Metaxu et hypomnemata : les signets sociaux comme milieux associés

Je redocumentarise ici un extrait de ma thèse qui aborde les signets sociaux et le concept de Metaxu qui est aussi le titre du blog de Philippe Quéau.

« en toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les Romains- le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous -, une personne cultivée devait être : quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé. » Hannah ARENDT. La crise de la culture. Op. cit., p.288

Ces compagnons peuvent être divers et recoupent aussi bien les objets techniques, les idées que les hommes. Nous remarquons dans la citation d’Arendt qu’il n’y a justement pas d’opposition entre nature/culture ni passé/présent. Il en ressort l’importance grandissante de la médiation au travers la constitution de milieux associés mêlant une diversité d’éléments, d’acteurs et d’objets.

1 Les médiations

« N’accepterais-je pas d’être guidé par une personne ayant une longue habitude de ces explorations et possédant des informations très poussées sur ces lieux ? »

H.P LOVECRAFT. Lui

C’est alors que la figure du metaxu telle que la qualifie Philippe Quéau apparaît :

Dans une époque comme la nôtre, prompte aux fractures, aux coupures, aux exclusions, nous avons besoin de nouveaux intermédiaires, et d’une pensée de la médiation. La médiation, c’est essentiellement la question de l’autre — dont nous devrions être les bergers — et non les loups.

De nouveaux intermédiaires émergent, tantôt relais d’informations, tantôt producteurs. L’intermédiaire, notamment humain, n’est pas une autorité traditionnelle : il ne doit son influence qu’à sa propre personnalité. Les metaxu permettent de créer des ponts et d’éviter les différentes fractures.

2 Les plateformes de signets comme exemple de milieux associés

Parmi les possibilités de réintroduire de la médiation et des intermédiaires figurent en premier lieu les signets sociaux dont la force réside dans leur caractère collectif. Il est possible d’identifier des personnes-ressources que l’usager perçoit comme référence, ce qui permet facilement ainsi de réaliser de la veille collaborative. Le site le plus connu est le pionnier del.icio.us
qui offre la possibilité de se créer un réseau (network) de membres dont on peut surveiller les derniers signets tagués. Ce système permet aussi parfois d’obtenir de l’information plus rapidement que ne l’aurait permis le moteur de recherche.

Ces systèmes reposent ainsi sur la sérendipité puisque l’usager y trouve parfois au hasard des informations et des sources pertinentes, en naviguant de mots-clés en mots-clés mais aussi d’usagers en usagers. Le choix de l’outil est donc important pour l’usager qui doit veiller à s’inscrire dans une communauté d’utilisateurs actifs. La démarche de recherche diffère donc de la requête via les moteurs car elle suppose une construction, voire un investissement si l’usager participe lui-même à cette veille collaborative.

Il s’agit aussi pour l’usager d’une meilleure prise en compte de son besoin d’information. Le site diigo a d’ailleurs renforcé les possibilités de veille en ajoutant la possibilité de créer des groupes thématiques. La pertinence évolue ainsi, s’inscrivant à la fois dans une construction personnelle sur du long terme et pas seulement sur une simple adéquation à une requête. Cette construction implique une participation à des groupes thématiques de veille ou tout au moins à une volonté de mettre ses découvertes à disposition des autres. Les sites de micro-blogging tels twitter participent de plus en plus du même esprit avec des échanges d’informations et de services.

La médiation comme recommandation : le tiers de confiance

Le partage nécessite une reconnaissance, celle de l’autre, celui à qui il est possible d’accorder du crédit : le tiers de confiance. Le tiers de confiance peut reposer sur différents types de recommandation à la fois la populaire mais également institutionnelle.

Certaines bibliothèques partagent ainsi leurs liens. Nous pouvons citer ici la bibliothèque de Paris 4. De même, pour la récente initiative du Cerimes (Centre de Ressources et d’Information sur les Multimédias pour l’Enseignement Supérieur) et de l’Abes (Agence bibliographique de l’enseignement supérieur) qui met en ligne les signets partagés par les bibliothèques universitaires.

