Personnages en quête d’auteur. Le personnage du mois sur SavoirsCdi

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Certains le savent, j’ai repris depuis décembre 2015, la rubrique de savoirsCDI en ce qui concerne le personnage du mois qui avait été popularisé notamment par Marie-France Blanquet. La rubrique étant un lieu opportun pour les professionnels voulant réviser leurs classiques et un lieu incontournable pour les étudiants intéressés par l’histoire de la documentation et de l’information. Il était temps de lui redonner un second souffle, ce que je tente donc de faire.

J’ai fait le choix de plonger un peu plus loin dans l’histoire, car jusque-là la rubrique s’était principalement concentrée sur le XXe et un peu sur le XIXe. Certes, Christophe Dubois avait tenté une incursion dans l’Antiquité avec Callimaque, mais on était resté principalement sur de l’histoire contemporaine.

Dans la lignée d’une histoire longue des humanités digitales, j’ai choisi d’aller voir aussi les XVIe, XVIIe, XVIIIe en montrant l’importance d’autres personnages qui sont aujourd’hui quasi méconnus voire peu mentionnés par les professionnels de l’information et de la documentation. Sans vouloir nécessairement faire une histoire de grands personnages, il s’agit surtout de montrer que des préoccupations actuelles ont déjà existé durant les époques précédentes.

J’avais commencé en décembre avec Conrad Gesner. J’ai poursuivi récemment avec Adrien Baillet, personnage qui vaut lui aussi le détour.

Au menu pour la suite, des personnages connus et d’autres beaucoup moins forcément, mais qui n’attend qu’un auteur pour leur redonner vie. Le but est de montrer que l’histoire de l’information et de l’organisation des connaissances se déroulent sur plusieurs siècles avec des logiques qui s’opposent. C’est quasi digne de Star Wars, avec le côté lumineux qui cherche à améliorer l’indexation des connaissances et de l’autre, le côté obscur : l’indexation des existences. J’évoque cette opposition dans du Tag au Like, mais également dans un récent article sur les utopies documentaires pour la revue Communication et Organisation.

J’ai déjà listé une bonne trentaine de noms qui méritent que l’on raconte leur histoire, mais vous pouvez m’en suggérer d’autres… notamment s’il s’agit d’inconnus qui méritent qu’on s’intéresse à eux, en particulier s’il s’agit de femmes. Tous les acteurs féminins parfois passés sous silence m’intéressent particulièrement, car dans le listing que j’ai commencé à réaliser, je trouve beaucoup d’hommes, même si certes comme je me plais à le rappeler, certains sont entourés de femmes qui ont pu contribuer à leur réussite.

Le prochain personnage sera toutefois un homme, il est très connu, mais beaucoup ont oublié qu’il était d’abord un bibliothécaire.

La licence professionnelle, MIND, un nouvel esprit du digital à Bordeaux

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Je suis ravi de pouvoir annoncer le lancement prochain d’une nouvelle licence professionnelle à l’Université Bordeaux Montaigne et plus précisément à l’IUT de Bordeaux.

Cette licence s’intitule MIND, pour médiations de l’information numérique et des données. Dans l’idéal, on aurait pu choisir digital au lieu de numérique, mais il fallait rester cohérent avec notre filière du DUT Infonum, information numérique dans les organisations.

L’objectif est de former des professionnels sur des questions à la fois anciennes, mais de plus en plus renouvelées, notamment en ce qui concerne les fameux discours autour du Big Data et et de l’Open Data. La licence prend le contre-pied en se plaçant au-delà des fantasmes et des discours en mettant en avant de façon nette, le concept de médiation dont la licence entend tirer parti dans toute sa richesse. Le terme a été choisi à dessein plutôt que celui de management par exemple, mais également parce qu’elle correspond mieux à l’ancrage disciplinaire et scientifique de l’information et communication. La médiation permet de travailler autour des actions de médiation-formation, des actions de traitement, ainsi que dans l’étude des supports, des médias et des organisations qui sont concernés par ces problématiques.

La licence prend la suite d’une ancienne licence plus orientée ressources audiovisuelles. C’est donc à la fois une continuité dans le fait qu’elle s’adresse à des professionnels de l’information, mais aussi une rupture du fait qu’elle se place dans des secteurs d’avenir.

En effet, les métiers évoluent continuellement dans les secteurs de l’information documentation et de nouveaux besoins se font sentir. L’étroite relation qui s’opère entre l’information-documentation et la donnée est un signe clef, comme en témoigne le récent changement de nom de la revue documentaliste-science de l’information en I2D pour Information, documents et données. Une perspective qui rejoint pleinement celle de la licence qui ne veut pas pour autant éliminer les concepts de document et d’information, mais plutôt les articuler avec les dispositifs techniques actuels.

La licence s’inscrit également dans une volonté quelque peu pionnière dans sa démarche, car peu de formations en Aquitaine, mais également en France dans le numérique ont placé la question du traitement des données dans cette approche. Généralement, le positionnement classique sur ces questions est davantage orienté mathématique, informatique et éventuellement statistique. Nous souhaitons l’aborder de façon élargie, plus en lien avec les sciences de l’information et de la communication, mais aussi avec l’ensemble du mouvement des humanités digitales.

Il s’agit aussi d’éviter les discours enchantés autour du big data et de l’open data et donc au contraire d’en montrer les richesses, mais aussi les limites tant l’objectif est bien de promouvoir une approche construite et avec de la médiation autour des données, de l’information et du document et pas une simple logique algorithmique. Il s’agit donc de former des professionnels qui puissent organiser et traiter les différents types d’informations rencontrés et parvenir à optimiser leur traitement, leur utilisation et valorisation. On veut que nos étudiants soient de bons curateurs de données pour éviter le tragique syndrome du pdf inexploitable et qu’ils se montrent des analystes des données, des documents et des informations disponibles.

