Documentalistes, information-literacy et enseignement

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Et si on faisait fausse route ? En luttant pour une reconnaissance, nos cherchons à calquer nos modes de travail sur les autres en espérant devenir une discipline comme les autres. S’il est vrai que c’est comme cela que ça fonctionne de manière institutionnelle, ce n’est pas vraiment le cas au niveau pédagogique et au niveau intellectuel. J’étais moi aussi favorable à une agrégation en documentation comme le proposait Le Coadic. C’est peut-être une des solutions. Mais elle présente le risque de la division et ce qui est finalement pire d’ « embourgeoisement » de la discipline. Finalement j’ai réexaminé la question autrement. L’agrégation a-t-elle encore un sens ou sa place aujourd’hui dans le système éducatif. La réponse est non. Il ne faut pas d’agrégation en documentation car il ne faut probablement pas d’agrégation du tout.

Concernant l’information-documentation, le niveau purement théorico-disciplinaire doit demeurer surtout au niveau universitaire même si quelques notions peuvent être évoquées avant. Quant au lycée, il faut envisager des cours d’information-communication en seconde, devenant optionnel en suite avec des cours de communication et de journalisme. Je pense que nous devons être également présent dans la réforme nécessaire de la section littéraire où nous pourrions participer à des projets de productions de contenus et donner des cours sur des thèmes comme par exemple l’histoire de l’Internet jusqu’à comment être lu sur Internet. Le développement des blogs, des podcasts et autres moyens de communication rend nécessaire ces cours. Il est clair qu’il nous sera reproché peut-être ici une américanisation du système puisque les enseignements de communication sont plutôt anglo-saxons.

Pour ce qui est du collège, il faut tout repenser à la « manière finlandaise ». Je renvoie pour cela à « mon projet » de reforme de l’Education Nationale. Le collège se doit d’être plus trans-disciplinaire notamment en sixième-cinquième.

Des changements technologiques en marche et à venir.

Les premiers mythes évoqués au début de l’Internet sont en train de devenir concrets.

L’enseignement des méthodes de recherche d’informations, de classements, de compréhension de l’information, de productions d’écrits ou de documents multimédias devient une nécessité à l’heure où l’on parle de Web2.0. Chacun doit devenir son propre documentaliste, l’information se personnalise mais chacun aussi peut produire des documents. Dès lors le rôle du documentaliste ne sera pas seulement de mettre à disposition livres, revues et accès à Internet. Son rôle doit être de former à la maitrise de l’information et de la communication. L’information literacy va devenir incontournable et il est clair que peu d’enseignants y sont préparés y compris parmi les documentalistes. Il ne suffit plus de savoir gérer une base de données et de connaître les classifications Dewey et CDU. A l’avenir les classifications seront personnelles et les outils que sont les agrégateurs de flux Rss, les logiciels de signets et favoris, les blogs, les CMS, les métadonnées, les techniques de podcasting, le mind-mapping, les logiciels de cartographie de l’information sont autant de notion qu’un documentaliste ne devrait pas ignorer. Et pourtant combien de nous peuvent se targuer de maîtriser toutes ces notions et technologies ?

La maîtrise des outils et techniques.

Or, c’est bien l’avenir du document numérique qui doit nous préoccuper aussi. Je ne vois pas comment nous pouvons prétendre transmettre des savoirs et des connaissances sans mettre les mains dans le cambouis. Comment peut-on prétendre connaître quelque chose aux nouvelles technologies de l’information et de la communication si on n’a jamais utilisé un blog, si on ignore les CMS et les agrégateurs de flux ? Il ne peut y avoir d’enseignement sans maitrise technique réelle des outils. Déjà beaucoup d’élèves ont des pratiques plus avancés que bien des enseignants.

Une base théorique solide.

De même il ne peut y avoir d’enseignement sans connaissance théorique en matière d’information-communication voir en sciences de l’éducation. Combien d’entre nous possèdent ou s’interrogent sur ces sujets ?

Quel avenir pour le lieu physique CDI ?

Il ne faut pas se voiler la face. Une discipline réelle se construit actuellement même si c’est une « transdiscipline ». Elle concerne toute la chaine du document de sa création à sa mise à disposition. Ce n’est donc pas du virtuel. Il nous faut donner à l’élève les capacités techniques et intellectuelles de la maîtrise de ces outils. Le B2i est un déjà un moyen intéressant mais il est insuffisant. Peut-être que des cours de formation doivent être également donnés à un niveau méta au niveau des enseignants. Cette transdiscipline va être confrontée à un sérieux problème : le manque de formateurs compétents si cela ne change pas au plus vite. Je pense pour ma part qu’il s’agit d’une voie à prendre pour les documentalistes motivés. Le lieu CDI va continuer à évoluer et se transformer mais la généralisation des portables avec accès à l’Internet, les ENT ainsi que les manuels numériques vont changer la donne. Le documentaliste sera sans cesse court-circuité et le lieu CDI de plus en plus déserté. La même menace existe aussi pour les bibliothèques. Les bibliothèques de romans resteront encore un peu attractives pour quelque temps. Mais d’ici peu un outil performant remplacera le livre papier et nous liront sur des écrans agréables. D’ailleurs la numérisation est moins onéreuse que la construction de très grandes bibliothèques. Cette disparition programmée des lieux physiques de savoir est parfois perçue par des personnes au sein de l’Education Nationale. Des projets documentaires d’établissements sont alors conçus. Mais c’est surtout une vision administrative du problème qui éloigne le documentaliste de sa tâche pédagogique et qui aboutit à une tension insupportable entre rôle pédagogique et rôle administratif symbolisée d’un côté par l’existence du Capes et de l’autre par notre appartenance à la vie scolaire via nos inspecteurs.

Personnellement je m’interroge sur la crédibilité de ces derniers. Comment peuvent-ils nous juger ? C’est un peu comme si on demandait à des juristes d’inspecter une centrale nucléaire. Et pourtant c’est ce que l’on fait.

Mais ici ce qui risque d’exploser c’est l’incompétence de nous tous face à des technologies passionnantes mais qui commencent à nous dépasser. L’humain doit maitriser la machine sans quoi les manipulations seront plus aisées pour les initiés.

Mission impossible ?

Le problème c’est que toutes ces propositions nécessitent une réforme totale du système. Seulement est-elle possible ? Il est clair que les réformes sont difficiles à mettre en œuvre du fait des positions contradictoire sur le système, mais du fait aussi que les positions institutionnelles que sont les disciplines ou les corps de professeurs sont tenaces. Or elles n’ont plus lieu d’être et ne sont les symboles que de corporatisme et d’inégalités flagrantes.

Il est vrai malgré tout que si on devait se contenter d’une reconnaissance uniquement disciplinaire, nos moyens de transmettre aux élèves seraient quand même accrus. Je crois qu’il faut quand même plaider pour une refonte totale. Et si nous devions ne pas réussir pleinement, les retombées sur la « discipline » seraient quand même présentes. Il est évident que l’obtention de l’agrégation dans certaines disciplines ces dernières années n’était avant tout qu’une volonté « disciplinocorporatiste » quand elle n’a pas été un moyen d’attirer du personnel compétent notamment dans les disciplines technologiques aujourd’hui en difficulté d’ailleurs. Mais il est clair qu’il faut continuer à militer et à proposer. Si nous ne parvenons pas à tout changer, notre impact voire notre capacité à gêner nous permettra au pire d’obtenir des avantages institutionnels et des moyens supplémentaires pour former les élèves de manière plus efficace car il est évident que nous ne pouvons plus continuer à « bricoler » sans cesse.

 

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