Evidemment ces plateformes n’évitent pas les dérives de la popularité avec le fait que ceux qui suivent vos signets soient qualifiés de fans et que le nombre de fois où un site a été tagué est comptabilisé, ce qui permet notamment à delicious d’afficher en temps réel ce qui fait l’actualité. Toutefois, le nombre de fois où un lien a été tagué peut-être un indicateur de qualité surtout si vous retrouvez dans la liste de ceux qui l’ont tagué des personnes pertinentes. Il en demeure pas moins que la course au nombre de fans ou de « suiveurs » (followers) sur twitter constitue une dérive qui témoigne de la confusion entre besoin d’information et besoin d’affirmation.

Les deux types de recommandations peuvent donc s’avérer parfois difficiles à distinguer surtout si elles utilisent des outils similaires. Voilà qui plaide pour l’évaluation de l’information et notamment la capacité à distinguer l’auteur d’une source ou d’une ressource.

La veille collaborative au sein d’un milieu associé

Les plateformes de signets sociaux peuvent constituer des milieux associés au sens où l’utilisateur peut construire son environnement informationnel en construisant des relations de partage et de confiance avec d’autres usagers. De cette manière, l’individu accède par différents canaux à de l’information plus pertinente que par la logique du moteur de recherche. Cela implique une construction au sein d’un processus qui n’est pas linéaire mais davantage circulaire pour ne pas dire labyrinthique, car ces plateformes ne peuvent être considérés comme des éléments isolés mais faisant partie d’un ensemble beaucoup plus large au sein du web. Ces systèmes opèrent davantage une veille en tant qu’attention à l’autre qu’une surveillance.

Plus agréable que la médiation du moteur de recherche, elle est davantage basée sur une entraide et sur la constitution d’intermédiaires, qui sont des metaxu au sens que leur donnait Simone Veil, à savoir des éléments constitutifs de l’individu autant culturels qu’affectifs :

Les metaxu sont la région du bien et du mal. Ne priver aucun être humain de ses metaxu, c’est-à-dire de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n’est pas possible.

La proximité ici des metaxu avec les hypomnemata est frappante de par leur côté double : autant remède que poison. Ces médiations sont également des zones tampons face à l’adversité et les instruments de surveillance. Voilà pourquoi Philippe Quéau en appelle à un domicile numérique inviolable.

Il reste à savoir si ces systèmes peuvent connaître des adaptations et des transferts dans les milieux professionnels et dans l’exercice de sa citoyenneté où il s’agit de rendre opérante la culture de l’information.


Philippe QUEAU. Metaxu ? in Metaxu.le blog de Philippe Quéau. Disp. sur : <http://queau.eu/a-propos/>

2 <http:www.delicious.com>

3 <www.diigo.com>

4 Signets de la bibliothèque de Paris 4. Disp. sur : <http://delicious.com/bibliparis4>

5Signets. Liens sélectionnés par les bibliothèques universitaires. Disp. sur :<http://www.signets-universites.fr/>

6
Simone WEIL. La pesanteur et la grâce. Plon, 1951, p. 165.

7 Philippe QUEAU. Un domicile numérique in Metaxu. Le Blog de Philippe Quéau. Disp sur : <http://queau.eu/2009/03/11/un-domicile-numerique/>


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Rennessence : les mystères de Rennes. Chapitre 1

Les vacances étant désormais là, j’ai décidé de mettre en ligne, un roman qui traîne depuis trop longtemps chez moi.

Écrit il y a près de 10 ans, il est temps de le rendre public avec tous ses défauts. L’occasion aussi de le publier sous le pseudonyme de Tcerid Rezal, personnage créé au lycée et qui a quand même eu l’honneur d’être cité à plusieurs reprises dans mes propres copies…

Vous pouvez donc télécharger le premier chapitre ici.

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La désinformation par l’omission : Jean Pierre Pernaut en fossoyeur du journalisme

Le journal du 1er juillet 2010 de 13 de Jean Pierre Pernaut est un modèle du genre dans la désinformation par omission.

Symbole de la médiocrité et de l’incompétence de son présentateur, il s’agit un cadavre journalistique.

L’autopsie est facile à réaliser grâce à Tf1.fr qui nous propose le découpage du journal :

http://videos.tf1.fr/jt-13h/paroles-de-francais-rien-n-a-change-pour-jean-georges-5903871.html

Aucun sujet de politique ou de politique international et aucun sujet sur les affaires actuelles… bien évidemment.

Le comble du talent consiste à introduire le journal par …de la météo ! Et d’enchaîner ensuite par des sujets sur les vacances.

