La culture du boustrophédon

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Je mets en ligne, le texte de mon intervention de la journée des professeurs-documentalistes de l’Académie de Lyon.

Je remercie encore une fois les organisateurs pour leur invitation. J’espère que le texte permettra d’éclaircir quelques points d’une intervention sans doute trop brève.

 

Tice, socle commun et professeurs-documentalistes :

Mettre en place la culture du boustrophédon pour une meilleure gestion de la progression via de nouveaux outils et de nouvelles stratégies.

 

Introduction :

Le boustrophédon désigne étymologiquement le trajet des bœufs lors du labour marquant les sillons dans les champs de droite à gauche puis de gauche à droite. Par extension, le boustrophédon désignait une écriture qui ne revenait pas à la ligne. Le sens actuel est proche celui d’un palindrome. (ex : le mot port se lit trop en sens inverse)

 

Ce qui m’intéresse dans l’idée de la culture du boustrophédon c’est l’idée de cheminement permettant une mesure du parcours accompli mais qui constitue une progression ouvrant un passage inédit. Un moyen d’échapper à l’âge de la vitesse et d’illustrer la fameuse phrase de René Char « le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres » cité d’ailleurs par Hannah Arendt dans la crise de la culture. C’est aussi l’idée de la trace permettant la mesure de la faculté à progresser. C’est d’ailleurs cette dernière qui mériterait d’être évaluée et pas seulement une mesure effectuée durant un contrôle lambda qui ne s’inscrit pas dans une réelle progression.

 

Mon intervention porte plus particulièrement sur les Tice et la première remarque que je souhaiterais effectuer c’est que les TICE ne peuvent concerner uniquement que le domaine 4 du socle. Une nouvelle fois le socle commun court le même risque que les TICE et le B2I : une mise en place à la marge. Un autre risque menace également celui de la dissolution au sein des programmes des disciplines. Un risque que les professeurs documentalistes connaissent bien.

 

 

1. Des enjeux culturels.

Par conséquent, le socle commun doit se distinguer au niveau des Tice mais pas seulement de la culture adolescente et ne pas reproduire les effets de superficialité et de survol que l’on rencontre dans le B2I. Chez les adolescents l’usage ludique des technologies prime sur l’usage pédagogique sans compter que l’innovation est peu fréquente si on songe au mimétisme “débilisant” des skyblogs.

 

Il ne s’agit pas de demeurer dans la simple validation mais bel et bien de démontrer les possibilités pédagogiques des TICE face à la montée en puissance des phénomènes du web 2.0 avec notamment le passage de l’autorité à la popularité ainsi que la montée en puissance de la culture du pitre c’est-à-dire de la culture de la vidéo drôle ou qu’il faut absolument avoir vu et qui se transmet de manière virale. C’est bien d’une réflexion pédagogique et didactique avec les TICE dont on a besoin et ce afin que le socle commun soit le garant de la transmission des plusieurs cultures et notamment trois cultures auxquels le B2I a fini par faire obstacle (Un B2I symptomatique d’un système scolaire qui connaît d’importants dysfonctionnements) :

 

La culture informatique

La culture technique.

La culture informationnelle dans une définition élargie. En ce qui concerne cette dernière, il faut dorénavant élargir ses ambitions en en faisant une culture de l’information et de la communication prenant en compte l’éducation aux médias mais aussi ce que les américains nomment la participatory culture, la culture de participation faisant référence aux outil du web 2.0.

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2. Pas d’évaluation sans formation.

Cela nécessite non pas une simple validation mais une évaluation qui soit une mise en valeur de la progression. De la même manière, cette « évaluation-mise en valeur » ne peut être séparée de la formation. Une formation nécessaire car les digital natives n’existent pas vraiment. Je le constate tous les jours, il y a une forte confusion entre l’attrait, les habitudes et la réelle maîtrise.

 

Cette formation peut prendre différents aspects et qui n’inclut pas nécessairement des cours magistraux. Le repli disciplinaire dont sont parfois accusés certains didacticiens de l’information est une mauvaise analyse Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un repli mais d’une avancée qui s’avère d’ailleurs plutôt innovatrice dans ces méthodes, puisque la didactique vise à concevoir des séquences permettant aux élèves de construire des savoirs info-documentaires dans des situations actives. Aujourd’hui, un certain nombre de notions sont stabilisées et mériteraient d’être enseignées. Nous pouvons ainsi citer quelques notions primordiales dont le travail de définition a été effectué par Pascal Duplessis et Ivana Ballarini notamment :

n Interfaces de navigation

n Site Web

n Page web

n Structuration d’un site web

n Décodage d’une page d’accueil

n Sélection de l’information

n Adresse URL

n Navigation hypertextuelle

n Navigation arborescente

n Mot-clé

n Menu contextuel

n Navigation dans un document

n Recherche d’information

Mais aussi des notions clefs comme celles d’auteur, de document et de source.

