Voici le diaporama utilisé durant mon intervention au séminaire ALMA à Angers à l’invitation de Patrice Marcilloux
Voici le diaporama utilisé durant mon intervention au séminaire ALMA à Angers à l’invitation de Patrice Marcilloux
Je fais du buzz autour de cet appel à publications pour un numéro de Document Numérique que j’ai la chance de diriger autour de la thématique suivante :
« La dimension éducative du document numérique ».
Si vous êtes intéressé, la deadline est le 15 mars 2012.
Thématique
Ce numéro cherche à mettre en avant les dimensions pédagogiques du document numérique tant au niveau institutionnel (pédagogie en ligne, utilisation du document numérique en présentiel et à distance) qu’au niveau plus informel dans des pratiques d’autoformation notamment. L’utilisation des documents numériques devient de plus en plus fréquente mais les usages, les pratiques varient selon les supports, les formats et les lieux d’utilisation. Ce numéro souhaite donc développer les différents types de relations sociotechniques qui existent entre le document numérique et les enseignants et apprenants.
Objectif
Quels sont donc les méthodes, langages et médiations mis en œuvre pour conférer une valeur pédagogique au document numérique ? En quoi un document peut-il avoir une valeur éducative et comment s’opère cette relation ? Quelle culture technique et informationnelle est alors nécessaire ?
Nous recherchons aussi bien des études d’usage auprès d’enseignants, d’étudiants et d’utilisateurs que des analyses théoriques à partir de données voire de méthodes pédagogiques. Nous accorderons un intérêt particulier pour des études autour des pratiques d’autoformation via des dispositifs en ligne qui ne soient pas initialement dédiés à l’apprentissage comme le sont par exemple les réseaux de loisirs créatifs (Le Deuff, 2010). L’étude de communautés comme celle des hackers ( Auray, 2002) qui utilisent le document numérique à des fins d’échanges et de progression et d’amélioration en vue d’un objectif commun tout en facilitant l’amélioration de ses connaissances personnelles constituent des pistes intéressantes en ce qui concerne l’accès au savoir.
Quelles sont dès lors les mécanismes liées à la motivation (Fenouillet, Carré, 2008) qui permettent de répondre favorablement aux différents besoins de formation et d’information ?
Les travaux autour des stratégies pour inclure ou « engrammer » une progression et stratégie didactique au sein du document sont vivement souhaités dans ce cadre. Les méthodes de description de la valeur et du contenu pédagogique sont également les bienvenues. La question de l’évolution, des différentes versions qu’un document numérique (redocumentarisation) peut connaitre, de sa pérennité ainsi que celle de son archivage en tant que mémoire éducative pourra aussi être développée.
Le numéro cherche à montrer comment le document numérique évolue dans sa dimension éducative et comment il peut s’intégrer dans les formations et notamment quel peut être sa part au sein d’une culture de l’information et des médias de plus en plus influencée par des environnements numériques.
Dans ce numéro nous souhaitons investir les thèmes suivants (liste non exhaustive) :
- Aspects théoriques autour des aspects éducatifs, pédagogiques et didactiques des documents numériques
- Langages et métadonnées pour la description des ressources pédagogiques
- Granularité du document numérique pour l’enseignement
- Usages du document numérique comme support pédagogique pour les enseignants
- Usages du document numérique par les étudiants et les élèves
- Types et méthodes de production de documents numériques à valeur pédagogique
- Identification, évolution et pérennité du document numérique.
- Apprentissage en ligne via des documents dédiés
- Autoformation via des supports numériques divers (forums, vidéos, plans, patrons, échanges et explications sur des forums, réseaux sociaux numériques, réseaux sociaux thématiques)
- Formation au document numérique et culture de l’information
- Méthodes et apprentissage de la redocumentarisation.
- Apport du web sémantique à l’usage éducatif du document
Références
AURAY, Nicolas. Ethos technicien et information. Simondon reconfiguré par les hackers. In Jacques ROUX. (sous la dir. de). Gilbert Simondon, Une pensée opérative. Publications de l’Université de Saint Etienne, 2002
FENOUILLET, Fabien, CARRE,P. Traité de psychologie de la motivation – Théorie et Pratiques. Dunod, 2008
LE DEUFF, Olivier. « Réseaux de loisirs créatifs et nouveaux mode d’apprentissage», Distances et savoirs. Vol.8, n°4, 2010,p.601-621
Comité de rédaction du numéro
- Bruno Bachimont, Directeur à la Recherche, Université de Technologie de Compiègne
- Eric Delamotte, Professeur en Sic, Université de Rouen
- Stéphane Caro, Professeur en Sic. Université de Bordeaux 3
- Alexandre Coutant, MCF, Université de Franche Comté
- Milad Doueihi, Professeur, chaire culture numérique, Université Laval à Québec
- Olivier Ertzscheid, MCF en Sic, Université de Nantes
- Fabien Fenouillet, MCF en psychologie, Paris Nanterre
- Yves Chevalier, Professeur émerite, Université de Bretagne Sud
- Anne Cordier, Ater en sic, Université de Rouen
- Cédric Fluckiger, MCF en sciences de l’éducation, Université Lille 3
- Divina Frau-Meigs, Professeur, Université Paris Sorbonne 3
- Gabriel Gallezot, MCF en Sic, Université de Nice
- Thierry Karsenti, Professeur, Université de Montréal
- Jacques Kernéis, Docteur en sciences de l’éducation, Iufm de Bretagne
- Brigitte Juanals, MCF en Sic, Paris 8
- Pierre Lévy, Professeur, chaire d’intelligence collective, Université d’Ottawa
- Louise Merzeau, MCF, Université Paris Ouest Nanterre
- Jean Paul Pinte, MCF, Université Catholique de Lille
- Stéphanie Pouchot, MCF, Université de Lyon 1
- Alexandre Serres, MCF en Sic, Université Rennes 2
Calendrier
- date limite remise contributions : 15/03/2012
- réponse aux auteurs : 15/05/2012
- version finale auteurs : 30/06/2012
- livraison éditeur : 15/09/2011
- parution du numéro spécial : fin 2012
L’éditeur et la revue : www.dn.revuesonline.com
Recommandations aux auteurs
Contact
Olivier Le Deuff, MCF en Sic, Université de Bordeaux 3.
Adresse : Iut Montaigne. Université de Bordeaux 3.
1, rue Jacques Ellul. 33800 Bordeaux
Tél. : 05.35.38.46.90
e-mail : oledeuff@gmail.com
Je passe un message pour signaler ma présence dans un séminaire où il sera question de médias sociaux, de réseaux sociaux, d’identité numérique et de leurs rapports avec l’éducation.
J’y interviendrai dans la lignée de l’article que j’avais publié dans Hermès.
Voici la description de l’évènement, en espérant vous y retrouver.
Julien Pierre, « Usages et perceptions des réseaux socionumériques »
Julien Pierre est doctorant au laboratoire GRESEC de Grenoble. Sa thèse porte sur « l’industrialisation de l’espace anecdotique : pratiques, usages et enjeux des identités numériques ». Il est par ailleurs fondateur et rédacteur du carnet de recherche en ligne Les identités numériques.
Quelle place occupent les réseaux socionumériques dans l’apprentissage de la vie adulte ? Cette présentation s’inscrit dans un double parcours : celui d’une recherche doctorale en SIC, et celui d’une expérience de 12 ans en tant que formateur en BTS Tertiaires. S’interrogeant sur les pressions vécues par une population en apprentissage d’autonomie, nous avons interrogé l’engagement de ces jeunes adultes dans les dispositifs de socialisation en ligne : s’agit-il d’une échappatoire ou d’une nouvelle forme de pression ? Pour cela, nous avons administré en ligne un questionnaire, complété par des entretiens semi-directifs ou informels du fait de notre immersion dans la population cible. Après avoir présenté la méthodologie (et ses biais), nous pourrons comparer d’abord les usages des RSN selon différentes grappes. Ensuite, nous verrons à partir d’une série d’indicateurs (autonomie, surveillance, addiction, etc.) dans quelles mesures se reproduisent les pratiques professionnelles dans la socialisation médiatisée par ordinateur.
Olivier le Deuff, « Quels réseaux sociaux pour l’éducation ? »
Olivier le Deuff est enseignant-chercheur au laboratoire Mica, Université de Bordeaux 3. Il est fondateur et rédacteur du blog Le guide des égarés consacré à la culture de l’information.
Les réseaux sociaux ne sont pas des supports d’apprentissage traditionnel mais ils constituent des moyens d’apprendre à s’intégrer au groupe, comme l’ont montré notamment les travaux de Danah Boyd (Boyd, 2008). Toutefois, l’apprentissage par les usages des réseaux sociaux est insuffisant, contrairement à ce que prétendent les discours autour des digital natives. Ces diverses plateformes possèdent des atouts en matière de formation à condition de ne pas se cantonner aux seuls réseaux sociaux numériques. Nous distinguons ici plusieurs types de réseaux dont nous souhaitons montrer les potentialités éducatives.