Un journal pendant lequel on n’apprend strictement rien et qui s’adresse à un public de retraités ou de vacanciers.

Exit donc également la marée noire, la réforme des retraites, le doute sur la rentrée prochaine dans l’Education Nationale. Aucun sujet de fond n’y est traité. Même plus belle la vie pourrait sembler aborder davantage de problèmes que le journal de Pernaut.

L’affaire Woerth est expédiée en 20 secondes avec un gros mélange avec l’autre affaire, l’affaire Banier. Du coup, le spectateur n’y comprend rien, et en plus Pernaut semble gêné d’en parler. Il est probable aussi que comme Pernaut ne parle pas très fort et avec un ton monocorde, les plus âgés n’entendent rien car le son est moindre que pendant les reportages.

Vous allez me dire que ce n’est pas une vraie omission puisqu’il en parle un peu. Mais c’est une omission dans la mesure où il n’y a pas d’enquête approfondie, pas de reportage, rien de fouillé. D’ailleurs, les autres reportages « plans plans » sont similaires, aucune donnée concrète, on reste sur du journalisme d’opinion. On est donc loin du journalisme et encore plus loin du journalisme tout court.

Finalement, 40 minutes de publicité pour l’Oréal ne seraient pas pires…

Il y a donc de quoi travailler pour réaliser l’éducation aux médias des jeunes générations avec ce genre de documents. Pour les autres, spectateurs avachis et autant déformés que désinformés, c’est déjà trop tard.

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Chevalier, prof ou gourou ? Pierre Bellanger et la discrétisation des industries de services au sein de nos existences

Portrait de Pierre Bellanger
Image via Wikipedia

Je n’avais guère envie de bloguer depuis quelques temps, mais là, j’ai craqué après la découverte d’une information sur twitter me renvoyant au site d’owni qui évoquait une conférence qui ne pouvait me laisser de marbre.

On croit rêver quand l’Ecole normale supérieur prend l’initiative d’inviter un individu, Pierre Bellanger, qui n’a rien à envier à Patrick Le Lay pour vendre du temps de cerveau disponible sur les ondes radiophoniques et sur le pire réseau de blogs à la fois au niveau technique, esthétique et en terme de contenus : les skyblogs. Ces derniers qui ont longtemps fait du mal à l’image même du blog.

La conférence est parfois, notamment au début, d’une médiocrité incroyable avec des banalités et des métaphores à peine digne d’une mauvaise copie du bac. Evidemment, on n’y apprend rien et on est consterné avec la récurrente métaphore de la toile, métaphore depuis longtemps rendue caduque notamment par l’étude du « nœud-papillon ».

Bellanger évoque une pensée « web native » et ressort toutes les visions stéréotypées sur le papier. On croirait parfois revoir des réflexions d’il y a 10 ans, du moins au début…car il est du coup tentant de ne pas tout écouter et pourtant ! Internet et ses boîtes invisibles et un modèle « réseau-centrique » sont parmi les pseudos concepts scientifiques utilisés. Mais s’il faut trouver un intérêt à la démonstration, c’est la réflexion qui repose sur la volonté de capter l’attention des usagers à des fins publicitaires qui est bien le but recherché.

« La marque devient une personne », étonnante phrase à l’heure du personal branding. Mais c’est justement l’objectif du rapprochement, l’égalité de façade. Evidemment, le discours peut paraître séduisant avec ce renouveau publicitaire.

La « publicité active » qu’il évoque, devient un service intégré…soit disant pour être plus utile notamment pour faciliter les relations mais en fait c’est le summum des rétentions tertiaires et de la délégation technologique. Ce marketing relationnel que nous présente Bellanger, c’est l’étape suivante du triomphe des industries de service qui vont chercher à s’immiscer davantage dans nos vies, à devenir de plus en plus discrètes voire invisibles. Cette discrétisation est une forme de grammatisation publicitaire qui prolétarisera davantage l’individu qui n’aura plus les moyens de distinguer ce qui relève de la publicité avec cette marque devenue personne. Le pire de tout c’est que cette entreprise vise à nous transformer en outils publicitaires, ce n’est plus l’individu-citoyen qui devient l’objectif de la formation, mais l’individu-marque. Pour ma part, c’est un cauchemar, le summum de la culture de la déformation, la poursuite du paradigme informationnel. Sur tous ces aspects de grammatisation, de pharmaka, de discrétisation, etc. il faut aller voir au moins le site d’ars industrialis et bien sûr lire les travaux de Bernard Stiegler.