Les situations didactiques à aménager, loin d’être déconnectées ou trop abstraites correspondent en effet à des situations problèmes, à une pédagogie du défi. Le projet historiae est d’ailleurs un exemple de ces nouvelles stratégies didactiques qui peuvent être mises en place.

Des notions et des savoirs me semblent désormais primordiaux et ne peuvent continuer à être évoqués à la marge. Ces notions me semblent probablement plus utiles que certaines parties du programme émanant de disciplines classiques. Le socle commun ne peut se mettre en place selon moi sans un new deal disciplinaire. Former c’est aussi re-former voire ré-former et notamment sortir de la fracture littéraire/sciences dures.

 

 

3. Veiller sur les traces

Les outils du web 2.0 tardent à être pleinement utilisés dans l’Education Nationale. D’autre part, il me semble qu’encore une fois, c’est une logique d’adaptation qui prédomine et nullement une volonté proactive de mettre en place des stratégies pédagogiques. Pourtant, il y a urgence à s’emparer des possibilités qui s’offrent à nous mais néanmoins derrière l’apparente simplicité il faut être capable de songer à (ou penser la) la complexité. Il s’agit pour cela de veiller, de prendre soin de l’élève et de mesurer sa progression. Mais cela ne peut se faire qu’au travers de la construction de scenarii pédagogiques, de parcours permettant l’acquisition de savoirs et de compétences et pas seulement d’ailleurs en infodoc.

 

Les portfolios, les blogs, les plateformes d’e-learning et autres wikis permettent une meilleure gestion de la trace et donc de la progression de l’élève. Cela permet une pédagogie davantage différentiée et individualisée et plus motivante. Evidemment cela ne peut être sans incidence sur le fonctionnement actuel toujours basé sur la logique de la captivité. Il s’agit donc de permettre à l’élève de garder en ligne ses travaux, ses cours mais aussi les exercices avec un suivi plus fin et plus précis de la part de l’enseignant. (projet lilit et circé)

(image issue du projet lilit et circé sur lequel je reviendrais bientôt)

 

 

Conclusion :

Il semble malgré tout que certains discours politiques et commerciaux pèsent sur l’Ecole et les termes de « société de l’information », de « digital natives », de « culture numérique », voire le dernier rapport de la commission « syntec », tout cela contribue à un mélange qui pousse encore une fois à ne voir que le problème matériel, certes existant mais nullement primordial désormais. Pourtant tous les spécialistes mondiaux du domaine constatent bien que le problème est ailleurs et qu’il s’agit plutôt d’un problème de littératie, autrement dit de culture. Et cela ne peut se faire avec une simple connexion matérielle. Pour revenir au boustrophédon, ne mettons pas la charrue avant les bœufs.

 

 

Education Nationale : construire l’Atlantis

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Les temps changent et c’est indéniable. Les professionnels de l’information et les enseignants ne peuvent que s’interroger face au phénomène de plagiat et de piraterie ainsi que face à toutes ces négligences que nous observons dans les usages des jeunes générations abusivement qualifiées de digital natives.
Faut-il pour autant rejoindre le clan des moralisateurs et des défenseurs de l’ancien régime ? Faut-il mettre des barrières, des réglementations lourdes face à un web 2.0 déstructurant et faisant triompher la popularité sur l’autorité ainsi que la culture du pitre ?
Je n’en suis pas convaincu. Chaque aspect inquiétant de l’évolution de l’Internet qui constitue autant d’évolutions de nos sociétés actuelles se transformant en une Arcadie où l’intelligence collective n’est en fait que la constitution d’un réseau d’espionnage de tous contre tous nous obligent à repenser à la fois le web mais aussi l’ensemble de nos fonctionnements. Par conséquent l’éducation ne peut être épargnée.
Pour autant doit-on suivre le chemin des héritiers et des tenants du c’était mieux avant comme on a trop souvent le sentiment à la lecture du culte de l’amateur d’Andrew Keene ? Doit-on stupidement allonger les droits d’auteur alors que la tentation du piratage est permanente ? Doit-on se laisser dicter des législations par des groupes de pression et autres lobbys industriels incapables de comprendre le monde actuel à l’instar de nombreux parlementaires qui n’y comprennent plus rien et qui ne désirent que revenir avant 1989 ?
Peut-on continuer à penser les TICE comme de simples besoins matériels ? Doit-on demeurer dans une logique éditoriale coûteuse pour l’éducation nationale en dépensant des sommes énormes pour des prestataires de service hors fonction publique alors que cette dernière pourrait fort bien assurer la mise à disposition de ressources numériques pédagogiques dans des actions de mutualisation et de revalorisation des salaires enseignants ? Au lieu de cela, on préfère dépenser sans cesse pour préserver les lobbys éditoriaux et les officines de cours particuliers avec des déductions fiscales. La logique économique domine chez les gestionnaires de l’Education Nationale mettant en sourdine de réelles avancées pédagogiques. Nous remarquons qu’à l’inverse le monde enseignant semble complètement ignorant des fonctionnements de l’Economie d’une Nation. Le tout converge vers l’incessant dialogue de sourds. Tout n’est certes pas à rejeter dans le rapport sur la mission e-education mais on a le sentiment que les enseignants ne sont vus que comme des consommateurs de ressources numériques et rarement comme des producteurs.