La licence ne forme donc pas des magiciens capables de comprendre des masses de données éparpillées. Elle cherche à former des professionnels qui seront amenés à produire les conditions d’une interprétation intelligente de documents, d’informations et de données dont l’éparpillement nuit à leur compréhension et à la constitution d’une certaine cohérence.

Elle s’inscrit donc dans une logique de renouvèlement professionnel avec des métiers dont on peine encore à imaginer l’intitulé.

La plaquette  de la licence professionnelle MIND est en ligne et j’interviendrai à plusieurs reprises pour la présenter notamment demain à 11h lors des journées portes ouvertes.

Mise à jour : le site de la licence professionnelle MIND est mis en ligne.

 

 

 

 

L’impératif digital ?

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Mon dernier billet sur les avantages du digital par rapport à numérique a suscité quelques intérêts et réactions notamment sur twitter. En dehors de réactions épidermiques, de quelques références au dictionnaire wikipédia, qui est en fait une charge contre digital, et à l’avis l’Académie française, j’ai vu peu d’arguments contre émerger.

Le billet s’inscrit finalement en parallèle avec le dernier article d’Alexandre Moatti dans la revue Le Débat. Sans prendre parti, il montre la montée en puissance du mot digital vis-à-vis de numérique, et pointe quelques éléments de langage qui méritent un examen plus poussé.

Il montre que l’expression cache parfois une volonté d’aller plus loin que le numérique et que cela suppose de passer à une nouvelle transformation et révolution digitale. J’avais précisé en effet que digital devenait de plus en plus employé dans les milieux du marketing, ce qui a fait dire à certains que justement c’était un mauvais argument pour l’utiliser. Ils oublient sans doute que numérique a été utilisé abusivement par les mêmes milieux.

On a l’habitude de ces évolutions dans les discours marketing et médiatiques, car ils sont porteurs de stratégie qui s’impose sans réel débat et opposition, car ils veulent s’appuyer sur des évidences qui visent à faire des nouveaux environnements technologiques des éléments naturels. L’objectif est celui de démontrer qu’il n’y a pas d’autre voie possible, et en cela les tenants de «  l’impératif digital » ne font que prolonger les discours de la société de l’information, des autoroutes de l’information, du web 2.0 décliné à toutes les sauces et des diverses déclinaisons du numérique.

Ces discours sont sans cesse portés par les lobbies industriels qui ont des marchés à conquérir et tentent d’immiscer partout et notamment au sein des institutions publiques. Le but est de développer des mécanismes de transformation qui peut-être produiront des effets opportuns pour ces institutions, mais qui surtout permettront des effets d’aubaine pour les industriels du domaine. Évidemment, il s’agit aussi d’imposer de nouveaux modes de management et sous couvert de coolitude (voir ce que dénonçait déjà Alan Liu en 2004) et  de nous démontrer que les changements à venir sont pour notre bien à tous et notre épanouissement, ce que j’ai tenté de montrer dans l’analyse d’une conférence.

Pour autant, faut-il se priver de digital ? Non, car je l’avais rappelé, digital est justement un pharmakon, ce qui montre bien la complexité à l’œuvre et les enjeux de pouvoir. En ce sens, il reflète mieux les tensions à l’œuvre et montre une fois de plus que cette histoire n’est pas qu’une affaire d’informatique… terme qui mériterait d’ailleurs d’être réinterrogé parfois.

Évoquer un impératif digital est intéressant à plus d’un titre, car cela exprime bien la tentation de désigner la voie à suivre et montrer le chemin… sans qu’on puisse le contester. C’est le côté obscur de l’indexation qui fixe la norme et désigne les hérétiques. Mais l’indexation a aussi un côté positif qui recherche la collaboration, le partage et l’organisation des connaissances. L’impératif digital ne peut s’imposer que s’il n’y a pas de contestation, et que les acteurs de la formation sont peu valorisés ou mis sous l’éteignoir.

À ce titre, on ne peut que s’inquiéter de l’évolution annoncée du Conseil National du Numérique, gadget prévu pour être un énième conseil théodule, mais qui a fait son travail bien au-delà des attendus ministériels, car on y trouvait une équipe investie et qui osait s’exprimer et surtout exprimer des avis contradictoires à ceux de la politique menée.

Une équipe d’emmerdeurs en quelque sorte qui n’ont pas compris que pour les gouvernants, ils ne sont là que pour conforter leurs dires et apporter un semblant d’expertise. Le Conseil national du numérique est trop résistant face à l’impératif digital, il faut donc le changer. Au menu, on nous annonce des copains et des lobbies, c’est plus conforme à la politique traditionnelle. Les chercheurs y seront moins présents. Mais ce n’est guère une surprise, ils cherchent des explications, alors qu’on leur demande de se conformer au dogme.

Par conséquent, il est probablement temps de continuer à se mettre à l’écart des instances pour continuer de porter l’esprit de la République digitale (sans doute un autre billet à venir…)

 

10 raisons de préférer digital à numérique

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Ceux qui suivent le blog, mais aussi mes aventures dans les humanités digitales savent que j’ai fait le choix de privilégier l’adjectif digital à numérique depuis quelques années. Le titre de l’ouvrage chez Fyp marquant délibérément ce choix sans pour autant revenir en détail sur cette position puisque le but était différent et qu’il s’agissait de montrer plusieurs points de vue, méthodes et concrétisations.

J’avais alors exposé ce choix ici dans un billet sur les humanités digitales et j’ai prolongé cette réflexion dans plusieurs articles de recherche notamment celui sur l’histoire longue des humanités digitales.

Je tente donc de rassembler tous les arguments pour dans ce nouveau billet pour un plus large public, tant on remarque la montée en puissance du mot digital notamment dans les sphères du marketing. À noter aussi que ce choix est depuis longtemps celui de Bordeaux et sa région notamment avec la semaine digitale. J’y serai d’ailleurs présent avec mes étudiants du DUT Infonum de Bordeaux.