Le plus étonnant chez Bellanger, c’est le discours mensonger qu’il utilise en mettant toujours en avant les idées de liberté d’expression ou de services aux usagers. Or, il ne fait rien qu’enfermer intellectuellement et parfois davantage. Ce qui est intéressant, c’est que désormais les attaques de ce type vont se multiplier sur le web et l’Internet. Cela démontre l’extrême complexité à l’œuvre et l’enjeu urgent autour d’une culture des hypomnemata. Cependant, vu que la formation est désormais passée sous la coupe de l’Oréal, il est à craindre que les stratégies présentées puissent avoir le champ libre pendant pas mal de temps. Les Jedis des différentes littératies tenteront de veiller néanmoins.

La présence des poissons rouges est étonnante : au niveau feng shui, le placement d’un tel aquarium vise à capter les mauvaises ondes à la place des habitants. Si on se voulait sinistre, les poissons rouges dans leur pauvre bocal nous font surtout penser à notre future situation sur les réseaux.

J’en profite pour rajouter un extrait de ma thèse qui évoquait les skyblogs et les jeunes générations.

Le site skyrock.com et les blogs qui y sont associés ne sont pas conçus pour une lecture approfondie mais surtout pour attirer l’œil et l’envie de cliquer. Le zapping instinctif y est privilégié par rapport à une lecture réfléchie. Si la page d’accueil des blogs est plus fournie en textes, la qualité orthographique se trouve supplantée par un style proche du Sms. Le fond de page des sites de skyrock est un fonds publicitaire qui change quotidiennement. Pour un peu, voilà un système qui exploite au maximum les négligences, en incitant à cliquer sans réfléchir et en ne lisant que très succinctement.

Voilà qui démontre le fort éloignement de la skholé, ce qui a priori apparaît logique puisque la plateforme est justement à l’extérieur du domaine de l’étude (studium) et donc du studium legendi. Cependant, il ne s’agit pas pour autant du loisir de l’homme libre que constitue l’otium, car l’exercice d’écriture de soi que peut constituer le blog se trouve emprisonné dans des démarches de conformisme et d’invasion publicitaire. Nous sommes surtout dans le domaine du neg-otium, celui du des sphères marchandes.


Figure n°24. La prédominance publicitaire sur la page http://www.skyrock.com/blog/

Alain Giffard a également observé ce type de blogs et en conclut qu’il s’agit de systèmes non ouverts vers l’extérieur mais au contraire essentiellement tournés sur eux-mêmes et donc contraire à l’esprit du web :

Sur Skyblog, on recherche l’inverse : on met les jeunes à l’écart. On les sépare de l’ensemble du web en les empêchant de se mettre en relation avec cet espace.

Le milieu est donc celui d’un milieu dissocié où l’individuation ne peut se produire car elle se trouve court-circuitée par des modèles qu’il faut suivre, impulsés notamment par la publicité. Ce qui est recherché est la captation de l’attention à des fins publicitaires. Seulement, les jeunes utilisateurs de skyrock n’en sont pas conscients, tant le discours est celui de la libre expression. Or c’est pourtant tout l’inverse qui se produit. Les productions des adolescents sur les skyblogs se ressemblent énormément avec les mêmes processus d’écriture et d’utilisation des photos des autres. Finalement, la plateforme skyblog enferme l’adolescent dans des schémas préétablis.

<http://www.skyrock.com/> Sur la page d’accueil du site, il n’y pas de textes longs, que des mots courts ou des images animées qui donnent envie de cliquer à l’adolescent.

2 <http://www.skyblog.com/>

3 Ivan ILLICH. Du lisible au visible : La Naissance du texte, un commentaire du «Didascalicon» de Hugues de Saint-Victor. Op. cit.

4Interview d’Alain GIFFARD. Skyblogs, la grande secte molle. In L’école des parents N°577- Hors-série mars 2009 – Adolescents : Confidences sur Internet. Disp. Sur :
<http://www.ecoledesparents.org/revue/N577_libreacces.html>

update : Je trouvais guère novateur l’idée d’une networked literacy, mais après tout, ce n’est peut-être pas si idiot au vu des risques exposés.