Le séminaire est ouvert à toute personne intéressée par les enjeux associés aux identités numériques – chercheurs, praticiens, enseignants, militants… – et désireuse de s’enrichir des différentes approches de cet objet complexe !
Inscription gratuite mais demandée pour des raisons d’organisation auprès de Alexandre Coutant et Thomas Stenger.
Lundi 5 décembre 2011, 14h30 à 17h
Maison des sciences de la communication et de l’interdisciplinarité (MSCI)
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7, Les Gobelins
C’est probablement parce que je dois donner des cours à l’IUT sur le sujet que je m’aperçois qu’une pratique un peu désuète comme le résumé prend tout son sens dans un travail de veille. J’essaie depuis quelques mois de mieux détailler sur diigo les résumés des ressources que j’indexe, notamment quand il s’agit de les mettre à disposition dans le bouillon.
Lionel Dujol effectue un effort du même type en résumant de manière indicative également sa veille. Il fait le choix d’en donner moins, mais de veiller justement à une bonne qualité de l’information qui se trouve déjà pré-analysée.
La fameuse « curation » critiquée très élégamment par Frédéric Martinet, c’est en fait simplement la redécouverte d’une sélection de l’information organisée, thématisée avec des résumés au moins indicatifs. C’est aussi la possibilité d’offrir des synthèses, voire des notes de synthèses (un de mes autres cours à l’iut d’ailleurs) un peu à l’instar des excellentes réalisées à l’INRP (je me souviens jamais du nouveau nom). Bref à nouveau de la documentation pur jus. On a beau dire, on y revient toujours.
Ces techniques d’analyse de l’information sont pleinement essentielles aujourd’hui. Plusieurs formes sont évidemment possibles. Les méthodes cartographiques mériteraient d’être considérées comme des analyses à part entière. Récemment, j’ai proposé à mes étudiants de travailler à partir d’un texte complexe et assez long de Rémi Sussan qu’ils devaient résumer. Pour mieux les aider dans cette tâche, on a procédé collectivement à une cartographie des concepts et des idées fortes avec cmaptools. Voici la réalisation faite en cours

Visualisation du texte de Rémi Sussan
Tout cela pour dire, qu’il faut que le travail de veille ne soit pas qu’un simple signalement mais qu’il constitue une étape propice à la réflexion et à l’apprentissage de connaissances. La jolie carte de Richard Peirano pour explique son PLE (Personal Learning Environment) s’inscrit dans ce cadre.
Désormais, ces techniques d’analyse documentaire se déclinent et peuvent connaître diverses formes avec le numérique. Les outils de « curation » présentent donc des intérêts à condition qu’ils ne demeurent pas de simples gadgets mais bel et bien inscrit dans une stratégie d’analyse poussée.
Je publie ici des extraits de mon article sur les réseaux de loisirs créatifs disponible d’ailleurs sur archivesic sous forme de preprint.
Ref de l’article : (2010) « Réseaux de loisirs créatifs et nouveaux mode d’apprentissage», Distances et savoirs. Vol.8, n°4, p.601-621
1.1 Réseaux, communautés ou écumes?
Nous nous sommes intéressé au concept de communauté de pratiques pour qualifier ces réseaux de loisirs créatifs en retenant la définition suivante « un réseau social persistant et actif d’individus qui partagent et développent un fond de connaissances, un ensemble de croyances, de valeurs, une histoire et des expériences concentrées sur une pratique commune et/ou une entreprise commune » (Barab, Makinster & Scheckler, 2004, p. 55)

Un joli maillage à détricroter...
