Category Archives: Culture de l’information-Information literacy

Articles sur la culture de l’information et l’information literacy même si les deux notions ne sont pas totalement équivalentes

La formation aux cultures numériques : le livre !

Voilà! J’ai le plaisir de publier chez FYP éditions, mon premier ouvrage : La formation aux cultures numériques dont le sous-titre est : une nouvelle pédagogie pour une culture de l’information à l’heure du numérique.

Le livre est issu de travaux de recherche, d’expériences de terrain en tant que professeur-documentaliste et formateur mais le style d’écriture et le contenu vise un public beaucoup plus large.  Je remercie mon éditeur qui a veillé sur ce travail afin qu’il soit accessible au plus grand nombre. J’ai donc du faire quelques efforts pour éviter de trop parler d’hypomnemata!

Voici donc la présentation de l’éditeur :
Peut-on vraiment prétendre qu’il suffit de faire partie de la génération Y – d’être né à l’époque des jeux vidéos et de l’internet – pour posséder une maîtrise innée de la gestion de l’information et des outils du numérique ? Les mutations engendrées par le numérique ouvrent la porte à de grandes potentialités, mais également à de nombreuses interrogations sur l’évolution intellectuelle, culturelle et éducative de la société. Cet ouvrage met en évidence les dangers et les problématiques de la confusion entre usages et culture. Olivier Le Deuff questionne notamment les évolutions de la lecture, de l’écriture et de l’exercice de notre pensée. Il explique comment former les individus à des environnements numériques toujours en construction et qui, eux aussi, nous transforment. Il propose une nouvelle pédagogie pour l’acquisition d’une culture de l’information et l’adaptation à la civilisation numérique. L’auteur montre également comment adapter les programmes éducatifs, les méthodes et les lieux de formation, et quels sont les apprentissages nécessaires pour les jeunes et les adultes qui doivent désormais se former « tout au long de la vie ». C’est un ouvrage indispensable aux enseignants, formateurs, pédagogues, gestionnaires de l’information, politiques, créateurs de nouveaux services, à tous ceux qui s’interrogent sur le devenir de la formation, et pour que les « natifs » du numérique ne deviennent pas les « naïfs » du numérique.

C’est aussi une forme de prolongement du blog. Il est en effet opportun de temps en temps de changer de support de diffusion.

 

Bonnes lectures

Lutter contre les Zombies ou comment valoriser sa bibliothèque

C’est une idée amusante pour présenter les ressources et le fonctionnement de bibliothèque que de réaliser un comic qui mêlent étudiants, bibliothécaires face à des zombies. La bibliothèque semble être le lieu ressources pour affronter les morts-vivants. Belle initiative de la bibliothèque Miller du collège Mc Pherson.

L’histoire a le mérite d’être attractive et sympathique. Cela pourrait nous inspirer dans des projets similaires autant en BU, en BM qu’en CDI…tant que ces espaces ne sont pas transformer en territoires zombies (en learning center...)

La bibliothèque comme lieu stimulant, c’est pas nouveau mais on le sait bien qu’il faut lutter contre certaines représentations. Il est vrai que certains professionnels ne contribuent guère au changement.

Au menu quelques leçons sur la recherche d’information, sur les découvertes imprévues. La recherche d’informations, c’est souvent un jeu digne des livres dont vous êtes le héros.

Les bibliothécaires sont des individus en mouvement du coup ça donne envie  aux étudiants de se ruer sur les rayons scientifiques.

La bonne nouvelle, c’est qu’on découvre que les bibliothécaires ne sont pas seulement des gardiens du passé mais qu’ils sont aussi des pros du recyclage. En effet, on apprend que les vinyles peuvent servir à décapiter des Zombies. Les bibliothécaires anglais sauront probablement s’en servir à bon escient contre certains responsables politiques qui vont leur couper tous leurs crédits.