Voici les 10 raisons principales que j’expose ici brièvement.

  1. Ce n’est pas un anglicisme, mais un latinisme. Contrairement à l’argument comme quoi digital serait une mauvaise transposition de l’anglais, il faut rappeler que le mot est bien initialement d’origine latine. Certes en français, il est souvent adjectivé sous sa référence aux doigts, mais il n’est donc pas totalement un anglicisme pour autant.
  2. De plus numeric existe en anglais… et justement se rapporte au nombre, à ce qui peut être calculé et dénombré. Par conséquent, si la langue anglaise a privilégié digital à numeric, c’est que sa portée est bien plus importante que cette mise en calcul.
  3. Cela réintroduit le doigt (n’y voir aucun mauvais jeu de mot !) et donc le corps. L’avantage est donc qu’on sort des logiques d’opposition entre réel et virtuel, entre une pensée ou une information qui serait l’essence des nouvelles interfaces et un corps qui serait d’importance moindre. On ne retrouve donc pas cette opposition entre le corps et l’esprit, mais au contraire une forme de symbiose proche du concept d’énaction.
  4. On comptait d’abord sur ses doigts (le digit)… Le corps est aussi un instrument et les doigts sont des moyens de pouvoir compter. Par conséquent, l’argument qui affirme que numérique est plus intéressant, car il retraduit mieux les logiques de calcul permises par l’informatique négligent le fait que digital prend également en compte cet aspect, si ce n’est qu’une nouvelle fois il rappelle de façon efficace l’historicité du phénomène.
  5. Cela prend mieux en compte les espaces tactiles qui se sont développés ces dernières années avec nos smartphones et tablettes, et les futures interfaces en construction. Digital permet de mieux exprimer le sens du toucher et d’autres sensibilités. Toutefois, il ne s’agit pour autant de rester dans l’imaginaire du monde des petites poucettes de Michel Serres.
  6. Finalement, les empreintes digitales ont évolué en étant initialement des prises d’empreintes pour la constitution de fichiers, notamment ceux de la police pour glisser dans la question de la présence en ligne et de la production des traces et des métadonnées que réalisent plus ou moins consciemment les internautes. On retrouve donc une tension intéressante qui montre la complexité du terme et le fait que digital s’inscrit dans une histoire passionnante…
  7. Cela replace la question dans une histoire longue : celle de l’indexation. L’indexation a deux visages. D’un côté, celui d’une volonté d’améliorer l’organisation des connaissances et de l’information avec des outils dédiés dont font partie les fameux index. De l’autre, ces méthodes ont permis la constitution de fichiers de surveillance, d’index de livres interdits. Cette histoire est aussi celle d’une dégradation et de changements de doigts : entre l’index qui désigne ce qui est important ou ce qui devrait être interdit, nous sommes en train de glisser sur la logique du pouce et donc du like. J’ai consacré plusieurs travaux à cette question dont notamment un ouvrage (Du tag au like)
  8. L’hypertexte est digital. L’histoire de l’hypertexte est bien plus riche et plus longue qu’on ne le croit. Elle précède de beaucoup l’informatique, comme tout ce qui se rapporte au digital finalement. Le symbole de l’hypertexte est en fait initialement une manicule, ce symbole qui désignait le passage à lire dans les manuscrits et qu’on retrouve aussi dans quelques imprimés. Une de mes étudiantes vient d’écrire un article à ce sujet.
  9. Numérique entretient une confusion avec informatique, si bien que certains acteurs de l’informatique se sentent légitimes pour la totalité des questions qui tournent autour des usages et des pratiques. Au final, tout le volet de formation risque de se résumer à une formation au code. Pourtant, les enjeux sont multidisciplinaires et méritent de plus amples enseignements.
  10. Le digital est un pharmakon comme la digitale, cette plante qui fournit un cardiotonique, qui peut être en excès un poison comme le savent tous les lecteurs d’Agatha Christie. Le pharmakon, tantôt potion, tantôt poison, renvoie à la position des objets techniques dans nos cultures qui sont parfois jugés moins légitimes que d’autres aspects culturels. Ce pharmakon est aussi le bouc émissaire, le coupable désigné par les médias et les politiques parfois. Mais il est vrai qu’au discours technophobe s’oppose le discours technophile, qui voit dans la technique la panacée. On comprend de ce fait, que digital retraduit mieux ses tensions et oppositions et le besoin de trouver une position mesurée…Ce moment où la question du digital ne se posera plus.

Le storytelling de l’ultralibéralisme

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Depuis quelques jours circule une conférence Ted sur les générations Y (241 000 vues). J’ai fini par écouter, et j’ai eu raison, car c’est un cas d’école. Une conférence sur les jeunes générations est intéressante a priori, notamment quand elle prétend sortir des caricatures négatives. Seulement, la conférence incarne une série de discours qui ne peuvent qu’intéresser les sciences de l’information et de la communication, tant il s’agit justement d’un discours qui se veut évident, et qui ne souffrirait d’aucune contestation. On a un véritable storytelling de l’ultralibéralisme sous couvert de coolitude (qui n’est pas le cool, mais le kiff…). La vidéo est un bon exemple à étudier dans toutes les universités pour démonter ce type de discours qui fonctionne de manière viral, mais qui est n’en fait qu’un produit idéologique mâtiné d’agitation de l’esprit, c’est-à-dire d’une stultitia opposée à une skholé.

La vidéo est ici :

La conférence d’emblée prétend prendre de la hauteur vis-à-vis des discours. Mais il ne s’agit pas d’hauteur, mais d’une forme de mépris ultralibéral, ce qu’on comprendra après avoir tout entendu. Ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt favorable au changement, mais jamais de manière béate. Je crois aussi ne pas être un antilibéral, bien au contraire, mais impossible de rester impassible face à une telle soupe.

