Didactique 2.0 : la pédagogie documentaire en action.

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Je viens de lancer il y a une semaine un projet avec un groupe de troisièmes pas spécialement motivés initialement.

Il s’agit de les former à la culture de l’information et de la communication à partir d’un blog : historiae : les troisièmes mènent l’enquête.

Il s’agit aussi d’un pari car j’espère que les élèves se montreront capables de produire du contenu. Il conviendra néanmoins d’être modeste car les thèmes donnés sont volontairement complexes.

Je reproduis ici l’à Propos qui définit les objectifs :

Bienvenue sur le blog expérimental des troisièmes du collège de Ceaucé-Passais. (orne 61)

12 élèves sont chargés de mener l’enquête sur des mystères ou des questions historiques. Le but est de reproduire l’état de doute perpétuel qui existe face à l’information avec des thématiques où tous types de ressources existent sur Internet. Le travail d’évaluation de l’information est par conséquent primordial. Les élèves bénéficieront d’aides notamment sous la forme de cartes heuristiques (mind-mapping) qui les guideront dans leur méthodologie de recherche. Le but n’est pas de s’inscrire dans une démarche procédurale mais de culture de l’information et de la communication. Par conséquent le choix a été fait d’associer le travail de recherche d’informations à sa communication au sens le plus large.

Le travail s’effectue dans la cadre d’un projet sous la direction des enseignants-documentalistes Olivier Le Deuff et Yves Ghis.

J’ai volontairement intégré au blog un cours en ligne qui se trouve dans une rubrique méthodologie, ce qui permet aux élèves de s’y référer facilement. Ce cours peut-être facilement intégrer à d’autres blogs ou à tout type de projet car il n’est pas fait sous forme d’articles de blogs mais avec des cartes interactives via le logiciel mind manager. Je suis donc preneur de toutes critiques et je suis prêt à ouvrir un wiki s’il le faut pour apporter des améliorations. Comme d’habitude ce cours est mise à disposition de tous. En voici donc les trois parties :

La première partie concerne les premières démarches.

La seconde porte sur l’évaluation de l’information

La troisième sur la communication.

Les premiers billets des élèves devraient apparaitre bientôt et seront donc ouverts aux commentaires.

Affaire à suivre donc…

J’ai rencontré le désenchantement…des campagnes

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Il est fréquent de dire que les élèves de banlieue sont souvent désœuvrés et manquent de structures à la fois familiales et mentales. On pourrait croire nos campagnes épargnées, …et bien non!

Le collège où j’exerce en est un exemple flagrant. Le niveau y est très médiocre et le comportement disciplinaire très loin d’être parfait. Il est vrai que le collège est petit et que ce n’est donc pas le far-west pour autant.

J’ai parfois l’occasion de discuter avec mes élèves et on apprend pas mal de choses sur le mode de vie et c’est souvent alarmant quand on examine leurs modes alimentaires et culturels.

Hier, j’ai pu discuté avec un sixième en grande difficulté qui relève de la segpa et qui m’a confié qu’il avait dans sa chambre : une télévision avec canal plus, une playstation et qu’il regardait évidemment tous les soirs la télévision et notamment canal plus…même si les programmes s’adressaient à un public adulte.  Cet élève espère bientôt recevoir de son parrain une nouvelle console, et devrait (enfin) avoir la TNT dans sa chambre. Je passe sur les étranges aventures avec la mini-moto surpuissante et la passivité des autorités locales sur cet aspect. Il y avait probablement de l’exagération dans ses propos, mais il est bien l’archétype du désenchantement dénoncé par Stiegler avec un désir jamais assouvi et reporté sans cesse sur la dernière nouveauté technologique qui sera achetée un jour et dont l’intérêt sera remplacé par la future nouveauté.

Finalement il n’y a jamais de stabilité du dispositif sociotechnique et le zapping demeure permanent ce qui explique l’incapacité à demeurer concentré en cours plus de 20 minutes. La fracture n’est pas encore une fois numérique. Les parents usant souvent des diverses allocations pour s’équiper en écran plats et autres objets techniques clinquants et  vantés sans cesse par la publicité et qui permettent de paraitre pour un temps plus riche que le voisin.

Il n’y a pas de transindividuation mais une tranformation du ghost out of the shell.  Y-a-t-il vraiment des « digital natives »? Ce n’est pas certain, mais la question est plutôt : Y-a-t-il des individus ? L’état de minorité face à la machine est alors permanent et il nous faut d’urgence refonder le projet des lumières pour aller vers une « neue Aufklärung »

Débranche !

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Non ce billet n’est pas un hommage à la chanson de France Gall mais une réaction envoyée sur la liste cdidoc à propos de l’émission ripostes où une documentaliste signalait les propos d’Alain Finkielfraut qui pensait qu’il fallait mieux débrancher les élèves car ils avaient un esprit critique insuffisant. Elle notait également le fait que certains critiquaient les efforts trop nettement employés pour aider les 15% en difficulté.

Je crois que les deux thèses ne sont pas si mauvaises. En effet, je plaide aussi assez souvent pour le « débranché » qui est fortement utile et oblige les élèves à lire, analyser et synthétiser. Par contre je suis pour l’usage réfléchi et efficace des TICE ce qui n’est pas toujours le cas. Notre système n’est pas parvenu encore à en tirer la pleine quintessence du fait du manque de maîtrise technique des outils des enseignants mais aussi par manque de réflexion pédagogique quant à leurs usages. Dans les deux cas (débranché ou branché), il faut qu’il y ait une réelle stratégie pédagogique derrière. De plus, si ce n’est pas l’Ecole qui forme à l’esprit critique sur Internet, qui le fera. Plaider pour un débranchage absolu est donc une hypocrisie totale car nos élèves se connecteront chez eux.

Quant aux efforts dépensés sur les 15%, il faut quand même constater que l’on dépense beaucoup d’énergie en pure perte en heure de soutien, en colles, punitions, réunion avec les parents, etc. Au bout du compte, les élèves moyens et les meilleurs en pâtissent car leur progression est freinée. Sans compter, que les enseignants s’épuisent en cours avec les plus récalcitrants en passant trop de temps à tenter de se faire écouter. La solution consiste à imaginer un collège multiple dans la lignée du collège unique mais prenant en compte les évolutions. Il convient donc de créer plus de structures de style segpa pour faire progresser les élèves en difficulté et qui ne ralentiraient pas dès lors les autres classes. Cela nécessite donc des moyens supplémentaires et des enseignants formés dans ce but. Très souvent lors des heures de soutien, les enseignants ne parviennent guère à faire évoluer ces élèves car il faut utiliser des méthodes différentes. Pour parvenir à ce système, il est à mon avis urgent d’établir un examen en fin de cm2 ce qui motiverait les élèves de primaire et qui permettrait en juin de préparer la rentrée suivante au collège et de connaître les élèves devant être orientés en section spéciale. L’examen rendrait de fait le refus de l’orientation par les parents impossible. L’égalité républicaine doit aider l’élève à tirer le maximum de son potentiel, cela est valable pour l’ensemble des élèves.
Ensuite, selon moi, il faudrait réduire les cours à 45 minutes (dans mon collège, ils sont actuellement de 50 minutes ce qui n’est pas l’idéal à mon avis) ce qui permettrait de dégager du temps pour des heures à effectif réduit qui ne serait pas du soutien mais du défi et qui s’adresserait à l’ensemble des élèves afin de les faire progresser ce qui se fait déjà chez nos collègues finlandais.

 

update du 28/10/2007 : l’article d’affordance à ce sujet.