Outils sociaux : prolétarisation ou développement des capacités ?

Par défaut
Lovecraft Mythos
Image via Wikipedia

Régulièrement, l’éclosion de nouveaux outils font apparaitre incessamment la nécessité de s’adapter, de se former aux nouvelles technologies et de développer des compétences nouvelles en la matière. Au fur et à mesure des dernières sorties technologiques, il nous faudrait sans cesse nous former, nous reformer voire nous déformer et ce dans une logique sans fin, sous peine de disparaître. Nous serions donc dans une ère d’évolution continue et perpétuelle qui mettrait nos habiletés, nos savoirs et compétences dans une perpétuelle bêta, qui outre une tératogenèse documentaire, ferait de nous des monstres et autres créatures étranges des mondes de Lovecraft, dont on finirait par percevoir de manière enfouie nos dernières traces d’humanité. C’est tout autant notre genèse que celle des objets techniques qui devient tellement complexe  que nous n’en comprenons plus l’évolution voire l’archéologie et la généalogie.

Dans cette logique du toujours plus, de la rustine intellectuelle, du pharmakon technologique, nous ne pouvons plus réellement évoluer du fait d’une instabilité permanente, loin d’un idéal de métastabilité permettant l’innovation.

La question donc demeure autour des technologies de l’information ou prétendues telles et notamment des outils du web 2.0. Je suis toujours d’avis qu’elles méritent une formation mais il s’agit selon moi d’une formation critique et distancée s’appuyant sur des éléments stables.

Car le risque est celui de former sans cesse à de simples usages et à quelques bonnes pratiques sans réellement aller au fond de chose…avec la prolétarisation totale de nos activités. Réaliser un beau diaporama et où une belle mise en page sur un logiciel de PAO ne signifie pas pour autant que l’on soit expert en communication.

La formation doit donc s’appuyer sur les potentialités des nouveaux outils, non pas pour demeurer dans une simple logique d’usage qui n’aboutirait qu’à une prolétarisation, c’est à dire une dépossession de nos savoirs, savoir-faire et savoir-être, au profit de ce même outils.

Il s’agit au contraire d’en profiter pour développer de réels savoirs, des capacités de lecture et d’écriture accrues véritablement durables, l’acquisition de capacités de réflexions autour de notions même complexes ainsi que le développement d’une connaissance poussée d’un environnement informatique et programmatique riche en interfaces et langages informatiques divers.

Évidemment, cela pose des questions d’organisation de la formation et ce depuis le début de l’Ecole. Une nouvelle fois, cela impose un new deal disciplinaire et la sortie de notre découpage actuel qui impulse des césures et la tragique dichotomie sciences dures/sciences humaines qui a fait de nombreux français des hémiplégiques.

En conclusion, nous retrouvons encore le côté double de ces outils, ces pharmaka, qui sont autant des instruments de formation que de déformation. Malheureusement, il semble que nous soyons en train de les utiliser plutôt de manière négative, posés comme de simples rustines, dans une logique de certification, quelque peu rassurante, mais qui démontre une absence de vision historique et des capacités de projection nulles.

Qu’on ne s’étonne guère de l’absence de politique éducative. Il n’y a plus de politique de civilisation. Il est vrai que les discours anti-idéologiques ont fini par nous soumettre à une nouvelle forme de fatalité qui fait des aléas des marchés de la finance, les nouveaux dieux de l’Olympe.

Pourtant, il nous semble qu’il faille réveiller les titans et se mettre à construire différemment. Cela nous invite également à envisager de nouvelles politiques notamment éducatives tant que ce qui nous menace n’est pas une société sans Ecole – mais plutôt une école sans société.

Reblog this post [with Zemanta]

9 réflexions au sujet de « Outils sociaux : prolétarisation ou développement des capacités ? »

  1. Les outils sociaux me semblent aptes à civiliser (à faire revenir le débat public notamment), mais effectivement, des questions se posent : le rapport signal/bruit pas toujours favorable, notamment tant qu’on ne maîtrise pas un peu un réseau social lambde ; la perte progressive de liberté qui vient sans surprise (les gouvernants pensent plus facilement à réguler la liberté d’expression qu’à réguler la haute finance) ; enfin, il y a un problème de structure : Twitter, Facebook etc., appartiennent à des sociétés qui ont notamment intérêt à ce qu’on ne puisse se passer de leur intervention et qui décident pour leurs usagers de ce qui est bon pour eux… En tant que vieux con, je ne vois pas ce qu’on a gagné en quinze ans sinon des outils de communication verrouillés ou défectueux (comme le mail qui n’a jamais si mal fonctionné) : usenet était un réseau social formidable, sans gestion centralisée, complètement dans l’idéologie de la neutralité du réseau. Ce n’est pas pour rien que les FAI le négligent ou l’abandonnent : pas de modèle économique, pas de contrôle, les usagers disposant du pouvoir sur leur moyen de production (intellectuelle) – pour rester dans la terminologie marxiste.