Accès à la majorité technique et intellectuelle : les enjeux de la culture de l’information.

Encore un nouveau support utilisé pour une intervention durant les rencontres de l’Orme à Marseille.
Il y est question de culture de l’information…

La culture de l’information en cartes… pour mieux la différencier de l’information literacy

Les récents débats autour du Pacifi, qui privilégie davantage une position proche de l’information literacy dans ses principes premiers, et la démarche de culture de l’information qui présente des liens mais aussi des divergences peuvent être parfaitement illustrés et expliqués par des cartes mentales.

Ces cartes sont issues d’un travail réalisé par des M1 de l’université d’Angers suite à mes interventions sur la culture de l’information à la demande de Pascal Duplessis.

Il s’agit aussi pour moi de bien marquer le fait qu’information literacy et culture de l’information ne peuvent être nécessairement synonymes. Je considère même qu’il s’agit de deux idéologies différentes. La carte réalisée ici avec Cmaptools par Julie Soularue est donc en ce point éclairante. Je rappelle que l’information literacy opère souvent en liaison avec la société de l’information.

Il est vrai que l’information literacy pourrait constituer une véritable culture des hypomnemata comme l’indique dans sa carte Pierre Daviau. Mais il faudrait pour cela développer davantage la conception citoyenne et critique de l’information literacy, conception toujours minoritaire. Une position qui semblait  pas mal avancée en France et en francophonie. Pourtant, il semble qu’on soit tenté par une démarche adaptionniste en ce moment qui nous place à rebours de ce qu’il serait opportun de construire.  La tendance est un retour aux « eighties » de l’information literacy avec les parallèles autour de la société d’information, le paradigme du besoin d’information de la psychologie cognitive, conception ralliée à l’économique et à la bibliothéconomique.

J’espère que ces cartes contribueront un peu à percevoir ces quelques différences et divergences qui ne sont pas sans incidence aujourd’hui sur la manière de penser l’avenir de la profession de professeur-documentaliste.

Nous avons de plus en plus besoin de lecteurs de crânes de licorne

J’écris peu sur le blog depuis quelques temps. Beaucoup de projets et de travaux monopolisent mon temps et mon attention. Disons ce que ce dernier billet de l’année augure l’esprit et la volonté qui m’animeront en 2011.

On a cru sans doute hâtivement que la fin de l’histoire était survenue lors de la chute du mur de Berlin tant la destinée semblait écrite et le triomphe démocratique semblait inéluctable.

20 ans après, il n’en est rien. Au contraire, la démocratie recule y compris au sein de ses bastions premiers.

Le sens de l’histoire est devenu bien incertain et il est évident que le premier réflexe est de tenter de se retourner vers le passé pour tenter de mieux « prospectiver ». Un sens à construire, une histoire à écrire de manière « poétique » en suivant Réné Char : « le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ». Hélas il semble que ce soit bien les ténèbres qui nous entourent désormais du fait d’une césure qui s’est produite dans notre rapport à l’espace-temps. Finalement, nous sommes comme le héros de «  la fin des temps » de Murakami, quelque peu coupé en deux, contraint d’avoir abandonné une partie de nous dans un passé de plus en plus inaccessible. Seul celui qui est capable de déchiffrer les mémoires contenues dans les crânes des licornes et seul celui qui sait trouver du sens et le chemin parmi les données (et notamment les Big Data) parvient à relier les deux mondes : l’archiviste ou le bibliothécaire qui n’est pas seulement un gardien.