On reste aussi dans une logique de rupture générationnelle avec le propos classique sur le volume massif des nouvelles générations qui vont devenir majoritaires sur la planète. C’est le discours classique des digital natives de Prensky avec une nouvelle génération amenée à avoir une influence aussi forte que les baby boomers. Le mot digital natives est d’ailleurs convoqué avec une référence à Michel Serres (référence qu’on retrouve sur une des entreprises de la conférencière, the boson project…)

La conférencière sort alors le concept de post-moderne comme s’il était évident. Sans doute pour accroître l’idée qu’il y a comme une réflexion philosophique dans ses propos.

« Première génération omnisciente… grâce à l’externalisation… » C’est clairement en effet le sujet intéressant, mais la conférencière ne l’interroge pas, il est vrai que le format ne s’y prête pas.  On espère entendre parler d’hypomnemata… mais non, le temps est à l’assimilation d’un discours révolutionnaire technologique qui permettrait la révolution politique. Et de ce fait, on arrive alors au mensonge le plus total : on peut faire tomber un gouvernement en une portée de clics, affirme la conférencière! Ici, on  touche le fond  car on est dans la confusion avec les révolutions arabes qui ont pu s’appuyer les réseaux sociaux comme twitter mais pour s’organiser. On confond organisation et information, ainsi que communication et action. Si personne ne prend un risque en descendant dans la rue, les pétitions ne vont pas mettre les gouvernants dehors. Si les Syriens pouvaient choisir entre partir en exil, et virer les différents courants politiques anti-démocatiques en un seul clic, ce serait si simple ! Mais bon la conférencière n’est pas une scientifique, c’est une entrepreneuse, elle a donc toute légitimité…

Arrive ensuite  le passage sur le monde du travail avec les problèmes managériaux qui gêneraient particulièrement les jeunes générations. Les problèmes managériaux gênent depuis longtemps beaucoup de salariés… les syndicats sont là pour en témoigner. Alors certes plus de jeunes effectivement tentent de voir ailleurs quand ils ne sont pas satisfaits… mais c’est quelque chose qui n’est pas si nouveau non plus. On ose davantage changer quand les charges de famille sont faibles et qu’on pense tenter sa chance ailleurs. Rien de nouveau à ce que ce soit le cas pour les jeunes actuellement malgré un chômage élevé. Il est probable que l’attitude changera lorsqu’il y aura une sorte d’équilibre entre satisfaction personnelle et des aspects plus pragmatiques. Durant les années 60, la situation permettait des changements de travail beaucoup plus fréquents. Il était possible de quitter un boulot le matin pour en retrouver un autre dans la journée. En tout cas, la conférencière confond son propre cas avec celui de l’ensemble de toute une génération.

Vient ensuite, le discours classique que la jeunesse espère opérer des changements. Là aussi, finalement, on s’agace un peu, car après tout, c’est quoi cette jeunesse… la conférencière parle globalement d’une génération qui serait somme toute similaire partout. On sait que ce n’est pas de la sociologie, mais vouloir mettre tout le monde dans le même panier.

Si le discours apparaît celui du changement, certains mots interpellent rapidement…quand la conférencière affirme que la jeunesse fait « le pari de la flexibilité avant la sécurité « (7min 36)… On a un doute, car c’est pile le discours libéral classique. On pense néanmoins que cela peut être une critique envers l’obsession sécuritaire qui pèse sur le pays des mois, mais la phrase suivante est claire : « l’exemplarité avant le statutaire ». On est totalement dans le discours libéral  qui vise sous couvert de changements super sympathiques à casser des acquis sociaux.  Je me demande encore ce qu’elle entend par exemplarité… Pour ce qui est « de l’ambition de s’accomplir » avant celle de réussir, on pourrait se rassurer,  mais après réflexion on se dit qu’au final les discours libéraux du genre : « l’important ce n’est pas le salaire mais l’accomplissement personnel… » font pas mal écho à ce genre de position. Il est vrai que la littérature sur le sujet abonde, et c’est assez pratique car cela fait reposer ses difficultés personnelles et financières sur une incapacité personnelle à s’accomplir.

Attention, à 7minutes et 50 secondes arrivent le concept de fin de l’histoire ! Fukuyama is back ! On sait que cette théorie intéressante puisait aux visions de Hegel puis de Kojève dans l’espoir que l’histoire était en marche vers une démocratie grandissante qui allait concerner toute la planète. Chez Fukuyama, c’était l’alliance entre le capitalisme et la démocratie qui incarnait cette promesse avec une forme de normalisation qui allait s’imposer à tous. Le capitalisme a viré casaque depuis longtemps…

La conférencière propose alors un modèle en rupture avec des jeunes générations qui ne seraient pas promises à un avenir plein de réussite, mais qui auraient alors besoin d’imaginer un autre monde quelque peu à côté… avec de la précarité (le mot est prononcé sans que ce soit perçue si négativement). Des lors s’en suit un couplet sur la série d’expériences professionnelles dont il faut que  le jeune parvienne à trouver un sens lui-même. On imagine bien que ce sera plus facile à faire quand on aura enchaîné quelques stages durant son cursus dans de bonnes formations et d’excellents CDD dans de grosses boîtes, que des stages raccros et de petits contrats sans lendemain pour subsister. Mais bon, ce n’est pas grave… car du moment qu’on en trouve le sens soi-même…(ce n’est plus le sens de l’histoire, c’est le sens de sa propre histoire…)

La phrase suivante finit d’achever la parabole libérale en introduisant le fait que finalement le problème, ce n’est pas tant la génération Y que les nouveaux modèles à venir… digitalisation ubérisation, le tout mis sur le même plan.

