L’effet loft dans l’éducation

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La logique de la captivité connaissant des difficultés puisque les élèves sont de plus en plus tentés de faire l’école buissonnière, la dernière idée en date est celle de rémunérer l’assiduité. Stratégie parfois adaptée dans quelques écoles anglo-saxonnes, l’idée fait son chemin en France désormais.
Certes Christian Jacomino perçoit que l’objectif reste collectif et que ce n’est donc pas un but individuel. D’autres y voient du positif malgré les effets désastreux de la proposition.
En fait, l’aspect collectif est en fait pire et je ne suis pas loin de penser comme David Abiker qui a annoncé par dérision sur twitter et sur facebook la création de « Children cash »

Je suis persuadé que l’Education doit sortir de la captivité avec ses règles d’assiduité, ses journées à rallonge qui n’ont pas évolué depuis un siècle. Il faut aller vers la captation de l’attention pour former les élèves à l’attention, susciter leur intérêt et les convaincre que l’effort permet de passer des obstacles et constitue le socle de réussites. Cela signifie qu’il ne suffit pas d’être présent à l’école pour apprendre. Il faut au contraire multiplier la diversité des supports de formation et varier les formes d’interventions des enseignants. Et cela ne peut se faire que par une diminution des heures de cours et de présence dans les établissements. Il faut aller vers des formes, que certains appelleraient de l’autonomie, mais que je préfère nommer projet d’individualisation (y compris collective), sous forme de projets plus ou moins longs, utilisant les possibilités du numériques et visant à mettre en oeuvre les savoirs et les notions acquis.

Or (j’avais écrit Hors dans un premier jet, comme un lapsus, merci à beverycool pour la remarque), une nouvelle fois, la direction n’est pas la bonne. C’est la logique du « pognon » qu’on nous impose, c’est le loft ou secret story qui devient le modèle avec des programmes indigents où l’objectif est celui de gagner de l’argent. Et puis cette logique collective n’est en fait que celle dénoncée depuis longtemps par Foucault, la surveillance des uns par des autres obtenus grâce à des carottes illusoires, en l’occurrence de l’argent. Celui qui déroge à la règle fait perdre le groupe. Mais ce n’est pas de sport dont il est question, mais d’argent. L’argent est la mesure de toutes choses, telle pourrait être la devise du princeps.
Aucun esprit collectif, ni sportif et encore moins éducatif dans cette mesure. Le plus tragique c’est qu’elle vient du pauvre Martin, pauvre misère… sauf que c’est l’éducation qu’il enterre.

Un esprit qui est celui du piège, du jeu pour pauvres, à l’instar de la française des jeux, comme forme d’imposition déguisée. Nous sommes très loin du prendre soin de la jeunesse et des générations de Stiegler. L’argent remplaçant le soin et la surveillance prenant le pas sur la veille.

Je ne suis pas un partisan des révolutions et des changements brusques mais je crains que désormais les années passant sans nouvelle vision éducative, il ne reste plus que la solution que de tout changer ou presque, au moins au niveau éducatif. Mais cela ne peut être que politique d’abord.

A ce propos, quand est-ce qu’on va se mettre à payer les électeurs qui auront bien voté ?

8 réflexions au sujet de « L’effet loft dans l’éducation »

  1. Yann Leroux

    Il est évident que la seule chose a gagner a aller a l’école c’est d’apprendre quelque chose. Payer en argent l’assisuite scolaire, c’est pervertir les apprentissage. Il faut aussi rappeler qu’en France ce n’est pas la scolarité qui est obligatoire mais l’instruction !

  2. D’où vient que l’argent aurait pour effet inévitable de pervertir? Qu’auraient pensé Michel-Ange, Mozart et Picasso de cette accusation? Je me demande, pour ma part, s’il est bien raisonnable de confier l’éducation des jeunes à des gens qui ont une vision si négative de l’argent, avec lequel ils auront tellement affaire…

  3. @Yann Leroux… Ou encore: En quoi un apprentissage désintéressé serait-il moins recommandable qu’un apprentissage intéressé… Et en quoi l’intérêt pour l’argent serait-il moins noble que celui qu’on cultive pour la « vaine gloire »? Celui qui ne recherche pas l’argent cherche autre chose, qui souvent nous apparaît avec le temps comme bien davantage obscur et suspect… J’aime bien que Freud se soit vécu comme un bon clinicien libéral, soucieux de soigner sa clientèle…

  4. @christian
    Je ne condamne pas l’idée de récompenses en soi.
    Elle ne doit pas être le but premier de l’éducation.
    Je déplore de plus que cet argent ne serve pas qu’à récompenser l’assiduité, ce qui est guère valorisant.

    Au contraire, je suis pour plus d’argent mais dans d’autres dispositifs plus au fait du réel.
    Je n’ai rien contre l’idée de monter des projets qui peuvent générer de l’argent pour des voyages scolaires, etc.
    Pour le reste, je ne suis pas contre une diversité des bourses sociales ou au mérite mais dans le cas présent, je trouve ça catastrophique.

    En même temps, je ne vois pas le rapport avec Mozart et les autres génies, qui n’étaient il me semble, très assidus à l’Ecole.

  5. @Olivier / Non, je répondais – maladroitement, un peu trop vivement, qu’il m’en excuse – à Yann et à cette idée de pervertissement par l’argent qu’il exprime. Je voulais dire que l’histoire de l’art montre assez que le souci (voire le goût positif) de l’argent n’est pas incompatible du tout avec la plus grande exigence formelle, les plus grandes audaces, et la plus grande pureté.

    Par ailleurs, pour tourner un peu le couteau dans la plaie, j’insiste sur le fait que les profs devraient faire en sorte, dans la mesure du possible, que les enfants aient envie de venir à l’école ou au collège et au lycée. Qu’ils ne peuvent pas se dédouaner de cette exigence au nom de ce que les familles ne feraient pas leur boulot éducatif, ce qui est parfois le cas, bien sûr, mais il revient aux profs de faire avec. (Les médecins ne soignent pas seulement ceux qui ont une hygiène de vie irréprochable.) Et surtout, je pense que cette exigence de satisfaire leur petit public – oui, quelque chose comme leur petite clientèle, ces enfants dont la présence dans leurs classes les honore comme la clientèle d’un boulanger honore ce boulanger -, oui je pense que ce souci de faire que tout le monde soit finalement plutôt content dans l’ici et maintenant de la pratique de la classe, devrait l’emporter sur le souci un peu infantile de « respecter » les programmes officiels, programmes dont nos collègues se plaignent à juste titre qu’ils sont trop chargés mais auxquels ils ne renoncent pas à se soumettre, et à soumettre leurs élèves, CE QUI EST UNE FORME DE TRAITRISE A LEUR EGARD…

  6. GUYOT Isabelle

    Si j’ai bien compris, les récompenses seront versées à la classe entière pour des projets pédagogiques et collectifs.
    Je ne suis pas certaine que cette carotte intéresse vraiment nos lapins sur le long terme.

    Dans la même veine, pourquoi ne pas rémunérer nos députés au regard de la leur assiduité ? Suivons jusqu’au bout le modèle des jetons de présence des conseils d’administration de nos chères Sociétés Anonymes.

  7. Je pense pas que l’argent soit adéquate pour des enfants. Je verrais plutôt un voyage scolaire en fin d’année ou une note qui rentrerait dans la moyenne.

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