Une solution consisterait à donner les moyen au CNDP de pouvoir mettre en place une politique documentaire nationale, permettant de gérer les contenus pédagogiques numériques, depuis sa création jusqu’à sa diffusion ce qui implique des chefs de projets et des enseignants chargés de création de contenus. Le CNDP serait donc avant tout un producteur et pas seulement un sélectionneur de bonnes ressources. Un bon moyen de revaloriser enseignants et institutions scolaires.

Par contre si nous devions nous voir imposer des politiques bassement matérielles avec des offres numériques émanant de grands groupes éditoriaux avec des coûts prohibitifs, une seule autre voie serait possible, celle de la rébellion à la fois pédagogique et intellectuelle. Car il s’agit bien de veiller sur les jeunes générations, mais aussi sur une institution qui mérite des réformes urgentes mais qui ne doit pas disparaître. Il faut nous faut donc tous ensemble construire l’Atlantis (ou Arcadia, le vaisseau du capitaine Albator ou Harlock) dans cette Arcadie où les seules autorités que l’on souhaite nous imposer ne viennent que de grands groupes. La culture de l’information pour répondre à cette rengaine de la société de l’information. Le rapport de la mission e-educ d’ailleurs mélange un peu tout d’ailleurs ce qui le rend de fait illisible et impraticable laissant sa mise en oeuvre aux partenaires privés et aux politiques. Les enseignants n’y étant vus que comme de simples usagers à l’exception de profs valorisés pour leurs technicités informatiques. La confusion entre culture numérique et culture informationnelle demeure, celle entre outils et stratégies didactiques est entérinée. Le plus important est encore manqué : le nouveau rôle de l’enseignant, son évolution nécessaire et sa revalorisation en tant que référant, guide des égarés, passeur de savoir, vecteur de confiance, incitateur à la création de savoirs, etc.
Je crois qu’il est vraiment temps de ressortir sa cape noire pour veiller sur la galaxie Education et sur la liberté.

La culture de l’information en colloque

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Je me devais de relayer cette information, cet appel à communications pour un colloque où je serai présent.

Colloque international « L’Education à la culture informationnelle »

16 -17-18 octobre 2008, Lille

 

Extrait de l’appel à communications :

Aujourd’hui, la « capacité à maîtriser l’information » est devenue une préoccupation éducative à l’échelle internationale, reconnue par des instances telles que l’UNESCO. Avec le développement des technologies de l’information et la montée d’une économie en réseaux numériques, l’intérêt s’est porté surtout sur la nécessaire connaissance des outils informatiques et des nouveaux moyens de communication. La compétence informationnelle devient ainsi un enjeu social, économique et culturel. Cependant l’explosion des ressources informationnelles, la diversification de leurs supports et vecteurs de communication, la diversité et la fiabilité des contenus proposés, renforcent aussi la nécessité de former les individus, de la maternelle à l’université, à utiliser de manière efficiente, raisonnée et critique ces ressources pour construire leur savoir et exercer leur jugement critique à travers leurs activités scolaires et leurs pratiques sociales.

Depuis 2006, en France, une Equipe de Recherche Technologique en éducation (ERTé) « Culture informationnelle et curriculum documentaire » s’est constituée afin de penser une éducation à l’information inscrite dans les cursus de l’institution éducative. Elle associe des laboratoires et diverses institutions, des enseignants-chercheurs, des professeurs des écoles, des professeurs documentalistes, des enseignants de toutes disciplines, des professionnels de l’information et des bibliothèques, des formateurs.

Le projet de construction d’un curriculum documentaire et informationnel confronte la communauté des chercheurs et des praticiens à différentes notions, notamment celles de culture de l’information ou culture informationnelle, dont les fondements, les contenus, les contours et les territoires ne sont pas encore stabilisés. Partant de ce constat, l’objectif du colloque consiste à reprendre, pour les discuter, les questionnements de fond de l’ERTé : quelle définition validée donner de cette culture informationnelle en mutation ? Quelles sont les représentations et les compétences mises en œuvre dans les pratiques sociales non formelles et formelles ? En quoi sont-elles des aides ou des obstacles pour les élèves et étudiants ? Quelles sont les approches épistémologiques et didactiques envisageables dans l’éducation formelle ? Comment d’autres systèmes éducatifs appréhendent-ils cette problématique ? Quels dispositifs ont-ils mis en place et quelles réflexions mènent-ils actuellement ? Quelles sont les possibilités et les limites de l‘institutionnalisation d’un curriculum de la maternelle à l’université ?

Ateliers :

Les propositions de communication devront s’inscrire dans le cadre de l’un ou l’autre des quatre ateliers suivants (cf le détail sur l’appel à communications, disponible sur le site du colloque : http://ertecolloque.wordpress.com/)

Atelier 1 : Enjeux institutionnels, politiques et éducatifs associés à la culture informationnelle et comparaisons internationales.

Atelier 2 : Pratiques sociales / pratiques scolaires : usages, représentations, et contextes sociaux de l’information – documentation.

Atelier 3 : Formats de connaissances proposés aux les apprenants et disciplines scientifiques.

Atelier 4 : Didactique de l’éducation à/par l’information.

Modalités de soumission des textes :

Le Comité Scientifique et le Comité de Programme évalueront la pertinence de chaque proposition soumise et proposeront des modifications le cas échéant.

Les soumissions doivent respecter les règles suivantes :

         être rédigées en français (ou en anglais) ;

         comporter une « proposition » de 5 pages maximum en format A4, taille 12, interligne simple.

Les propositions de communication doivent être adressées sous format électronique (en fichier .doc ou .rtf), sans dépasser la date limite à :

         eric.delamotte@univ-lille3.fr (GERIICO Lille 3)

         ou francoise.chapron@rouen.iufm.fr (CIVIIC Rouen), coprésidents du colloque.

Calendrier :

Soumission électronique des articles : 20 avril 2008

Notification d’acceptation des articles : 1er juin 2008

Version définitive des articles acceptés : 1er septembre 2008

Dates du colloque international : 16 -17-18 octobre 2008

Lieu de la manifestation : Maison de la recherche, Université Lille 3, Villeneuve d’Ascq (59).

Pour tout savoir sur le colloque : texte complet de l’appel à communications, modalités des articles, composition du Comité scientifique, etc., voir le site du colloque : http://ertecolloque.wordpress.com/

Pour en savoir plus sur l’ERTé « Culture informationnelle et curriculum documentaire » : voir le site de l’ERTé : http://geriico.recherche.univ-lille3.fr/erte_information/

 

Questionnaire « culture de l’information et formation à l’information »

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Dans le cadre d’une recherche doctorale  en information communication (Université de Rennes 2) portant sur la culture de l’information, je me permets de vous demander de participer à un questionnaire anonyme sur la culture de l’information et la formation à l’information dans le secondaire et dans le supérieur.
Le questionnaire est disponible à l’adresse suivante :
http://megatopie.info/limesurvey/index.php?sid=78749&newtest=Y

Il s’agit de tenter de distinguer quelles sont les différentes conceptions liées à la culture de l’information et quel type de formation à l’information pourrait être mis en place à la fois dans le secondaire et le supérieur. Le questionnaire est court et prend moins de 5 minutes.

Je donnerai ici une courte synthèse et analyse des résultats. L’analyse plus poussée sera disponible lorsque ma thèse sera achevée …donc patience.

Chaque questionnaire est imparfait, et je prévois par conséquent de travailler sur d’autres méthodes pour recueillir des témoignages. J’userai donc autant du réel, que de second life ou de facebook sur ces questions. Une de mes hypothèses, c’est qu’il existe beaucoup de conceptions différentes de la culture de l’information, que certains emploient d’autres expressions, que d’autres usent d’expressions similaires mais avec des visées et objectifs totalement différents.