Vient ensuite le discours sur l’autre génération, les Z…avec une lutte espérée par certains qui n’aimeraient pas les Y, mais la conférencière cherche à démontrer que les Z parachèveront le travail des Y. Attention, la demoiselle mentionne alors une enquête sur les moins de 20 ans qui perçoivent essentiellement l’entreprise de façon négative… ce qui est selon elle l’héritage et donc la faute d’une génération de quadras : leurs parents (on nous refait le coup de la rupture générationnelle, et des jeunes in et des vieux cons).  Vient ensuite, le discours libéral traditionnel du « français qui n’aime pas travailler »… avec les « on vit pour les RTT, on vit pour les We, les vacances, et les retraites ».

Il faut « kiffer le travail » pourtant sans que le concept de travail ne soit convoqué et interrogé. Pourtant, c’est là que ça aurait pu être intéressant.  La démonstration préfère s’appuyer sur le fait que… miracle, beaucoup de ces jeunes voudraient être entrepreneurs… et non pas des  fonctionnaires (le mot est négatif dans sa bouche)…

Elle montre alors qu’il y aurait un changement de perspective… voulu par les jeunes qui souhaiteraient être leur propre patron dans l’avenir et qu’ils feraient donc le choix de mettre leurs compétences au service d’un patron et non pas le fait d’être embauché. Le discours paraît sympathique, et moi-même je le dis souvent à mes étudiants que ce modèle ira croissant avec des logiques de prestation. Mais le grand mensonge est de faire croire qu’il s’agit absolument d’un choix ! Il est probable que la disparition progressive du salariat finisse par s’imposer… mais il est vrai que c’est tellement mieux de faire croire que c’est ce que les jeunes veulent !

Le modèle du freelance est décrit ainsi comme un modèle évolutif qui va permettre de changer la donne car les compétences sont amenées à évoluer sans cesse. Du coup, mais on aurait pu s’en douter arrive le « A quoi ça sert l’école ? » et le rejet des diplômes. Là aussi, le coup est assez classique, on ne peut qu’être d’accord qu’un diplôme ne fait pas tout. Mais les glissements sont puissants et dangereux et on comprend que l’école est has been et qu’elle ne prépare qu’à des compétences qui vont disparaître. Là aussi, on perçoit la confusion sur le rôle de l’Ecole, dont le but est avant toute de former des citoyens et pas seulement des travailleurs. On ne peut d’ailleurs que rappeler le danger à vouloir entrer à tout prix dans des logiques des référentiels de compétences… car inéluctablement les entreprises finiront par dire que les diplômes sont sans cesse dépassés et il n’y a qu’un pas pour qu’on introduise le diplôme chronodégradable. Mais ce n’est pas fini, la conférencière assène ses évidences :

« L’entreprise va devenir l’école » ce qui ne peut qu’interroger… Si en effet, le besoin de formation s’exerce tout au long de la vie, il n’est pas certain que ce soit l’entreprise qui soit le meilleur cadre pour cela. Mais puisque c’est le kiff…

La conférence fait donc peur à plus d’un titre même si elle endosse un visage qui se veut « bienveillant », « osons la bienveillance » est son dernier mot d’ailleurs. Pour autant, il n’y nulle bienveillance ici. C’est Raymond Barre qui dit aux jeunes de créer leur entreprise, sauf que physiquement ce n’est pas Raymond bien sûr.  L’ultralibéralisme est plus séduisant et ne ressemble plus à Madame Thatcher, ce qui le rend encore plus dangereux.

 

Les humanités digitales : un renouveau pédagogique ?

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Je publie ici ce travail initialement destiné à une revue de vulgarisation de la recherche, mais qui a finalement été refusé pour des motifs inconnus. Je préfère le mettre ici en ligne : il s’adresse à un public élargi car les initiés des humanités digitales n’y apprendront rien de particulier. J’espère néanmoins que l’année 2016 verra davantage de publications et de manifestations sur cette thématique (d’après mes infos, cela devrait être davantage le cas !)

Le contexte des humanités est d’abord celui d’une interrogation des processus et méthodes de recherche avec l’utilisation de plus en plus fréquente d’outils issus de l’informatique. Parmi les définitions les plus générales et consensuelles, celle issue du manifeste du ThatCamp[1] de Paris 2010 apparaît comme étant la plus claire et la plus efficace :

« 1. Le tournant numérique pris par la société modifie et interroge les conditions de production et de diffusion des savoirs.

  1. Pour nous, les digital humanities concernent l’ensemble des Sciences humaines et sociales, des Arts et des Lettres. Les digital humanities ne font pas table rase du passé. Elles s’appuient, au contraire, sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique.
  2. Les digital humanities désignent une transdiscipline, porteuse des méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liés au numérique dans le domaine des Sciences humaines et sociales »[2]

Si la dimension orientée recherche et les réflexions épistémologiques qui l’entourent sont dominantes, la question pédagogique a été évoquée également en parallèle, tant il s’agit de faire évoluer l’ensemble des fonctions académiques. La question pédagogique souvent mise au second plan dans les mondes universitaires possède cependant des aspects intéressants d’autant qu’ils mêlent plus aisément justement recherche et enseignement. En effet, une des pistes les plus opportunes porte sur l’inclusion d’outils numériques au sein des cours et des dispositifs. Mais c’est principalement la question de la formation précoce des étudiants à des questions de recherche qui mérite d’être également évoquée. Si cet aspect est abordé dans le temps des humanités digitales[3], nous souhaitons ici présenter quelques actions potentielles. Le sujet a donné lieu à un ouvrage sur cette question[4] et a intéressé quelques ThatCamp dédiés à cette question[5]. A suivre également sur GitHub, la plateforme de gestion des projets informatiques, un travail collectif qui vise à publier des ressources réutilisables et remixables pour des projets pédagogiques liés aux humanités digitales[6] mais qui est encore en cours de constitution.