  2. Copie d’un billet déposé sur xmltoday.org

    Does business condemn philosophy 2.0 or more generally philosophies x.y

    A philosophy worthy of the name is neutral, a philosopher wants to know, philosophy is an access method to knowledge.
    A philosophy is not to assess a particular mode of trade or craft, this is a matter for sociologists, economists, historians and many other categories of intellectuals.
    All intellectual categories must include a minimum of Philosophy: elementary logic that avoids confusion, inconsistencies.
    The business is to be efficient, and this at any time, must be conducted in a lucid and determined. The challenge of business is to choose an advantageous strategy.
    Unfortunately, logic has shown that determining the best strategic choice is not in most cases evaluable, that is what has been called the incompleteness of any system which includes arithmetic.
    Only business that can deal without arithmetic (digital) are likely to find successful strategies for sure.
    Algorithmic methods and models allow logical approximations.
    We have to make choices, no one is sure of not being able to do better, especially in cases of emergency or danger. Deciding not be entirely sure it’s called a clear choice.
    We must decide, judge, condemn, evaluate without formal proof or exact calculation, taking risks yourself or make others. All this is perfectly acceptable, otherwise we would not still in the stone age.
    The systematization of the arbitrary name of a vague but consensual semiology is a hypocrisy that is spreading through the rapid propulsion of information through the means of modern communications.
    The Gospels of St. Snipe Point Zero is a collective work which has nothing to do with Nicolas Bourbaki.
    In a technique invented by Microsoft Program to compensate for a lack of interface for better interaction between a human connected to the Internet and a Web service, we went through templates user-friendly interface design, and it ends with a philosophy.
    Ridicule does not kill, fortunately, it would be a massacre or a mega giga slaughter, intellectual genocide.
    Some opportunistic business practices based on the Gospels, ares well known, cults and derivatives are inexhaustible resources that draw upon the natural tendencies of people influenced by the fact that they have been excluded from basic knowledge but nevertheless educated in good communicating schools, these practices will not live a long a way, they are ephemeral business niches.
    The good business is a realist philosopher, materialist, lucid, he becomes aware of determinations and uncertainties, he deftly juggles with like a chess mania strategy position and commando tactics.
    A good business human does not condemn an angelic philosophy, he uses it as a tool or works around it like a clever fox.
    Ideas are welcome in cooking or painting and many other hobbies but they are toxic for philosophy and business too and mainly for the sake of Homo Sapiens genius healthcare.

    The state of the art debate
    tinyurl.com/philosophy-dot-zero
    To be or not to be
    http://www.davidpbrown.co.uk/poetry/william-shakespeare-3.html

    Shakespare as a conclusion: Something is rotten in the State of 2.0 or is this debate is open for crazy purpose
    Horatio:
    He waxes desperate with imagination.
    Marcellus:
    Let’s follow. ‘Tis not fit thus to obey him.
    Horatio:
    Have after. To what issue will this come?
    Marcellus:
    Something is rotten in the state of Business. (or XML is Wrong ?)
    Horatio:
    Heaven will direct it.
    Marcellus:
    Nay, let’s follow him. [Exeunt.]

  3. Je partage globalement le point de vue exprimé par le vieux con (comme moi) ci-dessus.
    D’une part les réseaux sociaux dont les membres sont du genre HOMO SAPIENS ont été inventé il y a plusieurs belles lurettes (la lurette étant l’équivalent de dix kilos années terrestres).
    D’autre part on s’amusait autant avec des services Internet avant l’apparition de http. Certes il y avait moins de fous visibles mais le volume global de sérieux était le même et les blagues aussi inventives.
    L’avantage de la possibilité au « pecus vulgum » de se connecter est à double tranchant: cela permet de constater au plus grand nombre l’insanité titanesque de la quasi totalité des classes politiques (ce qui positif) mais aussi de mesurer l’étendue de la propension de nos congénères à confondre association culturelle et troupeau d’illettrés sectaires.

  4. Très intéressant, mais quand tu écris : « La formation doit donc s’appuyer sur les potentialités des nouveaux outils, non pas pour demeurer dans une simple logique d’usage qui n’aboutirait qu’à une prolétarisation, c’est à dire une dépossession de nos savoirs, savoir-faire et savoir-être, au profit de ce même outils. »

    A quels dispositifs pédagogiques concrets penses-tu ?

  5. Je songe à des dispositifs qui consistent à se fixer des objectifs autour par exemple de l’évaluation de l’information et en utilisant ces outils pour repérer, analyser l’information et la synthétiser. C’était l’enjeu de mon projet « historiae » il y a deux ans. La formation à l’usage de ces outils constituant un objectif secondaire et aucunement premier.

  6. Marsattac

    Je partage ton point de vue. Mais je constate que ces outils favorisent les échanges entre nous, développent des mutualisations.
    C’est un phénomène majeur (même si cela existait sous d’autres formes avant, je veux bien le reconnaitre).
    Je tâtonne, j’essaie de trouver un fil conducteur pour donner une cohérence à tout cela. J’ai le sentiment que c’est un processus normal. J’ai l’impression de vivre un peu la même chose quand j’ai utilisé un navigateur pour la première fois et découvert le web. Ou bien quand j’ai réalisé avec une collègue un premier site internet en 1998 pour mon établissement scolaire (L.P). Il fallait aussi organiser des formations pour les collègues de disciplines, lancer nos premières activités de recherches documentaires sur internet avec les élèves. Aujourd’hui, j’ai l’impression de vivre la même chose, mais dans un tempo plus rapide avec la pratique des outils sociaux. D’où l’importance de donner du sens à tout cela en ne perdant pas de vue les fondamentaux de notre discipline, en partageant nos pratiques, en lisant des études et des travaux de recherche pour prendre de la hauteur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *