Peut-on dire non à Tania Young ?

Par défaut

Un petit billet un peu hors sujet, mais comme c’est le weekend…

Je ne suis pas certain que l’émission de télévision sur le jeu de la mort ait débouché sur les bonnes questions scientifiques.

La démonstration de la culpabilité de la télévision dans le cas présent est discutable, si ce n’est que la télévision reste un vecteur de passivité évidente et qu’elle ne fait que renforcer les mécanismes de manipulation et de « normalisation des esprits ». Le problème ne vient pas seulement de la télévision mais de la formation dispensée à la fois par les institutions de programme et les institutions familiales. Ces dernières insistent particulièrement sur l’obéissance. C’est un même critère de bonne conduite. L’obéissant est celui qui se comporte bien…en suivant les règles établies. Dès lors, pourquoi les individus sélectionnés pour l’émission refuseraient d’obéir.

L’institution n’apprend pas à résister car cela n’a jamais été son but initial bien au contraire. Le moule de l’école républicaine est d’ailleurs celui de l’incorporation des règles, autant orthographiques que celle d’une prétendue morale civique ou patriotique. Il est aisé de parler d’éducation critique, mais personne ne sait réellement ce qu’elle soulève réellement. Pourtant, c’est bien l’enjeu de base de la formation, qui est plus celle de la Skholé, que de ce qui est devenue l’Ecole, de plus en plus incapable de former des individus autonomes, bien que les discours évoquent de plus en plus la question de l’autonomie. Mais comment former des étudiants et des élèves autonomes quand l’enseignement ne l’est pas ?

Comment résister aux injonctions de la télévision, à sa bêtise crasse quand nous n’y avons pas été formés ? Pour pouvoir résister, il faut en avoir les moyens. L’idéal étant évidemment une capacité d’analyse affutée et une connaissance générale qui permet de prendre ses distances dans n’importe quelle circonstance. L’autre solution moins intellectuelle est tout simplement d’être inapte… c’est-à-dire non réceptif aux injonctions d’obéissance, bref d’être délinquant, à moins qu’il ne faille être pirate. L’histoire des résistances montre d’ailleurs que ces deux types d’individus ont pu s’y côtoyer notamment au début de la formation des réseaux.

L’autre point qu’il convient d’examiner, peut paraître plus trivial mais peut expliquer la forte acceptation des ordres des participants : c’est l’effet Tania Young, comme révélateur d’un effet maitre évident. Il est difficile de résister à la présentatrice qui possède des éléments de pouvoir évidents qui sont celles d’une autorité naturelle et reconnue, qu’il faut clairement différencier de l’autoritarisme (qui aurait pu être incarnée par Arlette Charbot). Jean Noël Lafarge me signalait sur twitter qu’elle avait pourtant cherché à être la plus neutre possible. Je crois que cette attitude n’a fait que renforcer son pouvoir.

En effet, Tania Young représente dans ce cadre,  « la leader » par excellence, celle qui suscite l’attrait de tous les garçons et donc par ricochet le respect des filles. Alors, forcément, si elle ne sourit pas…c’est justement le moment de ne pas lui déplaire. On pourrait croire d’ailleurs que dans le reportage, c’est le vieux professeur qui domine puisqu’il tente de lui expliquer les raisons des agissements des individus. Or, c’est une erreur car on a fortement l’impression qu’il ne lui apprend pas grand-chose tant sa théorie pèse peu vis-à-vis de sa pratique. Elle incarne sur le plateau le maître aussi de manière vestimentaire avec une veste qui rappelle autant la blouse de l’institutrice que celle du scientifique. Cela signifie qu’elle rassemble en elle, tous les pouvoirs : la légitimité des savoirs, la séduction, l’autorité naturelle et conférée. Comment dès lors les participants transformés en petits enfants (in-fans, c’est-à-dire privés de droit à la parole) pouvaient-ils réagir ? La lutte était trop inégale et pourtant ce type de relation de manière moins tranchée se produit tous les jours. L’autre point inquiétant est plutôt de se demander si en matière d’ordre, la télévision ne dispose pas d’une légitimité et d’un gain de confiance supérieur à d’autres institutions républicaines. Si c’est le cas, j’ai bien ma petite idée sur qui pourrait incarner la prochaine Marianne.

2 réflexions au sujet de « Peut-on dire non à Tania Young ? »

  1. antmeyl

    Sauf erreur, l’effet Tania Young a été traité dans cette expérience et le reportage en a fait état. Plusieurs « candidats » ont été laissés seuls avec le public, sans Tania Young, pour mener le « jeu ».
    Résultats, le nombre de « candidats » ayant refusé d’aller au bout est beaucoup plus grand (je ne me souviens pas exactement mais je crois que c’était bien plus de 50%)

  2. Marie H

    Sûrement l’école ne nous a pas formés à résister aux ordres mais elle nous a formés à analyser et à avoir un sens critique. Il suffit d’avoir un peu de jugeote et ce sens critique pour décrypter que la télé réalité fait de toute façon appel à nos plus bas instincts. Il ne faut pas être bien résistant pour ne plus regarder ces émissions et ne pas avoir envie de participer … Évidemment quand on a accepté d’y aller la question de jusqu’où obéir devient difficile, mais souvenez-vous « qu’allait-il faire dans cette galère ? ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *