Category Archives: Professeur-documentaliste ou le combat de Françoise

Sans Françoise, que serions-nous?

Corrigé Epreuve 0 de composition du futur capes

J’ai été chargé de rédiger une correction de l’épreuve O de composition du futur capes de documentation.
Le sujet se trouve ici. Il s’agit d’un texte de Pierre Lévy. Et comme j’aime bien commenter Pierre Lévy, ça tombait bien.
Il a été finalement décidé de ne pas faire figurer les corrigés sur les sites officiels puisque certaines disciplines ne souhaitaient pas en proposer
Par conséquent, il a été convenu de la mise à disposition de ce corrigé sur mon site afin que les candidats puissent quand même en bénéficier.
Attention, ce n’est pas la panacée ni le modèle absolu. Les critiques sont donc encore possibles.
Vous pouvez télécharger le document ici.
Il est également disponible sur scribd.
CAPES 2011 annale 0 ép 1 corrigé Le Deuff

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Le triangle de la didactique de l’information

Comme tout schéma, il est quelque peu réducteur mais il faut prendre conscience qu’il existe évidemment des feedbacks entre les différents axes et actants. Il est possible de se demander également si la psychologie cognitive n’aide pas également à la constitution des savoirs scolaires info-documentaires. C’est le cas de manière indéniable en ce qui concerne les référentiels de compétences et la mise en place de bonnes pratiques, ça l’est sans doute un peu moins au sein de la didactique tout au moins de manière moins réductrice et avec un travail plus construit notamment en ce qui concerne la reconnaissance du besoin d’information.
Le triangle démontre bien également que la didactique n’est pas une simple transposition de savoirs savants en savoirs scolaires et que les trois axes sont à la base d’une construction systémique.

Le triangle de la didactique de l’information d’après Astolfi, Halté et Duplessis

triangledidactique
Taille réelle

De la formation des usagers à la didactique de l’information.

A la suite de notre précédent billet sur la didactique, nous avons schématisé les différentes phases qui nous conduisent aujourd’hui à la mise en place de la didactique.
Je vous livre le schéma ci-dessous avec des explications.
formationdidactique
Taille entière
Nous pouvons ainsi distinguer quatre phases qui conduisent jusqu’au « chantier didactique » :
 La Formation des usagers aux outils correspond à une vision issue clairement des bibliothèques. Il s’agit de la phase avant le développement de l’information literacy en bibliothèques. En ce qui concerne les CDI, il s’agit d’une phase qui est bien évidemment nettement antérieur à la création du capes de documentation. Il s’agit donc de former aux méthodes bibliographiques essentiellement.
 La Méthodologie documentaire constitue une étape supplémentaire marquant le passage à la nécessité d’apprendre des méthodes pour pouvoir rechercher et trouver l’information notamment dans les usuels, type dictionnaire et encyclopédie puis dans les documentaires et via le logiciel documentaire le cas échéant.
 La Formation à la maitrise de l’information s’inscrit dans une démarche proche de l’information literacy. Il s’agit de mettre en place des séances d’apprentissage plus évoluées. Les séances d’initiation documentaire en sixième en sont le meilleur exemple même si elles demeurent toujours ancrées dans une perspective méthodologique très souvent faute de temps. C’est encore aujourd’hui l’essentiel de la formation délivrée aux élèves du secondaire avec la formation aux usuels et au logiciel documentaire. S’y rajoute parfois la formation à la recherche d’information sur Internet.
 La didactique de l’information est donc plus récente et n’est pas pleinement reconnue institutionnellement. Elle n’apparaît que donc que via l’entremise de professeurs-documentalistes qui souhaitent cesser le bricolage dans les séances pour tenter une transmission plus ambitieuse dans un objectif de culture de l’information.

Face au négationnisme documentaire ?

