes de like et de dislike vont probablement voir le jour.

 

2- Le like de Facebook

Facebook rassemble près d’un milliard d’usagers. Le temps de présence des internautes sur ce réseau social est supérieur à n’importe quel autre site web. Le film The social network rappelle que la première version, que met en ligne Zuckerberg en octobre 2003, est une application nommée Facemash où l’on peut voter pour la fille que l’on préfère à partir des trombinoscopes récupérés illégalement sur le site de l’université. Les usagers devaient donc choisir à chaque fois entre deux portraits et désigner celle qu’ils préféraient. La logique pulsionnelle, assez machiste et peu constructive n’a pas disparu puisque certaines applications permettent de faire la même chose à partir des profils Myspace. Plus récemment, l’application Hotstagram (hotstagram.com) permet de faire de même avec les photos d’Instagram.

Le like est donc une logique type facemash appliquée à grande échelle. Il faut en distinguer deux types :

– Le premier  exprime le simple fait d’aimer un statut, un commentaire ou une page d’un groupe de musiques ou d’une grande marque.

– Le second, une extension du premier, permet d’extérioriser le like à l’ensemble du web. Il est possible d’ajouter un bouton like à n’importe quel blog, de même qu’il est possible d’y intégrer un système de commentaires liés au profil Facebook.

 

- Je t’aime moi non plus

L’affichage d’un grand nombre de likes sur son profil participe d’un effet narcissique, sachant que le moindre commentaire peut être « aimé ». Dès lors, les statuts Facebook qui reçoivent beaucoup de likes témoignent de la popularité de leur auteur. Cependant, le like peut vouloir dire tout et son contraire, voire être un principe d’autodérision. Le mimétisme conduit à également apprécier un statut déjà plébiscité par le réseau d’amis.

Les logiques d’impulsion s’accompagnent aussi de stratégies de calcul pour montrer l’intérêt que porte un membre de Facebook à un contact par exemple…

 

La suite est donc ici

D’autres réflexions prochainement également pour faire face à la fin des temps.

One thought on “De la documentation à l’impulsion : du tag au like

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