Le choix d’évoquer des humanités digitales permet également de mieux prendre en considérant des aspects matériels que les discours simplistes de la matérialisation ont pu minimiser. Si beaucoup des possibilités proposées dans cet article se déroulent à l’Université, il est fort possible de les envisager également au niveau secondaire. Kelly Mills [7]qui a intégré la pédagogie numérique vis-à-vis de ses étudiants en histoire insiste sur la nécessité d’offrir une liberté d’expérimenter pour augmenter leur engagement et leur motivation. Dans tous les cas, il s’agit de concevoir les aspects pratiques des humanités digitales en encourageant à faire et à pratiquer[8] pour développer des compétences qui doivent s’intégrer de façon plus précoce. Le projet Humanlit[9] (Humanités numériques et littératies) mettait en avant le besoin d’intégrer les humanités digitales au plus tôt dans les cursus, c’est-à-dire au niveau de la licence. L’enquête mettait également en avant le besoin de pouvoir s’appuyer sur une culture numérique en construction qui repose sur des compétences et littératies acquises au niveau du secondaire.

Nous pouvons lister quelques pistes évoquées dans des projets de recherche avec des déclinaisons pédagogiques :

La participation à la transcription. Dans le cas du fameux projet Bentham[10] qui a consisté à numériser l’œuvre du philosophe, il a été nécessaire de faire appel à un collectif d’amateurs pour les inciter à transcrire les documents du fait des limites de l’océrisation[11]. Le projet de recherche s’est appuyé sur une communauté de passionnés qui a pu trouver des éléments de motivation supplémentaires via un processus de gamification qui recense et quantifie toutes les actions effectuées avec notamment un classement final avec des récompenses. On retrouve ces possibilités de transcription sur wikipédia où la communauté est telle qu’elle peut opérer rapidement des opérations de transcription ou de correction du texte numérisé comme ce fut le cas pour le traité de documentation de Paul Otlet en janvier 2015 suite à son arrivée dans le domaine public. Cette opération de transcription apparaît intéressante dans la mesure où il s’agit d’un bon moyen de se confronter au document original numérisé pour vérifier la qualité de la transcription ou le transcrire intégralement. L’étudiant apporte alors son travail à l’ensemble du collectif tout en travaillant sur des sources originales. De façon pratique, il est possible d’effectuer des projets de ce type avec le logiciel Omeka[12] (qui permet de gérer des collections de documents et des expositions virtuelles) et son plugin Scripto[13].

La cartographie : Le but est d’utiliser les techniques de cartographie avec des outils type openstreetmap ou google maps pour cartographier par exemple l’ensemble des lieux cités dans un œuvre littéraire. Ce travail a par exemple été réalisé pour l’œuvre Ulysse de James Joyce[14]. Ces possibilités cartographiques sont décrites dans le chapitre de Chris Johanson and Elaine Sullivan Teaching Digital Humanities through Digital Cultural Mapping[15] dans l’ouvrage dirigé par Hirsch. Le but est d’apprendre aux étudiants à utiliser toutes les possibilités offertes par les systèmes d’information géographique. Plusieurs objectifs pédagogiques sont mis en avant :

  • Enseigner aux étudiants comment comprendre, utiliser et critiquer les outils et les technologies liées au web, les systèmes d’information géographique plus particulièrement et ce afin de développer une culture numérique.
  • Fournir aux étudiants les outils technologiques afin d’évaluer et de contribuer à des projets de cartographie numérique dans les sciences humaines
  • Enseigner une visée professionnelle qui permette de développer des capacités d’analyse critique au sein d’espace de visualisation complexe tout en comprenant les questions liées aux formats des données.

Mathieu Noucher[16] en France travaille particulièrement sur les enjeux de la participation à la fabrique cartographique pour en montrer notamment ses apports citoyens. La cartographie peut aussi être évoquée dans l’utilisation de logiciels qui travaillent sur les aspects réseaux sociaux et les liens du web notamment en récupérant des outils de crawl pour réaliser des cartes sur le logiciel gephi. Cependant, ce type de cartographie requiert des compétences plus avancées. Toutefois, il est possible de faire participer les étudiants à la collecte des sites sur une thématique précise notamment en utilisant des outils de signets sociaux comme diigo où il sera possible d’ajouter des tags, des annotations et des commentaires. La participation à des recueils de données constitue une étape clef car cela permet aux étudiants de prendre part à la réalisation d’un corpus. Le lien est donc possible avec les outils d’annotation qu’offrent déjà les signets sociaux.

L’annotation

 L’annotation reste historiquement une des bases du travail sur document et des premières logiques historiques des humanités digitales. Évidemment, l’objectif est d’envisager un système d’annotations collaboratives. Si le plus simple est de pouvoir travailler à partir de dispositifs type google doc, il existe des outils comme co.ment[17] qui permettent d’annoter un document type mémoire ou un article afin de faire travailler un collectif d’étudiants. Pour l’instant, ces dispositifs sont bien souvent expérimentaux et intéressent plutôt les chercheurs eux-mêmes. Nous pouvons citer dans ce cadre l’expérimentation menée autour de la version numérique de l’ouvrage debates in digital humanities[18] qui est accessible gratuitement en ligne et qu’il est possible d’annoter de façon collaborative via le logiciel open source disponible sur github[19].

Par le passé, on se rappellera que les textes collaboratifs du collectif Rtp-doc (Roger Pédauque) avaient fonctionné sur des dispositifs quasi similaires pour produire les réflexions autour du document numérique. L’écriture collaborative fait pleinement partie des potentialités pédagogiques des humanités digitales qu’il faudrait davantage développer.

La description documentaire.

La description des documents via des systèmes de métadonnées en TEI ou en Dublin Core. Là aussi, tout dépend du niveau de compétences que l’on souhaite transmettre, mais il apparaît plus motivant pour les étudiants de participer à un travail d’indexation de corpus existant que de demeurer sur de simples exercices. Les corpus en humanités digitales sont souvent encodés avec des systèmes de métadonnées élaborées. Outre des métadonnées Dublin Core qui sont plus aisément interopérables et qui sont relativement faciles à appréhender, le plus célèbre système de métadonnées dédiées à l’indexation des corpus et œuvres notamment littéraires est la fameuse Texte Encoding Initiative (TEI)[20]. On songe ici notamment aux élèves de l’école des Chartes qui travaillent sur de tels dispositifs depuis bien longtemps, ce qui explique d’ailleurs que le président Hollande a choisi d’évoquer la question des humanités numériques dans ces lieux en octobre 2015.