Le concept a reçu quelques critiques notamment le fait de ne pas assez prendre en compte les enjeux de pouvoir ainsi que les théories de l’acteur-réseau de Latour et Callon. De plus, le concept repose à la base sur des organisations qui sont principalement des entreprises et non des communautés en ligne, même s’il existe plusieurs transpositions, comme celle de Chanier et Cartier (Chanier, 2006) à propos d’enseignants qui échangeaient en ligne sur leurs pratiques et vécus. Ces derniers évoquaient également le concept de « communauté d’apprentissage ». Cependant, ce concept renvoie à un processus intentionnel d’apprentissage ce qui n’est pas nécessairement le cas présent. Nous sommes aussi face à des communautés en ligne ou virtuelles (Rheingold, 2001). De la même manière, la définition de ces communautés fait débat. Rheingold souligne d’ailleurs la nécessité pour les usagers de développer des compétences sociales et de participation (participation literacy) en tant que culture participative au sein des dispositifs en ligne. Rieder (Rieder, 2010) considère quant à lui que la réalité des communautés en tant que groupe privilégiant un intérêt commun (Gemeinschaft) est en fait fort rare. Rieder montre même que le concept de réseau qualifie de plus en plus une variété de relations de manière indifférenciée que le lien entre individus soit fort ou faible. De la même manière que pour celui de communauté, il conviendrait selon Rieder d’utiliser un autre concept. Il propose celui d’écume pour qualifier ces individualités de masse agissant entre des « membranes numériques » :
« Le web social introduit des nouveaux vecteurs de sociogenèse, des manières sociotechniques de production de liens sociaux. En partant des interfaces proposées par les membranes techniques, nous témoignons actuellement de l’émergence de nouvelles formes de prise de contact et de création de relation dont la médiation passe par la plasticité du substrat numérique. »
Ces nouvelles formes décrites par Rieder témoignent d’une complexité sociotechnique qui permet de prendre en compte l’individu[1] au sein du groupe. Le rappel de l’échelon individuel nous parait pertinent tant notre enquête et nos entretiens démontrent la constitution à la base d’un environnement personnel d’apprentissage et de traitement de l’information dont la mise en place est facilitée par les outils du numérique. Nous utiliserons malgré les mises en garde de Rieder, le concept de réseau et notamment de réseaux au pluriel pour qualifier ces diverses relations autour de centre d’intérêts communs. Nous privilégierons dans ce cadre le concept de « réseaux associés » tel qu’il est développé par Bernard Stiegler.
1.2 Des réseaux associés
Ces nouveaux agencements issus notamment du « web social » entrainent de nouvelles potentialités en matière de formation, particulièrement en formation continue et ce de manière informelle, ce que rappellent fort justement Jean Max Noyer et Brigitte Juanals à propos des technologies intellectuelles qui se développent actuellement (Noyer, 2010, p.38):
« Le renouvellement des dispositifs de formation continue et la remise en cause des systèmes de formation figés dans le temps comme dans les contenus. C’est à ces conditions que des dispositifs coopératifs impliquant des agents hybrides, hétérogènes, asynchrones et porteurs de temporalités et de subjectivités très différenciées, peuvent se développer. Ils sont susceptibles de fonctionner de manière performante selon des schèmes ascendants, « rhizomatiques » et favorisant les pratiques auto-organisationnelles. »
En cela, les réseaux de loisirs créatifs peuvent constituer un bon exemple de modèle des réseaux associés que décrit le philosophe Bernard Stiegler qui emprunte le concept à Simondon (Simondon, 1989) :
« Le concept de milieu associé a été forgé par Simondon pour caractériser un milieu technique d’un type très particulier : est appelé « associé » un milieu technique tel que l’objet technique dont il est le milieu « associe » structurellement et fonctionnellement les énergies et les éléments naturels qui composent ce milieu, en sorte que la nature y devient une fonction du système technique. » (Stiegler, 2006, p. 53)
Le milieu associé peut s’étendre dès lors à internet selon Stiegler :
« (…) Il existe de tels milieux techniques et industriels où c’est l’élément humain de la géographie qui est associé au devenir du milieu technique : tel est le cas du réseau internet. Et elle est la raison pour laquelle internet rend possible l’économie participative typique du logiciel libre. Internet est en effet un milieu technique tel que les destinataires sont mis par principe en position de destinateurs. Cette structure participative et en cela dialogique est la raison de son succès foudroyant. » (Stiegler, 2006, p. 53)
Stiegler évoque notamment les communautés du logiciel libre où les usagers peuvent partager et mettre à disposition des programmes qui pourront ensuite être testés et améliorés. Un parallèle a déjà été montré non pas directement avec les communautés des logiciels libres mais entre l’éthique hacker (Auray, 2002) et les réseaux d’usagers du tricot par Rose White lors d’une conférence à Berlin[2].
Ces réseaux associés reposent pleinement sur un réseau personnel d’apprentissage qui s’affranchit de la distance, ce qu’exprime parfaitement une participante à notre enquête :
« Comme j’habite dans un tout petit village à 30 kms d’une ville et que je viens de la région parisienne, ça me permet de m’évader du quotidien facilement et surtout d’apprendre pleins de choses. Quant aux blogs et ou les réseaux créatifs, moi qui n’est seulement commencer à tricoter à la main que depuis 1 an et demi, ça m’a permis de progresser énormément. J’avais bien une voisine qui tricote mais pas aussi « calée » que les certaines tricoteuses du web. On se fait des « tricopines » qui partagent le même hobby et on se « refile des tuyaux ». Les vidéos sont drôlement utiles, on peut prendre son tricot et regarder la vidéo, l’arrêter, revenir en arrière tout en faisant en même temps les explications. » (Usager n°165)
La transmission s’opère à la fois par contact direct via les messageries ou sur les forums mais aussi en y trouvant des éléments d’informations sur les blogs et les sites spécialisés. Les ressources pertinentes sont ainsi également partagées.