J’utilise limesurvey, une plateforme libre que j’héberge moi-même. Ce sera l’occasion de voir la robustesse et les qualités de cet outil.

Merci encore pour vos réponses.

D’ici quelques temps, un questionnaire anglophone sur le même sujet devrait voir le jour.

Digital natives, objet technique et B2I

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Je réagis au billet de francis pisani sur la génération « Google » dont j’ai déjà parlé il y a peu de temps. Il s’avère que de plus en plus les analyses contredisent la vision « digital natives » de Prensky et montrent que la réalité est bien plus complexe voire beaucoup plus préoccupante.

Je remarque également comme beaucoup d’autres collègues l’ignorance des adolescents en ce qui concerne l’objet technique « ordinateur » à la fois au niveau software et hardware. Il en est de même pour la connaissance un peu plus poussée des notions de base de navigation qui devraient être acquises dans le cadre du B2I. Or, dans la tête de mes élèves, c’est le mélange total entre moteurs, navigateurs, google, internet explorer et je ne parle même pas des notions un peu plus précises. Evidemment, la plupart des enseignants ne sont guère plus au fait des différences. Moi ce qui me dérange, c’est qu’il y a confusion entre cette attraction, qui est principalement due à l’impression de facilité : à une logique de bouton poussoir quasi « pavlovienne » et une réelle maîtrise. Dès lors, j’ai tendance à partager l’avis d’EPFL (et non de  Florence Meichel comme je l’avais écrit initialement en me trompant mais que l’intéressée m’a signalé. voir commentaires) qui commente l’article de Francis Pisani en remarquant qu’au final, la génération la plus à l’aise ne se trouve pas être la jeune génération actuelle mais en fait plutôt celles des trentenaires plus souvent confrontée à l’envers du décor, c’est à dire au code :

« Je crois en fait que la génération des trentenaires est un peu particulière du point de vue du rapport à l’outil informatique. Nous y avons été familiarisé avec des machines plutôt primitives, et pour en tirer parti il fallait vraiment ne pas hésiter à “rentrer dedans”. Je me souviens qu’adolescents, nous devions souvent programmer nous-mêmes nos propres jeux (élémentaires bien sûr, genre pong). D’ailleurs, les revues de micro (type S&V micro, crois-je me souvenir), proposait des lignes de code à reprendre. Aujourd’hui, les ado n’ont évidemment plus ce genre d’effort à fournir. C’est autant d’apprentissage approfondi en moins. De plus, les machines de l’époque étaient beaucoup plus “ouvertes”, et on pouvait sans problème les bricoler, au moins au niveau software. Aujourd’hui, ce sont de véritables “boîtes noires” (toujours surtout au niveau software). Allez essayer de comprendre Vista, a fortiori de le modifier! De ce point de vue, les ordinateurs ont suivi l’évolution de la plupart des objets techniques : ils se sont “refermés” en se complexifiant. Un peu comme les voitures, que n’importe qui pouvait (et devait) bricoler au début du siècle, tandis qu’aujourd’hui il est impossible d’y mettre la main, tant elles sont bourrées d’électronique et d’éléments de haute technologie. »

Pour reprendre ici la logique de Simondon à la sauce Stiegler, la constitution de milieux associés avec les TICE n’est donc pas évidente d’autant qu’en temps passé devant l’ordinateur, l’usage ludique de nos adolescents prime sur l’usage pédagogique sans compter que l’innovation est peu fréquente si on songe au mimétisme « débilisant » des skyblogs. De plus, les choix éducatifs ne font qu’accroitre cet état de fait. En clair, le B2I ne parvient pas développer une véritable culture informatique, pire il ne fait que dissimuler la vérité avec des validations au final faites à la va vite basées sur une découpe de compétences sans réelle signification tant la culture informatique et la culture de l’information sont plus complexes. Je continuerai cette année à valider des items malgré tout, mais avec la conviction que tout cela n’est désormais qu’une mystification. L’objet B2i dans sa volonté transdisciplinaire n’était pourtant pas si mauvais à sa création, mais force est de constater qu’il ne remplit pas sa mission et qu’il ne fait que dégrader au final les moyens de mettre en place les conditions de transmission d’une culture informationnelle et informatique. Le B2I ne demeure qu’au triste stade d’objet administratif et nullement pédagogique et il en sera sans doute de même du socle commun car ces dispositifs demeurent insuffisants. L’enseignement doit donc se réformer…vraiment et cesser d’accumuler les heures de cours en faisant croire qu’il y a chaque fois assimilation. Je crois que les nouvelles technologies et notamment les plateformes d’e-learning peuvent constituer d’excellents moyens pour rendre plus efficaces les cours en présentiel et en prolongement de présentiel en permettant une pédagogie différenciée et une individualisation des parcours mais j’y reviendrai sans doute sur ce blog. Le but serait que l’usage pédagogique soit supérieur sur tous les plans à l’usage domestique à la fois en temps passé et en complexité d’usage…au moins dans un premier temps.

