Les naïfs du numérique

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Je suis de plus en plus convaincu que l’expression les natifs du numérique est une hérésie et si l’expression peut être opportune, c’est essentiellement de manière négative. Finalement, les naïfs du numérique sont bien plus nombreux que les natifs.

J’en tiens à nouveau pour preuve mes étudiants de deuxième année en IUT à Lyon qui suivent pourtant une formation en documentation.

La plupart ne sont pas du tout au fait des technologies liées au web 2.0, netvibes étant à peine connu.

De plus, il serait tentant d’imaginer qu’en la matière, ils disposent de qualité d’adaptation. Mais non, l’usage de netvibes n’est pas du tout instantané.

Peu connaissent également twitter, un seul usager sur 23 élèves mais le plus notable est encore cette méconnaissance historique.

Mes étudiants sont nés en même temps que la création du Web. Cependant, aucun n’est capable de situer historiquement la création de l’Internet et la mise en place du web.

Ils admettent d’ailleurs que l’expression de digital natives est ridicule et qu’elle ne leur correspond guère. Ils s’interrogent également sur l’expression « génération Y ».

Tout cela démontre que nos naïfs du numérique présentent un fort besoin de formation y compris dans les usages du numérique.

Je dois avouer que je ne suis guère surpris, ayant pu cotoyer ces générations quand j’étais au collège.

Je note que cela démontre amplement l’échec des politiques administratives de style B2I et probablement la nouvelle illusion des politiques de certification à la chaine C2I.

La culture de l’information et la culture technique sont très loin d’être acquises. La culture de l’information s’acquiert et se réalise via la formation. Je ne partage donc pas l’idée d’une culture de l’information quasi native ou symbiotique comme nous pouvons le voir dans cet article. Nous ne vivons pas dans une culture de l’information mais plutôt dans un environnement de données diverses qui ne se transforment pas en connaissances nécessairement et qui sont autant déformantes que formantes.

Creative Commons License photo credit: Philippe Guillaume

cueva del tiburón

12 réflexions au sujet de « Les naïfs du numérique »

  1. Pour rebondir sur cet état, je me rends compte du même désert culturel dans les entreprises. Des dirigeants, que je rencontre dans le cadre de missions graphiques et techniques liées à la communication et au design, ne connaissent quasi rien à Internet 2.0. A tel point que lorsque je vends maintenant un site internet, je propose également une formation préalable du type « qu’est-ce qu’internet en 2009 ? ».
    Si j’apprenais à manier la souris à mes clients il y a 20 ans, aujourd’hui, je leur apprends à être moins gauche face à la toile et ses magnifiques outils numériques.

  2. Ton billet contrebalance le « tout » digital native que trop d’auteurs nous rabachent (Marc Prensky en tête) ; ça fait du bien d’avoir un peu de modération.

  3. Et bien on moins je suis content de lire ça ! depuis le temps que je pense que ces vocabulaires sont des arguments complètement markéttés. Ceux qui parle des x, y et autres vocables, ceux sont ceux qui sont « propriétaire » du web actuellement c’est à dire notre génération (40/50 ans).
    j’ai les mêmes élèves que toi et je suis aussi effaré que toi entre la réalité de leurs compétences et l’enthousiasme des discours ambiant.
    Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de compétences, cela veut simplement dire qu’elles sont à peine intuitive et en tout cas loin du niveau d’expertise qu’on leur prête.
    voila, j’ai dit ! na !

  4. LZ

    Même constat sur des étudiants de première année à la Faculté de Sciences Economiques de Rennes 1. J’ai profité des visites systématiques du Centre de Ressources en Langues pour leur poser quelques questions…
    Sur 432 étudiants, 10 utilisent Twitter, 2 connaissent Netvibes, 14 sont abonnés à des fils RSS mais 345 ont un compte Facebook…Les réponses concernant leur lecture de la presse, leur visionnage ou non des films en VO sont tout aussi surprenantes…

  5. Je suis contente de lire ce constat, au moins je ne pense plus que ma promo (qui est pourtant en 5eme année) est une promo d’extra terrestre. Ce sont donc plutôt des digital naives, je suis la seule à utiliser twitter (sur 30, petite promo), aucun n’utilise d’aggrégateur, netvibes est inconnu, bref j’ai l’impression de ne pas avoir vu d’évolution depuis 5 ans. Pour communiquer, mails et newsgroups, peu pratiques et peu réactifs.

    Par contre… je dois être la seule réfractaire à Facebook, qui est extrêmement populaire parmi les étudiants.

    Ensuite pour les films en VO et la lecture de la presse (qu’elle soit papier ou numérique, même s’ils n’utilisent pas de fils rss ils se donnent quand même la peine d’aller sur les sites), elle doit être plus importante chez nous, étant une promo biculturelle avec 2 ans d’expatriation à notre actif 🙂

  6. C’est pour les mêmes raisons que chaque année, avec les étudiants de Master 1 je fais le cours dont je parle dans le projet Internet2010… car les étudiants n’ont pas un meilleur niveau en master 1 en général 🙁
    Depuis longtemps aussi, lors de formation en entreprise, alors que l’on met en exergue les facilités des jeunes, je réponds souvent qu’ils savent seulement jouer et tchater… mais pas utiliser l’ordinateur 🙂 Je ne parle même pas d’internet 😉

  7. Bon, je me sens du coup obligé de défendre un peu les gens qui fabriquent ce genre de concept. En fait, je crois qu’il y a une tendance, lorsqu’un phénomène émerge et qu’il étonne à ce que les observateurs choqués par ce qu’ils constate aient une tendance à généralisé un phénomène.

    Transposons-nous en 1967, il me semble probable que, sur un groupe social équivalent à une classe de 30 élèves de 2ème année d’IUT, peu d’entre aient été touchés par le summer of Love. Peut-être un ou deux aurait-il vécu la période intensément.

    Il me semble qu’il en va de la GenY comme des Hippies, c’est un groupe émergent dont l’habitus se diffusera avec le temps et qui restera certainement comme le fait marquant de cette génération. Parceque quand même, je peux aussi vous parler de jeunes gens qui parcequ’ils ont construit leur rapport sociaux surdes sites ou des jeux sociaux ont des rapports très nouveaux à l’autorité, à la notion de groupe, à la gestion de leur espace social.

    Par contre je suis d’accord, il ‘y a pas de généralisation du phénomène. Surtout il faut à mon avis être né dans une famille équipée d’un PC digne de ce nom, connectée à internet si possible un haut-débit, etc. Mais bref disons qu’ils essaient de fixer l’étiquette de cette génération.

  8. simon

    Bonjour,

    ben ça me fait rudement plaisir de lire ça (un peu après tout le monde …) dernièrement j’ai tendance à passer pour un hérétique lorsque je soutiens que la génération Y et les digital natives c’est du « pipeau » (et par extension toute approche holiste basée sur la différence d’age, de sexe …là on s’éloigne :o)

    Bref merci pour ce billet qui montre que l’on peu changer d’avis 😉

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