La fouille de texte

Les outils de textométrie sont très utilisés pour traiter des corpus massifs de données et offrent des lectures distanciées qui mettent en avant certains points que la lecture exhaustive ne repère pas toujours. Les outils comme TXM, Alceste, Iramuteq sont parfois enseignés dans les cursus mais de façon souvent tardive. Pourtant, leur utilisation permettrait de réaliser des analyses intéressantes notamment pour montrer aux étudiants l’intérêt des occurrences et des co-occurrences. Si beaucoup connaissent des outils comme Wordle, d’autres logiciels bien plus puissants permettent de traiter des corpus bien plus vastes. On mesure aussi ici l’intérêt de former également de nombreux enseignants des séries littéraires à ces questions si on veut véritablement concrétiser l’hypothèse d’un futur bac H, pour humanités digitales.

La valorisation.

Le logiciel Omeka (qui vous l’aurez compris permet de faire beaucoup de choses !) permet aisément d’organiser des expositions virtuelles[21]. Cet aspect permet d’inclure les étudiants dans la logique de la valorisation du travail scientifique via sa communication à un public élargi. Mieux encore lorsque les documents de base sont dans le domaine public, la meilleure piste est alors celle du hacking et donc de la transformation des collections dans un esprit proche de celui de Muséomix[22].

Les pistes sont celles d’une recherche en action qui permet de rendre la recherche plus attractive en l’intégrant davantage aux cursus, ce qui permet une formation précoce et une meilleure relation entre théorie et pratique. En cela, les humanités digitales posent la question d’une formation davantage technicienne dans des domaines où la tendance était de se situer dans l’apprentissage théorique. Il faut également songer que les pistes de manipulation d’objets 3D, depuis des logiciels dédiés pour des reconstitutions historiques jusqu’à leurs impressions pour la réalisation de maquettes sont également des éléments qui allient théorie, pratiques et un fort engagement et une forte motivation. Les récents travaux autour du port de Nantes dans le projet Nantes 1900[23] mené entre autres par Jean Louis Kerouanton constituent un bon exemple.

[1] Les ThatCamp (The Humanities and Technology Camp) sont des manifestations qui veulent renouveler l’organisation traditionnelle des colloques scientifiques en incitant les inscrits à participer davantage.

[2] Manifeste des digital humanities. http://tcp.hypotheses.org/318

[3] Olivier Le Deuff (dir.)(2014) Le temps des humanités digitales (dir.) Fyp éditions

[4] Hirsch, B. D. (2012). Digital Humanities Pedagogy: Practices, Principles and Politics. Open Book Publishers. (version en ligne disponible ici : http://www.openbookpublishers.com/htmlreader/DHP/toc.html)

[5] http://pedagogy2011.thatcamp.org/

[6] https://github.com/curateteaching/digitalpedagogy/blob/master/description.md

[7] Kelly, T. M. (2013). Teaching History in the Digital Age. University of Michigan Press.

[8] Berra, A. (2012). Faire des humanités numériques. OpenEdition Press. Disponible sur : http://books.openedition.org/oep/238

[9] Les résultats de l’enquête sont consultables et librement réutilisables ici : http://humanlit.hypotheses.org/206

[10] http://blogs.ucl.ac.uk/transcribe-bentham/

[11] Causer, T., & Wallace, V. (2012). Building A Volunteer Community: Results and Findings from Transcribe Bentham, 6(2). Retrieved from http://www.digitalhumanities.org/dhq/vol/6/2/000125/000125.html

[12] https://omeka.org/

[13] https://omeka.org/codex/Plugins/Scripto

[14] https://sites.google.com/site/notesonjamesjoyce/home

[15] http://www.openbookpublishers.com/htmlreader/DHP/chap05.html#ch05

[16] Par exemple, dans cet article : Matthieu Noucher. De la cartographie critique à la cartographie participative, de la carte à la fabrique cartographique. Journées d’étude de géographie critique, Apr 2015, Lyon, France. <halshs-01187076>

[17] http://www.co-ment.com/fr/

[18] Gold, M. K. (2012). Debates in the Digital Humanities. University of Minnesota Press.

Disponible sur : http://dhdebates.gc.cuny.edu/

[19] https://github.com/castiron/didh

[20] Burnard, L. (2014). What is the Text Encoding Initiative? : How to add intelligent markup to digital resources. Marseille: OpenEdition Press. Retrieved from http://books.openedition.org/oep/426

[21] Nous menons un projet de ce type avec l’équipe du projet Mauriac en ligne. http://mauriac-en-ligne.u-bordeaux-montaigne.fr/

[22] http://www.museomix.org/

[23] http://www.chateaunantes.fr/fr/nantes-1900

Antidote, mon pharmakon

Par défaut

Cela fait quelques années que j’utilise l’outil Antidote  pour donner suite aux conseils de mes différents éditeurs, afin de pouvoir effectuer plusieurs corrections sur mes textes. On me reprochait souvent des textes un peu trop bruts, et pas assez travaillés pour mériter une première lecture corrective. Certains éditeurs m’envoyaient même des exports pour me montrer les endroits où cela posait problème. Du coup, j’ai fini par l’adopter. Cela fait bien longtemps que je voulais en parler, mais j’ai sans cesse reporté ce moment. Je pense que ça inaugure une série de billets sur des outils que j’utilise régulièrement. La plupart sont gratuits ou open source, mais je commence au final par une exception avec un outil payant.