En effet, l’archive semble la mieux à même de pouvoir répondre à notre situation en nous permettant de nous situer dans les méandres de nos destinées. Cette archive, c’est celle que décrit Michel Foucault :

  • « Mais l’archive, c’est aussi ce qui fait que toutes les choses dites ne s’amassent pas indéfiniment dans une multitude amorphe, ne s’inscrivent pas non plus dans une linéarité sans rupture, et ne disparaissent pas au seul hasard d’accidents externes, mais qu’elles se groupent en figures distinctes, se composent les unes avec les autres selon des rapports multiples, se maintiennent ou s’estompent selon des régularités spécifiques »
  • (Foucault, L’archéologie du savoir, 1969 p.170)

Mais nous ne distinguons plus nécessairement l’archive ou le document porteur d’une importance historique. Les crânes de licorne évoqués par Murakami sont également une belle métaphore de nos documents produits par des outils ou programmes désormais obsolètes.

On croyait que le numérique nous apporterait un accès facilité à la connaissance, il n’en est rien. La littératie se complexifie au contraire et l’illusion de la transparence dissimule délégations techniques et intellectuelles. Cela signifie qu’il est grand temps de développer une culture de l’information et une translittératie qui soit réellement durable, faite de savoirs et de savoir-faire qui puissent être réinvestis sans cesse sans quoi l’archéologie de nos savoirs est grandement menacé et sa futurologie celle décrite par Lévi-Strauss.

Par conséquent, un simple esprit « culture informationnelle » ajoutée à la marge ne saurait répondre à cette mission. La construction de learning center n’y suffira pas non plus car il ne s’agit pas de confondre le bâtiment avec l’institution. Le chantier est bien celui de la culture des esprits, une construction hautement plus ambitieuse et plus difficile. J’appelais dans ma thèse en 2009 à une reformation de la culture de l’information. En appelant à la reconstitution de l’Ecole à partir de la skholé, cette capacité d’attention qui est la base de notre capacité à comprendre, à reformuler et à écrire, je souhaitais démontrer que les compétences et savoirs exigés ne pouvaient se contenter de simples injonctions politiques et encore moins économiques. Au contraire, la culture de l’information ne doit opérer en parallèle de la prétendue société de l’information ce que tend trop souvent à faire les théoriciens de l’information literacy. Cette culture dont nous avons besoin, c’est celle qui permet l’accès à la majorité de l’entendement au sens Kantien. Cette culture demande un effort, une capacité de résistance qui permet de trouver la sortie hors de la minorité de l’entendement. Hélas, les mineurs sont de plus en nombreux, enfermés dans des cavernes qui les déforment et les privent des Lumières et se contentant de d’inter-médiaires comme directeurs de conscience. C’est donc autant d’un humanisme numérique que des Lumières numériques dont nous avons besoin.

Pour cela, il nous faut aussi sortir des évidences et des discours qui les accompagnent. Nous avons besoin de plus en plus de savants, « savant » au sens de celui qui sait lire et écrire parmi cette diversité médiatique convergente.

Nous avons de plus en plus besoin de lecteurs de crânes de licorne.

Library 2.0 and culture of information in Evora (Portugal)

I spent nice days in Portugal in Evora with the « portuguese library 2.0 gang »

I got the pleasure to speak in a nice place and a wonderfull library.

I send a particular thanks to Paulo Leitão : my « guide for the perplexed » in Portugal

More pictures here.

Quelles littératies au CDI ?

Ce petit professeur vous lit le début de ce texte, histoire en même temps d’illustrer mes propos « translittératiques ».

Ce n’est pas exceptionnel de constater que les activités des élèves au sein du centre de documentation de l’établissement ne correspondent  pas aux usages prescriptifs qui en fait principalement un lieu d’études. Nos observations ne font que confirmer une tendance qui se constate déjà depuis plusieurs années en CDI ainsi qu’en bibliothèque. Les aspects de convivialité ayant pris de plus en plus d’importance. Les centres de documentation et les bibliothèques apparaissent dès lors multi-facettes pour attirer et satisfaire un plus grand nombre d’usagers qui ne sont pas tous d’ailleurs de véritables lecteurs au sens traditionnel .

Néanmoins, si les usages observés peuvent apparaitre quelque peu hors cadre dans la mesure où il ne s’agit ni de pratiques studieuses ni de lectures et d’emprunts, comment pouvons nous les qualifier ?

