Personal Branding : on solde ?

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J’ai toujours été contre la position du personal branding d’une part car elle est dangereuse pour l’individu d’autre part car elle relève de l’escroquerie pure et simple bien souvent. Ceux qui y adhèrent sont surtout des consultants qui font du personal branding une démarche commerciale pour faire vivre leur entreprise. Evidemment, les critiques existent déjà. La position du blog personal branling est une excellente réponse à cette situation car nous sommes tous aux frontières du culte de l’égo. Mais je crois qu’hélas, ça ne suffit pas tant cette mode prend de l’essor en grande partie parce que cela repose sur des discours assez simplistes et aussi car le web facilite grandement cet état de fait avec la prédominance de plus en plus grande de la popularité sur l’autorité qui ne cesse de s’accroitre depuis l’avènement du web 2.0.
Je rejoints donc assez fortement Olivier Blanchard dans son article de blog aux résonances funèbres pour un concept nauséabond et bidon. Ses conseils sont également bons car hormis pour des stars qui effectivement vendent leur marque personnelle, pour la plupart d’entre nous, c’est une bêtise absolue. Il reste que le concept de marque, non pas au sens marketing, mais au sens premier est très intéressant à creuser.

Le fantasme du gros Klout

Le personal branding c’est travailler l’image renvoyée, une représentation parfois faussée qui s’éloigne de la vérité intrinsèque. C’est le dopage pour avoir un gros Klout, le culte de l’égo plutôt que la prise de soin de soi.

Tout, tout, vous saurez tout sur le Klout

Terrible est également ce titre symptomatique d’un livre sur le sujet : MOI 2.0… il recèle en peu de signes, le maximum de bêtise et de danger. Il surfe sur cette idée que c’est l’individu qui est pleinement au centre du système et notamment du web. Il colporte le discours stratégique du web 2.0 dont on sait qu’il est faux : les gros leaders du web sont restés les mêmes et sont devenus plus forts. Contrairement à ce qu’avançait le Times il y a quelques années, l’individu ne contrôle pas l’âge de l’information…hélas. Ajouter 2.0 au MOI démontre bien la farce absurde tant le 2.0 accolé sans cesse à des concepts doit être réalisé avec prudence, les guillemets sont souvent de circonstance. D’autre part, le 2.0 est daté et on se demande quelle opportunité peut-il y avoir à sortir un bouquin avec du 2.0 inside en 2011 ?
Il est inadmissible qu’un tel positionnement puisse être mis en avant avec ce que démontre chaque jour les excès d’un capitalisme financier. Le personal branding ne fait qu’accroître le risque de faillite personnelle.
L’Ego face au soi.

La culture du Moi face à la culture du soi. Deux cultures différentes. L’une est vouée à un échec évident, cela va donner beaucoup de boulots au psy de gérer ses faillites personnelles suite au dopage réalisé sur les conseils des docteurs folamour du personal branding. J’espère que ces marchands du temple ne vont pas se ramener dans l’institution scolaire, on a déjà eu assez des Calysto et autres action innocence.

Je ne rejette pour autant pas le fait qu’on a tous besoin d’être valorisé et d’obtenir de la reconnaissance. C’est tout à fait humain et souhaitable. Je regrette simplement le fait que cela en devienne l’obsession avec tous les risques de frustration que ça génère en cas d’échec ou de dégonflage soudain. Combien de baudruches sur nos réseaux dont on ne sait réellement quelles sont leurs compétences ?
Combien ne prennent d’ailleurs aucun risque de peur de fâcher et tente d’obtenir des suffrages réticulaires pour faire gonfler leur nombre de suiveurs (followers) et ainsi arborer un Klout turgescent ? On peut avoir un gros Klout sans corones. A noter que l’entreprise gagne des sous désormais. Jusque là, on testait le service plutôt pour rigoler, mais constater que cela puisse devenir sérieux est inquiétant. Mais il est vrai  que quand un service est gratuit, c’est que quelque part  le produit, c’est nous. C’est vrai aussi que c’est le besoin d’être toujours noté qui revient avec ces palmarès et autres TOP auxquels il est difficile de résister. Moi aussi j’aime bien les classements, mais bon dans le TOP 50, j’aimais bien Toesca surtout car il me faisait marrer. Hélas, les mécanismes de classement prennent de l’ampleur et manquerait plus que ça devienne sérieux.
Ce mouvement est d’autant plus facilité que la reconnaissance des institutions et au sein des entreprises devient nulle voire totalement absente. Même les profs sont en recherche de reconnaissance à l’extérieur. Il suffit d’aller au forum des enseignants innovants pour y rencontrer ce besoin de reconnaissance.
Ce n’est pas l’échelon individuel qu’il faut remettre en cause. Le PKM (gestion personnelle de son information et de ses connaissances) et la formation de l’individu à la culture de l’information sont nécessaires et un bien meilleur choix que celui d’imposer des règles et des mesures imposées d’en haut. De même, il n’est pas choquant qu’on puisse conseiller des personnalités ou des individus qui ont besoin de revoir leur stratégie et leur présence en ligne, mais qu’on ne leur prétende pas la lune qu’on ne leur vende pas n’importe quoi. La présence en ligne et hors ligne, c’est aussi savoir (où) donner comme le disait Bruno Grimaldi :  sinon à « retour de manivelle, tu te retrouves en bas de l’échelle ».
Plaidons davantage pour un travail sur soi, une amélioration et une remise en cause personnelle plutôt qu’une stratégie de la gonflette. La culture du soi implique un passage au collectif plus aisé. La progression personnelle peut servir le collectif, la culture du moi réside dans le sens inverse, c’est-à-dire dans l’utilisation du collectif à ses propres fins. Encore une fois la culture de l’information face à la déformation qui atteint de plus en plus nos identités numériques.
Vanter les mérites du personal branding, c’est bien le dernier élément d’une consumérisation à outrance qui commence à polluer le web de manière irrémédiable. Peut-être plus qu’une révolte des indignés, c’est celles des « vauriens » face aux vendeurs d’EPO en E-réputation qu’il faut réaliser.