Références
AURAY, Nicolas. Ethos technicien et information. Simondon reconfiguré par les hackers. In Jacques ROUX. (sous la dir. de). Gilbert Simondon, Une pensée opérative. Publications de l’Université de Saint Etienne, 2002
BARAB, S.A., MAKINSTER, J.G., SCHECKLER, R. (2004). Designing system dualities: Characterizing an online professional development community. In S.A. Barab, R. Kling et J. H. Gray (dir.), Designing forvirtual communities in the service of learning. p. 53-90). Cambridge: Cambridge University Press
CHANIER, T., CARTIER, J. Communauté d’apprentissage et communauté de pratique en ligne : le processus réflexif dans la formation des formateurs. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 3(3), 2006
RHEINGOLD, Howard. Les communautés virtuelles. Addison-Wesley France, Paris, 1995RIEDER, Bernhard. « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « web social » ? », tic&société, Vol. 4, n° 1, 2010<http://ticetsociete.revues.org/822>
SIMONDON, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques. Paris : Aubier. 1989
STIEGLER, Bernard et al. Réenchanter le monde : La valeur esprit contre le populisme industriel. Paris : Flammarion, 2006
STIEGLER, Bernard. Prendre soin : Tome 1, De la jeunesse et des générations. Paris, Flammarion, 2008
WENGER, Etienne. Communities of practice : Learning, meaning and identity. Cambridge: Cambridge University Press, 1998
WENGER, Etienne. « Communities of practice and social learning systems. » Organization, 7(2), 225 – 246
[1] Il serait tentant de rappeler que l’échelon individuel concerne autant l’individu humain, que l’objet technique.
[2] Rose WHITE. The History of Guerilla Knitting, session in the 24th Chaos Communication Congress in 29-12-2007
Cela fait plusieurs mois que j’ai cette intuition mais je n’avais pas encore eu le temps de la formuler d’autant que j’escompte bien en faire un des travaux de recherche de cette année. Oliver Roumieux de l’Adbs m’avait incité à produire un billet. L’actualité m’oblige à le faire. On n’est pas encore au niveau de Print Brain technology mais on se situe sur des territoires bien connus des professionnels de l’information.
La doxa a tendance à présenter Google + comme un concurrent potentiel de Facebook, un aspirateur aux usagers adeptes du réseau de Zuckerberg. D’une part, il n’en est rien du fait que la tendance est celle de l’éparpillement des profils avec réinjection de flux si besoin. Les usagers font alors le choix d’être présents un peu partout et repoussent le choix de cibler davantage un réseau qu’un autre. Cette dispersion finit par être épuisante et pénible à terme. Google l’a compris et vise donc quelque chose de plus sérieux. Google + c’est le principe de Diaspora dans le sens inverse : on vise la concentration.
Dans cette querelle du choix des réseaux sociaux, Google va régler le problème en le déplaçant.
Pour rappel, il est très difficile de suicider son compte sans désagréments. C’est le cas chez Google : l’appartenance à son réseau social est définitive. Si vous souhaitez en sortir, vous réalisez alors un hara-kiri numérico-identitaire qui peut être tragique si vous êtes un vieil utilisateur des services google et notamment de sa messagerie. D’où les risques qu’il y a à utiliser un pseudo sous peine de fermeture de compte.
On l’aura compris, c’est une stratégie de captation efficiente : le temps investi et les données contenues sur ces services sont telles qu’il faut vraiment bien programmer son éventuel départ. C’est en effet toujours possible de cesser de dépendre au niveau de l’identité numérique de Google. Soit. Mais vous avez sans doute remarqué que vous pouvez quand même « cercler » des amis qui ne sont pas encore présents sur Google +… Une nouvelle fois, on n’échappe pas totalement à Google.
Seulement, l’objectif de Google et de son avancée Google + n’est pas celle de constituer un énième réseau social, c’est bien mieux que cela. Il s’agit clairement d’une stratégie de développement de l’application première : le moteur de recherche. Un moteur dont le leadership permet à la société américaine de générer 95% de ses revenus via la publicité. Si bien que chaque nouvelle application doit s’inscrire dans cette orientation de rentabilité. Et google + est clairement dans ce cadre.
Alors en quoi Google + va aider le moteur de recherche ?