Nous avions déjà observé des usages, des mésusages que nous avions qualifiés de négligences (neg-lego : ne pas lire. Les négligences rassemblent toutes les activités de non-lecture ou de « mauvaise lecture »).  Il nous semble que toutes les négligences ne sont pas toutes à exclure des pratiques de lecture et de l’écriture, bref de la littératie. Il en va de même pour des usages que nous avons repérés dans l’espace CDI de notre lycée professionnel depuis la rentrée.

Nous souhaitons rappeler que la littératie peut être associée à la notion de texte qui définit ce qui mérite ou nécessite une lecture. Cela élargit donc la littératie à l’ensemble des supports et pas seulement le livre ou les supports alphabétiques. Le numérique contribue à l’élargissement de la notion de texte avec le développement des écrits d’écrans, d’où d’ailleurs les perspectives ouvertes par la translittératie.

Observations :

Il est intéressant de noter que la lecture sur écran semble poser moins de rejet notamment quand il s’agit de recherche des scantrads de mangas. Cette pratique semble fréquente et bien avancée chez les lycéens. Ce constat nous incite à nous demander s’il ne serait pas opportun de proposer davantage de supports mobiles permettant ce type de lectures. Autre aspect intéressant est le passage fréquent entre la version papier et la version animée du manga qu’effectue les lycéens qui viennent à la version papier via l’animé et vice versa. Il y a ici comme une continuité entre les différents supports. Il serait opportun par ailleurs de veiller au transfert des supports de manière plus fréquente notamment entre les versions littéraires et leurs diverses adaptations. Il apparait que la lecture sur écran permet de réaliser plus facilement cette tabulation culturelle entre un manga dans sa version numérique, dans sa version animée voire dans les versions plus traditionnelles qui ont pu inspirer son histoire.  Pourquoi ne pas envisager une telle continuité avec les œuvres classiques ?

Des parcours peuvent être également réalisés via des applications tel pearltrees peuvent constituer des éléments intéressants de parcours de translittératie. L’avantage serait que quelque soit le parcours réalisé initialement, il puisse être réinvesti dans un autre.

L’enseignant peut évidemment tracer de tels parcours qui permettent à l’élève et à l’étudiant de parcourir et de découvrir, mais il est tout aussi opportun pour l’élève de co-construire également son parcours en usant des outils tels des hypomnemata qui constituent des traces de ses découvertes et de ses apprentissages. La césure entre loisirs/culture devenu moins prégnante, l’élève co-construit de manière plus volontaire et plus valorisée sa progression ainsi que son écriture de lui-même.

Cette écriture de soi peut alors prendre des formes  plus ambitieuses et plus participatives, incitant à l’échange et à la découverte avec autrui. La translittératie s’opérant pleinement au sein de milieux associés.

Cela signifie aussi qu’il est possible d’apprendre par le biais des loisirs. Le milieu des loisirs créatifs constituant ainsi une piste à observer.

L’enjeu étant désormais de faciliter les relations entre les diverses données de façon à créer autant des échanges que des relations trans-culturelles et décloisonnées. Il est tout  autant gênant que l’Ecole ne s’ouvre pas aux acquisitions de compétences issues de la sphère domestique que l’inverse.  Trop souvent, les élèves ne parviennent pas à établir des ponts, ils ont une représentation du scolaire et une projection qui se relève encore plus plan-plan qu’elle ne l’est vraiment. Cette césure n’est plus possible et en tout cas pas acceptable, sinon ce serait renoncer et laisser la place à ceux qui distillent le mieux leurs messages sur les réseaux et les nouveaux médias : territoire dont tend à s’emparer les industries publicitaires et de service.

C’est dans ce contexte, qu’il va falloir expérimenter et proposer de nouvelles solutions. J’espère pouvoir en apporter quelques unes cette année.

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