En premier lieu, l’outil est très pratique en matière orthographique et plus puissant que les outils intégrés généralement aux traitements de texte. Antidote se couple à la plupart de vos logiciels, y compris les messageries du web, ce qui en fait un outil mobilisable régulièrement. On peut aussi utiliser l’outil sur plusieurs ordinateurs familiaux. Je ne sais pas si c’est le cas dans la dernière version, mais il me semble qu’on peut le mettre à disposition sur trois machines. Il faut aussi vérifier la compatibilité système et logiciels qui peut être parfois difficile si on travaille sous Linux par exemple avec les versions récentes.

Je l’utile principalement dans sa fonction corrective en ce qui concerne l’orthographe, mais je l’utilise aussi en pour l’ensemble des aspects typographie ce qui s’avère très pratique. Si je considère Antidote comme un pharmakon, c’est justement parce que son nom est une traduction possible de pharmakon dans son versant positif. Dans son versant négatif, l’antidote peut devenir un poison, notamment pour celui qui voudrait l’utiliser de façon magique et idiote en lui intimant l’ordre de tout corriger d’un coup. Évidemment, c’est ce qu’il ne faut pas faire, car Antidote fait bien sûr parfois des erreurs d’interprétation du texte, surtout quand je fais des phrases compliquées. Cela peut sembler évident, mais j’ai tellement vu des élèves et étudiants déléguer ce travail d’analyse à leurs outils qu’il est préférable de le signaler. Il faut justement faire des choix assumés quand le logiciel vous signale une erreur ou bien souvent une impropriété de langage.

Mes éditeurs m’ont plusieurs fois demandé d’utiliser un logiciel de ce type, notamment pour corriger également les problématiques de style. Et il faut reconnaître que l’outil est pratique à plus d’un titre, quel que soit le type de document que vous rédigez. J’ai par exemple une tendance à vouloir trop nuancer et donc j’abuse des phrases négatives qui sont bien souvent peu lisibles et peu convaincantes. Il faut généralement éviter de mettre trop de négatives dans un article scientifique sauf s’il s’agit d’effectuer un constat qui implique une négation. Même chose dans des ouvrages théoriques ou des romans, car cela nuit au cheminement et à l’argumentation. Antidote vous les signale et c’est à vous de jouer pour la réécriture.

La réécriture, c’est justement l’atout du logiciel en tant que pharmakon, car il s’agit bien d’une relation homme-machine qui se doit d’être équilibrée pour que ça fonctionne. J’ai progressé depuis dans l’utilisation du logiciel de cette manière, mais aussi dans ma manière d’écrire, car il s’agit de réinterroger ses propres réflexes et habitudes d’écritures que démontrent notamment les répétitions. On a souvent des tics de langage à l’écrit. Le logiciel sert ici de révélateur, si bien que vous allez sans doute faire évoluer vos pratiques d’écriture au fil des mois en prenant conscience des habitudes qui ne sont pas toujours opérationnelles. Dans tous les cas, logiciel ou pas, on est obligé quand on écrit- ce fut particulièrement le cas pour moi dans ma thèse- de se remettre en cause et de réinterroger les règles d’écriture, de style, de ponctuation et d’orthographe. Pendant plusieurs mois, je ne savais plus écrire et je ne sais pas si c’est l’influence de Foucault, mais dans la rédaction, je me demandais pourquoi mettre une virgule à tel endroit, bref je remettais tout en cause. Je ne sais si je suis guéri depuis, mais une seule chose est certaine, c’est qu’on ne sait jamais véritablement écrire. D’ailleurs, un éminent membre de la 71ème section m’avait conseillé de suivre des cours d’écriture, car il avait dû corriger un de mes articles avant publication. Le fond était bon, mais pas la forme selon lui. J’ai eu du mal à encaisser sur le coup, mais depuis je garde ce mail comme un collector. Désormais, j’espère que je saurais peut-être un jour mieux écrire. À force d’accumuler des kilomètres de texte. L’écriture est un long apprentissage qui nécessite entraînement avec l’espoir de devenir meilleur, même si ce n’est pas toujours gagné. L’idéal serait donc que le logiciel vous accompagne au point où vous n’en aurez plus besoin car vous aurez intégré toutes les subtilités du langage et vous n’aurez plus que par plaisir à consulter le Littré, le Gaffiot voire le Robert. Du coup, on rentrerait dans le cas où il n’y aurait plus de prolétarisation de l’individu vis à vis de la machine, mais une indépendance grandissante vis à vis de l’outil via un transfert de connaissances qui se ferait au fur et à mesure. Une déprolétarisation en quelque sorte.

Antidote éclaire quelque peu cette pratique, même si je ne suis pas allé jusqu’à utiliser toutes les possibilités de dénombrement et d’analyse. De même, j’attends encore quelques années avant de tenter une analyse automatique avec extraction de concepts de tout ce que j’ai pu écrire. Je pourrais le faire aisément en utilisant notamment IraMuteq.

Pour le moment, j’utilise la version 8.5. Apparemment une version 9 arrive. Intéressant également, le module optionnel en anglais qui pourrait me tenter. Car évidemment pour moi, l’écriture en anglais est pire qu’en français, puisque je m’interroge sur le bien fondé de la moindre phrase dès que j’écris en anglais. Toutefois, l’anglais induit une simplification qui peut s’avérer pratique. J’aimerais bien avoir quelques avis sur la version anglaise avant de me lancer sur cette add-on. Pour rappel, Antidote est réalisé par la société druide à Montréal, ce qui explique par moment que logiciel nous signale nos gallicismes !

Rien n’empêche de continuer à utiliser d’autres outils même si le logiciel contient plusieurs dictionnaires qui sont pratiques pour comprendre certaines règles sans aller devoir se reporter au Grévisse.

En tout cas, un outil un peu onéreux – j’ai longtemps attendu avant de me lancer- mais intéressant à intégrer à sa pharmacie personnelle.