Et bien Google + va permettre de mieux identifier les auteurs de contenus sur le web et d’associer finement une ressource web à un profil Google +. Il est même fort probable qu’une URI identifiée par un profil auteur lui aussi bien mis en valeur…sera mieux classée dans le page rank. De là à dire que google va réussir à produire le web de données… il n’y a qu’un pas.
Au niveau documentaire, Google + est en train de créer des « listes d’autorités » ! Et ces listes d’autorités vont se décliner avec l’indexation par les cercles thématique. Indexation que nous produisons nous-mêmes en créant des listes thématiques. Les folksonomies n’ont donc pas disparu réellement, Google les décline en cerclonomie. On retrouvera la stratégie du like, impulsée par Facebook au sein du réseau… ce qui produira un indice de popularité sociale qui sera aussi inclus à terme dans l’algorithme.
Si bien que le moteur va de plus en plus produire des résultats avec des références d’auteurs et obliger les webmasters à inscrire dans les métadonnées de leur site, la liaison avec leur profil Google +. Cela fait déjà quelques semaines que cette éventualité est possible. Elle va devenir obligatoire pour un bon référencement. Souvenons-nous de l’obligation faite par Google + que les profils comportent des vrais noms et pas des pseudos ! On notera au passage que c’est le retour progressif de la prise en charge des métadonnées dans le référencement. Cependant, on avance prudemment avec des métadonnées fiables avec celles de l’auteur dont on a établi l’identité. Le profil Google+ deviendra alors un pôle de gestion de son identité numérique avec les services attachés et externes. Ce sera celui qui sera visible depuis le moteur de recherche. Facebook demeurera alors qu’un sous-espace, une fête au village qui sera moins lucrative que le pôle des identités de Google.
Cela marque bien une volonté d’identification claire de la ressource. Cela pose évidemment tout un tas de question au niveau des potentialités d’anonymat. Mais si vous voulez être bien vu par le moteur… il faudra accepter l’encerclerment : rendez-vous, vous êtes cerné !
Pour rappel, le moteur comme beaucoup d’application a eu tendance à confondre autorité et popularité, en attribuant un indice d’autorité à ce qui relève clairement de la popularité via le page rank. Il faut rappeler que l’analyse des citations sur lequel repose le moteur emprunte beaucoup à la bibliométrie et à la scientométrie, sauf qu’en ce qui concerne les domaines scientifiques, la production de documents est quand même soumise à des processus d’évaluations.
Il semble désormais que Google cherche à mieux saisir cette question de l’autorité tout en conservant ses stratégies de popularité et d’indices de citations basés sur la scientométrie. Simplement, le déplacement ou la continuité plutôt s’opère : désormais le page rank ne concerne pas seulement les sites web mais bel et bien les auteurs. Voilà qui va donner de fil à retordre aux référenceurs car désormais le référencement aura partie liée avec la gestion de l’identité numérique. Car il est probable désormais que l’identification d’un spécialiste d’un domaine particulier va lui conférer une importance plus grande aux yeux du moteur en ce qui concerne la valorisation de sa production. C’était justement le gros point faible du moteur jusqu’à maintenant.
Cette tendance qui vise à mesurer l’influence et la notoriété d’une personne se développe avec les indices d’influence comme Klout. Mais on reste encore dans des mécanismes de popularité en mesurant le nombre de followers sur twitter, le nombre de retweet, etc. Google cherche davantage à affiner et à savoir qui est vraiment l’auteur et son degré de compétence. D’où l’intérêt premier d’avoir dans un premier temps, une liste d’initiés et de spécialistes. Google va aussi chercher à utiliser ses données pour personnaliser les requêtes et les affiner de plus en plus avec les résultats de production des personnes avec qui nous sommes liées sur Google +. On a donc récupérer notre travail d’évaluation relationnelle pour affiner les résultats de nos requêtes. Cette stratégie a déjà commencé depuis quelques mois avec l’affichage de données signalées par nos amis sur Google Reader.
Google cherche donc à attribuer un identifiant unique via son profil Google +. Cette stratégie s’opère également au niveau des chercheurs avec Google Scholar. Les projets d’identifiants uniques sur lesquels travaillent plusieurs éditeurs dont thomson risquent de se voir opposer un concurrent bien plus efficace : Google.
Google après avoir conquis le domaine de la popularité cherche à mettre la main sur l’autorité. Il est donc probable de voir à terme de nouvelles métadonnées prises en compte. Maiss Google a d’abord misé sur la plus importante : l’auteur. En effet, elle représente souvent le premier indice d’importance en matière d’évaluation de l’information. La redocumentarisation de nos identités prend alors tout son sens.