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Sur l’attention informationnelle

Howard Rheingold
Image via Wikipedia

Howard Rheingold qui demeure à la pointe de la réflexion et des pratiques sur les environnements sociaux et web, évoque de plus en plus les problèmes d’attention liés aux environnements multi-tâches.

Rheingold évoque le fait qu’il y a autant d’avantages que d’inconvénients dans ces environnements multi-tâches et qu’il conviendrait d’étudier les nouvelles potentialités offertes, ce qui ouvre un chantier scientifique transdisciplinaire.

Il y voit des risques évidents tant la gestion du multi-tâche ne peut se contenter d’une gestion simple des outils du web 2.0. En effet, il ne suffit pas de savoir comment taguer, comment récupérer un flux rss, ou suivre une personne sur twitter. Ce n’est donc pas seulement un problème d’usages mais bel et bien d’attention et de capacité à évaluer l’information. Howard évoque d’ailleurs bien le fait qu’une maîtrise des outils n’implique pas nécessairement une maîtrise de l’information. Des études, qui peuvent être toutefois critiquées, montrent que le multitache nuit parfois à la concentration et à la compréhension. C’est sans doute vrai dans la mesure où cette dispersion est généralement considérée comme intuitive aux digital natives. Or, il n’en est rien, elle implique une formation longue, qui peut être facilité par l’enseignant- si et seulement s’il s’avère capable de transmettre cette compétence- mais surtout par une pratique progressive des divers hypomnemata. Il est probable que des personnes possèdent des capacités accrues dans cette gestion du multi-tâche : des lecteurs rapides et efficaces au sein des environnements numériques, des transliterate people.

Rheingold a inventé un concept pour définir cette problématique, celui d’infotention qui mêle techniques mentales et techniques basées sur des outils. Ce concept que l’on peut traduire par attention informationnelle, se rapproche fortement de ce que j’ai cherché à définir dans ma thèse sur la culture de l’information même si ce travail définitoire n’a pas été compris ou apprécié. J’ai intitulé d’ailleurs une sous-partie de mon travail : la formation à l’attention.

L’enjeu de formation se trouve donc bien là dans cette attention informationnelle qui ne peut être qu’une qualité (Eigenschaft) individuelle mais à portée collective. Sans doute, le débat entre Pierre Lévy et Alan Liu pourra nous aider à y voir plus clair.

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Corrigé Epreuve 0 de composition du futur capes

J’ai été chargé de rédiger une correction de l’épreuve O de composition du futur capes de documentation.
Le sujet se trouve ici. Il s’agit d’un texte de Pierre Lévy. Et comme j’aime bien commenter Pierre Lévy, ça tombait bien.
Il a été finalement décidé de ne pas faire figurer les corrigés sur les sites officiels puisque certaines disciplines ne souhaitaient pas en proposer
Par conséquent, il a été convenu de la mise à disposition de ce corrigé sur mon site afin que les candidats puissent quand même en bénéficier.
Attention, ce n’est pas la panacée ni le modèle absolu. Les critiques sont donc encore possibles.
Vous pouvez télécharger le document ici.
Il est également disponible sur scribd.
CAPES 2011 annale 0 ép 1 corrigé Le Deuff

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Pour une évaluation diversifiée et de nouvelles métries

Geo-metrie
Image by Mihr* via Flickr

Je reviens donc comme promis sur les métries et ce à quelques jours de la non-conférence du Thatcamp autour des digital humanities. Il n’y aura pas d’ateliers autour des métries. Je pense qu’il s’agit néanmoins d’un enjeu important tant il y a de nouveaux aspects à évaluer notamment autour du blog.

Parmi ces territoires à évaluer, ceux des rapports du blogueur « scientifique » et de son lectorat. Comment mesurer son influence et notamment ses apports en matière de valorisation de son travail, la manière dont il fait mieux connaitre sa discipline, les formations qu’il dispense, les diplômes dans lesquels il intervient voire la notoriété qu’il apporte à l’université. De la même façon, en quoi il permet de tisser des liens avec le monde professionnel.

De nouveaux indicateurs semblent nécessaires dans ce cadre. Sans vouloir en faire des indicateurs absolus, il pourrait être tout aussi opportun de mesurer la portée de ses travaux dans le monde professionnel. D’ailleurs pourquoi ne pas développer déjà des indicateurs bibliométriques dans ce cadre ? (nombre de citations dans la presse professionnelle, parutions dans la presse professionnelle, etc.)