Les récents propos d’un recteur de Lille rapporté sur les listes professionnelles des documentalistes ne font que nous rappeler sans cesse l’importance du travail sur les représentations qu’il reste à faire :
Il n’est pas choquant de voir des collègues affectés dans ces fonctions. La documentation n’est pas une discipline …. au sens universitaire, il n’y a pas de recherches en documentation. Toute personne est capable de faire fonctionner un CDI. Ces enseignants ne sont certes pas des documentalistes mais ils sont capables de mettre en place des actions et d’organiser ce lieu.
Outre le fait que ces propos relèvent de fortes ignorances, il convient évidemment de réagir mais surtout de comprendre.
Le plus gênant, ce n’est pas seulement le reniement du capes de documentation, c’est le refus de caractère scientifique de la documentation et au travers elles des sciences de l’information et de la communication.
Au final, il en ressort toujours une difficulté à comprendre la documentation et derrière elle la notion de document et ses multiples potentialités : archéologiques et historiques, éducatifs et sa valeur d’établissement de preuve (juridique)
Que de telles déclarations viennent du plus haut de l’institution ne peut qu’accentuer le décalage qui au final fait que nous n’avons plus confiance en nos hiérarchies parce qu’elles sont décalées et que leur management est clairement hors-jeu. Ne nous étonnons donc pas de tels propos qui souvent ne font que refléter des pensées clairement datées et qui n’ont pas su évoluer…mais qui sont fortement partagées. Finalement ce recteur n’est pas le seul à penser ainsi.

Tout cela résulte d’une idéologie informationnelle dont il semble difficile de se départir et  qui explique le succès des théories de la société de l’information.
Ces dernières placent notamment la matière « information » comme devenant primordiale et remplaçant la matière première des sociétés industrielles si nous suivons les analyses de Daniel Bell et celles de Manuel Castells. Au final, en parallèle des travaux de recherche et des travaux de mise en place de la documentation que Sylvie Fayet-Scribe avait analysé en notant l’émergence d’une culture de l’information notamment durant la période où exerçait Paul Otlet, se développe une autre culture de l’information : celle dont les proximités avec les théories de la société de l’information sont évidentes. Cette autre culture de l’information s’inscrit dans une lignée prétendue non-idéologique et s’est développée, selon Eric Segal qui a étudié l’histoire de la notion d’information, à partir d’un terreau formé notamment par la théorie du signal de Shannon et par les interprétations des travaux de Norbert Wiener. Il en résulte une pensée de l’information qui ne prend pas en compte sa dimension sociale et qui oublie les processus de normes et de formes à l’œuvre dans l’information et la documentation.
Peut-on  alors reprocher à un recteur de ne pas saisir ce que c’est que la documentation quand beaucoup de  discours politiques et médiatiques reposent sur ces visions? Quelque part, la document souffre de ces divisions entre nature et culture, entre sciences dures et sciences molles, entre méthodes classiques d’apprentissage et nouvelles méthodes. Elle est pleinement au cœur de ces tensions et ces héritages mal assumés qui empêchent le succès de sa transmission et la mise en place d’une culture de l’information et de la communication.
Le négationnisme documentaire n’est qu’une conséquence d’une idéologie qui en voulant trop montrer les défauts des processus a fini par être victime de sa propre idéologie. Le dernier ’article de Francis Fukuyama explique bien les causes de ce processus dérégulateur. Cette volonté de sans cesse faire table rase démontre une incapacité de prêter attention, de prendre soin de l’autre, une incapacité de penser cela, de s’inscrire dans des processus plus longs, celui des constructions. C’est donc hélas sans surprise que certains parlent actuellement de la mort d’un web 2.0 dont le rasoir d’Ockham nous aurait dit qu’il n’a jamais existé. Tout cela ne fait que démontrer la nécessité de la documentation à la fois comme champ de recherche et enseignement au travers de la recherche de stabilités qui permettent de générer de nouvelles potentialités permettant les individuations psychiques et collectives ainsi que techniques. Mettre en avant des stabilités permet d’anticiper et d’être acteurs de changements éventuels, evidemment cela relève de pensées plus complexes que celles qui circulent sur d’hypothétiques autoroutes de l’information.
Pour conclure, il faut vraiment que ce recteur vienne au colloque de l’Erté sur la culture informationnelle…cela tombe bien cela se déroule justement dans son académie.

Ouverture de lilit et circé

J’ai décidé d’ouvrir la plateforme lilit et circé. Il y figure notamment un cours pour les sixièmes en information-documentation. Il n’est pas exhaustif mais vous pourrez y trouver des idées et des supports de séance. J’ai utilisé ce cours après les vacances de Noël, ayant beaucoup travaillé auparavant sur des documents papiers et de manière débranchée.  Le cours est directement accessible ici.

Servez-vous donc sans hésitez car je pense ne pas garder cet espace et je vais sans doute le fermer. Je serai par contre enchanté s’il y avait une tentative de reprise institutionnelle notamment par le CRDP  ou l’IUFM mais une initiative d’un groupe de documentalistes motivés pourraient convenir. D’autant qu’il pourrait être envisagé une mutualisation dans la construction d’une progression et d’un curriculum.

C’est l’objectif du cours d’ailleurs de proposer un travail progressif et individualisé.