15 réflexions au sujet de « Personal Branding : on solde ? »

  1. Un titre peut effectivement être écarté d’un contexte pour lui en donner un autre sens. C’est ce que vous faites de Moi 2.0 qui donne simplement l’objet du livre et non l’interpretation que vous en donnez. Moi 2.0 signifie que le livre parle de la place de l’individu dans un ecosystème. Comme nous pourrions parle de l’entreprise 2.0 ou encore de communauté 2.0 afin d’évoquer une cible. Après libre à vous d’être intéressé ou non par la thématique. D’après vos propos, sans lecture vous avez déjà un avis. J’en conclue donc que vous « semblez » ne pas vous y intéressé tout en alimentant votre blog et en ouvrant un profil à votre nom sur Google+ …. étrange dissonance 😉

  2. Il y a clairement une dimension d’autocritique, on est tous absorbés par le phénomène. Simplement, pour ma part, je teste la plupart des outils pour mieux les comprendre, les décrypter et les utiliser au mieux. J’avoue que le titre « moi 2.0 » ne m’a aucunement donné envie d’aller plus loin dans un premier temps…j’irai toutefois parcourir les bonnes pages. La thématique n’est pas le personal branding, mais celle de la présence numérique, la réduire au personal branding est clairement néfaste. Donc les tenants du personal branding n’ont rien inventé mais cherche à mettre une couche de nouveauté qui me parait plus que discutable.
    J’estime donc qu’on peut envisager un autre positionnement que celui du personal branding pour sa présence en ligne. Je vais tacher de l’exposer un peu plus clairement dans d’autres billets. Je ne désespère pas convaincre les coachs d’adopter une position plus durable et plus porteuse à terme. Présence numérique défendue par Louise Merzeau me parait tout aussi intéressant voire celui d’existence numérique. Espérons que ça fasse bouger les lignes dans les mois qui viennent.

  3. Annie

    Vous nous cassez les c.uilles avec votre klout et tout le reste, ce n’est que du vent, vous n’êtes rien, internet c’est du vent, vivez réellement !

  4. A.SI

    Annie vit tellement réellement qu’elle perd du temps à venir ajouter un commentaire inutile et ne rien apporter à la discussion qui a pourtant de quoi enrichir et faire réfléchir. Certaines idées peuvent d’ailleurs valoir dans le réel…

  5. Critique classique, pas très constructive, comme souvent. Espérons que vous allez vraiment vous y mettre, au-delà de cet article.

    C’est quoi le marketing personnel ? Grosso modo, c’est essayer de laisser des traces (via des blogs, des profils dans les réseaux sociaux…) de son activité afin qu’on puisse vous trouver plus facilement si on vous cherche ou si on cherche quelqu’un qui a les compétences que vous proposez.

    Le reste, c’est un peu de la rigolade. Vous tombez dans ce piège en vous focalisant sur les aspects les plus caricaturaux. C’est un métier de communication et, comme dans la pub, par exemple, on sait bien qu’il y a un certain nombre de marlous qui y opèrent ou, côté clients, qui sont prêts à tout et achètent leurs services.

    Se mettre en avant pour se mettre en avant, c’est le lot d’un certain nombre de branleurs dont le site personal branling ne collecte qu’une toute petite partie (ce site oublie d’ailleurs de citer tous ces trolls -tel Annie dans ces commentaires- et fakes malfaisants qui passent leur temps à nous imposer leurs égos minables sous prétexte de jouer les redresseurs de torts numériques).

    Par ailleurs, les outils de mesure que vous évoquez ne visent qu’une toute petite partie des traces numériques que nous laissons. Et ils sont biaisés. Ainsi Facebook est quasiment exclu de Klout, ce qui est tout de même un peu gros comme biais.

    Quant à l’e-réputation, il me paraît atterrant que des gens ou des entreprises essaient de cacher des aspects peu reluisants de leur parcours. On a tous fait des erreurs et on doit les assumer. Le reste, c’est le début du mensonge et de la manipulation. On a toutefois le droit de montrer qu’on n’est pas que ça. Et de se faire aider pour ça.