On pourrait donc voir l’entreprise américaine jouer de plus en plus un rôle prégnant en matière de gestion de la production de l’IST et en matière d’employabilité… ce qui signifie à terme un contrôle sur l’économie.
J’arrête les projections possibles à termes notamment l’accroissement des capacités prédictives du moteur qui pour l’instant connait surtout le passé de nos actions….
Une nouvelle fois « être ou ne pas être sur Google » devient l’aporie philosophique actuelle. On ne sait trop quelle histoire est en train d’écrire Google, ce qui est certain c’est que l’entreprise ne se contentera pas de faire de nous des personnages mais bel et bien des auteurs.
Dans tous les cas, voilà qui confirme ce que j’avançais en début d’année : on va avoir de plus en plus besoin de lecteurs de crâne de licorne
Nous avons remarqué comme beaucoup de collègues enseignants la forte attirance des jeunes publics pour les moyens de communication récents que sont les blogs et la messagerie instantanée sur web, le portable, les baladeurs mp3, etc. Cependant attrait ne signifie pas pour autant maîtrise. Et nous songeons ici, non seulement à la maîtrise technique en tant que computer literacy, mais également au traitement de l’information en tant qu’information literacy.
Les adolescents surestiment fréquemment leur maîtrise de l’Internet notamment du fait que l’entremise du moteur de recherche leur garantit des résultats même s’ils ne sont pas pertinents. Il n’y a pas de compréhension du fonctionnement des réseaux ainsi que des outils de recherche.
Les usages des jeunes générations évoluent et notamment les détournements de la technique pour des utilisations non prévues initialement[1]. C’est notamment le cas avec le wifi qui permet à des étudiants équipés de portables de surfer durant le cours au lieu d’être attentif aux propos de l’enseignant. Plus rare est la pratique parfois nommée « sandbag [2]», qui consiste à corriger l’enseignant, et donc à contester son autorité au travers de sa légitimité, en vérifiant au fur et à mesure sur Internet ses affirmations. Les jeunes générations utilisent les objets numériques de manière ludique ou pour des communications de type phatique. Dany Hamon[3]note que cette relation aux objets techniques accentue vraisemblablement le manque d’enthousiasme pour l’apprentissage :
« Une nouvelle génération de collégiens semble particulièrement marquée par une démobilisation envers les apprentissages scolaires. Ne serait-elle pas l’expression profonde d’un clivage entre ce que les élèves perçoivent de la culture scolaire et leur participation à l’émergence de nouveaux modèles socio-culturels, visibles notamment à travers leurs pratiques numériques ? »
L’expression de démobilisation est éclairante dans le sens où elle exprime le fait que les élèves se mobilisent ailleurs, sur d’autres lieux qu’ils jugent plus intéressants. Finalement la culture scolaire, c’est-à-dire au sens étymologique la culture de l’attention, se trouve concurrencée par d’autres cultures, issues de leurs pratiques numériques. Comme le montre Danah Boyd[4], ces pratiques ne sont pas à rejeter dans leur intégralité et elles peuvent constituer ainsi des pistes d’apprentissage. Les élèves se plaignent souvent de cette impression de décalage voire de séparation et de la difficulté d’investir ce qui est appris à l’Ecole dans leur sphère domestique et vice versa, ce que démontrent particulièrement les travaux de Cédric Fluckiger[5].
Les jeunes générations ne conçoivent pas les objets techniques dans une perspective pédagogique ou d’acquisition d’informations et de connaissances. Ce n’est en aucun cas, l’objectif premier de l’usage des blogs, des réseaux sociaux, des messageries instantanées ou du portable. Il s’agit d’une nécessité de s’intégrer et de montrer à la fois sa présence et son apport individuel au sein d’un collectif. Pour autant, il ne s’agit pas d’intelligence collective ou collaborative, mais davantage de sociabilité juvénile. Les adolescents cherchent à se distinguer également de la culture parentale ainsi que de la culture scolaire, dans une démarche essentielle à la construction du jeune adulte. Pour autant, nous ne pouvons adhérer à une vision qui fait du jeune, un individu auto-formé par l’entremise des objets techniques. Il ne faut donc pas confondre les différents besoins des jeunes générations. Les études sociologiques relèvent donc principalement le besoin d’affirmation qui repose notamment sur l’exhibition de son capital relationnel[6], et de son affiliation au groupe[7], partie intégrante de la définition de soi adolescente..
Il faut donc ne pas oublier les autres besoins et notamment les besoins d’information qui sont tout autant des besoins de formation.
