Tisser sa toile sur le réseau.

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Depuis plusieurs années, la volonté de créer des graphes globaux du web s’amenuise en grande partie du fait que la somme de données devient trop importante. De plus, il existe plusieurs visualisations possibles tandis que le mythe du web interconnecté et équilibré est tombé depuis la publication du graphe du nœud papillon.

Les visualisations se reportent de plus en plus sur des communautés d’utilisateurs notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux.

Néanmoins, malgré les nouveaux outils, les difficultés méthodologiques et d’interprétations demeurent. Cependant nous partageons l’analyse de Bernhard Rieder quant aux potentialités d’examen de corpus massifs qui permettraient d’allier les sciences mathématiques de l’étude des réseaux sociaux et leur étude socio-technique.

Il est clair aussi que le parallèle vie réelle/reproduction sur les réseaux sociaux n’existe pas. Notre réseau social de la vie quotidienne n’est pas celui de notre réseau social sur le web notamment car il s’agit plutôt d’excroissance, d’élargissement de nos « connaissances » dans les deux sens du terme, c’est-à-dire de systèmes et stratégies qui répondent pleinement à deux besoins, celui d’affirmation et celui d’information.

Dans les deux cas, les habitués des réseaux et notamment de twitter savent qu’il s’agit d’une prise de risque car on met sa réputation en jeu. Mais celui qui n’y est pas actif n’existe pas. Etre ou ne pas être, l’aporie existentielle est celle des réseaux sociaux.

Tel est le but de l’expression sur les réseaux, cela semble parfois utile, parfois futile mais il est souvent difficile de mesurer d’emblée la portée ou le poids d’un message. L’archéologue des savoirs ne peut connaître à l’avance la trace marquante, celle qui va faire date. Il est même probable qu’il va devoir lui-même se mouiller. Je ne crois pas au chercheur à l’abri. Ce dernier n’est qu’à la surface des choses, sur la face visible. Il ne voit que ce qu’on lui donne à voir.

Les systèmes de veille et nos réseaux d’amis et de followers correspondent à autant de casiers jetés à la mer voire de bouteilles dans l’espoir d’un retour gagnant. Sur twitter, l’usager-initié tisse sa toile avec patience, lentement. Il est une mygale. A moins que la métaphore qui ne convienne le mieux soit celle du corail, fonctionnant de manière fractale.


Une stratégie de réseau en mygale via twitter. (visualisation obtenue avec Nodelxl, en fruchteman-Rheingold à partir de notre réseau twitter)

La course aux suiveurs est une erreur qui témoigne surtout d’un hubris qui ne peut que conduire à l’inefficacité du dispositif au mieux et à l’affaissement sur soi même en un trou noir au pire. Nul ne peut incarner à lui tout seul le réseau.

Mais la prise de risque implique aussi le fait de pouvoir contrarier le réseau. Une expression provocatrice, un défi mal calculé et l’usager se trouve poursuivit par la pieuvre du réseau, le Kraken impardonnable qui ne demande qu’à vous avaler tout cru. Une erreur d’appréciation et vous envoyez le même DM (direct message) à l’ensemble de vos amis sur twitter et vous voilà assimilé à un spammeur ou un pénible infopollueur et votre réputation en prend un coup. Un moment d’égarement et vous laissez entrer une application néfaste et vous contaminez tout votre réseau de messages publicitaires notamment pour cette mafia family qui en a piégé plus d’un et pas des moindres d’ailleurs puisque des grands pontes du réseau et des grands penseurs du web s’y sont laissés prendre.

Cette prise de risque implique donc de tester mais aussi et surtout de faire des erreurs. Des erreurs qui vont nous amener à défendre outre le droit légitime à avoir accès au réseau Internet, celui de pouvoir garder un contrôle sur ses propres données ainsi que celui de pouvoir exercer un droit à l’oubli.

Le web et l’internet n’est sans doute pas une toile mais il nous faut néanmoins tisser la nôtre, lentement en étant conscient de la fragilité de cette construction.

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