    Le travail sur soi est la base indispensable. On ne peut essayer de mettre de l’ordre dans sa visibilité sans être clair sur soi et sur son projet. Le marketing personnel, c’est juste essayer de mettre de l’ordre là dedans et d’améliorer sa visibilité avec une intention franche.

  6. Intéressant en effet. je m’étonne quand même qu’Olivier Zara, dont j’aime beaucoup les travaux, ait écrit sur le personal branding. Son avis serait intéressant.
    Je sais qu’il cherche surtout à raccrocher cette identité numérique mieux construite à un échelon plus large pour opérer l’intelligence collective.

  7. Je n’ai pas lu le livre de Dan Schawbel ME 2.0 en lisant les commentaires sur Amazon. Quelques remarques négatives en particulier sur le côté égotique de l’auteur qui fait de ses pratiques personnels… les bonnes pratiques pour tout le monde à coup de yakafokon,… m’ont découragé. Une bonne stratégie, ce n’est pas copier l’expert qui sait. Peut-être que le livre est bon… ou mauvais mais la recommandation social n’a pas joué en sa faveur à l’époque. Logiquement, je n’ai donc pas lu la traduction de ce livre (Moi 2.0) dont l’auteur est Dan Schawbel et non Fadhila qui a seulement traduit et adapté le texte comme c’est indiqué sur la couverture… Précision utile puisqu’elle se présente comme co-auteur sur son blog d’après certains de mes contacts !
    On appelle cela la technique du « co-branding », cela consiste à associer sa marque personnelle à une marque plus connue. Ensuite, il y a l’éthique mais ce n’est pas une technique, c’est une question de valeurs.
    J’explique sur ce doc les dérives du personal branding ou autrement dit pourquoi il y a des personal branleurs :
    http://www.slideshare.net/Olivier_Zara/le-syndrome-steve-jobs
    Je cite : « Certaines dirigeants ou entrepreneurs ou indépendants ont un besoin compulsif de se mettre en avant, d’autres ont un ego surdimensionné. Ces personnes seront de grandes adeptes du Personal Branding mais ce n’est pas une démarche conçue spécifiquement pour elles et elles n’ont pas attendu qu’on en parle pour le faire !! »
    Le Personal Branding m’intéresse pour aider un individu à mieux communiquer sur ses talents et dans une perspective de « talent identification » – « expertise location system » car on améliore ainsi la gestion de l’intelligence collective. Par ailleurs, dissoudre un individu dans le collectif nuit gravement au collectif et le personal branding est un moyen d’éviter cela. Mon livre va dans ce sens, celle de l’articulation de l’individu dans le collectif, que ce collectif soit le marché du travail ou une entreprise.
    Merci pour ce billet qui aide à faire avancer la réflexion sur le sujet… tout critique est bonne à prendre si elle tente d’être constructive… ce qui est le cas 😉

  8. Merci Olivier pour ton commentaire. Je vais essayer de développer un peu sur le premier billet en montrant comment j’entends la gestion de la présence et de la réputation en ligne. J’ai déjà un peu tracé une ligne dans une des formations que je donne sur la gestion des données et de son identité numérique.
    Je vais tenter d’aller un peu plus loin dans mes réflexions et exemples.

  9. J’adore les « personnal branleurs », je pense que je vais co-brander ce terme avec toi… que tu sois d’accord ou pas hein, je reste dans l’esprit web 2.0 « partageons nos savoirs, du moment qu’il y a mon nom dessus » 🙂

  10. Bonjour,
    Le terme de personal branding est peut-être restrictif et je trouve dommage de le réduire à une mise en avant de l’égo alors qu’on peut se l’approprier sous un autre angle. Je pense, plutôt, que l’intérêt que la démarche peut être lié à un besoin de se recentrer sur nos valeurs, aptitudes et compétences propres pour véhiculer une image numérique cohérente avec Soi et éviter les faux-semblants normatifs. La notion de projet est effectivement un élément important puisqu’avant de penser à communiquer, il faut déjà être au clair avec la cohérence projet professionnel – individu. Un exemple pour illustrer ma conception du personal branding : vous rencontrez une personne que vous percevez comme étant un peu agitée et qui vous présente une carte de visite de réflexologue avec une fleur de lotus (exemple que vous arriverez, j’en suis sûre à transposer sur une autre rencontre), Fleur de lotus qu’on retrouvera sans doute sur son site Web ou autre moyen de communication numérique. Cette personne captera alors, via le web, une clientèle dans une attente d’accueil calme et zen.
    Peut-être serait-il aidant pour cette professionnelle de l’amener à travailler sur sa posture, son projet ou son identité visuelle / numérique (personal branding ?). Si son identité visuelle est très graphique et moderne, ce qui a été perçu pour de l' »agitation » pourra alors peut-être davantage être perçu comme du dynamisme, (tout est affaire de nuance) et elle pourra capter une clientèle plus adéquate. Un gain de temps pour tout le monde !

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