Le besoin d’information n’est pas toujours conscient chez les jeunes générations. Deux universitaires hollandais[8]constatent d’ailleurs que la surinformation ne préoccupe pas les jeunes générations. L’intérêt de séparer le bon grain de l’ivraie n’est pas perçu, tandis que la capacité à repérer l’information pertinente s’avère souvent difficile car elle suppose fréquemment des connaissances au préalable. Finalement ce n’est pas tant le besoin d’information qui devient préoccupant mais son absence. La conscience d’un besoin d’information n’est pas automatique et nécessite une prise de conscience.
Pour autant, cette distinction entre besoins d’information et besoins d’affirmation est rarement effectuée et l’opposition entre pratiques adolescentes et pratiques scolaires aboutit fréquemment à une remise en cause de l’institution, jugée comme désuète. Pourtant les usages sont parfois éphémères et vouloir adapter la formation à ces derniers ne s’inscrit pas dans une démarche de culture de l’information.
Il est fréquent de remarquer que sont associées aux jeunes générations des expressions qui expriment leur intérêt pour les objets techniques : natifs du numérique, génération Google, génération Internet, etc. Cependant, faut-il parler de pratiques, d’usages voire de culture numérique adolescente ? Les trois expressions sont parfois difficiles à distinguer. La pratique recouvre généralement davantage la finalité, tandis que l’usage se réfère au comment, à la manière de. Les usages concernent plutôt les outils, les pratiques se réfèrent davantage à l’acte. Pour autant la dichotomie parait trop stricte avec les objets numériques. Les pratiques deviennent ainsi difficiles à observer selon Jean-François Marchandise, directeur du développement de la FING (Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération) qui plaide pour une observation des changements ordinaires pour sortir des visions révolutionnaires positives ou négatives. Il note ainsi la difficulté de distinction entre usages et pratiques :
« On parle souvent d’usages à propos des outils (le stylo, le téléphone) et de pratiques à propos de nos pratiques sociales (écrire une lettre d’amour, appeler un ami), mais les dispositifs numériques rendent de plus en plus souvent cette distinction malaisée, certaines pratiques s’identifiant dans un premier temps aux outils et aux plateformes techniques qui en sont les vecteurs (je blogue).[9] »
La difficulté est encore plus grande en ce qui concerne les jeunes publics. Pouvons-nous parler de pratiques culturelles pour qualifier le fait que de nombreux adolescents tiennent des blogs, type skyblogs ? L’activité de bloguer représentant à la fois un usage d’un outil et une pratique d’écriture. Pour autant, ces activités ne sont pas synonymes de culture informationnelle et encore moins de culture de l’information. Cette dernière suppose une démarche plus ambitieuse qui repose sur courage d’exercer notre entendement pour accéder à la majorité comme le préconise Kant. La skholé peut alors se réaliser par une relation qui diffère du simple usage vis-à-vis des objets techniques et qui constitue à la fois une majorité intellectuelle et une majorité technique.
[1] PERRIAULT, J. (1992). La logique de l’usage. Paris, Flammarion.
[2] Le terme de sandbag est à comprendre dans le sens de malmener quelqu’un, mais il possède également la signification que l’on trouve au poker et dans les jeux- video et qui indique une stratégie pour cacher son jeu.
[3] HAMON, D. (2008). « Une nouvelle génération face aux apprentissages scolaires. L’usage d’Internet pour créer du lien » in Actes du colloque « Ce que l’école fait aux individus » p.1
[4] BOYD, D. (2008). «Why Youth (Heart) Social Network Sites: The Role of Networked Publics in Teenage Social Life.» In David Buckingham (Ed.), Youth, Identity, and Digital Media (pp. 119-142). Cambridge: MIT Press.
[5] FLUCKIGER, C. (2007). L’appropriation des TIC par les collégiens dans les sphères familières et scolaires. Thèse de doctorat. ENS Cachan , 29 octobre 2007 <http://www.stef.ens-cachan.fr/docs/fluckiger_these_2007.pdf>
[6] METTON, C. (2004). « Les usages de l‘Internet par les collégiens : explorer les mondes sociaux depuis le domicile » in Réseaux, vol. 22, n°123
[7] SINGLY, F de. (2003). Les uns avec les autres : quand l’individualisme crée du lien, Paris, A. Colin
[8] VEEN, W., VRAKKING.B (2006). Homo Zappiens : growing up in a digital age London: Network Continuum Education
[9] MARCHANDISE, J.F. Observer les changements ordinaires in InternetActu.net. Article du 27 octobre 2007 <http://www.internetactu.net/2007/10/01/observer-les-changements-ordinaires/>