Rapport commission Pochard

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J’ai parcouru le pré-rapport Pochard. Outre l’aspect parfois trop administratif voire contradictoire notamment dans la première partie en ce qui concerne le niveau réel des salaires enseignants qui ne prend pas assez en compte la régression sociale et « sociétale » des enseignants , le rapport présente quelques points intéressants particulièrement dans la seconde partie.

Néanmoins l’éventuel impact des TICE sur l’évolution de l’enseignement et donc de l’évolution des enseignants est négligé. Mais ce n’est guère une surprise, la commission ayant peu interrogé de « jeunes enseignants ». L’erreur c’est que le temps de travail hors cours magistral va à mon avis s’accroître dans le suivi individualisé en présentiel et en prolongement de présentiel.

Ceux qui s’intéressent aux projets de réforme, à l’évolution de l’enseignement et qui regardent ce qui se fait ailleurs constatent qu’il faut sortir des dogmatismes et des grands principes.

Or, j’ai le sentiment qu’il faut être aussi réaliste. Il est nécessaire de réformer et la situation actuelle ne peut guère durer. Pourtant les petits changements qui sont en train de s’opérer ne peuvent être anodins et le rapport ne les examine pas en étant trop centré sur les enseignants ce qui est également un risque. Il est à mon avis difficile de séparer la carrière et rémunération des enseignants de l’ensemble de du système éducatif.

Il se prépare selon moi, un changement institutionnel voire systémique. L’ouverture de la carte scolaire étant une boite de Pandore qui va en être le déclencheur. Certains diront que c’est volontairement calculé pour rendre les réformes obligatoires. Selon moi cette ouverture va entrainer l’indépendance des établissements et l’accroissement de la concurrence. Cela va entrainer des fermetures ce qui n’est pas toujours selon moi une mauvaise chose. L’autre évidence c’est que face à la concurrence et à la nécessité d’être performant, le système de recrutement et de mutation actuel devient intenable. Le rapport l’évoque mais ne parle pas de son changement à mon avis inéluctable. Les besoins spécifiques vont s’accroître et les chefs d’établissements ne vont guère apprécier les parachutages par système de points. Cela implique donc un recrutement de plus en plus décentralisé avec Cv à la mode territoriale avec tous les risques et avantages liés à ces procédures. Le rapport note également le caractère inadéquat, mal perçu, inefficace et aléatoire de la notation notamment pédagogique et prône le rôle prépondérant que devrait avoir la notation administrative à l’échelon local dans l’évaluation des enseignants.

Les rapporteurs soulignent les carences en matière de formation continue. Il faut dire que le système actuel n’incite guère à la formation puisqu’un enseignant peut faire carrière avec un Cv exécrable et que les diplomes et compétences acquises ne sont pas valorisés lors des mutations. Selon moi, pour répondre à la formation continue, des enseignants pourraient réaliser tout ou partie ou de leur service voire en heures supplémentaires dans ce cadre.

Je liste en vrac d’autres propositions avec lesquelles je ne suis pas en désaccord :

– Institution de la bivalence notamment en classe de sixième-cinquième. J’en parle déjà depuis longtems sur le guide des égarés notamment en prenant exemple sur le système finlandais qui va encore plus loin.

– Annualisation du temps de travail et dépassement du cadre hebdomadaire. Annualisation identitique pour les certifiés et les agrégés. L’idée c’est que cela permet de fluctuer l’emploi du temps et d’avoir des enseignants plus investis durant certaines périodes. Cela peut être à mon avis motivant si on imagine par exemple qu’un enseignant souhaite se former pendant le temps dégagé, faire des recherches ou s’il souhaite s’investir dans d’autres projets personnels.

– Rémunération annexe prenant en compte notamment le temps de travail au sein de l’établissement. Le  problème des locaux d’accueil est aussi signalé.

 

Le rapport évoque une formation de type bac + 5 ce qui entrainerait à terme un changement de la grille indiciaire car le rapport n’envisage aucunement de changement dans la configuration actuelle. Pour ma part, je vois bien cette formation ( de type formation simultanée avec sélection à l’entrée) en deux ans après la licence avec une prise en charge financière au moins la seconde année avec un stage professionnel de 6 mois. Le certificat serait validé à la sortie avec une épreuve. Je rejoints l’idée ici du concours simplifié. Je verrai bien la formation de cette manière : avec en master1, un mémoire plutôt axé sur la discipline et ses notions au sein de l’institution et en master 2 un mémoire pédagogique. Le but serait également d’ accroitre les recherches et expérimentations qui peuvent être sources de motivation.

Pour conclure, je dirai que ces évolutions comportent des risques et notamment celui de fragiliser davantage l’éducation et les défavorisés en produisant une éducation à plusieurs vitesses. Mais cela éviterait l’actuel nivellement par le bas. L’équilibre pourrait alors être obtenu avec la possibilité de mieux rémunérer les enseignants dans les zones de difficulté : l’état aiderait ainsi les zones géographiques les moins riches. Le système est à construire mais il faut bien réfléchir dès maintenant à toutes les conséquences et travailler pour une écologie (au sens scientifique) de l’Education.

 

Outre le fait que les professeurs-documentalistes sont encore absents du rapport mais il est évident que des volontés pour leur disparition sont évidentes tout au moins dans le but de faire disparaitre la dimension pédagogique au profit de la managériale, je rejoints un peu la remarque outre-atlantique de guitef qui considère que désormais nous sommes rentrés dans un quais impossible consensus. Malgré tout, il semble qu’il faille quand même y travailler.

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