Mode d’emploi :

Les modules ne s’affichent qu’une fois le cours donné en présentiel.  Ici, j’ai laissé tous les modules affichés, l’idéal est donc de les dévoiler au fur et à mesure de la progression. Il ne faut donc pas en principe que les élèves accèdent au document bilan avant le cours ce qui casserait la démarche didactique. Je préfère le préciser car si cela me parait évident, il m’a été conseillé de bien le faire souligner.

J’utilise une plateforme de cours en ligne nommée claroline mais moodle est tout aussi bien.  Ce sont des solutions que vous pouvez télécharger librement par ailleurs. Il faut un hébergement et au moins une base sql. Ce n’est pas très compliqué.

Pour ma part, j’ai utilisé la plateforme aussi bien durant le cours qu’en demandant à mes élèves de s’y connecter en dehors du cours, souvent d’ailleurs au CDI durant les permanences. Quelques élèves ont bien accroché au principe et ont travaillé et révisé leurs cours chez eux.

Le travail n’est évidemment pas parfait mais je n’aurais pas le temps de l’améliorer cette année et peut-être encore moins les années suivantes. Par conséquent, je vous livre cela tel quel en espérant qu’il puisse y avoir des prolongements. Tout est modifiable à l’envi y compris les cours en pdf.

Désormais, c’est à vous de faire avancer la didactique de l’information.

Historiae cherche repreneur.

Mes diverses activités ne me permettent plus d’être sur tous les fronts d’autant que des changements se profilent à la rentrée. Par conséquent, je ne pourrais continuer le projet historiae. que j’avais mené cette année avec des élèves de troisième. Je continue d’assumer l’hébergement et le support technique.
Il n’y a rien donc à faire que de poursuivre l’aventure avec des élèves. Le site a reçu 7000 visites depuis sa création et a été cité à plusieurs reprises notamment le café pédagogique et Mario Asselin. Le projet a également été sélectionné pour le forum des enseignants innovants même si ce dernier peut-être critiqué du fait de sponsoring de Microsoft.
Il est possible d’envisager que plusieurs projets puissent se greffer dessus durant l’année.
L’idéal serait de continuer sur la thématique des mystères historiques et d’utiliser le cours en ligne associé.
Les intérêts pédagogiques sont nombreux d’autant que si le projet devient inter-établissements.
Le projet peut se dérouler durant des séances, des projets voire des ateliers. Pensez-y !

Bienvenue aux nouveaux !

Les oraux du capes de documentation se sont achevés et les résultats sont en ligne depuis mercredi sur publinet.

Bravo aux nouveaux arrivants dans la profession et bon courage à ceux qui ont raté mais qui demeurent motivés par le métier. Bravo aussi aux candidats-blogueurs (tibouline , blogonoisettes, l’oeil ouvert, mali au cdi et d’autres que j’oublie) qui sont également les bienvenu(e)s dans les projets du style cactus acide.

Pour ma part, ce fut ma première présence dans un jury de capes et ce fut une expérience enrichissante. Je reviendrai certainement sur quelques conseils à donner aux candidats. Les jurys sont en général plutôt sympathiques ce que j’avais déjà remarqué lorsque j’étais moi-même candidat.

En tant que jury, on doit se souvenir que l’on est également passé par le même chemin et pas toujours de manière si glorieuse d’ailleurs. Il s’agit aussi d’une remise en cause nécessaire sur ses connaissances et ses savoirs et cela permet de demeurer dans une logique de veille permanente.

Car c’est bien l’enjeu de la profession de devoir sans cesse se remettre en cause et continuer à se former. Le capes n’est qu’un ticket d’entrée, nullement un laisser-passer perpétuel qui fait de vous un professeur sacrosaint ou omniscient. Désormais, il va vous falloir encore apprendre et travailler.

J’encourage les nouveaux arrivants à s’inscrire dans des démarches collectives de mutualisation en tous genres et notamment de participer à la didactique de l’information au travers de la constitution de séances et tout autres stratégies pédagogiques. Evitons aussi la dispersion au travers de la kyrielle de blogs personnels et autres univers netvibes. Il y a sans doute plus intérêt à regrouper nos forces autour de projets communs institutionnels ou collaboratifs. De la même manière, ne gardez pas vos séances ou vos articles dans vos tiroires. Il est également souhaitable d’ utiliser l’intelligence collaborative et proposer des documents qui peuvent se constituer via les wikis. Il reste beaucoup de  chantiers à poursuivre.

Mais avant, il faut profiter de vos vacances.

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