En ce qui concerne le blog, l’indicateur devrait à l’inverse de Wikio être plutôt composé à partir non pas seulement d’autres blogs mais d’un plus grand nombre de sites web en accordant notamment un plus grand poids aux sites à portée institutionnelle (ministère, signets de bibliothèque, bibliographies thématiques, sites de laboratoires, carnets de recherche, réseau de blogs reconnu comme Culture visuelle, etc.), afin de mettre en place un algorithme de popularité à pondération basée sur l’autorité institutionnelle.

L’idéal serait la production cartographique ou en rosace des travaux d’un chercheur ou d’un laboratoire suivant différents axes. C’est d’ailleurs ces aspects qui intéressent Antoine Blanchard, alias Enro, notamment en faisant référence à l’intérêt des théories l’acteur-réseau. Cela démontre l’importance équivalente entre la production de savoirs et inscriptions de son nom en tant que chercheur ou laboratoire sur des articles, et la traduction c’est-à-dire l’opération de communication et de recherches d’alliés qui permet la diffusion (contagion ?) des idées.

 

En ce qui me concerne, l’article le plus téléchargé sur archivesic est sur la thématique du web 2.0. Il est également un des plus cités. Problème, sa reconnaissance en tant qu’article pose problème puisqu’il n’est paru dans aucune revue. Sa valeur en tant qu’article n’est d’ailleurs pas reconnue notamment par certains membres des autorités institutionnelles. Il est pourtant cité et je croise quelques collègues qui me disent l’avoir pas mal utilisé. Par conséquent, quelle est sa valeur ? En d’autres termes, est-ce la revue qui fait la valeur de l’article où est-ce la suite qu’on lui donne ? Vaut-il mieux être publié dans une revue de rang A et ne pas être cité ou au contraire voir son travail cité et source de divers intérêts. Il convient donc de s’interroger aussi sur une portée de l’économie de la recherche et de ses propres travaux.

Evaluer signifie surtout conférer de la valeur et pas seulement vouloir appliquer un ratio. Nul doute que tous les éléments évoqués ne sont pas tous pleinement calculables mais au moins pouvant être source d’une forme d’évaluation. Il demeure qu’elle est toujours relative. Je partage d’ailleurs le point de vue du message twitter d’ OlivierAuber « tout ce qui est compté (ou pas) traduit le point de vue de ceux qui comptent ». Ce qui nous ramène aussi à Protagoras.

Par conséquent, je prône dès lors de rechercher un maximum de points de vue. En cela, la prise en compte de l’avis des étudiants ne serait pas un luxe en ce qui concerne les enseignants-chercheurs.

Il reste qu’on a toujours besoin d’être évalué par les autres, pour progresser. Evaluer c’est aussi conseiller, ouvrir à d’autres points de vue et méthodes. Pour ma part, les critiques même celles qui sont douteuses voire agaçantes, m’ont toujours fait progresser. Elles sont nécessaires tout comme l’artiste qui doit sortir de son cercle familial. La critique est donc une condition obligatoire à la science.

Il reste que cette critique ne doit pas s’arrêter aux estampillage et accessits qui émaillent les carrières. Il n’a rien de plus pénible que les enseignants qui dotés du capes, de l’agrégation, ou recrutés comme maitres de conférences, estiment qu’ils ont reçu un double 00, le droit d’avoir raison dans leur discipline et dans leur manière de faire et d’enseigner. Le blanc-seing ne doit pas exister.

L’évaluation, c’est une remise en cause ponctuelle, un élément de la faculté à progresser individuellement et collectivement. Attention, toutefois, à ne pas glisser non plus dans le fantasme de la bêta perpétuelle. Il faut donc trouver un juste équilibre entre stabilité et remise en cause, une « métastabilité » simondonnienne en quelque sorte.

Je pense qu’il est temps de commencer à bâtir ces nouveaux indicateurs, ces nouvelles cartographies, ces nouvelles métries : autant scientométries que nétométries. J’invite tous ceux qui veulent me rejoindre dans cette entreprise pour esquisser de nouveaux types de métries afin de pouvoir mettre en place un document de travail afin d’éclaircir ce que je viens d’exposer confusément.

 

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