Le chantier s’annonce vaste tant les enjeux sont importants et surtout parce que nous sommes très loin du consensus éducatif.

Le matin des infomanciens

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Vous connaissez sans doute le livre de Pauwells et Bergier, le matin des magiciens qui est passionnant mais qui présente des points de vue historique et scientifique discutables voire douteux.

Et bien je travaille actuellement sur le mythe du complot comme objet informationnel et j’ai remarqué de fausses ressemblances entre les habiletés dispensées en culture informationnelles et les aptitudes prisées par les théoriciens du complot. Dès lors, j’ai un peu de mal avec le blog de ce teacher-librarian, Christopher Harris qui s’intitule infomancy. C’est surtout la définition qui me gêne même s’il s’agit de second degré et que le blog ne contient pas de thèses conspirationnistes à ce que j’ai pu en voir.

L’infomancie peut donc être définie selon lui comme ceci :

« Infomancy n. 1.The field of magic related to the conjuring of information from the chaos of the universe. 2.The collection of terms, queries, and actions related to the retrieval of information from arcane sources. »

La définition nous renvoie à l’ésotérisme et finalement l’auteur se surnomme infomancer, sans doute en référence au neuromancien de Gibson. Malgré tout, cette définition me gêne désormais quelque peu. Un autre blog porte le même nom et présente le sous-titre suivant :

« the dark of knowing clearly »

Il existe d’autres sites comme celui du britannique Peter Norrington qui date de 2003, mais le plus intéressant c’est qu’il existe également le projet infomancy.net (le collège royal de l’infomancie !) Le site reste en fait sérieux et est administré par un bibliothécaire de caroline du sud, en recherche d’emploi et qui s’intéresse surtout aux bibliothèques numériques. A part ça, le site semble peu dynamique malgré le blog associé mais sans doute les infomanciens travaillent dans le secret !

Si après toutes les littératies, il faut désormais étudier les mancies informationnelles autant écrire un roman.

De là à retomber dans le Pendule de Foucault il n’y a qu’un pas. Quant au Nécronomicon, il ne semble pas loin.

Premiers articles d’élèves sur historiae

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J’ai procédé aux premières publications des travaux de mes élèves sur historiae.

Il en ressort un niveau de qualité nettement supérieur à la moyenne des skyblogs ce qui était l’objectif minimal. Il semble que la recherche d’information a été relativement correcte dans la mesure où les élèves se sont principalement servis de sources neutres (souvent Wikipédia sert de point de départ ce qui démontre que l’encyclopédie même si elle est imparfaite évite peut-être le recensement de sites conspirationnistes) Il faut donc également être modeste et prendre en compte à la fois la difficulté de la recherche et le niveau des élèves qui ne sont que des collégiens.

Parfois ce sont des sources émanant de travaux d’école de journalisme ou de scientifiques qui ont été utilisées ce qui explique le ton neutre que l’on peut retrouver.

Malgré cela, le travail d’évaluation de l’information reste encore à approfondir. Les réflexes d’analyse ne sont pas encore présents notamment la recherche de l’auteur et la lecture de l’URL. Notre contrôle durant le travail permet de guider l’évaluation mais il est clair que l’évaluation nécessite un apprentissage long et que seuls les conseils procéduraux ne sauraient suffire tant on est dans une logique de culture de l’information. La citation des sources n’est pas toujours automatisée, et il est vrai que l’encyclopédie wikipédia dans sa logique d’auteur collectif accroit la difficulté de prise de conscience.

Le dictionnaire papier a été également utilisé parfois pour mieux cerner le sujet et pour des raisons orthographiques. Des élèves ont dans cet objectif fait quelques efforts pour corriger leurs textes en redécouvrant des règles de bases. Il a fallu néanmoins effectuer d’autres corrections pour rendre le texte publiable mais c’est également dans la logique du travail où les enseignants sont à la fois les relecteurs-correcteurs et les rédacteurs en chef.